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Messages - Valstar Karamzin

Pages: [1] 2
1
= LA SAINT-CON = / Re : Saint-Con 2016 - votes et résultats
« le: mai 05, 2016, 14:35:25 »
Bravo CTRL-X , LOURDES PHALANGES et LAPINCHIEN
A reconduire, l'anonymat, même si du ctrl-x, du dourak et lapinchien ça se reconnait à trois kilomètres...

Puisqu'une invitation est faite à mon esprit critique stalinien, voici une proposition : il faudrait peut-être s'assurer, à l'avenir, de vérifier qu'un texte à bien été posté dans le cadre de la Saint Con et qu'il comporte, au moins, une crémation métaphorique avérée, sous peine d'être hors-concours...
Le nombre de participants aux votes m'intrigue aussi.
Bon, il y a eu un vote invalidé, enfin je parle de vote, mais ça y ressemblait pas vraiment, ça déléguait un tantinet plutôt. C'était peut-être fait pour énerver d'ailleurs, va savoir.
Ensuite, si il y a double anonymisation, ce qui serait un peu idiot tout de même, tout va bien, il y a autant de votants que d'écrivants.
Si ce n'est pas le cas, ça commence à m’inquiéter, ça voudrait-il dire que certains, dés qu'ils aperçoivent le moindre soupçon de concours littéraire, ne peuvent s'empêcher de passer pour déposer un texte, grossièrement, un peu comme pour marquer leur territoire, et s'éloignent, sans un mot, tels des Zorros sans épées?
Ou alors, ils veulent juste être lu. Et ne veulent pas lire l'autre.
Sont-ils trop timides?
Les admins ont-ils oubliés de leur envoyer les clés du forum?
Les admins l'ont-il fait exprès?
Mais, alors, dans quel dessein?
Pour en savoir plus, venez tous participer à la palpitante aventure de Jack au bout de la nuit, debout... l'axe de rotation grince un peu.


2
= INITIATIVES = / Re : le making of de la Saint-Con 2016
« le: avril 28, 2016, 22:45:16 »
Les hommes comme des anguilles, ils ne sont pas faits pour rester.

Le ciel est fort aujourd’hui, tiré par de gros nuages costauds tirés par le vent. Un pigeon blessé passe sur le trottoir, sautille désespérément. Il faut imaginer une sorte de long métrage de Ken Loach, tourné en super huit, selon les principes élémentaires du Dogme.

Ripley voyait bien que quelque chose clochait chez Ash. Entre hédonisme et culpabilité chrétienne, il avait adopté la troisième voie théosophique, celle des purs névrosés, des tiraillés du ventre. Il regarde son sexe grandir, en pleine lumière, en plein jeu, en plein envol, en pleine gloire.

- Je n’en peux plus de cette grande saucisse.
- On peut parler d'autre chose ?
- Non merci. Je ne veux rien,dit-il. Rien que ce que tu as déjà, que tu m'exhibes sous le nez.
Il a parlé un peu vite, empruntant des inflexions de gangster à un film de série B. Il s'est raclé la gorge à un moment, c'était bref mais il sait que c'est pas passé inaperçu. Il se dit que ça n'a pas grande importance.
Ash passait des heures démoniaques :
- La boucle n'est pas bouclée, il manque l'étape ultime, la conclusion idoine à cette folle remise en question
- L'idée me révulse.
- Tu trouveras plutôt marrant de bazarder quelques affaires...
- L'idée me révulse. Un homme peut-il faire ça ? Aucun ne le peut.


Sans fin ni commencement, cette nuit jette ses singulières couleurs nocturnes comme pour mieux savonner la pente accidentée de notre mission. Nous sommes quand même arrivés chez SOS putain de Médecins.
- Salut, c'est toi la patronne ici ?
- Y a pas de patron ici. Donnez moi tout ce que vous avez de valeur. JE PLAISANTE. Nous allons faire ça bien. N'aie pas peur... C'est la lutte finale...

Une pointe traverse son sexe,
Violent, sec, brutal.
En plein dans les parties intimes.
Un filet de bave coule de sa lèvre.
Le cri sauvage qui en résulte ne surprend personne. Pas une larme, rien.
C’était d’accord, elle a pris son sexe.

Un clair soleil de printemps réchauffait la chambre au petit matin. Le jeune homme se réveilla difficilement, sous les caresses de la douce lumière. La douleur semble avoir atteint un degré supportable et il a recouvré son attitude conquérante. Il lui sembla avoir dormi une éternité. Il repensa à sa mésaventure. Les images se succédèrent. Il avait peine à croire que ça lui était arrivé à lui, lui, un homme. Pour avoir vécu une épreuve extraordinaire, il pouvait se targuer d’en avoir vécu une !
Et pis y a cette tâche caractéristique au niveau de l'entrejambe. Titanic noir déchu : Ash était une sorte de croisement.

Tu croyais t'en affranchir. Tu croyais l'oublier, l'oblitérer. Mais bien sur que c’est un con ! L’origine du monde à portée de main. Un buisson ardent, la cyprine comme ultime carburant.
J’ai bien envie de dire qu’on s’amuse, a cheval sur un arc-en-ciel !

Mais qui dit mieux ?
La poissonnière bretonne !

- Je sais pas si ça te l'a fait, mais j'aime bien son univers, moi, à ce mec.
- Non, vraiment, Je vais m'en tenir au café. Je vous remercie.

3
Soudain ce fût le tour de Jack de prendre la parole et un microphone lui fut tendu. Il y avait des tas de gens qui avaient constitué des commissions et par petits groupes ils parlaient d'utopies improbables en citant des Bisounours notoires comme Stéphane Hessel, ce suppôt démoniaque de l'impératif présent à la seconde personne du pluriel, cependant, Jack, micro en main, ne se sentait étrangement pas du tout indigné mais plutôt catatonique face à la foule hétéroclite, difforme et monstrueuse à laquelle il allait devoir se confronter tel un créateur de start-up ayant 2 minutes pour placer un pitch cool et bien senti. N'écoutant que son courage, dont il s'empressa par ailleurs de s'emparer d'une seule paluche, l'autre tenant le micro, il entama son intervention par une citation qu'il jugea instantanément parfaite de sobriété, rassembleuse et finaude :

"Est-ce qu'on va reprendre la route ?
Est-ce que nous sommes proches de la nuit ?
Est-ce que ce monde a le vertige ?
Est-ce qu'on sera un jour puni ?"

C'est alors qu'un indigné de la première vague, confortablement planqué dans la foule, un devenu à présent enragé à force d'arpenter les places européennes, jeta sur scène un objet qui vint atterrir aux pieds de Jack. Il s'agissait d'un piano, un gros piano à roulettes qui s'écrasa telle une masse et de disloqua dans un improbable accord dissonant à 10 mains semblant tout droit provenir d'un orgue de cathédrale dynamité par des bolcheviques de la grande époque empressés d'aller jouer au foot avec la tête de l’archevêque du diocèse annexé du coin. Et bien sûr, le gars qui l'avait balancé n'était autre que Davide Martello, l'allemand de 34 ans, qui parcourrait l'espace Schengen de long en large et en travers à l’affût d'un attentat, d'un rassemblement quelconque, la manne d'un public providentiel,  devant laquelle il interpréterait en boucle durant des heures et des heures, inlassablement, tout en nuance de couacs, de canards tonitruants, le bout des doigts gonflés de cloques asséchées, le seul et unique morceau de son répertoire approximatif, "Imagine" de John Lennon. C'était le fameux Monsieur Hommage cacophonique, le pianiste manchot itinérant, l’intermittent des bons sentiments incontinents, celui qui, s'était-on plu à concevoir, passait du baume au cœur, à des milliers de victimes d'explosions aveugles, de drive by aléatoires, d'attaques au couteau, de révoltes et d’insurrections printanières, de guerres civiles bisounoursiennes, mais qui en réalité était un émissaire secret de Daesh pour affliger le coup de grâce, l'after burner de la pop au service du mauvais goût, overkill de la cover classique en berne, l'artiste terroriste venant achever les blessés de rafales de bémols jusqu'à ce qu'ils ne saignent à mort des oreilles, et qu'un buzz médiatique relaye sur des milliers de chaînes info à travers le monde, son tintamarre anarchique, son ramdam de furie furieuse douce n'ayant qu'un seul et unique objectif : saturer la bande passante des satellites de communication et les réseaux sociaux d'une surcouche de bruit de fond diffus cosmologique.

Galvanisé par cet apport soudain de matière sonore inconsistante qu'il interpréta à tort comme une proposition unilatérale de collaboration improvisée, Jack entama un discours qu'il espéra long et beau et même un petit peu poétique ici ou là.

Il dit d'abord :

"Mesdames, messieurs, mesdemoiselles, oui, vous là, la petite rouquine avec les boucles pimpantes, je tiens d'abord à vous signaler que je vous ai compris."

Le piano de Martello émit un magnifique accord en ré mineur qui arracha trois larmiches aux premier rang et un éternuement à Jack qui se rappela aussi sec qu'il souffrait d'allergie aux accords mineurs. Il n'en poursuivit pas moins :

"A l'heure où la vie se répand dans les canaux sanguins de vos silhouettes parfaitement irriguées, à l'heure où deux plus deux ne font plus vraiment quatre, parce que TVA, Panama Papers et îles Caïman, à l'heure où des gifles se perdent à la télé ou ailleurs, à l'heure où John Malkovitch étonne par son absence prolongée sur le grand écran de nos angoisses, à l'heure où les Stones jouent à Cuba en buvant du Champagne français fabriqué en Chine, à l'heure..."

Pendant qu'il pérorait, le piano tentaculaire du massacreur de Lennon exhalait des volutes de gaz farci de dopamine. Des couples se formaient, des langues s'enchevêtraient, des sexes énormes se dressaient dans de pauvres sous-vêtements mal verrouillés. Jack racontait à présent qu'il n'était plus très loin d'achever sa collection de timbres lorsqu'un homme de haute taille et qui moulait ses muscles longilignes dans une combinaison en lycra, détruisit pianiste et piano d'un seul rayon de laser rouge lancé par ses globes oculaires chauffés à blanc. La foule se rhabilla, embarrassée, non sans un dernier coup de langue, et Jack décida de mettre fin à son discours en chantant une chanson de Polnareff dont il avait oublié les paroles.
Alors qu'il massacrait "ne me marchez pas sur les pieds", un autre problème, et de taille, commençait à assombrir son avenir proche et alourdir son caleçon de chez Dim. Jack avait laissé sonner trop longtemps près de ses bourses son téléphone portable première génération de chez Nokia. Il pouvait d'ores et déjà sentir ses testicules gonfler, gonfler ; et sa voix faussait, faussait, dans le même temps.
Le coordinateur des débats, accro aux télé-crochets télévisés, le regardait d'un œil inquisiteur. Il n'avait pas trop prêté l'oreille à son discours mais depuis qu'il chantait la moutarde lui montait au nez. "Quel toupet! Il viole littéralement sur scène l'une des plus belle chanson de Polnareff et, de surcroît, il me regarde droit dans les yeux en le faisant. Ma parole, c'est qu'il me nargue! Il ne manquerait plus qu'il me traite. S'il me traîte de "gros bâtard", j'explose et je le sors."
Le coordinateur et Jack à cet instant précis ne se comprenaient plus. Le dialogue ne pouvant se faire, une sorte de fossé symbolique se creusait lentement entre eux. Pourtant, s'il avaient su que, par nature, ils n'étaient pas si éloignés. S'ils avaient su tout l'un de l'autre, s'ils avaient pu échanger leurs malheurs : les éléphantiasis soudaines de jack contre les œdèmes de Quinck purpurines du coordinateur qui se manifestaient lorsqu'on le traitait de "gros bâtard", oui, s'ils avaient su, une autre histoire aurait été écrite.
Jack regarda une fois de trop la jolie petite rouquine qui se tenait sur le bord droit de la scène, juste à côté du coordinateur.

Mais ce gros bâtard de coordinateur de débat fit évacuer Jack de l'estrade.

4
Jack fut exfiltré vers l'espace VIP où il se retrouva enfermé avec Véronique Genest, Alain Finkielkraut et Eric Zemmour. Jack se sentit blêmir de l'intérieur, rougir de l'extérieur et pâlir du côté gauche. Les lois du hasard voulurent qu'en ce même instant un groupuscule féministe, interdisant la mixité du débat qui allait être entamé, investit les lieux, aussi la question de savoir si les prisonniers étaient des femmes ou non se posa et il leur fût demandé qu'ils ôtent intégralement leurs vêtements pour que la commission LGBT de l'évaluation du genre puisse statuer sur chacun de leur cas à vue d’œil et par des techniques de palpation d'ordre purement scientifique.

Eric Zemmour à son tour se sentit blêmir du côté gauche, rougir de l'intérieur et pâlir de l'extérieur, il ne voulait pas se mettre tout nu devant du monde, il ne voulait pas qu'une lesbienne le touche, il avait peur d'être contaminé, il ne voulait pas exhiber hubert, son sexe, son ami ; Véronique, elle, était déjà à poil et Alain, lui, bandait sous cape, en riant niaisement. Quant à Jack, il exhibait fièrement son micopénis tout en planquant ses burnes flasques entre ses cuisses. Il n'aimait pas trop ce genre de plaisanteries douteuses, lui qui était si rafiné, et voulait rendre la pareille génitale (si je puis me permettre) à l'Inquisition LGBT. Deux grandes drag queens se penchèrent longuement (et c'est une façon de le dire avec courtoisie) sur la protubérance dépassant d'une petite touffe de poils et qui présentait l'aspect d'un piléus sporophore. Un mycologiste fut appelé de suite à la rescousse. "Bon sang, mais s'agit-il d'un nanogland ou d'un macroclitoris ?" C'est alors que l'espiègle Jack écarta d'un coup les cuisses, dévoilant urbi et orbi, son énorme elephantiasis testiculaire. Il crut que cela ferait rire mais son cas souleva encore plus de questionnements, la commission LGBT se réunit en conclave inquisitorial afin de statuer s'il serait bon de placer Jack en quarantaine afin de prévenir et contenir tout départ de pandémie ébolique orpheline.

Pendant ce temps, à Juvigny-sur-Orne, Mme Sidonie Vertempied fouille dans son porte-monnaie à la recherche d'une pièce de cinquante centimes d'euros. La sueur a investi ses tempes, sa gorge et sa colonne dorsale. Elle frémit d'horreur et de stupéfaction lorsque le policier de la petite-monnaie alloué à la boulangerie chez René lève le sourcil gauche, signe incontestable de menace imminente pour la frêle petite dame aux cheveux argentés. N'écoutant que sa lâcheté, elle empoigne alors un revolver de taille conséquente qu'elle pointe aussitôt sur le groin du policier, mi-homme mi-sanglier, lequel siffle alors une mélodie simplette qui n'est pas sans rappeler le leitmotiv d'un film de Fritz Lang dont beaucoup s'accordent à dire qu'il est un chef-d'oeuvre et moi je dis oui, oui, un chef-d'oeuvre, haahaaaa, c'est évident, et j'ose pas avouer que je l'ai jamais vu. Le fameux jour de la séance spéciale dans le petit cinéma d'art et essai situé à trois arrêts de bus de la maison de mes parents, je suis tombé sur un os et le policier se jette les défenses en avant sur Mme Vertempied, qui vient de troquer son tailleur de vieille dame un peu pingre contre une longue robe fendue, des bas de contention à paillettes et un chapeau de cow-boy vert fluo, mais je voulais tant y aller, j'en rêvais de le voir, ce putain de film, mais cette salope de Sabrina est montée dans le bus avec sa banane pleine de drogues et de sextoys et je suis la voix du sommeil paradoxal de Jack et il serait temps qu'il se réveille de sa micro-sieste bordel de poutre parce que Mme Vermeulen vient d'entamer un coït impromptu avec le poli-sanglier qui en profite pour lui labourer l'intérieur du ventre de ses défenses sanguinolentes et je veux pas voir ça, je veux pas voir çaaaaaaaaaaaa...
- Tu leurs a donné un nom ? demanda Eric à Jack tout en lui tapotant l'avant bras.
Jack se réveilla en sursaut, vit Zemmour devant lui, et tenta aussitôt de le zapper car il croyait voir la télé. Il appuya une dernière fois, du pouce, sur sa télécommande invisible avant d'abdiquer. Eric Zemmour, s'était bien échappé. Il était là, le regardant des ses yeux de biche orientale, à vouloir partager la même réalité.
- Tu leurs a donné un nom à tes testicules? Ils sont sacrément impressionnant, renchérit Eric.
- Non, pas vraiment, bredouilla Jack qui était encore perdu dans ses rêveries.
- Parce que moi je leurs ai donné un petit nom, à mes "castagnettes", dit Zemmour, enfantin.
Jack n'aimait pas que l'on évoque sa difformité, sauf pour en rire, car Jack était un gars qui savait rire de lui. Il ne désirait pas, pour l'heure, parler de ses couilles avec un ectoplasme de la télé, déjà qu'Ilsa, le grande trans, et ses sœurs-ciseaux délibéraient à leurs sujets dans la pièce d'à côté, il ne voulait pas en rajouter une couche et fit mine de ne pas entendre ce qu'avait à lui dire l'autre roquet.
Sauf qu'il insista, l'autre:
- Moi, mes "castagnettes" (elles sont moins grosses, hein!) elles s'appellent Robin et Maurice!
"Comme les jumeaux Gibb!" dirent en chœur Jack et Eric, au même moment, avec la même intonation, la même petite lueur dans les yeux.
Un ange passa.
Jack et Eric venaient de faire un pas dans la même direction.
Deux petits pas d'hommes.
Ensembles.


Ce groupe vaillant venait de retrouver sa liberté et se frayait un chemin à grands coups de poings à travers toute cette bande de zombies fascistes.

5
Le cordon de sécurité était tout de même bien imposant. Ce n'était pas du tout la flamboyante manifestation exhibitionniste que Jack avait tant espéré ou peut-être un truc de super pervers car il y avait des punks à chien à dreadlocks, des agriculteurs, des syndicalistes et tout un groupe de l'association Droit Au Logement, et d'ailleurs Jack crut reconnaître Albert Jacquard ce scientifique au physique intriguant, ambigu, super coquin en définitive, qu'il retrouvait souvent dans les backrooms et les saunas oniriques de ses nuits humides hantées de songes et fantasmes inavouables, mais Jack se souvint alors qu'Albert Jacquard était mort en septembre 2013, ce qui l'emplit soudain d'un spleen tétanisant.

"Ah bigre de merdouille, ô mortelle condition humaine, ah fichtre de foutre de corne de licorne en chocolat liégeois, pourquoi faut-il qu'ils meurent donc tous, les grands, les blonds, les beaux, qui sentent si bon le sable chaud ?"  Oui, et pourquoi la majorité des participants à la nuit debout étaient-ils en fait assis, pour ne pas dire avachis à même le sol, se croyaient-ils à la plage, espéraient-ils bronzer sous les lampadaires, et où étaient passés les maîtres-nageurs? "Debout, feignasses!" s'entendit-il crier, conscient toutefois que la peur panique les paralysait, lui et ses cordes vocales, "levez-vous, tenez-vous droit pour vos droits, ne lâchez pas le combat, fais tourner le oinj, et omni putas putatum eres et subséquemment !"

Une grosse dame du service d'ordre s'approcha du trouble fête.
- Hey ! T'es pas un casseur au moins, toi, le beuglard ?
- Quoi mais heu...
- Retourne tes poches et vide ton sac à dos. T'as des caillasses sur toi, des cocktails Molotov, une cagoule, une Kalash, un cran d'arrêt, une ceinture explosive, le dernier album de Booba ?
- Bah ?
- Avoue que c'est le MEDEF qui t'envoie pour foutre le boxon et nous décrédibiliser... Tu ressembles à Gattaz... T'es pas son neveu ?
- Ben peut-être j'en sais rien... j'ai pas fait de test génétique et...
- T'as vu le film "Merci, Patron" de François Ruffin ? Hey ! Mais tu serais pas le négociateur de Bernard Arnault ?
- Nar-Bé Arnault, mucho dinero. Yo te amo ! Wesh, grosse. Heu... Pas grosse, ronde, enrobée, koi...
- T'as l'air cool en fait, je te taquine. ça se sens que toi, t'es là pour t'exprimer. Parce que t'en as gros sur la patate...
- Il est vrai que je suis un taiseux. Un gars plutôt dans l'action.
- Faut que tu saches ici y a des codes à respecter. Tu peux pas te mettre à gueuler comme ça. Je comprends. T'as pas d'amis et t'as besoin d'évacuer tout le ras-le-bol au fond de toi. Lis bien cette petite brochure. Elle comporte des pictogrammes. Même les petits mammifères, genre les gerbilles, les mulots, les illettrés de la société Gad, Emmanuel Macron, entravent ce qu'y a d'écrit dessus. Voilà ce sont nos règles. Il faut les respecter.

Alors que la grosse dame s'en allait probablement vers de plus verdoyants pâturages, Jack se mit à étudier le prospectus qu'elle lui avait laissé. Quelle ne fut pas sa surprise : Il y avait tout un tas de mouvements décortiquant pas à pas une splendide chorégraphie quelque part entre Just Dance 4 sur PS4 et les derniers cours de Zumba qu'il se remémorait. La danse représentée ici ne lui était pas familière. Il en connaissait pourtant un rayon en façons de bouger son corps sur la piste depuis que les frères Gibb lui avaient mis la fièvre ce fameux samedi soir alors qu'il était littéralement ivre à la suite d'une hypersécrétion sauvage de sébum. Par la suite, il avait tout dansé, du kwasa kwasa au ver de terre, du pogo à la lambada sans oublier le cha-cha-cha, mais cette chorégraphie ne lui disait vraiment rien. Il essaya difficilement  de reproduire ce que le prospectus tentait de lui enseigner lorsqu'une voix autoritaire retentit derrière lui :

- Toi qui aime danser, viens donc voir un peu par là!

Jack vira de bord en esquissant un demi-tour en deux temps, histoire de souffler un brin au niveau du degré 12, comprit aussitôt que la personne qui venait de s'adresser à lui jouissait d'une aura particulière en découvrant sa couronne en papier mâché et, haussant les épaules comme quelqu'un qui en a marre de peser le pour et le contre à chaque lancé de dés, il alla effectivement voir un peu par-là.

- Hey, mec, tu me reconnais pas ? C'est moi, bordel,  Rémy Buisine !
- Ah ? Heu... Rémy Buisson, genre, le gorge profonde de Sarkozy, toussa. Bonjour, c'est un honneur et...
- Non mais ta gueule, mec. Pas Patrick Buisson Ardent mais Rémy Buisine, putain ! Tu regardes pas le Grand Journal sur Canal+ ?
- Aaah ! non, je m'en fous complètement pourquoi ?
- Putain, t'es un putain d’ermite ou quoi ? C'est quoi ton monastère ? Hey ! LA GUERRE FROIDE EST FINIE § Sors de ton bunker, l'ami...
- Non, mais tout Rémy Buisine que tu puisses être, surement de bonne famille, de noble condition et stricte éducation catholique, je ne vous permet pas et...
- Dis coucou à mon iPhone, mec !
- Non mais espèce d'animiste c'est quoi ce bad trip ?
- Non, mais ducon, je suis Rémy Buisine, j'te dis, on est en direct sur Périscope. J'ai 50.000 viewers en simultanée là.
- Périscope ? Mais d'où que t'as vu que j'avais un scaphandre, capt'n Némo ? Hey, t'es Jean-Yves Le Drian en vrai sous ta couronne en papier mâché ? Tu veux me vendre des sous-marins sous le manteau comme ça ? Tu m'as pris pour un australien, baltringue ?
- Mais non, sombre crétin, Périscope, c'est une application qui permet de couvrir des événements en STREAMING LIVE sur internet et là, bordel, t'es en train de faire grimper le compteur du nombre de viewers en temps réel. Ils sont déjà plus 60.000 en simultanée. On va encore faire tomber le serveur comme le 34 mars dernier et...
- Espèce de taré, 34 mars ? Mais tu viens de quelle planète de narvalos ? Dans ton espace-temps, comme ça, vous lynchez des garçons de café à 50.000 contre un ? Vous seriez pas un peu une bande de lâches genre des happy slappers ?
- Hey, cool, mec ! On a agressé personne. Avec Périscope, on a fait tomber un serveur internet tellement on était nombreux l'autre soir.
- Mais que ce soit un garçon de cybercafé ne change rien à l'affaire et tel les 300 spartiates je me dresserai fièrement contre vos cohortes de perses surnuméraires, mon cher Xerxes sur Seine. Je vais vous prendre tous un par un dans les Thermopyles de ton cul !
Jack joignit le geste à la parole et fit voler la couronne en papier mâché de Rémy Buisine.
Le roi du périscope n'eut pas le temps de réagir. Coi et sans coiffe, il était redevenu un être humain comme les autres, tous les autres, qui s'agglutinaient maintenant autour de Jack, la couronne brandit aux cieux. Il gueulait, la bave aux lèvres comme un épileptique en pleine crise qui aurait oublié, une fois de plus, que les cachets effervescent s'ingèrent avec de l'eau, sinon ça mousse.
Il criait  : "ça a commencé comme ça 89! ça a commencé comme ça la révolution FRAN9AISE!"
Et il brandissait de plus belle sa couronne, et il se mit à danser, la couronne toujours en main, essayant de se remémorer les pas de danses du prospectus. Il était en transe ; il se mit à réinventer le Krump, modestement, sur la place de la République.
Autour de lui, bien sûr, ça s'agglutinait de plus en plus, les gens scandaient, grondaient, riaient, la petite foule le portait… c'est à cet instant que le serveur du périscope rendit l'âme.



Jack finit tout de même par s'approcher de l'estrade.

6
Le cordon de sécurité était tout de même bien imposant. Ce n'était pas du tout la flamboyante manifestation exhibitionniste que Jack avait tant espéré ou peut-être un truc de super pervers car il y avait des punks à chien à dreadlocks, des agriculteurs, des syndicalistes et tout un groupe de l'association Droit Au Logement, et d'ailleurs Jack crut reconnaître Albert Jacquard ce scientifique au physique intriguant, ambigu, super coquin en définitive, qu'il retrouvait souvent dans les backrooms et les saunas oniriques de ses nuits humides hantées de songes et fantasmes inavouables, mais Jack se souvint alors qu'Albert Jacquard était mort en septembre 2013, ce qui l'emplit soudain d'un spleen tétanisant.

"Ah bigre de merdouille, ô mortelle condition humaine, ah fichtre de foutre de corne de licorne en chocolat liégeois, pourquoi faut-il qu'ils meurent donc tous, les grands, les blonds, les beaux, qui sentent si bon le sable chaud ?"  Oui, et pourquoi la majorité des participants à la nuit debout étaient-ils en fait assis, pour ne pas dire avachis à même le sol, se croyaient-ils à la plage, espéraient-ils bronzer sous les lampadaires, et où étaient passés les maîtres-nageurs? "Debout, feignasses!" s'entendit-il crier, conscient toutefois que la peur panique les paralysait, lui et ses cordes vocales, "levez-vous, tenez-vous droit pour vos droits, ne lâchez pas le combat, fais tourner le oinj, et omni putas putatum eres et subséquemment !"

Une grosse dame du service d'ordre s'approcha du trouble fête.
- Hey ! T'es pas un casseur au moins, toi, le beuglard ?
- Quoi mais heu...
- Retourne tes poches et vide ton sac à dos. T'as des caillasses sur toi, des cocktails Molotov, une cagoule, une Kalash, un cran d'arrêt, une ceinture explosive, le dernier album de Booba ?
- Bah ?
- Avoue que c'est le MEDEF qui t'envoie pour foutre le boxon et nous décrédibiliser... Tu ressembles à Gattaz... T'es pas son neveu ?
- Ben peut-être j'en sais rien... j'ai pas fait de test génétique et...
- T'as vu le film "Merci, Patron" de François Ruffin ? Hey ! Mais tu serais pas le négociateur de Bernard Arnault ?
- Nar-Bé Arnault, mucho dinero. Yo te amo ! Wesh, grosse. Heu... Pas grosse, ronde, enrobée, koi...
- T'as l'air cool en fait, je te taquine. ça se sens que toi, t'es là pour t'exprimer. Parce que t'en as gros sur la patate...
- Il est vrai que je suis un taiseux. Un gars plutôt dans l'action.
- Faut que tu saches ici y a des codes à respecter. Tu peux pas te mettre à gueuler comme ça. Je comprends. T'as pas d'amis et t'as besoin d'évacuer tout le ras-le-bol au fond de toi. Lis bien cette petite brochure. Elle comporte des pictogrammes. Même les petits mammifères, genre les gerbilles, les mulots, les illettrés de la société Gad, Emmanuel Macron, entravent ce qu'y a d'écrit dessus. Voilà ce sont nos règles. Il faut les respecter.

Alors que la grosse dame s'en allait probablement vers de plus verdoyants pâturages, Jack se mit à étudier le prospectus qu'elle lui avait laissé. Quelle ne fut pas sa surprise : Il y avait tout un tas de mouvements décortiquant pas à pas une splendide chorégraphie quelque part entre Just Dance 4 sur PS4 et les derniers cours de Zumba qu'il se remémorait. La danse représentée ici ne lui était pas familière. Il en connaissait pourtant un rayon en façons de bouger son corps sur la piste depuis que les frères Gibb lui avaient mis la fièvre ce fameux samedi soir alors qu'il était littéralement ivre à la suite d'une hypersécrétion sauvage de sébum. Par la suite, il avait tout dansé, du kwasa kwasa au ver de terre, du pogo à la lambada sans oublier le cha-cha-cha, mais cette chorégraphie ne lui disait vraiment rien. Il essaya difficilement  de reproduire ce que le prospectus tentait de lui enseigner lorsqu'une voix autoritaire retentit derrière lui :
- Toi qui aime danser, viens donc voir un peu par là!


Jack finit tout de même par s'approcher de l'estrade.

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Jack s'ennuyait chez lui. Son ami, François Berléand venait de follower un tweet improbable indiquant que des gens se massaient par centaines en public et toute la nuit, aussi Jack dont la libido bourgeonnait en ce début de printemps 2016, pensa immédiatement que des parisiens libertins se livraient à des massages érotiques collectifs voire peut être même à une gigantesque orgie, et il fut d'abord vexé de ne pas avoir reçu de carton d'invitation.

Certes son honneur personnel venait d'en prendre un sacré coup. N'était-il pas connu sous le pseudonyme du "Spéléologue facétieux" par le tout Paris mondain fréquentant les backrooms des clubs libertins ? Une telle omission était tout bonnement intolérable et Jack passa de longues heures à se contempler dans le miroir géant de salle de bain, nu, avec pour seuls accessoires, son casque à lampe frontale, son piolet et son petit tonneau de Saint Bernard autour du cou. Il prenait des poses aguicheuses tout en enchaînant des duckfaces de haut niveau. Il finit par s'en convaincre : ça ne venait pas de lui. Il était toujours aussi sexy et désirable. Il appela tout de même le centre d'UV/épilation brésilienne intégrale pour réserver 5 séances supplémentaires dans le mois et ceci mit un point d'arrêt à ce sentiment de vexation hors de propos. Mais alors, si on ne l'avait pas blacklisté, pourquoi n'avait-il pas reçu d'invitation à la soirée libertine à thème outdoor debout ? Il pensa à un complot en premier lieu. Certains jaloux et envieux ne supportaient pas son charisme et ses exploits dans le milieu bondage SM haute volée de compétition. Il lui fallait bien réfléchir à cela. Qui était le fieffé filou qui avait assez d'influence pour le bannir d'un tel événement ? Pour réfléchir à cette épineuse problématique, Jack devait avoir l'esprit libre, délivré de toute entrave, de tout souci d'ordre terrestre et bassement humain. Il suivait rigoureusement une méthode pour cela : il bricolait. Il avait aménagé son cagibi pour cela : bricoler pour avoir l'esprit serein et réfléchir déconnecté de la réalité. Il passa d'abord près d'une douzaine d'heures à plancher sur un projet d'arme secrète visant à détruire les cerveaux de ses concitoyens oublieux avant de se rendre compte qu'une arme de ce genre existait déjà et qu'on l'appelait télévision.

Jack,dans la foulée, décida de s'initier à l'ombromanie en compagnie de Sven, un ami cartographe. Mal lui en pris. En effet, Sven n'était pas réellement cartographe, même s'il réalisait régulièrement des cartes de France dans son slip durant son sommeil, car oui, en réalité, Sven était un éjaculateur précoce, et les jeux d'ombromanie se concentrèrent très rapidement et exclusivement à la reproduction de cétacés expulsant de l'eau par leurs évents dorsaux. Jack se sentit trompé et souillé. Il se dirigea donc vers la salle de bain pour se laver et, sur le chemin, il se sentit suivi, ce n'était pas Sven mais une de leurs ombres crées à quatre mains, une sorte de marsouin, qui semblait nager dans le mur derrière lui. Le cétacé du papier peint ne le lâchait pas d'une nageoire et Jack, de plus en plus épouvanté, se réfugia dans la salle de bain, à double tour, mais c'est l'ombre qui l'accueillit, encore plus terrifiante, lorsqu'il alluma la lumière. Il bu le laphroaig planqué dans le tonnelet pour reprendre du courage, prit un piolet dans une main et son gode arawak en bois bandé dans l'autre et se lança à l'assaut de la bestiole qui le narguait en nageant dans le mur. Il fracassa le fidèle témoin de son narcissisme en mille morceaux tranchants qu'il lança ensuite tels des fléchettes, les mains bientôt en sang, sur le mur, là où apparaissait, par intermittence, l'infernal marsouin ; il explosa le cumulus au dessus de la baignoire, il fit des trous un peu partout, il gueula même, hystérique : "Klatu Verata Nektu", "Klatu Verata Nektu", avant de se rendre compte, à genoux dans le chaos, pleurant presque, que l'ombre n'était en fait qu'une très collante persistance rétinienne.
Rassuré, soulagé, et pourtant éreinté - sans doute le contrecoup - il se servit un grand verre de Martini menthe nippone arrosé de sucre glace, lâcha un rot présomptueux et y alla d'un rire amusé.

Il décida alors de se rendre place de la République pour la filmer en live sur Périscope.

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Tous les français libérés chantonnaient, festoyaient et forniquaient librement. Dans l'ombre du gouvernement provisoire constitué par les clones des Bee Gees, Joey Starr et Nabila, les confusionnistes survivalistes soraliens se frottaient les mains en ôtant leurs masques d'Etienne Chouard.

Jack sombra dans un flashback extatique où il se remémorait les prémices de cette insurrection, la campagne électorale de Ségolène Royal en 2007 (presque dix ans déjà) et sa volonté de placer la démocratie participative au cœur de nos institutions, puis il se souvint des années 80 au détour d'une faille spatio-temporelle, tu te souviens des soirées, et très clairement des nuées de sombres connards, qui dansaient le MIA, tenir les mêmes discours en parlant du Minitel comme l'outil de libération du citoyen asservi à la sombre dictature en sous-texte de la constitution de la Veme République, et il suffit à Jack d'une remontée de LSD, pour qu'il se retrouve propulsé de nouveau, via l'hyperespace plié en accordéon, quelques heures plus tôt, juste avant qu'ait eu lieu la seconde révolution française, place de la République. Il mangea alors un cachou, mû par une fringale printanière hérité de sa grand-mère paternelle. Au loin, des rasta blancs jouaient du jdembe, jammant comme jamais, en attendant le Grand Soir, et accessoirement la soupe aux légumes frais préparée par Svan, le frère de Sven, lui même rasta, roux, rasé et rasant les murs pour ne pas que la maréchaussée ne l'appréhende. Un clochard qui voulait un peu de soupe fut tancé par un animateur culturel : il n'était pas membre d'une assemblée constituante tirée au sort et participative. Près des toilettes sèches et vegan, le Parti de la Souveraineté Misandre organisait des réunions non-mixtes. "Le mâle, c'est la mal" cria fort Pétunia, un personnage secondaire qui joua un rôle essentiel dans le 5ème chapitre de notre aventure.
Plus loin encore, partout, un vent nouveau soufflait, il murmurait aux oreilles de chacun le nouveau mode d'emploi ; dans les campagnes, les forêts, au fond des laboratoires de dissections, les animaux participaient plaintivement à l'euphorie ambiante, aboiements, beuglements, miaulements et ululements faisaient vibrer l'air jusqu'à en faire frémir les feuilles de canopées, et même les pendus qui se balançaient déjà, partout, aux vieilles branches des arbres, semblaient, dans leur mutisme, chantonner la nouvelle ritournelle.

Jack se réveilla sanglé dans une petite pièce capitonnée et il avait fort mal à son fondement.

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Il fallait cependant improviser une guillotine mais Jack se rappela d'un vieil épisode de Mac Guyver qui l'avait marqué durant sa prime jeunesse. Il empoigna alors un manifestant qui passait par là, lui fit les poches en le chatouillant et s'exclama : "Bon sang mais c'est bien sûr !"
"Mes amis, nous allons, TOUS ENSEMBLE, construire une guillotine humaine, nous avons l'intelligence de l'homme qui a des bras, nous avons des dents et des ongles, nous avons la volonté et la rage, nous avons la force de la jeunesse, le savoir-faire des années passées, ON PEUT LE FAIRE, nous y arriverons, TOUS ENSEMBLE."

Finkielkraut tenait la tête de Flamby à bout de bras et la brandissait à la foule qui scandait des "Mais taisez-vous ! Mais taisez-vous donc !".

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Les CRS et l'armée escortaient une foule de plus en plus nombreuse qui convergeait vers l'Elysée dont le siège avait déja débuté. Tout autour du glorieux édifice, des artistes de rue s'adonnaient à leurs arts pénibles et redondants, ce qui eut le don d'agacer Jack dont la haine notoire des mimes et des théâtreux faillit le faire changer de camp. Il retournerait peu-être sa veste un jour, dans d'autres aventures, mais pas maintenant ; aujourd'hui, il sentait une fièvre qui lui gagnait l'échine, il se sentait pousser des ailes, et ce depuis son intervention au micro ; dorénavant, il pouvait le sentir, on le reconnaissait… on le reconnaîtra.
et C'est ainsi que Jack pu obtenir la reddition sans condition de François Hollande qui fut arrêté à Varennes.

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L'armée protégeait l'accès à la rue des appartements de Manuel Valls et d'ailleurs très vite on s'apperçut qu'ils l'hélitreuillaient pour l'exfiltrer ni vu ni connu. C'est alors qu'Eric Zemmour, du haut de son mètre vingt-huit, prit la tête du triumvirat, ralliant Jack à leu cause en lui offrant sa signature photocopiée sur des bons du trésor datant de 1954, et hurlant comme un damné qu'il fallait jeter des trucs et des machins sur les pales de l'hélicoptère afin de stopper sa progression et de récupérer ce bon vieux Valls dont Jack se dit qu'il en ferait bien un tapis pour mettre devant sa cheminée.
Que pourraient-ils bien lancer?
- De la marde! cria quelqu'un (sans doute un québecois). Oui, jetons notre marde! Jetons tous notre marde sur l'hélicoptère!

Jack et Eric Zemmour avaient eut une bonne intuition, puisque à présent l'armée avait rejoint leur cause et Manuel Valls pendait au bout d'un crochet de boucher.

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Toute une armée de CRS se dressait cependant devant nos glorieuses troupes. Jack, qui n'abandonnait pas son obsession d'autographe, essaya de jouer les ténia et de s'insérer dans la masse qui, de bleu, vêtue, se laissait progressivement gagner aux idées libertaires des manifestants orgiaques.
Cependant, Kevin, une jeune recrue, n'appréciait pas beaucoup l'odeur de défection qui émanait à présent de la compagnie, il n'était pas là pour conter fleurette aux gauchistes, il n'était pas ici pour qu'une hippie droguée le coiffe d'un collier de fleurs fanées, il n'était pas présent pour assister à ce pitoyable spectacle : Jojo qui enlevait son casque devant deux grosses Femen, et Raymond, son chef qui, lui aussi, baissait la garde. Il était là pour faire le spectacle, pour casser des gueules d'étudiants et voir voler des dents, il était LA COMPAGNIE R2PUBLICAINE DE S2CURIT2 bordel et ça allait saigner.
Et c'est ainsi que les CRS convaincus se joignirent au mouvement pour organiser un gigantesque apéro géant chez le premier ministre.

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Sans vraiment s'en apercevoir Jack, Véronique Genest, Alain Finkielkraut et Eric Zemmour cassaient des gueules sans rencontrer de résistance particulière et se dirigeaient tranquilou vers le stand cantine à prix libre. A les observer ainsi par en-dessous, Jack se dit qu'ils lui rappelaient les Bee Gees en 1975, à la sortie de leur premier tube disco, "You should be dancing", récemment recyclé en générique de fin pour Moi, moche et méchant, film de prédilection de Jack qui se prit alors à rêver d'un autographe des frères Gibb. Un gars un peu relou qui pestait contre soit disant la bande de facho-spécistes qui entretenait fallacieusement la confusion des clients de la cantine, faisait la queue pour être servi avant eux et il s'agissait d'Aymeric Caron qui voulait bien s'assurer que toute la bouffe qui lui était offerte, pour les 5 centimes qu'il avait bien voulu en payer, ne contenait pas des produits issus de l'élevage d'animaux n'ayant pas donné leur accord préalable pour être exploité en tant que ressource ou producteur esclave de ressource alimentaire puisque d'ailleurs il insista pour analyser la bouffe au spectromètre de masse, exigea qu'on lui montre tous les labels et certificats de traçabilité de la moindre nanomolécule faisant officiellement ou non partie des ingrédients de la bouillie du buffet à volonté. Un jeune nigaud un peu ivre le poussa de l'épaule, il arrivait, son assiette en main et la doléance au bec, car il venait, à l'instant, de trouver un œil dans le pot-au-feu vegan. C'est l’œil de Pétunia se félicita le cuistot, on l'a cherché partout… mais… il est tout mâchouillé!

Ce fut le plus copieux repas à l’œil auquel nos compères n'avaient été invités, et tout en continuant de galvaniser les foules de leurs slogans fédérateurs, plusieurs cohortes se mirent en marche vers les appartements de Manuel Valls.

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Jack fut exfiltré vers l'espace VIP où il se retrouva enfermé avec Véronique Genest, Alain Finkielkraut et Eric Zemmour. Jack se sentit blêmir de l'intérieur, rougir de l'extérieur et pâlir du côté gauche. Les lois du hasard voulurent qu'en ce même instant un groupuscule féministe, interdisant la mixité du débat qui allait être entamé, investit les lieux, aussi la question de savoir si les prisonniers étaient des femmes ou non se posa et il leur fût demandé qu'ils ôtent intégralement leurs vêtements pour que la commission LGBT de l'évaluation du genre puisse statuer sur chacun de leur cas à vue d’œil et par des techniques de palpation d'ordre purement scientifique. Eric Zemmour à son tour se sentit blêmir du côté gauche, rougir de l'intérieur et pâlir de l'extérieur, il ne voulait pas se mettre tout nu devant du monde, il ne voulait pas qu'une lesbienne le touche, il avait peur d'être contaminé, il ne voulait pas exhiber hubert, son sexe, son ami ; Véronique, elle, était déjà à poil et Alain, lui, bandait sous cape, en riant niaisement.

Ce groupe vaillant venait de retrouver sa liberté et se frayait un chemin à grands coups de poings à travers toute cette bande de zombies fascistes.

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Soudain ce fût le tour de Jack de prendre la parole et un microphone lui fut tendu. Il y avait des tas de gens qui avaient constitué des commissions et par petits groupes ils parlaient d'utopies improbables en citant des Bisounours notoires comme Stéphane Hessel, ce suppôt démoniaque de l'impératif présent à la seconde personne du pluriel, cependant, Jack, micro en main, ne se sentait étrangement pas du tout indigné mais plutôt catatonique face à la foule hétéroclite, difforme et monstrueuse à laquelle il allait devoir se confronter tel un créateur de start-up ayant 2 minutes pour placer un pitch cool et bien senti.
N'écoutant que son courage, dont il s'empressa par ailleurs de s'emparer d'une seule paluche, l'autre tenant le micro, il entama son intervention par une citation qu'il jugea instantanément parfaite de sobriété, rassembleuse et finaude :
"Est-ce qu'on va reprendre la route ?
Est-ce que nous sommes proches de la nuit ?
Est-ce que ce monde a le vertige ?
Est-ce qu'on sera un jour puni ?"
C'est alors qu'un indigné de la première vague, confortablement planqué dans la foule, un devenu à présent enragé à force d'arpenter les places européennes, jeta sur scène un objet qui vint atterrir aux pieds de Jack.
Mais ce gros bâtard de coordinateur de débat fit évacuer Jack de l'estrade.

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