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La Zone -
Résumé : Voici un texte bien glauque, comme on les imaginait en lançant un AAT sur les EHPAD en 2026. Une tranche d'après-vie, en quelque sorte, quand on n'est pas encore mort mais plus tout à fait là. Vivement les décrets d'application de la loi sur le suicide assisté.

La page 102

Le 24/08/2026
par Cécile Peyre
[illustration] Sa lecture s’est arrêtée page 102, elle se revoit mettre en place le marque page, une fleur fanée, souvenir d’un amour enfui, collée sur un rectangle de carton. Elle ne se rappelle plus ni de quoi parlait ce livre, ni même son titre. Etait-il question d’un colibri ?
Quand elle y songe, que cette page 102 s’impose, paroi opaque couverte de signes indistincts, mur entre hier et aujourd’hui, dans sa mémoire enfiévrée, volette un colibri.

Elle y songe, seule, dans cette chambre impersonnelle comme une chambre d’hôtel, désormais la sienne, elle, prisonnière d’un éternel voyage immobile. Elle y songe dans la salle à manger commune, dans le bruit des conversations décousues. Elle en rêve la nuit se tournant et se retournant dans son lit d’hôpital.

Le petit colibri volette sans fin dans cette pièce sombre et sans issue qu’est devenu son esprit.

Le matin, à l’aide soignante venue la lever, elle dit : « Ouvrez donc la fenêtre, ne voyez vous pas le petit colibri ? »

Son univers brutalement rétréci, s’accommode d’une saveur nouvelle, comme ces céréales sucrées goûtées lors d’un petit déjeuner gourmand, dont à ses proches elle réclame ensuite sans fin les petites boites bleues ornées d’un tigre.

Hormis ces lueurs d’intérêt, elle reste le plus souvent immobile dans son fauteuil ou sur sa chaise, un léger sourire errant sur les lèvres de ce doux visage affaissé.

Autour d’elle, la vie va comme elle va en ces lieux.

En face, deux résidentes parlent avec animation de leur mort prochaine, se font des politesses « après vous » « non après vous, très chère », l’une d’elle conclut ces interrogations eschatologiques d’un » On nous transformera en saucisse et puis voilà » l’autre opine vigoureusement du chef avant de se lancer dans une interprétation aussi enjouée qu’éraillée des roses blanches.

A coté, deux petites sœurs copies conformes, petits visages perdus d’âge canonique sous une frange blanches se crêpent le chignon, une soignante se précipite pour les raisonner et à quelques tables de là une grosse dame en fauteuil résume ainsi leur situation à l’adresse de son voisin mais assez fort pour que toute la salle en profite« bah c’est pas compliqué y’en a une elle a pas toute sa tête, quant à l’autre elle a sa tête mais elle est pas bien finie »

De cette animation, Juliette ne voit rien, les yeux perdus dans le vague à attendre le passage de l’infirmière, puis l’arrivée de la soupe ou de l’entrée.

Elle ne se rappelle plus de ses enfants, en a-t-elle trois ou quatre ? elle ne sait plus vraiment, de même les prénoms se mélangent dans sa tête. Pour ne pas faire d’impairs, elle les appelle tous mon biquet quand ils viennent la voir. Elle fait de même avec ces jeunes gens vêtus et coiffés de manière surprenante qu’on lui présente comme ses petits-enfants. « Comment ça va mon biquet ? » leur demande-t-elle avec son doux sourire. Elle retombe ensuite dans sa stupeur.

Quelques images de son passé,télescopant les années, passent parfois les brumes épaisses qui l’entourent depuis son AVC . A son fils qui lui parlait de leur père, son mari, elle a rétorqué, avec un rire confus de petite fille « Ah Simon, oui, j’avais le béguin pour lui dans le temps » puis revenant à sa préoccupation « Tu l’as pas vu toi le petit colibri ? »

= commentaires =

Nino St Félix


    le 24/08/2026 à 09:27:32
Pfff nan mais azy qu'est ce que tu veux dire sur ce texte, c'est intouchable le truc, y'a aucun angle pour sortir une saloperie (ou alors faut partir dans des délires communautaristes intra-zonards). C'est bien écrit, triste, sans trop d'aspérités, rien qui dépasse, aucun truc à mordiller. C'est un texte qui me laisse totalement désarmé. Je dirais juste que, à la rigueur, c'est pas vraiment sombre, ni débile, ni violent en fait. Mais juste un peu cynique sur les bords comme il faut.
Nan vraiment c'est pas du jeu. Si on peut plus dire de la merde, si les gens se mettent à nous poster des trucs bien foutus et tout, inattaquables (parceque là, que dire ? Alzheimer c'est mon pire cauchemard ; et en même temps un vrai réservoir a saloperie comiques trash ; mais ici le tour de force c'est que c'est ni misérabiliste, ni grossièrement provocateur), franchement, je vais rendre mon tablier.
Lapinchien


    le 24/08/2026 à 14:24:31
J'ai l'impression d'avoir lu "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain à l'EHPAD" et j'ai failli vomir. Il faudrait vraiment pas que Jean-Pierre Jeunet tombe sur ce truc immonde sinon l'idée d'une suite lui viendrait à l'esprit tant le texte s'inscrit dans la continuité évidente de l'œuvre initiale. Le terme anglais de "sequel" conviendrait parfaitement à l'affaire d'ailleurs. Je lance donc un appel désespéré au groupe de hackers français ZeroBytes pour qu'ils coupent préventivement et indéfiniment tout accès internet au réalisateur du premier opus au nom de l'intérêt supérieur des générations futures à ce qu'on leur laisse un monde tel qu'on a eu la chance de le recevoir à la naissance : vierge et pur de la souillure d'une marée noire sirupeuse, mielleuse, pleine de bons sentiments d'un Amoco Cadiz du septième art.
Nino St Félix


    le 24/08/2026 à 14:33:56
La boulette c'était de mettre "Notre Temps" dans le titre de l'AAT en fait. du coup la rédaction de Notre Temps reçoit-elle des récits de VVV (vomi-viol-vasectomie) par contre-coup / rééquilibrage cosmique ?
Lapinchien


    le 24/08/2026 à 17:58:21
J'espère que le délire sur le colibri agisse de même sur l'administration Trump, qui sous son second mandat a logiquement banni la police de caractère Calibri au profit de la Times New Roman sous prétexte de restaurer une certaine forme de sobriété administrative et d'autorité visuelle non woke.
À son âge, Trump aurait d'ailleurs bien plus sa place dans la chambre impersonnelle d'un EHPAD à chanter les roses blanches qu'à la tête d'une puissance nucléaire. Mais si son administration reçoit des récits de vomi-viol-vasectomie, ça me va aussi.
LePouilleux


    le 24/08/2026 à 19:16:57
Mouarf, c'est sympathique sans plus. C'est sûr que c'est le genre de texte qu'on aurait typiquement reçu si la Zone était la MJC de Nogent-le-Rotrou.
Lapinchien


    le 24/08/2026 à 19:32:01
Pourtant une seule phrase à la fin aurait pu suffire à montrer que tous ce texte n'était qu'un fantasme de publicitaire pour promouvoir le groupe Orpea, un truc pour faire revenir à la réalité réelle du genre : Alors Juliette fut soudainement prise d'une mega-chiasse et elle se noya dans sa merde.
Nino St Félix


    le 24/08/2026 à 19:47:36
Le meilleur est à venir avec Full Metal Rondelle, en la matière.
Nino St Félix


    le 24/08/2026 à 19:47:43
fécale.

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