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La Zone -
Résumé : Nouvelle autrice sur LA ZONE, Marjorie propose avec "Résident résistant" un texte abouti, à la fois réaliste et lyrique, sur le quotidien dans un EHPAD. Sombre à s'en tirer une balle, malgré l'espoir auquel on veut croire du titre jusqu'à la dernière phrase.

Résident résistant

Le 30/08/2026
par Marjorie
[illustration] Voici ma participation. Le texte a été écrit à partir d'un ehpad à Bruxelles.
Résident résistant


Les journées s’étirent ici au rythme des activités pour seniors : pétanque sous le soleil du jardin, karaoké où quelques voix éraillées s’accrochent aux refrains du passé, jeux de société à l’enthousiasme variable, ateliers de peinture ou de tricot, et parfois des sorties organisées. Blankenberge ou le bowling du quartier deviennent autant de bouffées d’air, des échappatoires fragiles à la monotonie.
Un relent d’école primaire flotte le temps d’une journée, entre coloriages et programme figé, comme pour se donner l’illusion que l’on n’est pas tout à fait dans ce qu’on finirait par appeler un mouroir — une parodie d’innocence rejouée en fin de vie.
Une voix s’élève, hésitante :
Auprès de ma blonde
Qu’il fait bon, fait bon, fait bon
Auprès de ma blonde
Qu’il fait bon dormir !
Pour lui, pourtant, l’essentiel reste ailleurs : l’autonomie. Comment désirer encore ? Comment se projeter, alors que tout espoir de construire, même d’anticiper, s’effrite implacablement ? Chaque choix, même infime — quoi manger, faire ses courses — lui échappe, happé par un système qui décide à sa place, tranchant entre lui et ses propres possibilités.
Refaire son lit, par exemple. Un geste simple. Mais déjà confisqué. Comme si, peu à peu, on lui retirait non seulement ses forces, mais aussi la preuve qu’il les avait encore.










Le quotidien des quatre-vingt résidents se déroule au rythme minutieusement orchestré des repas. L’odeur des mêmes plats réchauffés s’infiltre dans l’air, dans l’ angoisse ou le réconfort. Les roues des chariots avancent difficilement avec un léger crissement sur le sol carrelé.

À l’approche du mécanisme grinçant , un homme serre instinctivement les accoudoirs de son fauteuil, une tension imperceptible traversant son corps, comme si le rythme des véhicules secouait un réflexe enfoui. Chaque jour, à la même heure, ce bruit familier annonce l’arrivée des plateaux, suivi des voix monotones des aides-soignants appelant méthodiquement les prénoms des résidents.

Le personnel s’évertue à les interpeller avec un « Monsieur » ou un « Madame », teintés systématiquement lors de ces moments collectifs d’une politesse assidue. Sous les néons froids, les assiettes semblent briller d’une lueur étrangement clinique.


À présent, il subissait les conséquences de son impuissance. Chaque jour, il réalisait à quel point le contrôle de sa propre vie lui échappait. Cette perte le rongeait de l’intérieur, éteignant peu à peu ce qu’il restait de son énergie vitale. Chaque instant devenait un rappel cruel de son incapacité, comme si une cage invisible se resserrait lentement autour de lui.



Les heures s’épuisent , semblables aux précédentes, et dans ce calme implacable , certains habitants , les yeux dans le vague, semblent se demander si, secrètement, la fin du jour ne réserverait pas une forme de promesse.

D’autres s’abandonnent dans un fauteuil en face de l’ascenseur , avec pour toute consolation, le juke box infatigable, ou , les meilleurs jours, une flânerie modeste dans le jardin. Ils inspectent les allées et venues des uns et des autres, surtout celles des visiteurs. Une autre façon de tuer l’ennui.
Comme si suivre les mouvements, permettait de tromper leur propre immobilité. Leurs yeux s’attardent parfois sur un détail, un sourire, une discussion à voix basse, et ces instants inédits    suffisent parfois à meubler quelques minutes de plus dans cette longue journée étendue.


Ce lieu, il y avait atterri presque par hasard. Un simple accident au genou avait suffi à fragiliser son autonomie, fissurant le fragile équilibre de sa vie. Depuis, il stagnait dans cet univers calibré, un espace où le temps semblait s’effilocher, chaque journée s’étirant comme l’ombre pâlie de la précédente.

Ce qui n’aurait dû être qu’un passage s’était mué en une dérive infinie, un piège dont la routine se resserrait, sans issue en vue. Jour après jour, l’idée même de retrouver sa vie d’avant se dissipait, se fondant sous le poids étouffant de cet éternel présent.


L’ascenseur, qui transporte inlassablement d’un étage à l’autre, imprégné aussi d’un ennui palpable, devient le témoin silencieux de leurs conversations anodines et de souvenirs éculés. Ses portes s’ouvrent et se referment avec un soupir mécanique, ponctuant les trajets où les mêmes anecdotes usées défilent infatigablement , se croisant entre deux niveaux.

Les dialogues s’entremêlent le plus souvent dans un chaos complexe à saisir pour les nouveaux venus.
— Ah, le bon vieux temps !
— Oui, ça devait être en 1985, non ? Ou 84 peut-être?
— J’ai eu mal aux dents pendant tout le bingo , et personne ne semble s’en soucier !
— Qu’est-ce qu’on va manger ce soir ?
— Ça fait quatre jours qu’il pleut. Qu’est-ce qu’on s’emmerde !
— On parle tout de même avec respect aux personnes âgées, jeune homme !
— Respect ? À quoi bon, si c’est pour manger encore du chou ce soir ?
— Au moins, le chou, c’est bon pour la santé !
— Oui, mais moi, je préfère une bonne tarte aux pommes. Et tant pis pour la santé.

Traverser la résidence, c’est plonger irrémédiablement dans un mélange d’odeurs persistantes, familières, qui imprègnent chaque recoin. Celle du désinfectant flotte en permanence dans l'air, se mêlant aux produits d'entretien, trop présents pour être ignorés.
Dans les chambres, un parfum plus intime se dégage, mélange de vieux bois, de draps fraîchement lavés et parfois d'une lotion appliquée avec soin par chacun. Au moment des repas, les effluves de viande mijotée, de légumes bouillis et de pain grillé envahissent les couloirs, créant une atmosphère rassurante malgré la répétition.

Il avait bien tenté tous les ateliers proposés , espérant y trouver une lueur d'émulation intellectuelle. Mais chaque activité, malgré ses promesses, finissait invariablement par lui renvoyer l'image cruelle de ses propres limites. Ce qui aurait pu devenir un moment de partage ou d’échange se désagrégeait rapidement.

Dans les espaces communs, l'odeur du café tiède s’attarde sur les tables basses, tandis qu'à l'extérieur, l’atmosphère s’alourdit, chargé du parfum des plantes fanées et de la terre humide après les nombreuses averses. Chaque renfoncement , chaque couloir, porte la trace d’un moment figé dans le quotidien. Mais certaines effluves sont difficiles à soutenir. La présence tenace des médicaments et des antiseptiques se mêle à celles de corps peu lavés ou lavés à la hâte. Des notes plus subtiles de fatigue s’y glissent, jusqu’à ce que l’odeur sourde et inquiétante de la mort, invisible mais omniprésente, semble rôder, entêtante.
Par moments, l'air semble si saturé qu'il devient impossible d’échapper à ce cocktail d'odeurs viciées. Chaque respiration devient alors une confrontation, où l’inspiration elle-même semble alourdie par l’âge et le quotidien de ces murs infiltrés .

À chaque tentative, il se sent un peu plus isolé, tentant désespérément de raviver une curiosité qui s’effilochait, s’éteignant lentement dans le silence pesant. L’écho de son désir de connexion se heure chaque jour à l’indifférence ambiante, laissant une marque de solitude de plus en plus tenace dans son esprit. Autour de lui, les sourires furtifs et les échanges de mise ne font que renforcer sa distance. Il se demande, dans un élan presque douloureux, si d’autres ressentent aussi cette lassitude, ou si tous se sont déjà résignés à une existence anesthésiée.


Les résidents, pour la plupart, ont cessé de décompter les jours, comme si chaque montée ou descente les ramenait invariablement au même point. Certains échangent un regard complice, tandis que d'autres demeurent perdus dans leurs pensées, laissant le temps les emporter, tout aussi assidûment que l’ascenseur. Les réminiscences suppléent l’appétence à vivre qui semble leur faire défaut.

Mais tout paraît plus supportable lorsqu’on peut puiser dans une abondance de souvenirs agréables.

à la claire fontaine m'en allant promener
J'ai trouvé l'eau si belle
Que je m'y suis baigné
… Il y a longtemps que je t'aime
Jamais je ne t’oublierai

À force de tenter et de renoncer, il a fini peu à peu par abandonner ces activités, préférant se retrancher dans le silence de sa chambre 657, où seuls les échos lointains de la vie collective lui parviennent. Là, entre les murs délavés, il laisse ses pensées dériver. Les livres, autrefois dévorés, s’accumulent désormais, fermés, fatigués et immobiles sur sa table de chevet, leurs pages à peine effleurées, témoins muets et poussiéreux de son désengagement. Même la musique, naguère capable de l’émouvoir, lui semble fade et inerte, incapable de susciter le moindre émoi.

Dans ce ballet quotidien, les aides-soignants se déplacent avec une grâce attentive, leurs mains expertes s’attachant à guider les résidents moins mobiles vers une position plus confortable. Chaque geste se veut empreint de douceur, comme s’ils cherchaient à préserver la dignité de ceux qu’ils soutiennent .
Ils glissent leurs bras autour des épaules frêles, soulevant délicatement les corps fatigués, tout en murmurant des mots rassurants .Dans le silence de la salle commune, ce contact devient un langage à part entière, une promesse de sécurité au milieu de la vulnérabilité.

Les résidents, parfois hésitants, se laissent faire, leurs regards croisant ceux des auxiliaires, témoins d’une intimité qui transcende la simple nécessité des soins. Ainsi, dans cette routine bien huilée, une humanité partagée émerge, illuminant de grâce soudaine les visages marqués par le temps.



Il voudrait fuir, s’éloigner de cet univers insensé, trop proche de la mort, où chaque jour se confondait avec une veillée funèbre. Le bruit monotone des déambulateurs résonne comme une mélodie funeste. Les visages fatigués qui l’entourent, marqués par le temps et l’ennui, lui renvoyaient l’image d’une fragilité qu’il connaissait trop bien, celle de son propre corps, victime d’une lente dégradation. Mais, dans cette prison d’assistances , il n’a nulle part où aller, et le projet même de s’échapper lui semble absurde, presque cruel. Où aurait-il trouvé refuge ? Le monde extérieur parait si lointain, presque irréel, comme une ombre fugace dans son esprit. Même s’il avait la force de partir, il se demande ce qu'il en ferait . Que serait-ce de s'aventurer à nouveau dans cette réalité qui lui échappait ? Chaque pas vers l’inconnu semblait truffé d'incertitudes, et l’idée de quitter ce cocon, bien que suffocant, lui donne le vertige. L’illusion d’un asile n’est qu’un mirage, et au fond, il se sentait prisonnier d’un choix qu’il n'a même pas eu l ‘opportunité d’opérer.
Pourtant, ce désir d’ailleurs, à la fois flou et persistant, continue de le hanter, tel une étincelle de révolte face à la fatalité. Même s’il savait qu'il ne pourrait jamais tout à fait fuir, cette flamme tenace suffisait à illuminer, ne serait-ce qu'un instant, l’obscurité de son quotidien. Elle se manifeste parfois dans ses rêveries, lui promettant un horizon où les chaînes de son existence s’effaceraient, un lieu où le temps ne serait pas une punition, mais une chance de vivre encore pleinement.
Et si convaincre les autres de quitter la résidence constituait la solution à envisager ? Cette pensée, d’abord timorée, s’enracine dans son esprit, jusqu’à devenir une obsession.

À travers la fenêtre de sa chambre 657, il aperçoit les arbres du jardin, leurs branches secouées par une brise légère qui semblait n’avoir aucun poids. Ils oscillent sans but. Leurs ombres s'étirent doucement sur le sol, mais il sait que, même en s’efforçant de les suivre, il ne parviendrait jamais à les saisir.
La journée se meurt dans une lumière dorée, comme un dernier sursaut avant l’obscurité. Autour de lui, les voix des autres s’éteignent peu à peu. La solitude s’installe avec une évidence tranquille, un sentiment de fin proche mais suspendue Les murs de la résidence se resserrent lentement, mais, à l’intérieur, un vide se faisait plus grand que jamais, plus grand que le temps.

Dans l’air lourd de désinfectant et de douleur silencieuse, il se laisse porter par une pensée fugace : et si ce n’était pas la fin ? Si, quelque part, cette vie, si étriquée, avait encore un fil qu’il pourrait attraper ? Mais il sait , au fond, que ce n’est qu’un leurre. Une illusion douce. La promesse d’un ailleurs, d’une échappée, semble plus ridicule à chaque minute. L’ascenseur grince dans le couloir, ses portes se ferment, une nouvelle fois, sur cette journée interminable.
Il se lève enfin, lentement, le corps lourd et réticent. Il s’approche de la fenêtre, observant les nuages s’amonceler dans le ciel comme les pensées dans sa tête. Là, dehors, il y avait la ville. Là, ailleurs, il y a encore le monde, comme un spectre flou. Mais à quoi bon ? Chaque souffle devient une concession, une petite résignation. Il n’a pas la force d’y croire, pas la force de l’atteindre.
Le bruit des roues des déambulateurs s’éteint peu à peu, se fondant dans la lenteur du temps. Il laisse échapper un soupir, non pas d'ennui, mais d’acceptation. Peut-être qu’au fond, il n’y a pas d’autre fin que celle-là : vivre, là, entre ces murs, dans cette immobilité, à la frontière entre l’existence et la disparition. La porte de sa chambre se ferme derrière lui, comme une frontière invisible.
Et peut-être, après tout, que ce n’est pas la fin.

= commentaires =

Nino St Félix


    le 30/08/2026 à 10:26:11
Je vais faire le pisse-froid mais... Oui, c'est bien écrit, mais même un peu trop : j'ai senti l'auteur qui se regarde écrire à plusieurs moments. Et ce même si je comprend l'objectif, la poésie désanchanté, la langueur mélancolique (trés réussie, en terme d'adéquation fond-forme, au point qu'on finit par s'emmerder autant que le personnage principal, mais dans le "bon" sens du terme).

J'ai quand même un peu l'impression d'une certaine "facilité" journalistique/poétique, avec l'alternance (que j'imagine volontaire) des temps désaccordés, et la multiplication des "semble" qui donne un coté un peu onirique/désincarné (mais là encore sans doute un choix de style).

Sur la forme, y'a quand même pas mal de scories qui rendent la lecture pénible. Mais un effort pour espacer, faire respirer (Louise Guersan si tu lis ça...). Des passages a 50 mots pour faire passer une idée, mais bon, c'est ça aussi, la Littérature avec un grand L CMB.

Et puis, c'est pas vraiment sombre, ni débile, ni violent. Même si ça l'est d'une certaine manière, toute symbolique et subtile. J'ai plutôt l'impression d'un beau texte qui est tombé dans le caniveau de la Zone, un bout de littérature blanche dans le dégueulis général. C'est sans doute ce qui est intéressant, aprés Jack surfant sur une mer de caca, on change de registre.

Voilà, en gros, c'est un texte qui est trop propre pour moi, malgré ses qualités.
Nino St Félix


    le 30/08/2026 à 11:44:26
Oué en fait plus j'y pense plus je me dis que c'est un extrait d'un article de Florence Aubenas undercover en EHPAD pour Libération, mais qu'elle a mixé avec le cahier de poésies d'une résidente avec laquelle elle a sympathisé.
Lapinchien


    le 30/08/2026 à 16:13:44
Ce texte se pavane comme un cri de révolte alors qu’il n’est qu’une longue complainte de lâcheté déguisée. Le protagoniste rêve d’évasion, d’entraîner les autres hors de cette prison, mais il reste cloué dans sa chambre à contempler les arbres comme un poète fainéant. L'auteur fait pareil. Chaque élan de colère du personnage principal s’évapore dans un soupir d’acceptation, la porte qui se ferme derrière lui n’est pas un défi mais une capitulation. Au lieu de brûler le système qui lui vole jusqu’au droit de refaire son lit, il se berce de chansons enfantines et d’illusions douces, preuve que la résignation a déjà gagné.

De cette lâcheté suinte une mièvrerie si épaisse qu’on pourrait en faire du sirop d’érable. Le texte enfile les clichés comme des perles. C’est du déjà-vu consensuel, une carte postale larmoyante de l’EHPAD qui naît du fantasme du plus grand nombre. Rien n’est tranchant, tout est enveloppé dans une prose poétique qui cherche à émouvoir plutôt qu’à déranger.

La vision de l’EHPAD y est un catalogue de poncifs. C’est la résidence stéréotypée vue par quelqu’un qui n’a jamais voulu regarder au-delà du cliché de l’institution qui dévore l’âme. Aucune complexité, aucune rage réelle contre les protocoles, juste une contemplation esthétisée de la déchéance. C’est à gerber, vraiment.

La vieillesse y est réduite à une perte d’autonomie pathétique, un corps qui se dégrade, des souvenirs qui remplacent le désir de vivre. On nous sert l’éternel refrain de l’innocence perdue comme si la sénescence n’était qu’une berceuse triste. C’est convenu jusqu’à l’écœurement : l’âge n’est que fragilité, lassitude, et regard vague vers un ailleurs inaccessible. Pas de vitalité, pas de ruse, pas de plaisir obstiné, seulement le champ des possibles qui se resserre. C’est à gerber, vraiment.

L’ennui est peint comme une interminable journée étirée, un temps qui s’effiloche, des heures semblables aux précédentes. Les résidents tuent le temps avant que le temps ne les tue. C’est l’ennui sous sa forme la plus commune et convenue : monotonie, routine orchestrée, promesse illusoire de la fin du jour. Aucune invention, aucune façon de transformer l’immobilité en quelque chose de vivant ou de grotesque, juste une invitation à l’agonie dans la bonne humeur. C’est à gerber, vraiment.

Non, ce n’est pas de résistance dont on parle dans ce texte mais de la collaboration au diktat des mièvreries les plus éculées, celles que le commun des mortels partage par convention sans même avoir pris le temps de les remettre en question. Et le clou du spectacle qui abonde dans le sens de tout ce que j’avance, c’est ce putain de style de bon élève à œillères. C’est à gerber, vraiment.

Assez de ce prisme mainstream qui transforme tout en pathos convenu et tolérable. Le monde n’est pas une résidence pour âmes sensibles qui se lamentent. La mièvrerie est un biais, cette façon ici de tout envelopper dans de la poésie de consolation. J’invite l’auteur à trouver sa propre voix, une voix dissonante, une qui crache, qui vomit, qui refuse de soupirer d’acceptation et qui, au lieu de contempler l’intolérable, retournerait les plus intimes des convictions du lecteur lovées dans son cortex préfrontal pour les lui carrer au plus profond de son cul.
Lapinchien


    le 30/08/2026 à 16:25:54
D'ailleurs le tire de ce texte aurait dû être "Résident et vil".
Nino St Félix


    le 30/08/2026 à 17:31:42
moi j'suis trop gentil avec ce texte, en effet. Mais j'ai l'explication. Mon tout premier grantamour s'appelait Marjorie. Mais ouais c'est trop mainstream claro que si.
Nino St Félix


Resident et vil    le 03/09/2026 à 13:24:42
Ce lieu, il y avait atterri presque par hasard. Un simple accident de savonnette avait suffi à fragiliser sa psyché, fissurant le fragile équilibre de son existence. Depuis, il stagnait dans cet univers calibré, un espace où le temps semblait s’effilocher, chaque journée s’étirant comme l’ombre pâlie de la précédente, telle une verge flasque de diplodocus à minuit moins douze.

Ce qui n’aurait dû être qu’un passage s’était mué en une dérive infinie, un piège dont la routine se resserrait, sans issue en vue, ce qui est le principe d'un piège, au cas ou t'aurais pas pigé, tête de bite. Jour après jour, l’idée même de retrouver sa vie d’avant se dissipait, se fondant sous le poids étouffant de cette éternelle envie de pisser.

L’ascenseur, qui transporte inlassablement d’un étage à l’autre, imprégné aussi d’un ennui palpable, devient le témoin silencieux de leurs conversations moisies et de leurs souvenirs d'enculés.
Ses portes s’ouvrent et se referment avec un soupir mécanique, ponctuant les trajets où les mêmes anecdotes usées défilent infatigablement, se croisant entre deux niveaux. Ils sont piégés dans ce chiotte métaphysique pour l'éternité, âme visqueuses punies pour leurs dérives sodomites, condamnées à errer en lisant des textes chiant comme la lune, zombies décharnés, âmes dévidées.

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