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La Zone -
Résumé : Un post-apo où même les limaces ont l’air d’avoir envie de se barrer. On suit une gamine dans un camp de survivants qui attendent de l’eau, des nouvelles de la guerre et surtout le retour du 'Pitaine, pendant que tout autour part tranquillement en morceaux. Cet auteur nous ressort une fois de plus son néolangage maison : « ô », « boums-boums », « marchenuits », « smaugue », « chardassaut »… Des mots bricolés qui donnent au désastre une gueule de conte raconté par quelqu’un qui a pris la fin du monde sur le coin du crâne. Et derrière le vocabulaire qui déconne, il y a quand même de la flotte rationnée, des bombardements, des corps, une mère qui crève doucement et une population qui fout le camp. Donc clairement dans la partie sombre de la ligne éditoriale, avec juste assez de langage débile pour éviter le post-apo sous perfusion de violons. Et la fin fait le boulot : Mam' brûle, le camp est abandonné, et notre narratrice part avec Pap' tourner le dos à Armageddon. Ambiance : fin du monde, mais avec un dictionnaire qui a lui aussi pris une bombe sur la gueule.

Armageddon II

Le 08/10/2026
par LePouilleux
[illustration] Armageddon II
Des cris de limaces résonnent au dehors. Émeute ? Encore ? Ou bien le tanker d'ô enfin arrivé ? Pap', déjà debout, regarde à travers la bâche entrebâillée. Il tient un bâton taillé en pointe qu'il peaufine depuis quelques jours déjà. Il sort précipitamment en ignorant complètement mes questionnements.

Jamais vu le camp autant baigner dans l’effervescence, à part peut-être le journe où des bombavions ont fait du rase-motte au-dessus de nous pendant toute une journée. Les têtes se tournent vers Ouest. Ça tonne sévère, là-bas, en direction de la plaine où doit se trouver à présent mon cher 'Pitaine. Des dômes de lumière s'élèvent dans Ciel, perçant les nuages de rayons couleurés. Les boums-boums arrivent à nos oreilles avec un peu de retard par rapport à ce qu'on voit. Heureusement, les limaces se calment petit à petit en constatant que notre trouducul de village est hors de portée du Feu. Pour le moment.

Tanker d'ô toujours pas là ce matin, donc. Le smaugue a repris ses droits et on ne distingue plus que des pétarades lointaines, comme étouffées. Cela faisait longtemps qu'on avait plus entendu cette musique quotidienne de la guerre.

Une des limaces a eu le cran de se traîner jusqu'au military district, au risque de se prendre une bastos dans la tronche ou de déclencher une bombabeille. À sa grande surprise, pas de traces de la soldatesque de Lotan. La forteresse se trouve vide, comme pillée par les marchenuits, tout le matériel disparu. Alors, un groupe d'hommes parmi les moins abîmés du camp, dont Pap' a longuement discutaillé pour en conclure qu'on ne serait pas prêts de les revoir. Le tanker d'ô non plus d'ailleurs, vu que la soldatesque est la seule à avoir des contacts avec l'Extérieur depuis que les Ohénegés ont déserté notre flaque de vomi glacée.

Mam' se tord de douleur. L'intérieur de sa poitrine la brûle crudement mais sa peau reste aussi froide que les plaques de glace que je défonce pour récupérer l'ô. Rien ne semble vouloir étancher sa soif. Sous l’œil toujours inquiet de Pap', j'enchaîne les allers-retours entre chez nous et l'extérieur du camp.

Devant la cantina écroulée, j'écoute une ancienne raconter les «systèmes de rigation» qui transportaient dans leurs veines le précieux liquide dans des colonies humaines cent mille fois plus peuplées que la Colline. Nous sommes nombreux, les jeunes, à écouter ce récit déroutant. La vieille écrase une larme, se noie dans une tristounesse pathétique... mais nous, qui n'avons jamais connu tout ça, accueillons ses paroles comme un racontement seulement digne de nous enrêvasser temporairement pour nous faire oublier cette gadouille à perte de vue.

Un chien rôde dans les Limites, chapardant quelque chose d'impossible à identifier au pied d'une des baraques en tôle. Peut-être de la nourriture. Il nous regarde comme un vulgaire marchenuit. Les enfants crient à travers le smaugue pour mener la battue. La bestiole évite les caillasses qui lui frôlent le museau ; secoue doucement son pelage en aboyant dans le vent, faisant mine de ne pas calculer la menace, puis disparaît dans une des tranchées qui sert de dépotoir.

Encore une corvée d'ô, il faut abreuver Mam' pour ne pas qu'elle s'assèche. Le même creux d'où je vois encore les traces du fameux chardassaut.

'Pitaine, ô 'Pitaine ! Quand reviendras-tu nous sauver, Mam', Pap' et moi ? Quand nous accueilleras-tu dans le ventre fumant de ta machinedeguerre pour nous emmener loin de cette boue grise ?

Un premier groupe de limaces a rassemblé toutes ses maigres réserves de nourriture pour partir dans la direction opposée à Sôleil couchant. Je les vois traverser les Limites, engoncées sous le poids de leurs couvertures et du peu de bois sec qui servira à les réchauffer cette nuit. Quelques crèvedalles les suivent d'un pas traînant, peinant à dépasser la première ligne de crête.

Journe avance, les boums-boums se sont tus sans que je ne m'en aperçoive. Lorsque je remonte vers notre hutte, je me retourne pour regarder vers Ouest. J'attends quelques instants et le smaugue se dérobe enfin. Une gigantesque chose ailée porte le ciel sur ses épaules, là-bas, dans la plaine. Mais c'est aux pieds de cette chose que devrait se trouver toute la soldatesque venue nous sauver. Est-ce que cette chose est... ?

En me rapprochant de notre taudis familial, je remarque l'ambiance curieusement silencieuse autour des baraques et des tentes. Pendant que je faisais ma dernière corvée d'ô, une grande partie des limaces a fui la Colline. À présent saignée de sa populace, l'atmosphère des ruelles me pèse plus encore que lorsque je devais enjamber les corps et les mendicants. Tout est mort et silencieux.

Notre tas de tôle claquant aux quatre vents semble encore plus pitoyable dans cet inhabituel calme. Pap' m'attend sur le seuil, le regard lourd, des cernes grises barrant son visage affaissé. Il a rassemblé nos paques à l'extérieur. Pas grand-chose. Il tient son pieu comme un bâton de vieil homme qu'il commence à devenir - particulièrement jourd'hui. Je sais ce qu'il va me dire, je m'y suis préparée depuis longtemps. Et, bien sûr, j'en ai le cœur tourneboulé. Je pleure des larmes d'ô sèches et poussiéreuses qui semblent ne même pas avoir la force d'exister.

Mam' nous a quittés dans son sommeil, sans souffrir, rêvassant sans doute, comme j'aime à le penser, de son enfance passée dans un paradis à jamais perdu. Pap' a rassemblé quelques tissus poisseux chapardés dans des baraques déjà évacuassées pour faire de notre bicoque un beau brasier de funérailles. Alors que les flammes montent, la tristounesse bat en cadence contre mes tempes. Des boums-boums bien plus réels que ceux entendus ce matin. Suivant les traînées gadouilleuses de nos sœurs limaces, nous laissons derrière nous la Colline, cette plaque de vomis glacée qui m'a toujours servie de homesouithome. Nous partons. Loin, à l'opposé de Soleil couchant. Tournant le dos à Armageddon.

= commentaires =

Nino St Félix


    le 08/10/2026 à 08:34:39
C'est la version tarkowskienne de "un petit truc en plus", je vois parfaitement Artus dans le rôle du 'Pitaine
Cormary Stéphane


    le 08/10/2026 à 09:00:53
C'est un plagiat, pas mal foutu, et remis au gout du jour, de "Mais ou est donc passée la Septième Compagnie", avec Chaudard et Pithivier
Nino St Félix


    le 08/10/2026 à 09:35:50
Je te signale que mon avatar représente le résultat de la copulation honteuse entre Pithivier et Wall-E.
Cormary Stéphane


    le 08/10/2026 à 09:51:01
Ouai et sache bien que j'apprécie l'intention, il est vrai que Robert Lamoureux avait tout inventé déjà avec sa série de films et influencé des gens comme Scorcese ou De Palma, même l'auteur de Game Of Thrones a cité la Septième Compagnie comme influence majeure. En France on a des génies mais on le sait pas.
Nino St Félix


    le 08/10/2026 à 10:09:06
Notons l'illustration bien Michael Bayesqu, histoire d'attirer le chaland.
Glaüx-le-Chouette


    le 08/10/2026 à 23:30:30
J'ai encore eu des réminiscences violentes d'Enig Marcheur, d'Hoban, mais c'était pas désagréable. J'apprécie le travail d'invention d'une langue, et dans ce second épisode j'ai moins été gêné que dans le premier par le caractère partiel de l'invention (probablement une habituation, je suis un bon animal de compagnie qui se laisse dresser et configurer, brave lecteur, braaave).

Par contre ça va vite en besogne, c'est fini avant la fin de l'échauffement dis donc.

Je l'ai relu deux fois du coup, histoire d'avoir un goût qui reste un peu.

Et à part ça c'est un peu trop choupinet. Le post-apo choupinet c'est moins bien que le post-apo apocalyptique. Espèce d'optimiste de merde.
Glaüx-le-Chouette


    le 08/10/2026 à 23:30:54
Nino, je crois que tu as fait des fautes dans François Bayrou.

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