LA ZONE -
Résumé : Un vieux texte de Glaüx retouché pour l'occasion, un sorte de manuel technique pour chirurgien déjanté. Le style procédure scientifique détaillée rend ce petit texte gore, qui pourrait être quelconque, assez amusant et lui donne une vraie caution psychopathologique. Et puis peu à peu la procédure perd son coté impersonnel un peu chiant et devient frénétique. Très sympa.

Psyché

Le 12/08/2005
par Glaüx-le-Chouette
[illustration] Grossier premier jet, grossier premier jet…
J’aimerais bien vous y voir, moi, avec une aorte à la main.
Pour un ouvrage efficace, il convient de se munir d’un scalpel dûment aiguisé. Une lame pas trop large, mais fort longue : la pression de la main sur le manche s’en trouvera amoindrie, et la fente sera bien plus rectiligne. L’opération ne peut être satisfaisante qu’exécutée avec soin

La position adéquate du corps approche de la station verticale, les jambes attachées sur une planche inclinée — un angle de quatre-vingts degrés avec l’horizontale convient parfaitement — le buste fermement maintenu par une corde passant sous les aisselles, aussi haut que possible. La tête et les bras restent libres ; on a pris soin de se placer face à un miroir parallèle au corps, suffisamment éclairé.

Bien entendu, l’ouverture n’a lieu en aucun cas à jeun, mais après une digne collation et une nuit de sommeil, pour rendre aux bras leur vigueur perdue dans les activités de la veille. Bien. La main droite tient avec assurance le manche du stylet. On imprime à ce dernier un ample mouvement longitudinal, en ayant bien soin de ne pas planter la lame, mais d’entamer la chair d’abord — prêtez-moi bien attention, le détail est important — avec le milieu du tranchant, pour glisser ensuite, d’un élan uniforme, vers le bas-ventre. Si le corps de la lame a débuté l’incision entre les muscles pectoraux, la pointe fine, entaillant avec délicatesse la chair tendue depuis la base du cou jusqu’au ventre, ne rencontrera dans son trajet aucun obstacle notable. Cependant, il est nécessaire, pour un résultat propre, que l’ouverture cesse avant le bourrelet du nombril, qui ferait dévier le scalpel.

Là. Nous pouvons à présent déposer le stylet à notre droite. Contemplons un instant l’agréable rectitude de notre ouvrage. Pas trop longtemps. Il faut ensuite, après avoir écarté largement les lèvres de la plaie des deux mains, se saisir, de la gauche, d’une scie de qualité. Elle doit présenter une lame à crans fins, être de peu de largeur et inflexible. De cette manière, elle pourra glisser sur une côte et ne pas toucher sa voisine. Les crans aigus permettent de ne pas donner trop d’amplitude au geste, et de ne pas blesser, ainsi, les parties internes fragiles.

Bon. La main droite, plus habile, tremblera moins. Le regard se porte dans le miroir, et l’on commence par la première côte, en haut et à gauche du thorax, sous la clavicule. Le travail nécessite une grande attention, tant que l’expérience n’est pas acquise. La scie doit travailler l’os toujours vers le bas géométrique, la position inclinée du corps évitant toute pénétration de la lame dans les tissus intercostaux. Il conviendra de se méfier de la secousse marquant la brisure de la dernière fibre osseuse. Fort bien. La côte est sciée.

A présent, s’occuper des autres sera un véritable jeu d’enfant. Cela nous sera d’ailleurs fort utile, car le temps et la conscience nous sont comptés. Donc les côtes doivent être sciées, sept de chaque côté du thorax, en leur milieu. Voilà qui est fait. Le sternum, désormais libéré, ne pose aucune difficulté. Il suffit de le rabattre vers le visage, jusqu’à obtenir entre le corps et l’os un angle droit. Puis le manche de la scie, utilisé comme un marteau, saura briser net sa base, et l’on pourra déposer sternum et scie sur la tablette, à droite. Bien, très bien. La poitrine est à nu. La chasse peut commencer.

A droite, un poumon. A gauche, un poumon de taille sensiblement inférieure, et le cœur. Quelque part entre ces trois organes et la colonne vertébrale, la chose qui gêne. La chose qui comprime les organes, les jours de fatigue. Il faut pratiquer l’ablation d’urgence.

Pour ce faire, vite, le poumon droit doit être dégagé de la membrane séreuse et de l’écheveau d’artères et de veines qui l’enserrent. N’hésitons pas à en sectionner quelque-unes entre deux ongles, la fin justifie et cætera. Ecarter, vite, le poumon sanglant, le laisser pendre à droite du creux qu’il laisse dans la poitrine, pas d’intérêt à l’arracher. Vite, le miroir : non, rien de ce côté.

A l’autre poumon, alors : le gauche. Finir de déchirer la plèvre, extirper les artères gênantes, mais pourquoi tant lier les poumons, sûrement une ruse, ah, voilà qu’il cède, le jeter de côté, la bronche le retient de choir au sol. Mais rien dans le miroir ! Rien qu’un gouffre, avec au fond les vertèbres dans la paroi dorsale amplective. Elle se cache derrière le cœur, la chienne, je la sentais bien qui le pressait à battre, j’aurais dû commencer par là.

Ici, l’unique solution est de prendre mon cœur à pleines mains et que de l’arracher de ma poitrine, pour surprendre la chose, pour la saisir entre les mâchoires d’une pince, pour l’extraire et la jeter au loin. Vite, ici, mes mains se crispent. Voilà. Je tire.

Rien. Ici non plus. Je la sens bien, pourtant…

Le cœur arraché bat encore, une fois, deux fois, trois fois entre mes doigts. Puis cesse et se vide. J’ai épuisé ma conscience, elle aussi se vide. La fatigue et les larmes s’écoulent de mes yeux.

Mais où a pu se terrer cette chose ? Je ne l’aurai pas trouvée. C’est dommage.

C’est dommage.

= commentaires =

nihil


    le 12/08/2005 à 10:31:56
Tiens c'est rare un texte dont la chute fonctionne bien. C'était un bon petit texte gorounet de base, rendu intéressant par le style scientifique, et je m'attendais à rien de spécial jusqu'à la fin. Du coup le fait qu'il se tronçonne lui-même (hors le fait que j'ai déjà fait le même coup dans Néo-Inquisition) arrive comme une surprise. Faut dire que c'est tellement irréaliste qu'on aurait du mal à l'imaginer.
Tu sais que si on fait un trou dans la poitrine d'un mec et qu'il est pas branché à un respirateur artificiel, il meurt en moins de deux ? Le différentiel de pression entre le milieu externe et l'intérieur du thorax est suffisant pour écraser les poumons et bloquer la respiration. Je veux bien que le texte se veut pas réaliste, mais là ça fait gros quand même. Ceci dit hormis ça, j'ai bien aimé.
Lapinchien


tw
    le 12/08/2005 à 11:49:00
c'est ce qu'on appelle se faire scier ?
tu devrais proposer ton jeu marrant à MB... hop une diode rouge à la place du nez et tu feras un carton à noel
Glaüx-le-Chouette


    le 12/08/2005 à 14:26:46
Je suis sous contrat avec Mattel, déjà. Sauf qu'on est en conflit, ils refusent d'utiliser de la vraie matière organique pour remplir les Dissectobarbies (tm), et ça c'est n'importe quoi.

Pour la pression tout ça, à l'époque, j'en savais rien. Inexpérience, jeunesse, manque de pratique.
Mais dans Indigestion négative (bientôt peut-être sur vos écrans), le problème a été traité au moyen d'un ingénieux dispositif.

Et il faut que j'aille lire Néo-Inquisition.
Lahyenne


    le 12/08/2005 à 14:30:45
Autant j'aime pas les deux premiers tier du texte, autant j'aime bien comment la fin est amenée.

Chuis pas fan de cette écriture académique anatomique que je trouve super chiante.

Voila, voila !

par contre, j'aime la maîtrise de l'écriture démontrée encore ici :
"Le cœur arraché bat encore, une fois, deux fois, trois fois entre mes doigts. Puis cesse et se vide. J’ai épuisé ma conscience, elle aussi se vide. La fatigue et les larmes s’écoulent de mes yeux."

Putain chuis jaloux !
Dourak Smerdiakov


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    le 12/08/2005 à 14:38:51
La fin est originale. Heureusement, parce que les textes de cinglés s'auto-mutilant ont tendance à se ressembler et à me lasser très vite. La fin sauve donc l'ensemble.
Aka


    le 12/08/2005 à 17:51:39
Je le lirai pas cet article parce que comme une conne j'ai lu les commentaires avant. Voila.
Glaüx-le-Chouette


    le 12/08/2005 à 22:49:48
Je te pardonne : tu peux lire cet article.


>LH : académique ouais, mais moi, un jour, j'aurai un putain de sabre et un manteau de bouffon en hermine, du coup, hahahahahahahahahahahaha.
nihil


    le 12/08/2005 à 22:55:06
Tu crois que tu vas devenir académicien en utilisant des termes tels que "bouffon" ? Nan maintenant pour avoir une chance, il faut dire "fonbou".
Lapinchien


tw
    le 12/08/2005 à 23:04:49
ouais un manteau de bouffon en hermine de clermont-tonnerre
Glaüx-le-Chouette


    le 12/08/2005 à 23:10:09
je



je



je





j'ai peur
Nounourz


    le 13/08/2005 à 10:37:16
j'aime bien (ce qui, de ma part, n'est pas à prendre comme un compliment).
La fin m'a agréablement surpris.
P-E


    le 18/08/2005 à 01:12:48
j'aime bien, c'est sciant.

Je suis scié.

(bon ok j'ai du relire 3 fois la fin pour comprendre)

= ajouter un commentaire =



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