LA ZONE -
Résumé : Prétextant le thème littéraire classique du voyage, Muscadet fait s’affronter Nietzsche et Kant. Visez plutôt l’épée à deux mains, une arme exigeante, clivante, ingrate, loin des fleurets des duels bourgeois et de leurs premiers sangs d’apparat. Je ne vais rien souiller mais sachez que les concepts sourdent, s'encastrent dans les dents des vaincus et des jouisseurs, percent la rétine pour qu’enfin vous regardiez au lieu de voir, et ce dans une langue déliée, qui sait où, quand et comment frapper, lacérant les mantras satisfaits des eunuques à lunettes, qui phagocytent débats télé, amphithéâtres bondés et fnac qui le sont tout autant. Muscadet est votre meilleur ami et il vous hait. Aimez le miroir qu’il vous tend pour qu’enfin vous viviez, toujours aussi seul mais libre à tout jamais.

Le sabot du diable

Le 05/02/2017
par Muscadet
[illustration] Je regarde toujours la carte en temps réel de la météo internationale sur TV5 Monde et il faisait seulement sept degrés à Damas, ce qui est inacceptable pour un reportage. Je cherche un point de chute qui puisse m'extraire de ce marécage brumeux et du climat qui ralentit le temps.
En outre, et contrairement aux carottes fraîches, la précarité ne rend pas aimable. C'est pourquoi j'obéis à une règle simple en évitant les destinations où la valeur de mes lunettes est supérieure au salaire moyen, comme Madagascar ou le Venezuela.
Vous aviez déjà chaussé vos Ray-Ban pour un texte auto-bronzant depuis l'une des agglomérations maussades d'Europe de l'ouest où l'hiver balaie votre enthousiasme de son implacable blizzard, regrettable lectorat à la naïveté confondante. Vous vouliez lire du cocotier et de la langouste, friands d'évasion à peu de frais et de rocambolesques péripéties à la San Antonio.
La sanction tombe et ce sera encore la France, pour vous dresser le caractère.
Si vous voyiez votre tête.
J'ai opté pour ce pays redoutable en basse saison afin de me retrouver, comme on dit dans les stages de développement personnel ou sur les inquiétants forums de dépressifs du calibre de Doctissimo. Se retrouver, c'est d'abord savoir d'où l'on vient et qui l'on est. Sur la question des origines, je suis remonté très loin par souci du détail, plusieurs millions d'années en arrière, et j'ai demandé à Friedrich Nietzsche de bien vouloir faire le point. Nous y reviendrons.
Quant à l'identité, mon tempérament, mes goûts et prises de position ont souvent été considérées comme traditionalistes par les plus compréhensifs de mes interlocuteurs, masturbatoires par les plus freudiens, nihilistes par les plus critiques, agnostiques par les plus pieux, réactionnaires par les plus militants, et invasifs par les plus polonais.
Il fallait donc que j'en aie le cœur net, raison pour laquelle j'avais l'intention de vous emmener à Vichy, dans l'Allier. Un stratagème taquin et fabuleux qui comportait la visite d'un bassin à poissons migrateurs repéré durant ma documentation, les cures thermales évidemment sur le thème du ressourcement, deux blagues dans le cadre de la loi Pleven de 1972 sur l'absence de musée de la collaboration, tout un lot de remarques pertinentes sur la gastronomie locale, la situation économique de l'Auvergne et les grands écrivains inconnus qui avaient marqué l'histoire de Vichy.
Finalement j'ai été contraint à l'abandon du projet : le bassin aux poissons migrateurs n'ouvrait que de Juin à Septembre. C'était le pilier de mon texte.
Du coup, on n'a plus le choix, on est obligé de partir pour Èze.


*


« Pourquoi on est obligé ? »
, couinerez-vous.
Parce que c'est là que Nietzsche a écrit Ainsi parlait Zarathoustra, sous le soleil d'hiver.
« C'est loin, Èze ? »
Près de Nice. Il y aura beaucoup de policiers, on sera au calme.
« Quand est-ce qu'on s'arrête ? »
On ne s'arrête plus. Nous prenons de grandes décisions ici.

Il s'agit d'un plan pharaonique durant lequel nous irons d'abord sur la promenade des Anglais, constater l'atmosphère locale, puis manger une salade en début d'après-midi sous un climat tempéré dans l'une des criques ocres abritées du vent qui serpentent vers Monaco. Enfin, ce sera une marche de longue haleine pour crapahuter sur les hauteurs d'Èze et fouler du pied le village maure niché au sommet de l'à-pic vertigineux qui surplombe les différentes baies céruléennes, et nous emboîterons alors le pas de Friedrich qui a dû souffrir une misère pour accéder à ces rues pavées qui tortillent aujourd'hui entre les habitations ancestrales et les palaces de trois cents à mille euros la nuitée.
Du moins, il s'agissait, d'un plan pharaonique, puisque j'ai dû l'avorter en raison de la seule ligne TGV qui proposait un temps de déplacement révoltant de près de neuf heures, j'en ris encore, jusqu'à destination. En outre, je n'ai jamais apprécié le style dialectique de Christian Estrosi : sa langue de bois en écorce d'olivier est insultante pour l'esprit et il est mielleux comme un vendeur de berlines.


*


Décidément, nous jouons de malchance, acculés face à l'adversité.
Je sais que vous êtes déçus de ne pas partir en vacances comme je l'avais suggéré, mais essayez de voir les choses autrement : nous savons tous depuis les légendes grecques jusqu'à L'alchimiste de Coelho que les aventuriers qui courent le monde finissent par trouver l'épilogue de leur périple à domicile. Pourquoi perdre un temps précieux, la vie défile aussi vite que la crédibilité des candidats à la présidentielle, alors bouclons la boucle sans autre forme de procès.
A présent, et comme je ne veux pas vous perturber avec un topo exhaustif, nous allons procéder différemment et faire contre mauvaise fortune bon cœur. Je vais vous demander de fixer intensément un portrait de Nietzsche, n'importe lequel, pendant quelques secondes.
...
Maintenant voici ce qu'il vous dirait si vous lui demandiez un résumé de votre statut :
« Vous êtes un sous-singe doté d'une conscience détraquée qui s'illusionne sur lui-même »
C'est sa manière de vous expliquer que vous êtes faible, conditionné au respect de l'ordre social, entretenant des chimères, bien éduqué, et par conséquent mal éduqué ; il ajouterait sans doute en vous laissant planté là quelque chose comme : « L'espèce est tout, l'individu n'est rien » de son regard de violeur impénitent.

Pour Friedrich, tout est sujet à dérision. Nous nous inventons des buts existentiels, des modèles à suivre, des doctrines à respecter, incapables que nous sommes d'affronter la vraie vie, froide, hostile et dégueulasse, celle de la conservation de l'espèce où seule la volonté peut nous affranchir des mythes. Dans le but de survivre aux loups, mais aussi à nos propres travers dans un monde par définition chaotique, notre esprit conscient de sous-animaux grégaires et notre imagination ont fait des miracles. Nous avons bâti non seulement des édifices mais aussi une flopée de concepts, intellectualisés et assimilés par la répétition, auxquels nous nous sommes efforcés de croire par nécessité du corps.
Nietzsche est le cavalier déterministe de l'apocalypse qui entre dans le saloon du siècle d'un coup de santiag dans la porte battante, dézinguant à tout-va dans un enchaînement digne des grands classiques : le pianiste de la morale s'encastre dans le clavier, la serveuse de la religion tombe à la renverse avec son plateau, le shérif des lois dégringole de la balustrade à l'étage, le mercenaire de la honte s'affale dans les chaises, le croque-mort des coutumes en lâche son bock de bière, le banquier de l'hypocrisie saute de l'autre côté du zinc, le barman du libre-arbitre lève les bras en agitant son torchon, les fermiers du suivisme se cachent derrière les tables, Platon et Aristote avalent leur barbe.
C'est un carnage déconseillé aux mineurs, vraiment.

Quant à son Éternel Retour du même, j'ai bien réfléchi à la question et je vous le dis sans détour : ce sera non. J'accepte d'être un sous-homme nietzschéen dans ces conditions car revivre mon existence à l'identique un nombre infini de fois, ce n'est pas la définition de l'apaisement ou du bonheur, c'est celle de la torture antique ultime, assimilable au tonneau des Danaïdes ou au rocher de Sisyphe, ou encore au supplice de Prométhée qui se faisait bouffer le foie par un aigle, tous les matins et pour l'éternité. Je choisis la mort sans ciller, camarades.
« Parce que tu es faible. Si tu ne peux soutenir qu'une seule vie, tu mérites de disparaître.»
La ferme, Friedrich. Je te rappelle que des cons me frappaient avec une ceinture à l'internat, pendant que tu devenais philologue en gilet et monocle. Sans parler de tes vacances à Sils-Maria, une des stations balnéaires les plus huppées d'Europe, près de Davos et Saint-Moritz. Sacré philosophe du G8 qui vient me moraliser.
« Tu te perds en invectives, nihiliste incomplet. »
La syphilis t'a transformé la cervelle en gruyère, mon vieux. Autant la Volonté de puissance d'un individu est une théorie solide, naturaliste, évolutionniste et contemporaine de Darwin, qui se justifie par la raison et par la science à plusieurs égards, autant cette fumisterie du Retour dans un univers fini est un délire de souffreteux que personne ne peut honnêtement acheter. Le postulat de trop, Friedrich, tu as été trop gourmand.
« C'est toi qui souffres, regarde-toi. »

Il n'a pas tort sur ce point, en revanche. Je souffre.
Quand j'écris, je poignarde, j'assassine, je ricane comme une petite pute vicieuse en me balançant sur ma chaise, c'est là le ressentiment dont il parle justement, et qui définit ladite faiblesse. Je suis un individu de mauvaise compagnie, chiant comme la mort, mais battu sur ce terrain par les corses et les avocats. Et pourtant, j'ai du bagage.
Cette frustration d'être inachevé, inaccompli dans cette Volonté de puissance, et que la psychanalyse essayera de relier à la pulsion sexuelle vingt ans plus tard, peut rendre dangereux à plusieurs niveaux, d'un danger de fonction sociétale, et pousse souvent à la perversité et au sectarisme. Dark Vador par exemple. Le docteur Gang dans Inspecteur Gadget. Stannis Baratheon. Ou plus tangibles, et plus subtils quand l'éducation et l'époque les y obligent : les auteurs et politiciens radicaux. Tous sont des héros plébiscités qui animent les obsessions du public, non sans raisons.
Si vous vous reconnaissez dans la description, de près ou de loin, n'ayez crainte, frères humains : nous sommes légion. Faibles, envieux et ricanants. Et pour promouvoir notre dépit de ne pas être ce que nous voudrions, nous choisissons dans nos rangs des champions de cruauté afin d'accomplir par procuration notre terrible vengeance sur la vie, et sur ceux qui nous provoquent de leur succès. Parfois par le scrutin électoral, parfois par le culte religieux, parfois par les arts créatifs, la presse et même la loi, mais nous sommes partout à travers nos leaders -réels ou imaginaires- à l'étendard noir, nous avons infiltré tous les segments de la société de ce poison nécessaire.
En réalité, nous jouons même de ce fait le rôle de résistance globale, de test final à la surhumanité décrite par Nietzsche, car ceux qui ont les ressources et la détermination de réussir à s'élever, doivent d'abord affronter notre vindicte et notre insatisfaction appliquées, toutes deux très inventives, pour espérer triompher.
Demandez à Ali Juppé, grand mufti de Bordeaux, il s'en souvient encore.
Les élus sont rares -une poignée de pigeons ambitieux pour des millions de chasseurs en embuscade- car du point de vue adverse, nous sommes à la fois impressionnants par le nombre, et intraitables par l'organisation : les sous-hommes se reconnaissent immédiatement entre eux et savent ce qu'il y a à faire, il y a là un autre instinct de conservation. Néanmoins, et il faut le savoir, ils ne se supportent pas très longtemps : l'effet miroir.
Représentant la plus grande partie de la race humaine, il est impossible de nous cacher, tout le monde savait ce que nous étions, mais cet allemand terrifiant a su poser les mots sur l'évidence. C'est à mon avis la partie la plus valide de la thèse nietzschéenne, qui sur ce volet en particulier, vous arrache les tripes avant de balancer votre carcasse de pantin sur l'autoroute.

Vous n'avez pas tellement apprécié le dernier paragraphe ; je vois tout tel l’œil de Sauron. Mais peu importe, je ne vends pas de colliers de bonbons Pez, vous auriez dû vous en douter. En cas de malaise, changez d'aiguillage et prenez la première sortie vers Cyril Hanouna.


*


Très bien, calmons-nous. Nietzsche rend fou tous ceux qui s'en approchent de trop près, le phénomène est connu : bien des crises existentielles sont arrivées, bien des couples ont divorcé, bien des gens sont morts et bien des drames surviendront encore à son contact.
Nous allons opérer une transition plus décontractée avec un autre allemand au front proéminent qui nous aidera, avec rectitude et sérénité cette fois, à faire la part des choses sur ce qui est et sur le sens. La fameuse part des choses.
Mesdames et Messieurs, forts et faibles : Emmanuel Kant, technicien de la pensée, de la méthode et du raisonnement chirurgical, haut paladin en hermine de la transcendance et du devoir inconditionnel, qui donnera la réplique en bonne et due forme à la racaille nietzschéenne encagoulée.
Réglé comme une horloge, Kant invitait un inconnu, chaque jour à midi, à manger avec lui pour s'ouvrir au monde, le monde de Königsberg du XVIIIème siècle, avant de rentrer pour lire et écrire. Disons qu'il avait une vie rangée, alors que je devrais ranger ma vie.

Nous changeons tout de suite de ton. Avec Emmanuel, pas question de batifoler dans les saloons ou de faire le mariole en insultant les hommes de bravoure. Nous nous tiendrons droit et nous répondrons « Oui Monsieur, bien Monsieur », la réflexion sera orthogonale ou ne sera pas, l'âme sera immortelle et la morale, une obligation universelle et désintéressée.
Au contraire du sauvage Friedrich, il veut nous démontrer que l'esprit est supérieur à la nature, c'est à dire que le monde réel est un phénomène, venu non pas des exigences du corps canalisées jusqu'à l'esprit, mais directement de notre conscience intellectuelle pure. Nous ne sommes pas des babouins en costumes qui se lancent des excréments à la figure en créant des start-up et des émissions télévisées pour nous dominer les uns les autres et baiser davantage, que nenni : nous sommes émancipés de cet esclavage, transcendantaux et nous avons une perspective morale à cultiver pour déployer notre potentiel.
Il aurait probablement été favorable à la peine de mort à l'encontre du scandaleux Sigmund Freud, s'il avait survécu jusqu'à lui. Mais avant tout, il veut nous dire le bonheur de vivre au-delà du matérialisme, conscients de notre libre-arbitre, nous faire voir ce qui est invisible, impalpable et lumineux, et fait notre sel, dans cette nécessité suprême qui s'impose à l'homme de raison : la vertu.

Emmanuel nous met face à nos responsabilités d'enfants capricieux, et n'ira pas chercher de justifications préhistoriques pour accepter le chaos et la rage de l'humanité. Il combat les facilités, les manigances et les petits arrangements moraux que nous avons semés sur notre route en nous pensant très malins. Pas de ça ici, on rentre sa chemise dans le pantalon, on enlève les coudes de la table.
Il me rappelle mon beau-père. Un transcendantaliste trumpien avant l'heure, adepte du protectionnisme frontalier au fusil à pompe puisqu'il avait l'habitude de calmer mes velléités de délocalisation par le célèbre avertissement : « Si tu passes la porte dans un sens, tu ne la repasseras pas dans l'autre ». J'avais choisi à l'époque la même option que le PDG des usines Ford dans le Michigan aujourd'hui : la temporisation raisonnable. Car il disait aussi : « Si je t'en mets une, le mur t'en donnera une autre ». Un homme de terroir et de conviction, dont la fonction de radiologue lui permettait de percer à jour la moindre entorse au bon sens, piétiste indéboulonnable et sans le moindre doute, kantien. « La terre est basse ». Il était difficile de lui apporter la contradiction. J'ai dû beaucoup m'entraîner.
Par ailleurs, nous avions des divergences de points de vue. Du perspectivisme : il me voyait autrement que je me voyais moi-même, telle la mouche qui perçoit une table différemment d'un éléphant. Ce n'est pas la même table, ce n'est peut-être même pas une table pour l'un des deux. De la difficulté de communiquer.

Kant est un pionnier du perspectivisme dans son analyse du savoir, une idée qui sera reprise par Schopenhauer puis par Nietzsche un siècle plus tard, et qu'il exploite pour développer sa position la plus controversée. Car pour lui, espérer, et non croire -un philosophe ne croit pas, il envisage-, l'existence de Dieu est indispensable : sans cette éventualité, point d'espoir, point de morale, et donc point de liberté.
Un postulat qui donne à réfléchir et qui me renvoie à mon éducation catholique, bien avant que je devienne un hippie anachronique et blasé. J'ai d'ailleurs revendu la gourmette de ma communion au poids de l'or, une vingtaine d'euros le gramme, avant de payer la taxe foncière de l'an dernier. Dans ces conditions effectivement, « la propriété, c'est du vol », comme disait Proudhon, l'aphorisme libertaire le plus mal interprété du XIXème siècle.
Mais revenons au nœud du problème, le tiercé dans l'ordre, liberté-morale-espoir du divin : Kant nous explique que le vice étant naturel, la seule liberté qui existe est celle qui consiste à se faire consciemment violence en direction de la morale, au lieu de céder à la tentation, nous distinguant des autres animaux. « Un homme, ça s'empêche », disait le père Camus. Jusque-là, on nage en eaux connues. Enfin, j'avais un ami qui estimait que la liberté consistait à jeter ses bouteilles de bière par la vitre de la voiture en écoutant Radiohead, j'imagine qu'il aurait débattu la question.
Attention au twist : cette morale universelle, présente en chacun de nous, ne provient pas de l'éducation ou de la société, car nous la connaissons par intuition, sans en faire l'expérience ; il s'agit donc d'une raison pure, universelle ou a priori, qui suggère une métaphysique. L'espoir du divin.
Emmanuel ne plaisante pas, je vous l'avais dit, son épée de flammes immole les mécréants.

Évidemment, si la morale n'est pas sociale, nous sommes en plein champ de bataille. Et vous viendrez sans doute contester, brandissant vos petits poings, et chicanant :
« Non, parce que si j'enferme mon enfant à la cave dès la naissance, il deviendra déraisonnable comme un sanglier, donc la morale est acquise. »
D'abord, ne faites jamais ça. Les enfances malheureuses produisent des auteurs irritables. Ensuite, Kant n'est pas un joueur de flûte : il avait anticipé votre argument depuis trois siècles et il a une parade à votre scepticisme. Il se trouve que la morale pure de l'individu devient accessible avec le développement du cerveau, c'est à dire qu'un gosse de deux ans pourrait éventuellement vous crever l’œil avec une fourchette sans éprouver le moindre remords mais pas parce qu'il est amoral par nature, simplement parce qu'il a deux ans et qu'il s'en fout, de votre œil.
En grandissant, en dehors d'une cave afin de pouvoir raisonner et d'éviter un traumatisme menant à la psychopathie, il pourra agir en se demandant si son action est plutôt bonne universellement, c'est à dire pour lui et pour tous en tant que finalité désintéressée, ou plutôt bonne comme on le lui a inculqué : remise en question de l'enseignement, comparaison et choix. Emmanuel appelle cette démarche un impératif catégorique, parce que c'est plus ronflant.
La morale est donc invariable en nous, mais son respect et l'aptitude à y accéder dépendent du libre-arbitre et de l'environnement. Pour Kant, une invariabilité de ce niveau ouvre la porte de la théologie.

Mais Nietzsche la lui aurait claquée à la gueule et lui aurait cassé les dents, c'est certain. Puis il aurait enjambé son corps en commentant sa théorie d'un vers lapidaire, tel que : « Ça boite, ça porte le sabot du diable.»

= commentaires =

Dourak Smerdiakov


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    le 05/02/2017 à 02:59:43
Samedi soir, bourré, mais vaguement interpellé par le mot-clef "Nietzsche", bien qu'aussi intimidé par les autres noms cité, dont Schopenhauer, un maître, un vrai.

Mon opinion sur Nietzsche est absolue et définitive depuis que j'ai lu au début de l'Antéchrist ; "Que périssent les faibles et les ratés. Premier principe de notre philanthropie. Et il faut même les y aider." (je cite de mémoire, mais je suis assez sûr de moi, à un ou deux mot près, je ne trahis pas ce putain de fils de de pute de Nietzsche, et pour moi ça fait des année, des décennies, que ce seul passage aurait dû le tuer).

Pour moi, indépendamment du côté religieux, et de la direction qu'on prend quand on prétend prendre la direction opposée du christianisme (haïssez-vous les uns les autres, comme je vous ai haïs), Nietzsche est un crétin. Parce qu'il a eu beau rejeté le pan-germanisme et l'anti-sémitisme, il n'empêche qu'il est obsédé par le darwinisme social (un des grand débats de l'époque), et qu'il croit à la loi du plus fort.
Muscadet


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    le 05/02/2017 à 03:29:41
Et par son propre corps. Un corps de faible d'ailleurs, sensible à la moindre irritation épidermique, au moindre changement de température, allergique à tous les pollens, victime de l'environnement et des climats rudes ; d'où l'obsession maladive, et la côte d'azur.
Formidable de contradictions, il illustre sa propre théorie par la dérision.
Muscadet


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    le 05/02/2017 à 04:02:26
Schopenhauer m'avait impressionné avec "l'Art d'avoir toujours raison". Toutes les techniques étaient là, un vrai catalogue de bretteur. Sa pensée reste un choix qualitatif pour les weekends posés ou de dépression légère, dans l'oscillation entre douleur et ennui.

Commentaire édité par Muscadet le 2017-02-05 04:05:48.
Lapinchien


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    le 05/02/2017 à 08:57:46
Littérature fantastique de Muscadet, je ne prendrais pas position sur deux philosophes que je ne connais pas à partir de bouts de phrases décontextualisés. J'ai pas les bagages pour trancher cependant dans le rap game, l'important c'est la posture et les punchlines. Il envoie du bois même si je lui préfère Booba.

https://www.youtube.com/watch?v=4Z4XP_V9hk8
Lapinchien


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    le 05/02/2017 à 09:35:08
coulisses admins :

LC : le dernier texte en attente est celui de Muscadet , je le trouve sublimissime.
Je préfère ne pas le publier sinon je vais me frotter à sa jambe et ce serait indécent.

LP : Je viens de publier le texte de Muscadet.


Loué soit Muscadet ! Loué soit Lourdes Phalanges ! Loués soient les poulets fermiers.
Lapinchien


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    le 05/02/2017 à 09:40:11
2 admins au moins ont déjà mis la note de 10 à ce texte qui pour longtemps va s'installer en tête du best of... Je suis tout émoustillé quand on me parle philosophie. Heureusement je vais à la messe dans un instant. Heureusement qu'il y a la paix du Christ pour décharger ma frustration dans une frénésie tactile de serrage de mains d'inconnus.
Cuddle


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    le 05/02/2017 à 10:19:00
J'ai bien aimé l'écriture, y'a pas à chier muscadet sait indubitablement bien écrire. Je relirai le texte plus tard en me documentant un peu, ma mémoire sur ce bon vieux suceur de nietzsche me fait défaut et j'ai pas envie de passer pour une conne en racontant n'importe quoi.
Lapinchien


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    le 05/02/2017 à 10:55:05
dans la droite lignée du gonzo littéraire de hunter S. Thomposon, du gonzo pornographique sur Brazzers, voici le gonzo philosophique. BOURRE MOI LE MOU? MUSCADET? GRAND FOU§ PENETRE MOI PAR TOUS LES TROUS COMME LES FLICS D4AULNAY SOUS BOIS §§ certes à la matraque, je préfère la lecture (j'allais dire la plume mais je n'assume pas encore probablement)
Muscadet


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    le 05/02/2017 à 11:05:51
L'illustration est complètement disproportionnée mais c'est magique parce qu'elle se situe juste en face du passage où je demande au lecteur de fixer un portrait du philosophe. Incroyable.
Cuddle


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    le 05/02/2017 à 11:41:57
Par contre quand j'essaie de modifier l'image ça ne le prend pas, mon statut d'admin n'est pas arrivé au lev10 du coup je suis bloquée ?
LePouilleux


Critique Télérama parce que j'ai la flemme de déve    le 05/02/2017 à 12:18:13
Un texte qui aurait mérité d'être le n°3000 (non faut pas déconner notre texte à LC va déchirer du cul).
Lapinchien


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    le 05/02/2017 à 12:57:02
LePouilleux, tu penses poster une ou plusieurs itération supplémentaires au 3000eme ?
Cuddle


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    le 05/02/2017 à 13:34:00
Ah ok d'accord. Bon be je sors aussi alors. Très bien, très bien.
Lapinchien


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    le 05/02/2017 à 13:42:50
j'ai changé la vignette. Il fallait supprimer le lien direct pour que ça marche. Je n'en savais rien, j'ai juste un peu bidouillé jusqu'à ce que ça marche.
LePouiIleux     le 05/02/2017 à 13:44:37
Oui, au moins une. C'est juste une question d'espace-temps.
Lapinchien


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    le 05/02/2017 à 13:52:47
yeah ! si tu postes cet après midi j'édite dans la foulée. t'auras qu'à me laisser des contraintes.
Lapinchien


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    le 05/02/2017 à 13:56:48
sinon si j'ai bien compris les échanges entre Dourak et Muscadet, Nietzsche n'est pas à l'origine des ubermensch nazis mais de l'homme Uber macronien ?
Dourak Smerdiakov


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    le 05/02/2017 à 22:07:16
Hum... Embarrassant : je vois que mon double nocturne a des opinions philosophiques très tranchées. Commenter bourré, c'est tout de même s'exposer à soutenir des thèses audacieuses sur un ton très péremptoire. En tous les cas, ça m'explique pourquoi j'avais l'Antéchrist à côté de ma gueule de bois au réveil. Bon, d'après Thomas Mann, Nietzsche est au moins un grand poète (aucune opinion personnelle à ce sujet, vu mon niveau d'allemand). Cela dit, je ne retire pas ce que j'ai écrit, fondamentalement, je regrette juste un peu le "Nietzsche est un crétin", qui mérite au moins d'être plus solidement argumenté, je dois reconnaître.

Sinon, si, je crois que Nietzsche a sa (petite) responsabilité dans le nazisme, même s'il l'aurait méprisé et malgré ses prises de positions contre l'antisémitisme et les nationalistes allemands. Enfin, ce que Nietzsche représente, je ne dis évidemment pas que l'Histoire aurait été très différente si l'individu n'avait pas existé.

Par contre, je pense que la théorie de l'éternel retour, contrairement à ce que dit le texte, n'est pas du tout invalidée par la science moderne, vu que certains envisagent sérieusement la possibilité d'univers parallèles en nombre infini. Dans un tel cas, d'autres versions de nous-mêmes vivraient effectivement des vies similaires, et un singe écrirait vraiment la sainte Bible mais aussi toute l'œuvre de Nietzsche et également Mein Kampf en tapant sur une machine à écrire pendant un temps infini.
Lapinchien


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    le 05/02/2017 à 22:11:46
Quant à Kant ?
Dourak Smerdiakov


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    le 05/02/2017 à 22:15:23
Kant est un crétin, ça va sans dire.
Muscadet


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    le 06/02/2017 à 01:43:39
On a découvert ensemble, avec cette série de Clacker il y a quelques temps, l'oeuvre de Mandeville sur le sujet de la domination des forts qui assument leur volonté fondamentale sans scrupules sur les faibles qui sont enchaînés de façon grégaire par la vertu et l'ordre social, nous sommes tout de même en 1705 : "La fable des abeilles".
Alors oui, Hitler avait toute la collection de Nietzsche reliée ivoire dans sa bibliothèque, à côté de tous les penseurs majeurs depuis l'Antiquité. Les dictateurs ont été de grands amateurs de philosophie, de tout temps, j'imagine que c'est de fonction.

Je prends le Retour du même comme un questionnement rhétorique personnel, en dehors de la spéculation scientifique, comparable à un dilemme moral.
Et en même temps, mon déni de cette théorie vient de la frustration névrotique de ne pas atteindre la surhumanité. Les raisins doivent être trop verts, je suppose.

Pour revenir brièvement à la morale, voici un dilemme encore utilisé aujourd'hui lors d'expériences dans le domaine des neurosciences : pouvez-vous tuer un homme en bonne santé pour en sauver cinq en attente de greffes d'organes qui vont crever, là, maintenant ?
...
Non ?
"Morale par intuition", dit Kant.
"Illusion par la répétition", dit Nietzsche.
"Répulsion émotionnelle et culpabilité par l'amygdale et l'hippocampe", dit le neurologue.

Oui, vous tuez ?
"Renoncement au devoir moral", dit Kant.
"Conservation de l'espèce" dit Nietzsche.
"Morale utilitaire et pragmatique par le cortex pré-frontal", dit le neurologue.

Le consensus actuel serait qu'émotion et raison ont besoin l'une de l'autre pour formuler des jugements qui naissent de leur interaction.

http://www.psychologie-positive.net/IMG/pdf/La_morale_entre_raison_et_emotions_2014_Cerveau_et_psycho.pdf


*

38. L’homme pieux parle

"Dieu nous aime parce qu’il nous a créés !
- « L’homme a créé Dieu ! » - C’est votre réponse subtile.
Et il n’aimerait pas ce qu’il a créé ?
« Parce qu’il l’a créé il devrait le nier ? »
Ça boite, ça porte le sabot du diable."

Le gai savoir

Commentaire édité par Muscadet le 2017-02-06 04:09:09.
Lapinchien


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    le 06/02/2017 à 06:55:15
L'homme pieux, c'est Rocco Siffredi ?
Lapinchien


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    le 06/02/2017 à 06:56:19
"Ça boite, ça porte le sabot du diable"
Principal axe de défense des 4 policiers à Aulnay-sous-bois
Muscadet


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    le 06/02/2017 à 11:48:37
Dupont-Moretti a sauté sur l'occasion.
Lapinchien


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    le 06/02/2017 à 13:08:00
Nietzsche, voyage philosophique
https://www.youtube.com/watch?v=FQyFeeOwjNk
Muscadet


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    le 06/02/2017 à 15:15:52
Nietzsche lui-même qui redoutait le Retour Eternel de sa mère et de sa sœur, priceless.
Lapinchien


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    le 06/02/2017 à 15:34:32
a priori l'erreur du bonhomme c'est d'avoir attaqué des thèmes centraux et ambigus en tapant dans la poésie hermétique, essentiellement dans "ainsi parlait Zarathoustra" puisque c'est de là, en "parodiant" le style d'un bouquin sacré, qu'il ouvre la porte aux exégèses de tout type et tend la perche à ceux qu'il exècre : la masse et ceux qui la manipulent, les nazis qui vont complètement décontextualiser ce qu'il raconte en s'appuyant sur la caution morale de sa sœur.
Dourak Smerdiakov


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    le 06/02/2017 à 19:22:10
Si je me souviens bien, Thomas Mann expliquait que sa principale erreur (à Nietzche) avait été de s'imaginer que la culture, la civilisation, la morale, l'esprit, etc. pouvaient étouffer la vie, les forces vitales, la combativité, l'instinct, etc. alors que l'Histoire du début du vingtième siècle montre bien que c'est la culture et la civilisation qui sont fragiles dans l'homme (Apollon vaincu par Dionysos, plutôt que le contraire, en quelque sorte). Je ne sais plus si l'essai date aussi d'après la seconde guerre, mais l'exemple de la première me semble déjà suffisamment éloquent.



Bon, en fait je lève mon cul de ma chaise et je vais chercher l'ouvrage en haut de l'armoire... L'essai est bien de 1947 ("La philosophie de Nietzsche à la lumière de notre expérience") :

"Dans la mesure où je peux m'en rendre compte, deux erreurs égarent la pensée de Nietzsche et lui portent un coup fatal. La première, c'est une méconnaissance totale - et il faut l'admettre intentionnelle - du rapport de force entre l'instinct et l'intellect sur terre, comme si ce dernier était le souverain dangereux et qu'il soit grand temps de sauver l'instinct de ses griffes. [..] Nietzsche semble penser - et a ainsi causé bien des dégâts - que c'est la conscience morale qui, tel Méphistophélès, a levé un poing glacé et diabolique contre la vie. [..] La deuxième erreur de Nietzsche réside dans le rapport absolument faux qu'il établit entre la vie et la morale, en les traitant comme des antinomies. La vérité c'est qu'elles vont ensemble."
Lapinchien


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    le 06/02/2017 à 20:14:10
Je trouve ce qu'il raconte (en tout cas ce que j'ai cru comprendre ici et dans le reportage) assez cohérent puisque s'il exècre la morale, qu'il ne croit pas au jugement dernier, il invente ce retour éternel comme une sorte de rustine intellectuelle pour justifier le fait qu'il faille faire le bien pour revivre éternellement à l'identique de belles choses plutôt que des cauchemars quotidiens. Cela dit avec la folie, il semble sur la fin de sa vie virer bouddhiste, voire hésiter entre devenir solipsiste ou conclure qu'il est lui-même Dieu. Quoi qu'il en soit si j'ai bien compris aussi, pendant les dix dernières années de sa vie, entre 46 et 56 ans, il n'a pas écrit ou dit grand chose mais par contre c'est là qu'on lui a fait dire des tas de choses, et il n'a vécu une forme de notoriété qu'à partir de cette époque, je ne pense même pas qu'il la cernait réellement. Il n'a pas cessé alors d'être utilisé d'abord à des fins purement mercantiles par sa sœur puis pour cautionner les pires des -ismes qui ont suivi.
Dourak Smerdiakov


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    le 06/02/2017 à 22:56:51
Dans les dernières années, je crois qu'il avait le cerveau en compote, bouffé par la maladie. La vraie question, c'est la période intermédiaire, pendant laquelle il écrit ses derniers livres, quand il parle de lui-même comme d'un génie surhumain avec des formules grandiloquentes outrancières et tout simplement ridicules : est-il déjà fou et croit-il sérieusement ce qu'il dit, ou est-ce simplement une posture ironique en opposition avec l'humilité chrétienne et illustrant ses idées sur le surhomme, etc. Je ne préjuge pas de la réponse, et en réalité elle ne m'obsède pas, vu que je n'ai jamais pris tout ça au sérieux et que je ne comprends pas l'importance qu'on continue de lui accorder.

Pour moi, tout est dit longtemps avant lui sur le problème moral du monde sans Dieu, avec Voltaire ("j'ai besoin de l'idée de Dieu pour que mes valets ne me tuent pas pendant mon sommeil pour me dépouiller") et Dostoïevski ("si Dieu n'existe pas, alors tout est permis") et sûrement plein d'autres : la morale devient un simple contrat qu'on peut briser si on est en position de force. Comme c'est grisant : je peux t'égorger et violer ta sœur, je n'irai pas en enfer. L'arrivée du darwinisme et de la théorie de la sélection naturelle vient renforcer ce constat : la nature est amorale et le monde n'en a rien à faire de nous. C'est déjà moins marrant. Si on rajoute papa Freud qui vient nous dire qu'en fait on est juste tous des obsédés sexuels qui veulent niquer leur mère qui elle-même rêve d'avoir une bite, ça rend la vision moderne de l'être humain plutôt difficile à digérer, ça en rend certains cinglés, on voit actuellement ce que ça donne dans le monde musulman qui a du retard sur nous pour son entrée dans ce nouvel univers mental. Beaucoup de djihadistes, n'en déplaise au dandy aristocratique Nietzsche mais aussi à eux-mêmes, ne sont qu'un avatar du surhomme, après les nazis, les yuppies, peut-être les tireurs de Columbine, et certains rappeurs. C'est ce que dit Thomas Mann, il me semble : rejeter la morale, c'est rejeter la civilisation, et si ça permet à quelques dandys esthètes de se sentir supérieurs au vulgum pecus et à sa morale d'esclave grâce à ça, en réalité quand on le prend au sérieux et qu'on passe à l'acte, ça donne la barbarie.

Il me semble que Nietzche essaye de refuser l'alternative entre théisme et nihilisme en élaborant un genre de religion de la Vie qui permettrait à l'humanité d'après la supposée mort de Dieu de s'éviter la toute grosse dépression permanente en attendant l'implosion du soleil. Le fait est que depuis un peu plus de deux siècles, les religions de substitutions n'ont pas manqué pour tenter de redonner un sens à la vie.

Commentaire édité par Dourak Smerdiakov.
Muscadet


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    le 07/02/2017 à 01:01:48
Tu es sobre ce soir. Tu t'es mis en condition pour aborder ce thème si crucial.
Dourak Smerdiakov


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    le 07/02/2017 à 02:36:32
Calomnie. J'ai juste commencé tard.

Si Dieu est mort, aucun thème n'est crucial et tout n'est que recompositions aléatoires et indifférentes de combinaisons entre atomes, y compris les molécules de la biologie, bref la vie, qui n'a donc pas plus de valeur que le minéralogique, et aucune joie ni allégresse de barbare n'y change rien. Au fond, Épicure et Mylène Farmer l'acceptent ; Nietzsche, non, parce que c'est un crétin. Oui, je récidive. Donc il recrée une religion, un récit mythologique, tout ça, mais il le fait après avoir dégommé toutes les autres et surtout la plus détestée des libres penseurs occidentaux, celle à laquelle ils se heurtent dans leur propre civilisation, le christianisme, donc il devient cette icône symbolisant la pure et absolue liberté intellectuelle, la lucidité tragique et héroïque, à coup de style péremptoire, de poésie et d'aphorismes, et en invitant tous les égos à prétention aristocratique à le rejoindre dans sa grandeur pour se séparer du troupeau des esclaves, et il finit par se trouver des prêtres et des croyants pour entretenir le culte de Nietzsche, ironie cosmique qui est pour moi un signe sinon une preuve de l'existence de Dieu.
Dourak Smerdiakov


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    le 07/02/2017 à 02:42:42
C'était la philosophie à coups de Porto.
Muscadet


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    le 07/02/2017 à 04:44:20
https://www.youtube.com/watch?v=vkiyW0vqat8&list=PLNKOmRmwo_3QMrxd_RBMPj77MLt8lRArS
Lapinchien


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    le 07/02/2017 à 07:14:35
il semble vrai qu'on devienne fou à son contact. Je vais plutôt m'intéresser à Kant aujourd'hui car je commence à saigner du nez.
Lapinchien


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    le 07/02/2017 à 07:18:31
Dourak, se saouler au Porto, c'est aussi efficace que de se saouler en mangeant des Ferrero Mon Chéri Cerise. Avant d'atteindre l'ivresse on est devenu diabétique.
Lapinchien


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    le 07/02/2017 à 08:37:30
à l'attention de Monsieur François Fillon
https://www.youtube.com/watch?v=oe13-mHGwRk
Dourak Smerdiakov


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    le 07/02/2017 à 13:19:29
D'abord, pas fait les courses, c'était tout ce qu'il me restait en réserve, cette bouteille de porto, du moins sauf la vraie réserve en fait mais on s'en tape. Ensuite, le porto c'est 19°, plus que le vin ou la bière, donc on ne se saoule pas si lentement. Enfin, le porto bon marché est un bon rapport volume d'éthanol/prix, sans être trop dégueulasse par rapport à la concurrence dans ce créneau. Surtout depuis que des enfants de putains de Lotharingiens droitistes ont fortement augmenté les accises sur les alcools forts. De toute façon, j'arrête de picoler, je ne veux plus trouver Nietzsche dans mon lit au réveil, et je ne veux pas chopper le cancer, je préfère Elsa, ou les cacahuètes. Je vais boire du lait pour ne pas faire comme les surhommes qui boivent de l'eau. Mais ça m'emmerde un peu que la dernière goutte d'alcool que j'ai bue soit du mauvais porto. En plus, il va me falloir un autre vice pour compenser et je n'ai jamais eu la moindre pulsion pédophile. Bref, le premier jour des restes de ma vie. J'arrête de radoter, à vous les studios.
Lapinchien


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    le 07/02/2017 à 13:22:14
je te propose d'écrire des textes pour la Zone en vice addictif de substitution
Dourak Smerdiakov


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    le 07/02/2017 à 13:24:55
Épicure et Lucrèce croyaient apparemment à la pluralité des mondes du fait de l'éternelle recombinaison d'une infinité d'atomes. Là aussi, Nietzsche enfonce une porte ouverte.
Lapinchien


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    le 07/02/2017 à 13:35:30
de toutes façons, Lourdes Phalanges a écrit que tout avait déjà été dit, tout avait déjà été écrit dans son burnoutesque Agarrthhhaaa. Certes je ne suis pas d'accord car personnellement je pense que survivent dans l'histoire de la philosophie et de la littérature, non pas les plus originaux, non pas ceux qui ont le plus de talent, mais ceux dont des tas de FDP de la postérité peuvent tirer avantage politique ou financier. On les exhume de temps à autres, puis on organise des autodafés, on les inhume à nouveau et la boucle recommence de temps à autres. Les flatteurs qui vivent au dépends de ceux qui les écoutent charment rarement avec leurs propres mots. Et puis qu'attendre d'un docteur en logologie si ce n'est d'avoir l'inspiration saturée de trucs qu'il reformule inconsciemment et s'attribue tout simplement parce qu'il a lu tellement de trucs, qu'il les a oublié.
Dourak Smerdiakov


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    le 12/02/2017 à 16:24:34
Michel Onfray délirant sur la Force Vitale et l'Entropie hier soir chez Ruquier, en s'en prenant aussi au christianisme en mode Nietzsche, comme de bien entendu. J'étais bourré, j'ai pu/dû mal saisir les détails, mais il me semble que l'essentiel de la religion de substitution vitaliste y était. Dommage, je l'aime bien et je le respecte, mais là-dessus, qui est tout de même central pour un philosophe, Michel Onfray est un crétin. Le voilà en bonne compagnie.
Lapinchien


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    le 12/02/2017 à 16:38:42
organicisme fallacieux... comment un prof de philo peut tomber dans de tels travers de raisonnement ? Gros noob à lunettes, koi ! Mais il parait que ce serait lié au double deuil de son père et sa compagne.

http://e-cours.univ-lr.fr/UNT/analogie/co/module_Contenu_32.html
Dourak Smerdiakov


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    le 12/02/2017 à 17:13:11
En tout cas aujourd'hui c'est la Sainte Eulalie, sainte à cantilène, et ce soir je me bois une Fruit Défendu en relisant la chanson du Roi de Thulé. Désormais ma vie sera beaucoup plus triste et sérieuse. Il se pourrait même que j'apprenne vraiment l'allemand.
Lapinchien


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    le 12/02/2017 à 18:09:05
Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?
Lourdes Phalanges


    le 23/03/2017 à 22:10:50
https://pbs.twimg.com/media/C6jsEe9U4AAbs9C.jpg:small
Clacker


    le 24/03/2017 à 12:47:56
Une variante :

https://www.youtube.com/watch?v=-bTKk5ERwi4
Lapinchien


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    le 26/03/2017 à 16:00:52
spéciale dédicace à Muscadet https://www.youtube.com/watch?v=OjJryONBKHk
Lourdes Phalanges


    le 28/03/2017 à 23:46:18
https://www.youtube.com/watch?v=_Pm2636p1jY
Lapinchien


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    le 29/03/2017 à 08:25:15
il y a autant d’exégètes de Nietzsche que de vlogs de poulpes, youtube est une poubelle à ciel ouvert.
Lourdes Phalanges


    le 29/03/2017 à 10:28:02
C'est un peu mieux que les débilités d'adulescents genre Cyprien, Norman...
Lapinchien


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    le 29/03/2017 à 11:55:23
et bien celui que j'ai posté m'a l'air tout aussi respectable et j'ai pourtant l'impression qu'ils ont chacun un point de vue assez différent du personnage. Du coup, on ne sait pas à qui se fier et on tombe dans le travers qu'ils dénoncent : Youtube, Twitter et autres réseaux sociaux ne peuvent pas aspirer au niveau pédagogique à être autre chose que des sites où l'on émet des opinions par opposition à des pensées et plus encore des pensées inscrites dans une ligne pédagogique. Les sources sont rarement citées d'où le raz de marée de fake news et hoax et théories conspirationnistes, d'où mon constat de décharge à ciel ouvert de la connaissance ordure mondialisée.

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