LA ZONE -
Résumé : Lapinchien continue à violenter les lois de l'économie dans cette suite tout aussi dense que son prédecesseur. L'alternance de passages d'action et de réflexion est respectée au début, et salutaire pour le lecteur qui aurait du mal avec les concepts évoqués. Mais plus loin, le texte devient de plus en plus intense et dérape vers une anticipation gore et visionnaire assez jouissive.

C (deuxième partie - séquelle)

Le 28/02/2006
par Lapinchien
[illustration] Toute chose à une valeur à un instant donné. Imaginons un objet quelconque. Considérons que n1 personnes le vendent à la valeur moyenne v1, et qu’au même moment, n2 personnes veuillent l’acquérir à la valeur moyenne v2. Et bien les lois de l’offre et de la demande permettent de déterminer la valeur v de cet objet que l’on peut exprimer v = (n2*v1+n1*v2) / (n1+n2). v est un compromis entre la valeur v1 des vendeurs et la valeur v2 des acheteurs pondérées respectivement par le nombre de candidats à l’acquisition et par le nombre d’aspirants à la vente. Ainsi, plus la demande est forte et plus la valeur que confèrent les vendeurs à l’objet prend de l’importance. Ceux-ci tirent cette valeur vers le haut pour profiter de la transaction. De même, plus l’offre est abondante et plus l’objet que l’on peut très facilement se procurer, a tendance à prendre la valeur que les acheteurs veulent bien y consacrer. Au-delà d’une certaine offre, il est si difficile de s’en débarrasser, que l’objet n’a plus aucune valeur.
Une foultitude d’interrogations se bouscule dans ma tête. Je ne cerne pas vraiment ce qui m’est arrivé hier lors de l’intervention. Je viens de me réveiller dans une solution gélatineuse d’agar nutritif et réparateur, à l’hôpital de l’Inquisition. Apparemment j’ai été sérieusement touché aux bras même si la douleur n’est plus là. Des bribes de souvenirs se succèdent par vagues et me laissent un arrière goût étrange. Je suis en quête de réponses, çà je le sens. Une angoisse inhabituelle me taraude. Je n’arrive cependant plus à me rappeler les questions qui me tourmentent. Les enseignements de Dimitrius pour lesquels j’aurais encore donné ma vie il y a quelques heures, m’écoeurent tout bonnement à présent. Je ne sais même pas pourquoi. Je les répète à tout va. Ce sont des circonvolutions dans ma tête, peut être pourrai-je compléter les blancs ? Je suis entouré de Dimitriciens convaincus qui me débectent alors que je les adulais il y a peu. Ils sont une dizaine d’Inquisiteurs dans la pièce à attendre que je recouvre mes esprits pour me passer à l’interrogatoire. Peut-être les prières de Dimitrius peuvent-elles m’éclairer ? On me les a enseigné à l’école… Elles ont réponse à toute question selon les pères Pentecôtistes… Non ! Je dois chercher encore… Leurs réponses ne correspondent en rien à mes attentes. Elles sont loin d’être en adéquation avec mes préoccupations refoulées. Aussi que les Dimitriciens gardent leurs réponses, elles ont perdu toute valeur à mes yeux… Maudits soient ces automatismes de la pensée derrière lesquels je me réfugie ! Je dois feindre un état semi comateux sinon mes collègues vont m’extraire de la cuve d’agar pour me demander des comptes…

Pendant de longs millénaires, nos ancêtres ont voulu croire, que les choses appartenaient aux individus. C’était indubitablement nier que nous ne sommes que de passage, que rien ne nous appartient, pas même nos vies insignifiantes. Tout juste pouvons-nous modestement briguer la position d’utilisateurs momentanés, de locataires des choses… Ont soudain émergés les doctrines Marxistes conduisant au Communisme et à la négation absurde de l’idée même d’individualité. Dans les systèmes où elles étaient appliquées, tout appartenait au groupe, au collectif, et très vite à personne car assez tôt, il n’y avait plus grand-chose à partager par pénurie. L’individu, unité sociale, moteur principal de l’économie, n’aime pas lorsqu’on nie son existence… Dimitrius nous a rapporté les préceptes divins, la réalité du sacrifice du Christ, il nous a montré la voie : Toute chose appartient à des niveaux distincts, et à l’individu et au groupe…

Un écho flou et diffus dans mes souvenirs semble receler en son antre de nouvelles perspectives, des réponses à mes questions. Je sens sa présence en moi mais je n’arrive pas à reconstituer le message éclaté qu’il contient. C’était hier. Çà c’est sûr… çà s’est passé hier, lors de l’assaut de l’entrepôt sur les docks du Sanctuaire de Manhattan… J’ai donné l’ordre d’investir les lieux et… Saloperie de brume mentale dans laquelle s’engouffrent le lieutenant Herald et son unité après avoir fait éventrer la porte arrière à coups de bélier ! Je les suis… Je pénètre dans le brouillard à mon tour… J’ai mon pesteur phéromonal à la main… Il est armé… C’est un fait…

Autrefois, les Stocks Exchange Markets permettaient de fixer des valeurs scalaires aux choses, en y faisant se rencontrer les vendeurs et les acheteurs. Depuis la nouvelle Ere Economique, tout objet, service ou transaction, tout ce qui peut être préciable et précié, terrain, construction, société, association, travail, individu, pour pouvoir être troqué où comparé aux autres choses, est affublé d’une valeur Complexe qui fluctue en fonction de l’évolution des marchés. Désignons par marchandise, tout ce qui peut faire l’objet d’une transaction. Il y a toujours des bourses, de grandes places monétaires, où l’on fixe le cours de ces marchandises, où l’on confronte l’offre à la demande. Cependant de nos jours, deux types de places boursières complémentaires coexistent. Il y a les Stocks Exchange Markets comme ceux de nos aïeux, où les entités détentrices de marchandises tentent de les vendre à d’autres, désireuses de les acheter. Ces places permettent de déterminer la valeur intrinsèque ou individuelle des choses, la partie réelle de leur valeur Complexe. Cependant selon les doctrines Dimitriciennes, toute chose appartient en permanence et à l’individu et au groupe, aussi existe-t-il un second type de place boursière, un lieu où d’autres entités déterminent l’impact des transactions et de l’existence même de toutes les marchandises sur le groupe au complet. Cela ne se fait aucunement de manière autoritaire. C’est de la confrontation de subjectivités que naît l’objectivité, un concept qui n’existe pas dans l’absolu mais qui fluctue avec le temps. On trouve en ces lieux d’autres entités, des associations, des lobbies, des syndicats par opposition aux sociétés cotées, acteurs du premier marché. Pour chacune des transactions, ces acteurs requièrent des aides ou des pénalités car ils jugent qu’elles vont dans le sens ou à l’encontre du groupe. On se retrouve à nouveau dans un contexte d’offre et de demande où la partie imaginaire de la valeur Complexe d’une marchandise, sa valeur collective, est déterminée par la formule v = (n1*v1+n2*v2) / (n1+n2) où n1 est le nombre de personnes en faveur d’une aide et n2 le nombre de personnes en faveur d’une pénalité, v1 et v2, respectivement les valeurs relatives (v2 est négative) de l’aide moyenne et de la pénalité moyenne demandées. Les acteurs du second marché, ces groupes d’intérêt et de pression, viennent représenter des adhérents dont le nombre détermine le poids décisionnaire de chaque acteur sur le marché.

Je n’ai pas feint longtemps le coma… Les capteurs de mon activité cérébrale m’ont trahi et de suite mes collègues m’ont extirpé de la cuve pour me cuisiner. On me mène sans prendre le soin de me vêtir, sans retenue aucune, jusqu’à une petite salle aménagée où se déroulera mon interrogatoire… Tout est carrelé, asseptisé, au centre il y a même un siphon pour évacuer le sang des personnes soumises à la Question… Mon corps entier est badigeonné de gel d’agar et je glisse et je tombe sans que j’oppose pourtant la moindre résistance. « Pourquoi me traitez-vous comme un traitre à l’Inquisition ? », Que je braille sans qu’aucun de mes collègues n’y prête la moindre attention… Deux d’entre eux me ligotent à une chaise alors que les autres me menacent de leurs pesteurs phéromonaux grésillants… Ils me laissent et se placent derrière moi en rang dès qu’ils sont assurés que je ne peux plus m’échapper. Une silhouette familière point alors à l’autre bout de la pièce. J’ai du gel sur le visage aussi je secoue la tête pour m’en débarrasser. Et dès que la silhouette sort de l’ombre, j’identifie l’Archevêque Niels Blitz, grand commissaire aux comptes de son état. S’il a reçu le doux sobriquet de Torquemada, çà n’est pas le fruit du hasard. Cet homme est l’incarnation même de l’intransigeance aux lois Dimitriciennes. Il demande à ses hommes de sortir.

« Déclinez vos nom, fonctions et matricule ! », Qu’il me commande de sa voix caverneuse. « Agent spécial Jack Bush, vicaire de Brooklyn, Inspecteur de l’Inquisition sous la protection de St Gratien… », Que je lui réponds agacé, « Pouvez-vous me dire ce que vous me reprochez ? » Je suis alors tétanisé par une violente décharge d’inhibiteurs synaptiques comme Blitz lève sa main en serrant le poing avec hargne. Lorsqu’il la baisse et que la douleur cesse, il me menace : « N’oubliez pas que c’est moi qui mène l’interrogatoire, Agent spécial Bush ! » Il me détache comme je suis sous sont emprise puis il poursuit d’un ton accusateur : « Vous êtes le seul survivant d’une opération d’élimination de routine ayant eu lieu hier sur le sanctuaire de Manhattan… Il n’y avait qu’un seul rebelle à appréhender et à supprimer… Vous étiez en surnombre… Comment expliquez-vous une telle déroute ? Faites moi, sur le champ, un rapport détaillé ! »

« Le seul survivant… Le seul survivant… » Ces mots résonnent comme une clé dans le verrou de mon inconscient… Des flashs horribles, des images insoutenables émergent alors de mes souvenirs occultés et je parle, je raconte sans réellement m’en rendre compte… « Il y a un épais brouillard effectivement dans l’entrée, mais çà n’est pas une brume mentale… Les unités en première ligne ont lancé des fumigènes pour couvrir leur incursion… J’arrive sans peine au cœur de l’entrepôt, un homme l’a aménagé pour y vivre reclus… Des centaines d’ordures s’amoncellent au sol, des tranchées ont été creusées dans ce dépotoir insalubre et côtoient des ordinateurs en réseau et des moniteurs crachant des milliers de lignes de code, apparemment un calcul en cours mobilisant d’imposantes ressources… Je ne m’y attarde pas plus que çà… L’air est irrespirable… Je progresse difficilement à présent… Tout est sombre hormis les postillons photoniques des écrans qui éclairent la pièce par saccades… Heureusement, j’ai mes lunettes à visée nocturne… Il n’y a qu’une personne seule, çà n’est pas un guet-apens que nous auraient tendu les rebelles comme nous en avions émis l’hypothèse… Sanchez tient le suspect en joue alors qu’Herald s’apprête à lui lire la sentence exécutive… J’entre en contact télépathique avec les tireurs postés sur les toits alentours pour leur annoncer que nous maîtrisons la situation, qu’ils passent en niveau 0… L’homme appréhendé est rachitique… Il se tient dans son plus simple appareil, nu comme un vers, mis à part la cagoule isolante qui recouvre sa tête… Il ne s’attendait pas à notre intervention et dormait profondément… Il lève les mains en l’air mais semble serein comme s’il ne connaissait pas encore son inévitable sanction… L’endroit est vraiment étrange… Je m’approche d’une des unités à qui j’ordonne d’éclairer les lieux… J’active momentanément le canal télépathique avec toutes les troupes dans l’entrepôt que je préviens pour qu’elles retirent leurs lunettes, leur évitant ainsi d’être éblouies… De puissants spots dévoilent soudain de nombreux détails qui rendent les lieux encore plus rebutants… Des monticules d’excréments côtoient les cadavres de rats et des tapis de vermine grouillante. « Enlevez-lui sa putain de cagoule qu’on en finisse ! », Ordonne Herald, impatient... Sanchez tire un coup sec sur le tissu isolant et vomi dans la foulée. « Mais bordel, regardez-moi sa gueule ! », qu’il nous lâche en claquant une nouvelle galette… Le mutin est en effet défiguré, la moitié droite de son crâne est décalottée, une partie de son cerveau est exposée au grand jour. Il ne peut s’empêcher de se gratter la joue jusqu’au sang. « Ce taré s’est fait retirer sa puce Citoyenne… Quel travail de boucher ! », Commente une recrue… « Mais pourquoi portait-il alors une cagoule si nous ne pouvions plus l’atteindre par incursion mentale ? », Rétorque une seconde. Je fais grésiller mon pesteur phéromonal alors qu’Herald soucieux d’en finir rapidement énonce la sentence au malfaiteur : « Par les pouvoirs de Grands Témoins que nous a conféré l’Inquisition , nous constatons que vous avez commis plusieurs délits passibles de la peine capitale immédiate… Vous violez par deux fois les lois Dimitriciennes. D’une part, vous avez tenté de convertir un capital réel en capital imaginaire ce qui comme vous le savez est un crime impardonnable envers l’économie, d’autre part en vous affranchissant de votre puce Citoyenne vous désavouez votre baptême et commettez un blasphème sans nom… Qu’avez-vous à clamer pour votre défense ? »… un voile sombre impénétrable recouvre alors mes souvenirs…

Le Grand Inquisiteur Blitz fait les cents pas dans la pièce. « Poursuivez ! », Qu’il me lance sur un ton autoritaire… « Je ne me souviens plus… C’est le trou noir… », Que je suis obligé de lui avouer, « Je souffre de ne pas me souvenir, vous comprenez ? » Blitz est pris d’un rire hystérique. Il se tourne vers moi, sert soudain les deux points alors que son faciès s’obscurcit dès qu’il fronce les sourcils : « Vous ‘souffrez’, misérable traître ? », Qu’il m’assène, « Formulez donc clairement vos pensées et votre ressentir… Les mots ont un sens précis… Il faut les utiliser avec exactitude et minutie… Si vous pensez avoir ‘souffert’, vous manquerez sûrement de vocabulaire pour qualifier ce que je vais vous infliger ! » Une terrible décharge électrique paralyse mes pensées, je fais une attaque épileptique, je tombe et me contorsionne au sol dans une flaque d’agar grumeleux… Je pleure abondamment du sang qui s’agglutine et rigole jusqu’au siphon au milieu de la pièce. La douleur cesse lentement et je me rends compte que le voile sombre est tombé. Le choc électrique a stimulé la résurgence de mes souvenirs…

« Que te veux ce fou ? » Je me revois près du mutin défiguré, il me parle... Je suis dans l’entrepôt de Manhattan… « Tu vois bien que Blitz veut ta perte… L’inquisition détourne les préceptes de Dimitrius pour asseoir son pouvoir… » Sanchez pointe son pesteur en direction du condamné, « Vous avez le droit de garder le silence ! », Qu’il lui hurle entre deux haut-le-cœur, « Nous analyserons le contenu de votre cortex à la morgue de toutes façons ! Le temps de vos aveux viendra... Mais procédons par ordre chronologique, il vous faut d’abord mourir…» Le rebelle se tourne vers Sanchez, fait un léger mouvement de l’index et le soldat tombe à genou, saignant abondamment du nez… « Bordel de merde ! », Beugle Herald en dégainant son pesteur phéromonal, « Qu’avez-vous fait à ma recrue ? » Le lieutenant presse la détente et une dizaine d’insectes bourdonnant sortent du canon de l’arme en rafale… certains atteignent la cible en une fraction de seconde alors que d’autres la frôlent, contournent les deux recrues postées en renfort derrière elle, battent des ailes et frelonnent, rasent les murs en rang serré, font des manœuvres de contournement d’immondices éparpillées sur leur trajectoire, se replient, rompent l’escadrille de fortune pour prendre de la hauteur avant de venir s’écraser en kamikaze dans le dos du mutin… Le tronc de ce dernier ressemble à présent à une meule de gruyère ensanglantée mais il ne bronche pas et continue de m’adresser la parole : « Vous savez à présent ce qui vous attend… Ils vont vous prendre pour un traître… Ils vont vous torturer… » Herald se rue sur l’inconnu pour lui assener un coup de machette. Les balles vivantes projetées par le pesteur bourdonnent toujours dans les plaies de leur cible et libèrent dans ses veines un cocktail de substances létales et de conservateurs. L’homme se contente de plier son index, de dessiner un cercle avec et Herald chute comme Sanchez pris d’une violente hémorragie nasale… Je peux sentir le goût du sang sur ma langue…

Le Grand Commissaire au Comptes Blitz me serre violement le front au creux de la paume de sa main droite… « Racontez-moi tout, Agent Bush ! », Il projette ses requêtes dans mes songes, me harcèle pour que j’avoue tout ce que je sais… Il me terrifie en m’injectant de hautes doses de neurotransmetteurs inter synaptiques…Me rassure par alternance en les couplant à des inhibiteurs en quantités savamment calibrées… Mais je ne cède pas au pouvoir de sa pensée… Il a tous les droits d’accès à ma puce Citoyenne mais je ne lui dévoile plus rien, je surfe sur le flot de ses stimulations intempestives pour recouvrir mes souvenirs et les garder jalousement pour moi… Qu’il actionne autant qu’il le souhaite l’interrupteur que j’ai dans le crâne… « L’inquisition détourne les préceptes Dimitriciens pour légitimer son assise sur les Hommes !», Que je finis par lui hurler… Blitz me file un violent coup de poing. « Parle moi du défiguré ! Dis moi tout au lieu de me balancer des inepties ! », Qu’il me hurle en modulant le son de sa voix vers les aigus les plus stridents… Mes oreilles se mettent à saigner comme si mes tympans avaient été irréversiblement atteints…

« Certains d’entre vous ne sont plus… Certains d’entre vous n’ont peut être jamais été… », Le flot de mon sang s’engouffrant dans mes oreilles me chuchote les secrets de l’homme au visage râpé… Il me fait face et ne peut s’empêcher de se gratter la joue gauche jusqu’à l’écorcher vive… « Il n’y a que des fantômes en ces lieux, vicaire de Brooklyn, inspecteur de l’Inquisition, jeune protégé de St Gratien… » Il me parle un langage gestuel, celui des sourds muets et je le comprends, je l’interprète alors que jamais je ne l’ai appris, que jamais on ne me l’a enseigné… L’individu à moitié trépané pratique d’intrigantes chorégraphies avec ses deux index… Les insectes du pesteur qui l’on percé de parts en parts ressortent des cratères creusés par leurs impacts dans un purulent jus jaunâtre et pâteux… L’homme se secoue comme un chien mouillé et les bestioles quittent improbablement son corps, puis mutent en des dizaines de papillons bleus tachetés qui envahissent l’entrepôt… « Certains d’entre vous ne sont plus… Certains d’entre vous n’ont peut être jamais été… », les deux recrues postées derrière le prétendu mutin, restées bouches bées tombent à leur tour sur leurs genoux, le cartilage de leur nez éclate laissant poindre une seule, unique et cauchemardesque narine au milieu de leur visage livide… « Certains d’entre vous ne sont plus… Certains d’entre vous n’ont peut être jamais été… », au moment où l’inconnu relie ses deux index, les bras de chacun des hommes de l’unité de Herald se désolidarisent du reste de leur corps, tombent au sol où des milliers de nécrophages sortis des immondices les prennent aussitôt d’assaut et les dévorent avant de disparaître et ne laisser qu’une flopé d’os à moitié rongés en leur lieu et place… Leur regard est vide, lointain, ils ne semblent pas souffrir…

Blitz me secoue les épaules de la façon la plus virulente qui soit… Il a compris que j’étais bien au dessus de ses petits tours de passe-passe, de suggestions et d’influence à deux balles… Je suis dans la salle d’interrogatoire… Blitz me tient par les épaules… Il me secoue vigoureusement…Il souhaite me faire plier… C’est un fait… « Grand Inquisiteur Blitz », Que j’articule distinctement, « Vous voulez savoir ce qui s’est passé au Sanctuaire de Manhattan ? » Je scrute mon supérieur avec le plus arrogant des regards… « Agent Bush.. », Me murmure-t-il, « Rien n’est écrit… L’homme défiguré… Ne le laissez pas tuer vos malheureux collègues… Vous pouvez encore sauver leurs âmes… » puis il enquille sur plusieurs signes de croix… Je dodeline de la tête… « Encore eut-il fallu qu’ils aient eu une âme un jour… » Le Grand Commissaire aux Comptes me repousse horrifié… « Certains d’entre nous ne sont plus… Certains d’entre nous n’ont peut être jamais été… », Je répète plusieurs fois la phrase jusqu’à ce que l’archevêque Blitz ne tombe genoux au sol… Le voila qui implore pitié alors que son gros tarin se met à saigner abondamment… Je lui arrache sa soutane alors que dans un dernier signe de croix, ses bras se désolidarisent du reste de son corps et viennent choir sur le carrelage aseptisé de la salle d’interrogatoire. J’ouvre la porte et m’enfuis alors que des milliers d’insectes sortent du siphon et se ruent sur les bras de Blitz …

= commentaires =

nihil


    le 28/02/2006 à 17:09:46
Je vais pas mentir, le début m'a franchement saoulé, d'autant que depuis le premier épisode j'avais eu le temps d'oublier les rares bribes d'enseignements sur ce monde que j'avais réussi à assimiler.
Par contre la fin est très puissante, violente comme je les aime. Pas très claire dans l'espèce d'assimilation faite entre le trépané et Jack Bush à la fin, et un peu grotesque lorsqu'on voit des bras arrachés par magie, mais puissante quand même.
LH     le 28/02/2006 à 18:16:55
C'est grave si j'ai pas fini de lire ce texte ?


Je me suis arrêté a :
"Je suis entouré de Dimitriciens convaincus qui me débectent alors que je les adulais il y a peu."

Lapinchien


tw
    le 28/02/2006 à 18:31:36
ben non c'est pas grave c'est juste bien fait pour ta gueule
Ange Verhell


    le 28/02/2006 à 21:14:54
Impressionnant... du coup j'ai pas bouffé ce soir. C'est le flingue de RAy que t'as piqué, hein ?
Lecks


    le 01/03/2006 à 12:17:01
Pour ma part c'est le sommeil que tu vas me sucrer. lol. je plaisante
Trés trés sympa ton texte.

commentaire édité par Lecks le 2006-3-1 18:13:41

commentaire édité par Lecks le 2006-3-1 18:16:6
Aka


    le 01/03/2006 à 13:53:18
Putain ma poule j'avais pas vu un français aussi catastrophique depuis El Defoncer. Félicitations.

LC > Tu m'excuses d'intervenir ainsi sur ton texte mais là ça m'a assise (en même temps de l'étais déjà). Je ferai un vrai commentaire un peu plus tard.
Dourak Smerdiakov


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    le 01/03/2006 à 19:35:03
Certains passages de cette deuxième partie sont très agréables à lire, mais je n'arrive pas à vraiment aimer l'ensemble, difficile de dire exactement pourquoi.

D'abord, il me semble que le tronçonnage en deux ne se justifiait pas, sauf si tu avais l'idée initialement de te lancer dans un truc plus long. D'accord, il y a la perte de conscience du narrateur qui fait séparation, mais dans des cas comme celui-ci, je pense qu'il vaut mieux tout lire d'une traite, puisque le texte se suffit à lui-même et n'est pas excessivement long.

Autant j'aime beaucoup l'idée initiale de l'argent complexe, autant je ne comprends pas très bien s'il y a quelque chose de profond dans l'usage que tu en fais, au-delà du blah-blah mathématique et pseudo-religieux. Du coup, je conserve cette impression depuis la première partie que tu passes à côté de quelque chose, même si je ne saurais dire de quoi, bien évidemment. Pourtant, justement, j'aime bien cette idée de base.

Bref, impression mitigée. Je me dis que ça aurait mérité soit d'être plus ramassé, plus resserré (sans la dispute entre les soldats de la première partie et l'allusion à Bush - je n'en vois toujours pas l'utilité, c'est peut-être moi qui suis débile), plus direct, d'aller droit au but et d'exprimer ce but plus clairement, soit d'être plus développé). Faut voir aussi l'historique de l'élaboration du texte dans ton cerveau corrompu.
Imax


    le 02/03/2006 à 01:07:39
Je n'arrive pas à comprendre la relation entre l'économie et la scène de l'interrogatoire. Ya-t'il un sens caché ou était-ce simplement anecdotique ? en fait je n'ai rien bité à ce texte.
Lapinchien


tw
    le 02/03/2006 à 01:38:54
c'est pasqu'y a une premiere partie et une suite aussi.
Lapinchien


tw
    le 04/03/2006 à 11:02:32
si ce sont les formules qui vous rebutent, bande de tanches, sachez qu'elles sont juste là pour decorer, elles servent pas à être comprises et sont surement même fausses... Quand jack dans fightclub nous donne la formule de sa boite d'assurance pour rappeler les vehicules vous y avez capté quelque chose ? pas moi et je m'en tape. c'est juste le quotidien du narrateur. c'est juste pour l'ambiance.
Malax


    le 04/03/2006 à 13:21:54
Il s'apelle pas jack bordel.
Lapinchien


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    le 04/03/2006 à 17:56:14
il me semble que dans le bouquin il s'appelle pas et que dans le film il s'appelle jack. En meme temps j'ai vu le film que 54 fois en Roumain et j'ai rien entravé c'est peut etre pour çà que je confonds
Dourak Smerdiakov


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    le 04/03/2006 à 20:29:25
Vive la Roumanie. Vive la Roumanie libre.
Lapinchien


tw
    le 04/03/2006 à 20:33:41
Ceaucescu est deja passé entre les mains de Djuge Dread, qu'est ce que tu veux de plus ?
Dourak Smerdiakov


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    le 04/03/2006 à 20:53:46
Que le redéploiement européen des bases atlantico-capitalistes se fasse au Royaume-uni ou sur Pluton.
Lapinchien


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    le 04/03/2006 à 21:42:55
montons notre propre parti sur les bases saines des enseignements de Dimitrius et l'argent complexe, çà en fera rêver plus d'un qui sera pret à faire la guerre au capitalisme et donner sa vie pour que nous puissions un jour avoir le pouvoir et les niquer du cul
Nounourz


    le 06/03/2006 à 10:22:32
Le début m'a moi aussi un peu rebuté, bien que l'explication des doubles bourses aide à voir de façon plus concrète cette économie complexe. Celle-ci demeure tout de même encore très floue, mais visiblement le but de ce texte n'était pas d'éclairer le lecteur sur ce point. Tout de même, avant la fin de la série "C", je trouverais chouette d'avoir un aperçu des conséquences d'une telle modification de l'économie au niveau social, mondial, politique, ainsi qu'au niveau des individus, de leur quotidien.

La seconde partie m'a beaucoup plu, hormis le coup des bras arrachés.

J'attends la suite avec impatience.
Lapinchien


tw
    le 06/03/2006 à 11:46:55
"l'explication des doubles bourses aide à voir de façon plus concrète "

ouais ouais çà aide toujours à voir les choses plus concrètes les doubles bourses

sinon en ce qui conserne l'economie complexe :

-au niveau des individus, de leur quotidien. çà sera vu à la fin de la 3eme partie mais comme t'es un privilégié tu peux deja voir çà dans les textes en attente.sinon globalement on a vu dans la premiere partie que la monnaie complexe resolvait tous les problemes du monde et que tous les gens vivaient heureux à present.

- au niveau social, un peu pareil dans la partie 3

- mondial, c'etait deja le cas dans la premiere partie à la fin

- politique, çà sera plus developpé dans la partie 4 en cours d'ecriture

Commentaire édité par Lapinchien.
nihil


    le 06/03/2006 à 15:21:50
Ca correspond à quoi, le titre minimaliste de la série ?
Lapinchien


tw
    le 06/03/2006 à 15:29:21
Je fais une bilogie, je commence par le C et je finirai par le L.

non en fait blague pourite à part, "C" est la notation de l'ensemble des nombres complexes en algèbre, un peu comme "R" est l'ensemble des réels et "N" celui des entiers
nihil


    le 06/03/2006 à 16:15:00
Bon titre : j'aurais du mal à considérer ce texte comme Réel et encore moins comme Entier.

Commentaire édité par nihil.
Lapinchien


tw
    le 07/03/2006 à 14:17:59
que dirais tu d'Irrationnel ?
Dourak Smerdiakov


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    le 07/03/2006 à 14:26:39
Surnuméraire. Mais Ange Verhell trouverait ça improbable.
Lapinchien


tw
    le 07/03/2006 à 14:52:26
tiens, c'est marrant comme concept l'ensemble des nombres Surnuméraires... tu pourrais presque decrocher un prix Noebl de Mathematiques avec çà , si le prix Nobel de Mathématiques existait.

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