LA ZONE -
Résumé : Ange nous file la correspondance de deux personnes de sexe opposé qui ne sont visiblement pas sur la même longueur d'ondes. S'ensuivent comme de juste les habituels reproches, accusations, tentatives de manipulations sentimentale qu'on constate toujours dans ce genre de cas. Tendance porno et un peu SM, mais ça change rien. Si c'est d'un réalisme parfait (au point qu'on se dit que ça ne peut qu'être du vécu), c'est quand même pas haletant.

La gitane (suite)

Le 13/06/2006
par Ange Verhell
[illustration] - Ange, ainsi que je te l'avais expliqué dans un mail antérieur, cette adresse ne sera pas valide pendant trois semaines ou du moins, ne me sera absolument pas affectée. Donc, si l'envie de communiquer avec moi ces prochains jours te prend, merci d'utiliser liberty-ship. De toutes façons, je n'ai pu que constater ton empressement à me divertir par courrier, donc j'ose également supposer que tu ne me feras pas l'affront d’avoir envie de me voir rapidement. Je pense que je trouverais cela de très mauvais goût, quoi que tu en penses. Sur ce, je te souhaite bien du bon temps et au plaisir de te lire... Solange

...
- A présent sous peine d’être répudié, il faut divertir bon gré mal gré l’impératrice. Quel accueil singulier ! Tu prends les devants et tu inverses les rôles, c’est quand même pas moi qui reviens du boulot. En pathologie du comportement, on appelle ça de l’instrumentalisation. Bon, tu as des soucis (comme d’hab.) et tu préfères ne pas en parler. Soit. Mais je te trouve d'humeur exécrable. En effet, je t'avais appelée sur ton portable, trop tard puisque tu venais d’embarquer, puis chez toi, trop tôt puisque tu n’étais pas encore débarquée. J’avais quand même bien saisi que ton mail professionnel n’était valide que pour autant que tu fusses au travail. Et, sachant que tu rentrais ces jours-ci, j'avais, en effet, envie de te voir. Les options, avec toi, sont toujours incertaines (pour ne pas dire parcimonieuses) et, pour moi, jamais incongrues et toujours bienvenues. Mais je ne compte pas dessus et, puisque tu affiches ces dispositions, à peine surprenantes de ta part, tu te morfondras toute seule autant que tu le souhaites. Tu vois, je ne suis pas contrariant, encore moins contrarié. Après tout, tu es libre de tes loisirs, ton temps, ton partage ou ta morosité solitaire, à ta convenance, et personne ne te jugera là-dessus, même pas ton chat. Personne n’enviera ta place non plus.

Ce qui est sympa, avec toi, c’est que tu ne sais pas enjoliver ta dépendance orgueilleuse et exigeante avec ces arguments féminins qui plaisent aux hommes, fussent-ils indépendants. Au moins, on sait où te trouver, c’est pas difficile et, si tu n’y es pas, il n’y a qu’à t’y attendre. Aimerais-tu confier cette détresse aux soins d’une jalousie ou d’une faiblesse nécessiteuse qui pourrait compléter et épauler la tienne ? Fais bien attention à choisir correctement ce prétendant improbable que, jusqu’à présent tu n’as jamais pu t’empêcher d’exaspérer. Le prochain sujet dérangé qui te tapera (évidemment) dessus ne te loupera peut-être pas si bien que le dernier, si c’est vraiment ça que tu cherches. Moi, si tu es disposée, je veux bien me charger de te taper dessus ; j’aimerais bien, en fait, juste avec le fouet seulement. Il me semble, dans le fond, qu’il y a chez toi ce désir de perversité que tu devrais bien t’avouer ou au moins en admettre l’évidence, même si tu ne souhaites pas en élucider le fondement. Chacun sa thérapie. Toi, c’est la clope et les coups. Moi, c’est l’amour partagé en toute indépendance ; d’ailleurs l’amour dépendant avec toi, ça ressemble au tabagisme et aux contusions. Ta vie n’est qu’une contusion, d’ailleurs. Mon loisir c’est d’apprendre à en donner correctement, tu le sais, et donc de savoir les prévoir et les éviter. Tu avais, inconsciemment, raison d’envisager la pratique du Karaté, mais, inconsciemment aussi, tu ne voulais pas assumer ce projet qui aurait, peut-être, conduit à te guérir de ces exigences morbides.

Oh ! Tu essayes sans doute d'arrêter de fumer. Alors, bon courage. Pour le moment, je ne te détache pas de suite, je te fouette encore une fois avant de te caresser un peu partout. D’abord les bleus …    Ange

...

- Bonjour,

J'ai bien reçu ta gentille lettre et je t’en remercie. C’est toujours très agréable de se faire éplucher par quelqu'un qui veut soi-disant du bien, (en prendre sûrement, en donner, c'est moins sûr). Je suppose que tu es fier de ta prose et que tu trouves normal de te comporter de la sorte. J'ai plus l'impression que toi, que ta fameuse indépendance est plutôt une soumission hormonale et que lorsque la pression est trop forte, tu penses à moi. Sinon, sous tes grands airs de grand frère, il y aurait un semblant d'intérêt pour ma personne et ce qu'elle vit...
Je ne sais que penser de ta lettre, de plus je pense que je n'ai pas tout compris. En tout cas, mille mercis pour ta sollicitude ; à t'entendre, je n'aurai aucun scrupule à mettre fin à mes jours qui sont apparemment glauques...                             Solange.
PS : Tu as tout de l'ami prévenant, attentif, et une gentille attention, fût-elle écrite, remonte vraiment le moral. Encore merci, S.



- C'est ça, plains-toi encore, tu cherches les noises, tu les trouves et après tu te plains qu'on soit méchant avec toi. En annexe, je n’ai pas de pression hormonale… anormale. De ce côté ça ne fonctionne pas trop mal, ne t’inquiète pas à ce sujet, parce que si j’avais attendu uniquement après tes bonnes dispositions pour la réguler, j’aurais pu, en effet, envisager de tirer un wagon entre les trente kilomètres nous opposant. En ce cas, j’en aurais profité pour te rapporter du charbon de réserve, puisque ta turbine en manque, elle, de combustible. Ne voudrais-tu pas, plutôt, inverser les rôles ? Ça me reposerait, vois-tu. Quand t’as envie de t’envoyer en l’air, par exemple, tu me fais signe, comme ça c’est plus clair et, ainsi, tu ne peux plus me reprocher de visite « intéressée » et, avantage non négligeable, moi, je ne me plaindrai jamais de dispositions ayant, en annexe, une connotation charnelle. Au moins, pendant ce temps, on se prend pas le chou avec des considérations existentielles à la mords-moi le nœud. Moi, je ne déteste pas les cochonnes, vois-tu ? C’est clair. D’ailleurs, en outre, le cochon est un animal sensible et très affectueux, toutes les femmes bien dans leurs têtes te le confirmeront.

Ceci étant, oui ! Je suis content de ma prose, comme je suis content dans tout ce que je fais. Ici, j’aurais préféré rigoler un peu plus, mais avec toi c’est peine perdue. En fait, je suis toujours content, tu peux y aller et, là-dessus, je te bats à plate couture (sans te toucher, moi, dommage non ?). Je suis content d’être avec toi, content de te toucher, te tripoter et te sauter tant que je peux. Voilà, là, t’es contente ? Quoi ? Tu souris !? Ah ! C’est un progrès, on y arrive.

Et, à part ça, pourquoi montrerais-je plus d’intérêt qu’un simple regard d’ethnologue qui ne cherche plus qu’à comprendre « ce que tu vis » puisque, selon toute apparence, il n’y a rien à faire que de te regarder t’enfoncer dans ton naufrage maniaco-servile contre lequel tu n’as fait, selon toute apparence, aucun effort notable.
Bonne lecture et bonne soirée toute seule, ma chérie. Je t’embrasse là où tu peux encore. A.



- Alors voilà, c'était cela ton amitié ou ton amour indépendant...
Je te savais vicieux, obsédé, égoïste, mais pour rien au monde, je t'aurais pensé méchant. S.



- C’est ça, vas-y toujours. Défends-toi avec tes petits poings, me voilà costumé pervers et tutti quanti, maintenant. Tiens, remarque, justement, ça tombe bien, ce matin j'ai une gaule d'enfer. J'adore ça, me lever au pied de mon arbre. Je sens le tronc et la sève. Le temps est au beau fixe, pression 1069 millibars, menace d'éjaculation sur tout le pays, préparez vos parapluies en latex.

J't’aurais bien baisée là, de suite, là. Crac ! A fond. J't’aurais défoncée comme tu en as besoin, même si tu mérites pas. Je t'aurais pénétrée jusqu'au fond de toi-même et plus encore, là où tu as besoin d'exulter, à l'endroit où t'as mal (ou plutôt : là où tu ne sens presque plus rien) et avec lequel, ne sachant (ou ne voulant) qu'en faire, tu fais chier tout le monde. En fait, c'est plutôt ça que j'aimerais bien : te regarder te planter sur ma gloire et que tu jouisses un bon coup, deux ou trois bons coups, que tu te branches, de toi-même sans te faire prier, sur ma surpression pour regonfler ta dépression, ramoner ce conduit encrassé par la nicotine. J'aimerais bien te voir jouir, gémir pour la bonne cause, crier pourquoi pas, ça te changerait un peu. Oui, tu as bien lu: sans te faire prier, parce que c'est ça que tu veux en plus, espèce de pimbêche de mes deux, que l'on te prie de bien vouloir vivre et t'éclater un bon coup; tu attends après les autres, n'est-ce pas ? Il faut t'inviter poliment s'il vous plaît à bien vouloir honorer de ton bon plaisir l'invitation à partager le sien. Tu as toujours à dire, à critiquer, à réclamer pour faire reconnaître ton existence. Or, jusqu'à présent, moi, j'ai bien reconnu que ton existence, tu l'empoisonnes et tu empoisonnes aussi celle des autres, quand ce n'est pas, quelque part, celle de ta fille. D'ailleurs, il m’a semblé que certains sujets, poussés à bout par tes mièvreries lancinantes, n'ont pas su très bien verbaliser, n'ayant en expression qu'un ridicule goupillon en excédent de bagage. Mais où il faut te taper (et te tâter) c'est bien plus profond que ça, là où la douleur se transforme en extase, en révélation. Tiens, c'est d'un loup-garou ou d'un vampire dont tu as besoin, pas moins. Non. Un exorciste? Mouais, d'accord, mais qui t'exorcise à grand coup de bite et de semence bénite, alors. Oui. Un peu d'encens pour sauver les apparences, je sais, tu as besoin de ça pour mentir un peu, c'est plus fort que toi, ça, même sur le chemin de la Révélation il faudrait que tu te mentes un peu ; aux autres c'est plus la peine, t'en fais pas.

Bon, aller, je te laisse prendre ton café, ta clope et après je t'en remettrai une bonne saucée, par derrière, contre le lavabo, après t'avoir tripoté les seins et les fesses comme tu n'aimes pas. A.



- Moi non plus, il ne faut pas me chercher. Je ne suis pas du tout d'accord avec ce que tu penses avoir comme vérité sur les autres, comme jugement supérieur dû certainement à ta grande connaissance de la race humaine. J'ai pourtant l'impression qu'en dehors de ton nombril, il n'y a pas grand monde qui t'intéresse. Comment peut-on juger les gens, lorsque l'on ne les connaît pas. Tu fais donc partie de la masse moutonnante et malfaisante.
Pour ce qui est de te chercher, ta grande susceptibilité fut encore une fois ton alliée. Si tu ne supportes pas de contrariété, si petite soit-elle, bien que à bon escient, car tu n'en étais pas à ton coup d'essai, continue donc à fréquenter les blondes décolorées qui n'auront d'autre dialogue que celui de ton épanouissement corporel. Apparemment, cela te suffit, pas de nourriture intellectuelle : aurais-tu épuisé ton capital lors de tes études, te reste-t-il une once de possibilité de réflexion autonome. J'en serais surprise et je reste persuadée que ton ex t'aide dans tes choix banaux et quotidiens, insidieusement, car tu mettras sans doute des années pour t'en apercevoir. Par contre, vois-tu, c'est uniquement ce que je constate que je cite là. Je ne me permets pas de te juger, tout comme toi, nous ne sommes ni des Dieux, ni infaillibles. Par contre, je pense que je suis plus modeste que toi et beaucoup plus tolérante et honnête. Pourquoi veux-tu que je relise tes lettres, je comprends du premier coup et ai une excellente mémoire (moi). Tu te crois autorisé à psychanalyser les gens avec tes connaissances médicales ? Ou est-ce en étudiant ta statuette de Dali que la révélation t'est apparue. Tu ferais mieux de balayer devant ta porte et ne pas t'emporter pour des choses qui n'ont aucune importance (surtout lorsque l'on ne tient pas aux gens concernés).    
Quant à être mon homme quand je veux, je ne pense pas qu'un jour tu sois à la hauteur. J'ai eu la bonté de ne jamais te faire de remarques, ayant compris que tu étais très autosatisfait, mais je ne vois pas pourquoi je continuerais à ne pas te heurter. Ni physiquement, ni moralement tu n'en as les moyens. Peut-être cela est dû à tes lacunes d'éducation et surtout zéro évolution en quinze années.

Je suis très calme, un peu sous le choc (encore une mauvaise surprise, merci Ange), mais très calme. Par contre, je suis sûre que ces derniers temps tu frisais (avec les poils) l'hystérie.
Pas de méchanceté, cela ne sert à rien. Je n'ai rien dit que tu ne connaisses déjà et rien inventé, contrairement à ta façon de faire.
Vu ton aigreur et ton agressivité, il me semble judicieux que tu m'oublies. S.

...

- En effet, tu es calme, ça se voit. C'est dans ces moments-là, d'ailleurs, qu'on fait le mieux KK ... Ange

= commentaires =

nihil


    le 13/06/2006 à 17:12:39
"- PS : et passe-moi la moutarde, salope... Ange."
MantaalF4ct0re


    le 13/06/2006 à 17:34:27
on décelait déjà le crevard dans le premier épisode mais là ça devient folklorique mouarfff
Obn


    le 14/06/2006 à 09:17:14
Ca sonne vrai, en effet. Ca sonne réel.
Ange Verhell


    le 14/06/2006 à 09:37:32
Voilà des remarques faites par des gens qui ont du vécul ! ça fait plaisir à voir
Narak


    le 14/06/2006 à 14:12:05
J'aime beaucoup, je trouve ça trés bien écrit (même si ça donne un peu l'impression de scène de ménage chez les surlittéraires)Sauf le dernier paragraphe d'Ange ou il parle de sa bite. Rigolo mais un peu gratuit j'ai trouvé.

Enfin visiblement ça ressemble bien à du vécu, donc un commentaire là dessus n'est pas necessaire, je pense.
Nounourz


    le 14/06/2006 à 15:00:11
le gag dans cette histoire, serait que les deux protagonistes soient dans la même maison, ange sur son ordi dans le bureau et solange sur le laptop dans la chambre, connectée en wi-fi.

la remarque de Nihil prendrait alors tout son sens, d'ailleurs.

Sinon, ça sent tellement le vécu que pour ma part, ça en devient profondément inintéressant. Mais le style un peu épistolaire reste relativement plaisant à lire, ce qui rattrape un peu ce qui sans cela ne serait à mes yeux qu'un pénible gâchis d'octets.

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