LA ZONE -
Résumé : Jack vient de poster un nouvel article sur son blog alors on vous en fait profiter. Lâchez vos coms et filez lui des bonbons, je suis sûr qu'il appréciera.

Blogule rouge - 27 Août 2006

Le 27/08/2006
par Lapinchien, Aka
[illustration] Encore une journée de taf de merde de bouclée… Vidé… Je suis lessivé… J’me tiens à carreau depuis quelques jours… Je suis assidu et ponctuel. Faut pas que j’me prenne un autre blâme… Mon boss me surveille de près. C’est pas que j’veuille faire carrière dans la boucherie, comme vous l’ savez, mais j’ai besoin de ce putain de job alimentaire à la con, de ces putains de revenus minimaux pour financer mon autonomie artistique… C’est carrément dur en ce moment, j’vais pas m’amuser à le cacher. Je fighte à mort contre ma tronche et c’est épuisant psychologiquement… çà fait un petit bail que j’ai pas couché mes pensées dans mon blog, çà fait un petit bail que j’ai pas pris le soin de les formaliser… J’ai fait un break pour être franc… Je voulais savoir si tous mes troubles ne venaient pas de là, de l’envahissante superficialité du virtuel, mais au finish, il me semble bien que non puisque mes obsessions persistent et semblent s’aggraver depuis des mois maintenant.
Ces taches noires qui ont fait irruption dans ma vie depuis le visionnage de « la ferme des morts », cette neige sombre qui s’est mis à perler dans mon environnement direct, j’en suis certain maintenant, ce sont les étapes de l’évolution d’un mal qui me ronge, un mal qui a franchi un nouveau cap lorsque ce bruit visuel s’est matérialisé en nuées d’insectes déferlant dans ma baraque... Si je n’ai pas pu tous les zigouiller malgré l’acharnement dont j’ai fait preuve, c’est bien parce qu’il ne s’agit là en fait que de putains d’hallucinations à la mord moi l’nœud ! Faut pas que la folie l’emporte… Mon cerveau me joue des tours, c’est un faux ami, je dois m’en méfier, il est défectueux… C’est comme un putain de fusible qui a grillé l’autre jour… L’inspiration me traverse en permanence, de manière anormale mais je n’m’en plaindrais pas. C’est une joie que d’être irradié par la vérité, d’appréhender le monde sous des angles qui me surprennent moi-même… J’vais pas le déplorer, çà non ! J’en suis putain de junkie de mes idées originales… pas question que j’m’en sépare… Jamais ! Même si je ne suis pas fait pour elles… qu’il y a maldonne, erreur sur la personne… Que je ne suis pas celui qui aurait dû en accoucher… Même si le flux d’inspiration qui me frappe me porte préjudice et me détruit plus vite que ne vieillit le commun des mortels, vous autres, pauvres crétins oubliés des Muses… Pas question de m’en défaire, çà non ! et j’m’en suis pris une sacrée saucée d’inspiration l’autre jour… Mes maux viennent de là, indéniablement. Survoltage… Y a un truc qu’est « out of order » dans ma caboche depuis et c’est la raison pour laquelle je fais des bad trips éveillé.

C’est pas grave, mec… C’est pas grave. Çà me suffit d’avoir cerné le problème… çà déconne dans ma tronche… Ok, ok ! J’ vais pas péter un câble pour si peu. Faut pas y prêter attention à toutes ces couilles dans la réalité, c’est tout… A force de les ignorer sciemment, je vais dompter mon cerveau, je vais réapprendre à appréhender le monde correctement… C’est comme si j’avais des cataractes, que ma vision était voilée en son centre. Au bout d’un moment, inconsciemment, mon cerveau aurait fini par occulter la tâche qui gâche ma vue et par reconstituer une image à peu près correcte en extrapolant les données manquantes, en pariant sur une certaine logique du réel… Et bien là c’est pareil ! Out les bugs dans ma perception du monde ! Pas question que j’y fasse gaffe ! Pas question que çà m’obnubile… Me concentrer sur l’action de créer… Je dois imposer autoritairement mon imaginaire ! Ne pas accepter ce que me rapportent mes sens… Bordel ! Transcender les évidences… voilà ce que je dois faire… Ne pas diviniser mes capteurs sensoriels… ne pas en faire les prophètes par défaut de mon rapport au concret… L’abstraction est la clef… Faire fi de toute autre chose à part ce putain de flux d’inspiration… C’est au fond de moi… L’extérieur on s’en branle ! L’introspection est la voie !

Organicratia c’était de la merde… J’ai pris tous mes rushs et je les ai bazardés… Je m’suis remis à imaginer une histoire en vue d’en faire un petit film d’animation pour le web.

- « C’est l’histoire d’un type qu’est mort… »

J’arrête pas d’y penser à cette histoire… A mon taf, chez moi, dans les transports en commun. J’pense à la trame pure, hein, vous savez … J’aborde pas encore la forme, la manière dont çà sera filmé, tout çà…

- « C’est l’histoire d’une âme, plutôt, un esprit dénué d’enveloppe charnelle… »

L’introspection est la voie ! J’pense à c’t’histoire quand je prends l’ascenseur, quand je fais mes courses au supermarché, que je vais à la poste, à la banque, chez le coiffeur, chez le médecin…

- « C’est l’histoire d’une âme en peine, une âme qui erre, qui déambule puisque c’est le lot des âmes que d’errer, que de déambuler… »

J’y pense surtout chez moi en réalité… Car c’est là que se produit le bug dans ma tronche… C’est là qu’apparaissent immanquablement sans discontinuer ces nuées d’insectes grésillants. C’est là qu’ils semblent prospérer et vivre… Faire vraiment partie de la réalité… Il y en a d’avantage chaque jour. Ils forniquent et se multiplient ! … … Non… Je m’égare… Ils n’existent pas… Me concentrer, je dois me concentrer sur mon histoire…

-« C’est l’âme d’un type mort, une âme qui flotte ici bas… Saloperie de gravité ! On ne sait pas vraiment ce qu’est cette force qui nous retient prisonnier, qui nous empêche de voler… Elle échappe aux théories d’unification… Jamais nous ne trouverons ce fichu Graviton, ce messager qui n’est qu’un fantasme de théoricien… Les âmes aussi ne peuvent fuir l’influence de la gravité, condamnées à errer parmi les vivants, condamnées à flotter en surface pour ne pas couler dans les bas fonds emplis d’un magma d’autres âmes en fusion, d’autres âmes trop lourdes de péchés pour surnager… L’attraction universelle relie la matière au temps, semble les définir en réalité… La gravité relie aussi l’immatériel et l’intemporel comme par un corollaire qui nous échappe. L’âme que nous considérons dans notre histoire est légère… Elle n’a pas à déployer d’infinis efforts pour ne pas sombrer… Parfois c’est limite tout de même, il suffirait d’une ou de deux mauvaises pensées …»

Je suis face à mon petit déjeuné… J’ai versé des céréales dans un grand bol puis j’ai mis du lait U.H.T dans la tasse… c’est croustillant… J’adore çà… Oui, là bien sûr, il y a plein d’insectes dans mon bol, il nagent, ils grouillent et se débattent, il forniquent dans ma cuillère à soupe. Çà n’est pas vrai tout çà… çà ne se peut pas… Suis ta logique… Ecoute la petite voix en ton fort intérieur… Ton intuition, ton amie fidèle, celle qui jamais ne retournera sa veste, celle qui jamais ne te fera faux bon, celle qui en aucun cas ne te trahira comme cette salope de pute de traînée de raison… Je touille bien les céréales dans mon bol… Elles crépitent en se mélangeant au lait… Elles gonflent dans la cuillère comme je les porte à ma bouche… çà grouille de vermine imaginaire… Scratch ! Spop ! Flotch ! Je mâche le tout consciencieusement… L’amylase salivaire se mélange à la purée infecte... Même mes sens olfactifs et gustatifs sont bernés… J’ai envie de tout dégobiller mais je me retiens… J’avale tout en déglutissant et de suite je porte une seconde cuillérée à ma bouche. Faut pas laisser la folie s’installer… pas de temps mort ! Je vais te les dompter ces putains de sens pipés de mes deux… L’histoire… L’histoire… revenir à l’histoire…

-«L’âme du mort est opportuniste comme toutes les âmes qui surnagent… Elle joue les passes murailles et retrouve ses congénères en comité restreint la plupart du temps dans la chambre nuptiale d’un jeune couple… Les âmes s’assoient en hémicycle autour de la couche des frêles mariés… Elles n’ont qu’une hâte que les vivants s’émoustillent, qu’ils se frôlent et qu’ils froissent les couvertures, qu’en eux de profonds désirs humides ne montent. Les âmes y contribuent souvent, elles ne sont pas aussi innocentes et passives qu’on pourrait le croire. Elles provoquent des gratouillis, elles induisent des chatouillements, elles titillent et elles excitent… Çà n’est pas vraiment autorisé… Elles prennent du poids et parfois la gravité emporte l’une d’elle, un peu trop désinvolte et dévoyée, dans les limbes du manteau magmatique qu’elle s’en va nourrir… Nos âmes n’attendent qu’une chose en réalité, que d’un feu violent, le couple s’éprenne, que les draps volent, que les corps nus se mélangent… Elles crient vigueur ! Elles crient jouissance ! Elles appellent les deux êtres enchevêtrés à l’amour, à l’orgasme… Quand la jouissance vient à se produire, que le foutre chaud de l’homme s’engouffre dans l’utérus de sa compagne, les âmes frisent l’hystérie… La folie s’empare de chacune d’elle, le comité se désolidarise et l’unité se rompt… Dans un tourbillon invisible, les âmes se disputent, se griffent et se bousculent au dessus du couple repu aux portes du sommeil… Une seule d’entre elle dans la plupart des cas pourra profiter de la fertilisation d’un ovule pour prétendre à une nouvelle enveloppe si tout se déroule bien par la suite. Elle ne se rappelle déjà plus, elle en oubliera d’avantage. Une nouvelle vie, une nouvelle chance d’agir sur le réel... L’héroïne de notre histoire n’est pas vraiment intéressée par une autre chance, elle laisse la place aux autres et préfère vivoter en pataugeant… Elle fait semblant de lutter… çà n’est qu’un simulacre pour ne pas prendre de poids. La gravité ne l’aura pas une seconde fois.»

J’ai du mal à trouver le sommeil… C’est qu’il fait chaud en ce moment, une chaleur caniculaire… Non ! Mon lit n’est pas recouvert d’insectes… Non, ils ne grouillent pas sur mon corps nu… C’est une hallucination, voyons ! C’est la sueur qui dégouline le long de mon échine, de mon dos… C’est l’humidité de l’air qui imprègne toute ma peau et qui la rend moite … de là qu’elle vient cette sensation désagréable d’être parcouru par des milliers de petites pattes frétillantes… de là qu’elle vient cette impression de baigner dans un broyat de pus collant… Mon imaginaire… Imposer mon imaginaire… Pendant mon sommeil, je dois rêver à mon histoire… çà ne sert à rien de te boucher le nez, voyons ! Il n’y a pas de blattes sur ton sommier… inutile de protéger tes orifices pour ne pas qu’elles s’y engouffrent et qu’elles te dévorent de l’intérieur… dormir… dormir… je dois dormir…

-«Ce qui fascine l’âme de notre histoire, c’est la décomposition… La décomposition de sa propre dépouille en particulier. Elle traîne longtemps dans le cimetière où ses proches on enseveli le corps qui jadis lui appartenait. Il pourrit dans un cercueil bas de gamme qui n’a pas mis bien longtemps à s’engorger d’eau, à la première averse même. Il est à moitié dévoré par les champignons et les lichens et s’affaisse sous le poids de la terre qui le recouvre. Notre âme aime à le pénétrer, à devenir profanateur de sa propre sépulture. »

J’ouvre mon frigo pour boire un verre d’eau fraîche. J’ai foutu la bouteille dans le congélo carrément. Il fait trop chaud. Faudrait que j’pense à dégivrer. Çà grouille là dedans. Encore une preuve. Ces bestioles ne survivraient pas à de telles températures si elles étaient réelles. Y a un peu de corned-beef dans une assiette : assailli… Ces saloperies se régalent. J’entends leurs mandibules dépiauter la chair avec délectation. Un reste de gigot emballé dans du papier allu. Çà frétille, çà ondule comme du mercure liquide. Je sais très bien se que je trouverais sous l’aluminium si je dépaquetais le truc. « Ne pas se laisser gagner par la peur de la folie… Ne pas cautionner mes visions délirantes… » D’un geste je retire le papier, le roule en boule et le jette au loin. Dans la foulée, j’attrape le bout de viande recouvert de vers affairés à creuser leurs galeries dans la chair. Le tout est recouvert d’un pus jaunâtre, comme de la mayonnaise suintante. Je croque à pleines dents.


= commentaires =

Dourak Smerdiakov


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    le 27/08/2006 à 17:04:13
On dirait un texte en collaboration de Swedenborg et Schopenhauer.

À vrai dire, au début de ma lecture, j'avais peur. Y a quelque chose qui fait peur rien que dans le principe de base de la série, d'ailleurs : le journal d'un bloggueur, tiens donc. D'autant plus que ça commence effectivement par du racontage de vie sans intéret. Choix délibéré d'une montée en puissance progressive, je suppose. Mais y a un risque que certains laissent tomber leur lecture après le premier paragraphe à cause de ça. J'ai d'ailleurs commencé par lire assez vite, presque en diagonale.

Mais finalement, bon moment, dommage pour les petites fautes qui traînent. J'ai l'impression que ce texte parle de moi, et ça, ça m'énerve par contre. Mais son délire est intéressant, il se rend compte que quelque chose ne va pas, mais l'analyse complètement de travers. Plus sa mégalo, c'est toujours bien la mégalo. Y a du Nieztsche aussi, donc.
Winteria


    le 28/08/2006 à 10:31:34
Y'a quelque chose qui me fascine, dans cette histoire. Je sais pas pourquoi. J'aime beaucoup l'idée des insectes, aussi.

Mais comme l'a dit Dourak, dommage pour les quelques petites fautes par-ci par-là, et puis il y a quelques trucs en trop aussi, je trouve. Et ça a pour conséquence de plomber, en quelque sorte, le rythme de la phrase. Je pense surtout à :

"Si je n’ai pas pu tous les zigouiller malgré l’acharnement dont j’ai fait preuve, c’est bien parce qu’il ne s’agit là en fait que de putains d’hallucinations à la mord moi l’nœud !"

Le "à la mord moi l'noeud", là, bah non quoi.



commentaire édité par Winteria le 2006-8-28 10:32:33
Dourak Smerdiakov


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    le 29/08/2006 à 02:58:40
C'est bien de se laisser mordre de temps en temps, tu sais. C'est bon pour la circulation sanguine. D'ailleurs cette série ne parle que de ça, mine de rien.
Astarté


    le 30/08/2006 à 12:34:36
Bin...cette fois je l'ai lu jusqu'au bout...

Je reviendrais faire un commentaire lorsque j'aurais lu les Blogule rouge précédents parce que là j'ai pas trop accroché.
nihil


    le 02/09/2006 à 00:36:38
Bof, j'ai pas trouvé que c'était à la hauteur par rapport aux autres épisodes. Certains textes étaient tellement bons qu'ils m'ont donné de trop fortes espérences pour la suite. Je reste sur les making-ofs de films complètement disjonctés à base de morceaux d'animaux morts, à la misogynie maladive et frustrée de Jack, à la chatte de Juliette la poupée gonflable en viande... Ce bout-là, je préfère l'oublier.
Contre-paix


    le 29/06/2008 à 16:07:24
Mouarf

Ça claque et ça détone, ça bouillonne... y'a de l'idée, des tas d'idées, mais ça aurait mérité plus de développement. Je reste sur ma faim, là...

En tout cas l'atmosphère écrasante et lourde est très vite posée, dommage que les fautes à répétition fassent tiquer le lecteur bescherellien obsessionnel...

Beaucoup trop court à mon goût!

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