LA ZONE -
Résumé : Bon, voyons ce que vaut cette newbie. D'emblée, le ton me plait, on dirait du zonard à l'ancienne, à savoir inutile et pourri, mais teigneux. Y a de l'insulte, de la baston et de la concordance des temps aléatoire, bref ça a son charme.Dommage que ça devienne jamais vraiment explosif, mais c'est sympa.

Pigeon voyageur

Le 11/11/2007
par Marquise de Sade
[illustration] Pour limiter la pollution des villes par les pigeons, certains optent pour de petits pals à mettre sur le rebord de ses fenêtres.
D'autres cherchent de nouvelles solutions. C'est que c'est tenace un pigeon. Et très con. Encore plus les pigeons voyageurs.

11h17.
Pour la quatorzième fois ce matin je composai le numéro de chez moi.
Pour la quatorzième fois aujourd’hui, une voix préenregistrée me répondit « Il n’y a plus d’abonné au numéro demandé »
Putain mais qu’est-ce qu’elle foutait cette conne ! Pourquoi est-ce que mon téléphone ne répondait pas, pourquoi cette idiote n’était pas chez nous à cirer les parquets comme tous les mardis depuis presque dix-huit ans maintenant ? Pourquoi elle ne décrochait pas ?

Je consultai la liste de mes clients.
11h30 - 145 rue Foch, appartement 2 - Madame Ribley - digicode : 14A5B
Je sortis de ma voiture, ajustai ma cravate, défroissai le bas de mon veston et remis en place la mèche qui me tombait sur le front.
Elle va me le payer cette conne. Elle a intérêt à avoir une bonne explication sinon je lui fais manger sa cire d’abeille moi.

L’immeuble de la rue Foch puait le pigeon à plein nez, de ceux qui vous font votre part de commission pour l’année entière en une seule vente. Des appartements à vieux cons friqués qui sont prêts à se vendre leurs dents en or pour offrir un coussin pur peau de tigre du Bengale à leur Yorkshire qui dilapidera l’héritage en boîte de caviar russe au grand dam des héritiers légaux qui se mangeront des petits pois en conserve en maudissant leur salope de mère. Celle de l’appartement 2 ne dérogeait pas à la règle, en un peu moins vieille malgré tout. A peine m’étais-je présenté, que son sourire décoré d’une rouge à lèvre naviguant entre l’orange et le rose bonbon me promettait déjà un bon de commande en trois exemplaires parfaitement rempli et son numéro de carte bleue.
L’immonde bestiole ne la lâchait pas d’une semelle d’escarpin. Ces aboiements stridents m’avaient répondu dès mon coup de sonnette. Sa découverte avait été au-delà de tous mes espoirs. Un ruban bleu en soie lui faisait une fontaine au dessus de la tête. Sa gueule aussi enfarinée que celle de sa maîtresse sortait d’un toilettage tout frais, et c’est tout juste s’il ne m’avait pas arraché la moitié de la main quand j’avais voulu le caresser en m’extasiant sur ce magniiiiiiiiiiiiifique bébé ! Mon pied dans ton fion ! C’est tout ce que tu mériterais mocheté ! Même un coup de bite pour l’hygiène je n’aurais pas pu ! Pourtant j’en avais testé du molosse. Des grosses chiennes poilues, la langue pendante, aussi haletantes que leur maîtresse friquée. Faut pas avoir peur de se salir les mains et la bite quand on veut être le vendeur du mois et gratifié d’une augmentation substantielle.
La vieille et son maquillage de carnaval me firent entrer dans le salon. A peine assis sur le canapé, son horreur me sauta dessus et me flaira les roustons.
« Ho ho, petite coquine, dis donc, dis-je de mon sourire Clark Gable en caressant la bête dans le cou, tu es vraiment une très jolie fifille toi. Ta maîtresse a bien de la chance d’avoir un compagnon aussi parfait que toi. »
Ca y était, la culotte mouillait. La vieille était ferrée, je pouvais lui sortir tout l’attirail, elle signait les yeux fermés. La collection printemps-été, les chaussons en cuir faits dans les ateliers italiens (une pièce unique, un peu chère, c’est vrai, mais votre enfant ne mérite-t-elle pas ce qu’il y a de mieux pour protéger ses petites papattes ? Tenez, signez ici, là, et là aussi), le collier 18 carats, incrusté de petits diamants importés directement d’Anvers (nous avons notre vendeur attitré, il nous fait des prix exceptionnels parce que lui aussi à cet amour si souvent incompris par les gens qui n’ont pas d’animaux, mais chut, ne dites rien, c’est un petit secret entre nous chère madame). Elle pissait de joie, elle gloussait comme une vieille dinde qui croit que les décorations de Noël sont là pour faire joli alors que le fermier l’appelle avec un couteau planqué dans le dos. Elle me proposa un thé que j’acceptai volontiers, très chère madame, je suis certain que vous êtes la reine du thé.
Pendant qu’elle s’excitait sur son eau chaude en cuisine, je fis un tour d’horizon du salon. Des toiles de maître - des reproductions ? - des vases de porcelaine, des statuettes en bronze, un tapis d’orient accroché au mur - pour cacher un coffre ? - la photo du mari sans doute décédé.
Et cette chienne excitée qui ne me lâche pas les couilles. C’est terrible comme ces petites choses sont sensibles aux odeurs. C’est vrai que je n’avais pas eu le temps de prendre une douche avant de quitter la cliente précédente, mais quand même ! Je repensai à ma femme, à mon numéro inaccessible. J’étais parti de la maison dimanche soir, comme chaque semaine. Quand on est représentant de commerce, on passe plus de nuits à l’hôtel que dans sa propre chambre, c’est une vie de voyageur, mais j’aimais ça. Puis faut dire aussi qu’au bout de 18 ans de mariage, j’avais d’autres envies que de me coucher à côté des bourrelets de ma femme ou de me réveiller à l’aube avec les cris des mômes qui se disputent pour voir Bob l’éponge à la télé.
Madame Ribley revint dans le salon avec un plateau de thé et des biscuits. Elle en avait profité pour remettre une couche de rouge à lèvre. Elle espérait quoi ? Entourer ma bite d’un cercle orange-rose bonbon en me suçant ?
Elle s’assit à côté de moi dans le divan, me donna ma tasse et commença sa tirade. Je les connaissais par cœur ses mots. La solitude, son pauvre mari mort trop tôt, le bébé qui lui donne tout l’amour qu’elle ne peut plus avoir autrement. Je comprenais, je comprends madame, vous êtes si jeune encore pour être seule.
Les vieilles bourges coincées, tu parles. J’avais à peine eu le temps de finir ma phrase que déjà sa main était sur ma braguette. C’était ça aussi l’avantage des représentants de commerce. Tu n’avais plus besoin de payer. Avec l’expérience, quelques mots pleins de compassion étaient plus efficaces que des billets posés sur la table de chevet.
Trente minutes plus tard, je quittais le 145 de la rue Foch, un contrat d’un montant de 7500 euros en main, et un pourboire de 200 dans la poche. Je téléphonai au bureau. Magali valida le contrat et le numéro de carte bleue, tout était ok.
« Ta femme a laissé un message pour toi ce matin. Ce serait bien que tu rentres chez toi le plus rapidement possible… je crois qu’il y a un petit problème … »

La maison était vide. Il ne restait rien. Pas un meuble, pas un objet. Elle avait tout emporté la pute. Tout exceptés mes fringues et ma collection de médailles de pongiste. Une odeur bizarre me rappela certaines de mes clientes. Ca puait le chien. La pisse de chien plus exactement. Le dernier cabot qu’on avait eu, je l’avais dézingué au fond du jardin un week-end pendant qu’elle emmenait les gosses à la piscine et j’avais joué au maître éploré en collant des affichettes sur tous les platanes de la rue pendant une semaine. C’était mes fringues qui puaient. De larges auréoles séchées recouvraient la plupart de mes pantalons. La salope, elle avait fait pisser un chien dessus, j’y croyais à peine !
Sur le dessus de la pile de vêtements, je vis quelques papiers bleus. Des papiers bleus que je reconnus très vite. C’était des bons de commande, comme ceux que je laisse dans chaque appartement que je visite. Six. Un de ces arnaqueurs de voyageurs de commerce était venu six fois chez moi. Dans ma maison à moi, vendre des arnaques à ma femme à moi. « C’est dur vous savez, mon mari est absent toute la semaine, dix-huit ans de mariage, les enfants, tout ça tout ça. Mais oui, madame je vous comprends, et vous êtes si jeune encore … »

J’empochai les bons de commande avec mon numéro de carte bleue et la signature de ma femme en dessous et je repris la route. Je suis un voyageur.
Un pigeon voyageur.

= commentaires =

Glaüx-le-Chouette


    le 11/11/2007 à 17:05:02
Pas mal. On peut pas dire que ce soit frémissant d'action et de vigueur, c'est même un peu terne pour ce qui regarde le style (en même temps, un représentant de commerce, on s'attend pas à ce qu'il ait la verve de Montaigne, c'est vrai), mais au moins, ça part pas dans tous les sens, ça va là où ça doit aller, c'est assez maîtrisé pour pas être niais. J'aime bien, lu comme ça vite fait.
Aesahaettr


    le 11/11/2007 à 17:06:44
Ce doit être un fake d'Arkanya en 2002 qui a été absorbé par une paléofissure temporelle.

C'est frais, ça manque un peu de coups de bêche dans la carotide mais c'est frais.
Par contre, je saurais pas dire de quoi ça parle, j'ai oublié.

Ah, oui, des pigeons. Bah.

commentaire édité par Aesahaettr le 2007-11-11 17:7:5
Glaüx-le-Chouette


    le 11/11/2007 à 17:08:24
Ton "paléofissure temporelle" m'a causé une subtile bosse dans le slip.
Aesahaettr


    le 11/11/2007 à 17:18:55
Alors tu devrais lire la dernière née des Humanoïdes Associés : "Les Technopères" de Jodorowski. Tu maculerais nombre de papiers peints.

Je cite : "Mes techno-fils, je suis désormais votre absolu et infaillible Technopère Supra-Suprême ! Avec l'aide de Zombra, je vais consacrer ma sagesse infinie à créer le techno-jeu parfait !"

Le mieux c'est la fin, quand le héros fusionne avec son hamster de l'espace polyglotte et medium.
Glaüx-le-Chouette


    le 11/11/2007 à 17:27:36
Ouais ça a commencé y a trente ans les Jodorowski en BD ouais.
Aesahaettr


    le 11/11/2007 à 17:36:54
Ca ne vaut pas Alef Thau, mais c'est pas mal.
Dourak Smerdiakov


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    le 24/11/2007 à 15:17:09
J'espère que les coordonnées de madame Ribley sont fausses, à causes des lois informatiques et liberté, tout ça. Et puis, en cas de drame, ce serait dommage que les zonards deviennent les premiers suspects dans une affaire de viol de yorkshire.

Sinon, oui, pas mal. Un peu caricatural pour le ton réaliste, peut-être, la bourgeoise à chien-chien, la femme de voyageur infidèle. Manque un peu de condiments, de sauce, je ne sais pas, ça ne décolle jamais vraiment. Trop sobre, alors que s'il y a un endroit pour se lâcher, c'est bien la zone. Le thème des pigeons paraît sous-exploité, on sent qu'il ne sert qu'à encadrer l'histoire pour avoir une intro et une conclusion. Il y aurait peut-être eu moyen de l'avoir en leitmotiv, ou je ne sais quoi. En insistant sur leur merde, vie de merde, etc.
la_marquise_de_sade     le 24/11/2007 à 16:22:51
tu as raison Dourak, je stéréotype toujours très fort, j'aime beaucoup ça et j'ai d'ailleurs l'impression que c'est bien plus réaliste qu'on le croit.

viol viol, ... il a pas dit le non le yorshire. Revisionnez les enregistrements monsieur le juge, pas une seule fois il n'a dit non !


Lol47


    le 25/11/2007 à 02:10:22
Je te fais remonter le texte.

Ai-je droit à une image ?

Je déconne...!

Poniatowski, Lewinski, une pipe par jour : ai-je l'air d'un vrai zonard ?
Dourak Smerdiakov


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    le 25/11/2007 à 04:15:05
T'as l'air d'un veau marin qui veut une sucette. Tiens, attrape, c'est une image.
Lol47


    le 25/11/2007 à 09:41:22
C'est quoi un veau marin ?

J'ai pas saisi l'AS-tuce.

Glaüx-le-Chouette


    le 25/11/2007 à 10:45:54
T'arrêtes pas de dire que tu décroches, ça y est, c'est ton dernier message, tu t'en vas, que tu vaux mieux que ça, mais tu y arrives pas bien, hein poussin.

Ahlala.
Lol47


    le 25/11/2007 à 15:01:49
"T'arrêtes pas de dire que tu décroches, ça y est, c'est ton dernier message, tu t'en vas, que tu vaux mieux que ça, mais tu y arrives pas bien, hein poussin."

Je retiens poussin.

la_marquise_de_sade     le 25/11/2007 à 17:46:21
Commenter un de mes textes, ce n'est pas revenir sur le net alors qu'on a dit qu'on décrochait, c'est tout à fait différent.
C'est un acte naturel comme respirer, mettre une petite laine quand il fait froid, mettre du citron sur son poisson ou se gratter les couilles au réveil.

Faut pas tout confondre.

Dourak Smerdiakov


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    le 25/11/2007 à 18:11:50
Camarade marquis(e), ce n'est pas parce qu'un commentaire est posté en bas de ton texte qu'il s'adresse nécessairement à toi. Il peut aussi être une réponse à un autre commentaire.

Plus important, si tu es l'auteur de ce texte, pourquoi ne pas te connecter pour t'identifier ?
la_marquise_de_sade     le 25/11/2007 à 19:22:42
sans doute parce que lorsque je me suis inscrite sur le forum, j'ai pris mon pseudo habituel, celui avec un "la" devant, alors que si je me souviens bien, il n'avait pas du passer lorsque j'ai envoyé mon premier texte.

Est-ce indispensable que je recrée un second pseudo en "marquise de sade" ?

Dourak Smerdiakov


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    le 25/11/2007 à 19:47:09
Tu ne peux pas créer de compte par toi-même. Celui qui a été créé pour toi par l'un des admins correspond au nom d'auteur ci-dessus (Marquise de Sade), et le mot de passe a dû t'être envoyé à ton adresse électronique.

nihil


    le 25/11/2007 à 20:02:09
adresse qui renvoie une erreur, comme précis ailleurs.
Pour le souvenir     le 25/11/2007 à 20:44:39
Rien à voir mais pourquoi forbidden chez nourz quand on veut lire ou écrire ?
Traffic


    le 27/11/2007 à 13:27:07
Chouette de voir ton considérable texte sur la Zone.



commentaire édité par Traffic le 2007-11-27 13:29:6
la_marquise_de_sade     le 28/11/2007 à 16:20:50
Chouette comme Glaüx tu veux dire?
Glaüx-le-Chouette


    le 28/11/2007 à 16:24:26
Oh ouais sucez-moi tous ouais.
Mill


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    le 28/12/2007 à 13:26:09
Sympathique chronique de moeurs. De la part de la marquise de Sade, c'est tout de même décevant. Ca manque de sang et de perversité.
Mill


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    le 28/12/2007 à 13:27:01
Tiens, ça me frappe à l'instant : on dirait un bon vieux pulp des années quarante.
Marquise de Sade


    le 28/12/2007 à 19:43:18
c'est un compliment d'être comparée à un texte d'un bon vieux pulp, je n'en espérais pas tant

pour la perversité, je vais m'appliquer dans mon prochain texte

Mill


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    le 28/12/2007 à 21:56:34
C'était effectivement un compliment, marquise.

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