LA ZONE -
Résumé : Pour résumer, c'est l'histoire d'un homme légume, qui, prisonnier de son corps inerte, réfléchit comme un disque rayé, au point que ça en devient flippant. La narration est axée sur la dissociation dedans/dehors (n'y voyez aucune perversion) et ça se lit bien, malgré la longueur. Quelques lourdeurs, et la fin semble bâclée, mais ça reste très correct, et parfois incongru, un peu comme une pomme de terre qui chanterait des cantiques.

Les réflexions statiques

Le 10/01/2010
par Lapinchien
[illustration] « On baigne en plein paradoxe, mais tant pis, peu importe. Raisonner par analogie, c'est fondamentalement penser faux. Certaines manières de réfléchir sont biaisées, illogiques. Laissons les aux poètes et aux prédicateurs, eux qui contrairement aux scientifiques ne cherchent à rien prouver du tout, eux dont les discours ne visent qu'à cerner le beau, qu'il soit réel ou divin. »

Cette chambre aseptisée est mon univers. Voilà tout ce que je sais. A quoi bon remuer toutes ces sornettes en mon fort intérieur ? A quoi bon me créer de fausses préoccupations ? Voilà des années que je suis alité, sclérosé, paralysé, incapable de bouger le moindre muscle, incapable d’émettre le moindre son. Et dire que je ne sais même pas pourquoi. Je n’ai pas l’ombre d’un indice sur l’origine de tous mes maux. Je ne saurais dire si je suis atteint d’amnésie ou bien si j’ai toujours vécu dans cette pièce. Probablement ai-je perdu la mémoire, j’ai des tas de références mais je n’arrive pas à y associer des sensations passées, des souvenirs, des visages ou des expériences. Survivre, c’est bien cela mon quotidien, telle est ma réalité et, plutôt que de dépenser mon énergie inutilement à ruminer du vide, je ferais mieux d’avoir des considérations plus terre à terre et songer à retarder l’inéluctable, à me battre. Mes forces me quittent. Je me sens de plus en plus faible chaque jour. Il faut croire que je ne peux tout simplement pas renoncer à l’introspection pour me borner à l’immédiateté. Ce serait un avant goût de la mort.
« Raisonner par analogie, quand on y réfléchit, c'est tenter de démontrer par l'exemple, en comparant des choses qui n’ont rien à voir entre elles. Il y a ce que l’on cherche à démontrer et il y a ce que tout le monde sait. Cet art subtil consiste à trouver des points communs entre les deux. Dans un premier temps, on trace des parallèles évidents. Au bout d’un certain nombre de comparaisons, ce que l’on cherche à démontrer et ce que tout le monde sait se confondent et c’est alors que viennent les conclusions hâtives. On construit des ponts abstraits pour traverser des fleuves conceptuels arides et connecter les deux rives, des chemins qui ne conduisent nulle part avec certitude. On le sait bien pourtant, autant un exemple peut infirmer une hypothèse, autant jamais il ne peut la valider.»

Voilà deux des cinq infirmiers qui se relaient à mon chevet pour prendre soin de ma carcasse. Trois fois par jour, ils viennent me retourner pour éviter que des escarres ne se forment. Ça arrive pourtant parfois. Ça arrive et il faut me traiter. C’est effrayant de savoir que l’immobilité peut tuer, que petit à petit le propre poids d’un homme finit par le comprimer, compresser ses organes jusqu’à les nécroser. Nous sommes à ce point fragiles. La gravité est là pour faire la sale besogne aussi, éliminer l’inutile. Ce qui ne bouge pas ne mérite pas de vivre. La vie est une fuite effrénée. Si on s’arrête, le grand prédateur nous fauche. Voila pourquoi je ne renonce pas à l’introspection : dans ma tête, je peux encore bouger, dans mes pensées, je peux encore fuir.

« Que je suis ridicule. On baigne en plein paradoxe. Raisonner par analogie, c’est tenter de démontrer par l’exemple, ce qui est illogique, ce qui est faux par essence. Et pourtant j’ai beau le répéter, je ne peux m’empêcher de penser de la sorte. C’est plus fort que moi. On le fait tous. Je n’arrête pas de le faire. C’est ce qui nous permet de faire avancer les choses, de schématiser le réel, de le manipuler en le simplifiant au plus juste. On structure ainsi notre pensée, et par ce même procédé, on cherche à toucher autrui, à le convaincre en projetant nos concepts dans ses repères. On se sert du communément admis, des références partagées, ou que l’on considère comme telles, pour tenter de véhiculer du sens.»

Un des infirmiers me place dos contre le matelas à grand renfort de gestes brusques. L’autre secoue le lit sans ménagement. Après avoir vérifié les indicateurs sur l’appareillage de contrôle, sans mot dire, ils quittent la pièce. Je ne crois pas qu’ils pensent que je sois conscient, ils me parleraient sinon. Ce ne serait pas humain de m’ignorer de la sorte. Quoi qu’il en soit, je peux à présent regarder le plafond. C’est une position que je redoute. Une profonde angoisse m’étreint à chaque fois. Un lustre hémisphérique trône juste au dessus de ma tête. Sa surface est polie et reflète l’intégralité de la chambre en vue panoramique. Je peux y lire des données à profusion et cerner tout ce qu’il y a dans mon environnement direct. Quand je suis tourné face à la lampe, je peux d’avantage appréhender le monde, je peux anticiper des dangers en approche. Pour cette raison, la peur m’irradie. Mes yeux restent grand ouverts. La réalité les bombarde et je ne peux m’en soustraire. En cas de menace, en cas de problème, que pourrais-je bien y faire ? A quoi bon avoir cette faculté d’extrapolation accrue si je ne peux pas agir ? A quoi bon entrevoir le futur si on ne peut l’infléchir ? La seule échappatoire pour ne pas subir la tyrannie du réel reste l’introspection.

« Lorsqu’on raisonne par analogie, on construit de séduisants petits argumentaires prédigérés, de fines pelotes de rejection enrobées de caramel, et on recouvre ces théories rances que l’on cherche à partager, de belles images, de métaphores, d’un délicieux linceul chocolaté car seul l’apparat compte. On cache une nuée de postillons idéologiques à la con sous une myriade de petits éclats de noisette bien luisants comme trempés dans du miel pour tromper le chaland, le séduire et le mettre en appétit. Cela fonctionne la plupart du temps, nos sales théories sont fin prêtes à être gobées. Il suffirait pourtant de les croquer à pleine dent pour que le goût infecte de l’escroquerie ne nous refile la gerbe.»

Le volume cubique de la pièce se projette sur le lustre dans une improbable section de pyramide aux arrêtes courbes. Tout y est déformé comme dans un tableau de M.C. Escher. Plusieurs zones se dessinent sur la surface polie. Bien que je ne puisse y faire glisser mon regard, mon cerveau s’est adapté à la situation et je peux mentalement me focaliser sur l’une ou l’autre des parties du reflet. J’arrive à me concentrer sur des portions assez petites même parfois, et à être intégralement happé par ce qu’il s’y passe en faisant fi de tout le reste. Un peu comme quand on regarde la télévision. Il y a une toute petite section au centre sur la droite dans laquelle se reflète une horloge suspendue au mur près de tout l’appareillage de contrôle. La déformation circulaire du lustre donne à l’horloge l’aspect d’un haricot. J’évite de m’y attarder car l’aiguille de la trotteuse me rappelle inexorablement le compte à rebours qui s’égraine, l’issue fatale de ma maladie. De toute façon, j’évite aussi l’électrocardiogramme, l’électroencéphalogramme et toute la ribambelle d’appareils électroniques sensés rendre compte de mon état. Ce serait trop obsédant et guetter la plus infime des variations deviendrait ma priorité.

Il y a une fenêtre dans le prolongement des oscilloscopes et du matériel médical. Elle fait angle dans le coin supérieur droit. Tout ce qui est en périphérie de l’hémisphère apparait à l’envers mais avec le temps et l’habitude, tout finit par être pertinemment interprété par le cerveau. Je distingue, lorsque le temps à l’extérieur s’y prête, le mur d’une cour intérieure à l’hôpital, une grille d’entrée qui donne sur cette cour, et deux étages d’une tour de briques rouges qui jaillit par le cadrant de la fenêtre comme émergeant de nul part, probablement une des ailes de l’hôpital. Tout cela me laisse à penser que ma chambre doit être au troisième étage. Souvent je reconnais d’ailleurs mes aides-soignants derrière les vitres des bureaux en face. Ils semblent boire et se restaurer parfois. Ce doit être leur salle de repos.

Derrière le mur de la cour, comble de l’ironie, il y a un vieux cimetière. Je n’en vois guère qu’une partie, deux allées tout au plus. C’est une portion de l’hémisphère sur laquelle je ne m’appesantis jamais. On ne devrait pas construire d’hôpitaux près des cimetières, ça file des idées noires, ça pousse à se laisser dépérir. J‘ai du mal à concevoir que quelqu’un ait pu un jour penser une telle ignominie. Quel être vicieux pourrait planifier une telle chose ? Quel architecte barbare présenterait sciemment, avec aussi peu de tact et d’humanité, un tel spectacle à des mourants ?

A gauche de la fenêtre sur le lustre, face à ma couche donc, il y a un large téléviseur suspendu presque à hauteur de plafond. Il est toujours éteint bien sûr. Si je le fixe assez longtemps, j’y perçois un autre reflet, celui d’une partie du décor extérieur qui n’apparait pas directement dans la lucarne de la fenêtre. Je m’attarde donc sur cette portion de l’hémisphère les fois où je veux voir un peu plus loin mais cela me demande de gros efforts, ce qui a tendance à me fatiguer très rapidement. La grille d’entrée du cimetière y apparait très distinctement et juste derrière un abri bus et une route pas très fréquentée.

A coté du téléviseur, il y a l’entrée vers une salle d’eau. Je n’ai pas le souvenir de l’avoir utilisée un jour. Le personnel hospitalier y entre pour se laver les mains ou en cas d’envie pressante. Pour ce qui est de ma toilette, c’est une vraie séance de torture. On me badigeonne d’un produit nettoyant ne nécessitant pas d’eau le matin et une fois par semaine j’ai le droit au grand lavage au gant. Je porte des couches et on me torche comme un morveux sans ménagement ni égard comme si j’avais perdu toute dignité depuis longtemps. Je pense comprendre ces types in fine, je ne leur en veux pas. Nettoyer la merde des autres, ça ne doit pas être évident tous les jours. J’ai fréquemment des érythèmes fessiers et il faut me traiter en permanence. Ça s’infecte souvent. Des fois j’ai tellement honte que je préférerais qu’on me laisse pourrir sur place. Pourquoi un tel acharnement ? Pourquoi tant d’efforts voués à l’échec de toute façon ?

Dans le coin supérieur gauche de l’hémisphère du lustre, je vois une table avec des chaises. Mon dossier médical y traine parfois. Ensuite il y a la porte d’entrée qui donne sur un couloir. J’imagine qu’il y a plusieurs chambres du même type que la mienne qui jouxtent le corridor. Je ne vois pas du tout ce qu’il s’y passe, quoi que je puisse facilement le deviner puisque les murs de la pièce ne sont pas insonorisés et que les patients, les médecins, les aides-soignants, les infirmiers et quelques rares visiteurs y circulent à longueur de temps dans un vacarme permanent. Je reconnais les visiteurs car ce sont ceux qui trainent le plus les pieds contrairement à ce qu’on pourrait croire. Je ne vois pas du tout ce qu’il se passe dans cette allée, sauf quand un infirmier ouvre la fenêtre en face de la porte. Lorsqu’on la pivote d’un huitième de tour vers l’extérieur, une portion du couloir apparait sur la vitre. Je le devine avec peine en me concentrant sur le reflet du reflet sur le lustre. Cela vaut bien sûr si le store de la fenêtre n’est pas tiré car dans ce cas de figure, je ne vois rien du tout. Si une personne ouvre grand la fenêtre, je vois une partie de la cour extérieure sur la vitre, le ballet des ambulances, les visiteurs égarés et le personnel hospitalier qui défile dans une intrigante chorégraphie éphémère.

Passons sur la penderie que personne n’utilise et qui contient quelques unes de mes affaires en vrac. Passons sur la table de chevet sur le coin inférieur gauche du reflet. Passons sur le déambulateur garni de multiples sacoches remplies de sérums, de cocktails nutritifs et médicamenteux divers. Passons surtout sur la masse informe assaillie par les tubes en tous genres, affalée comme un pantin désarticulé sur le lit sous ses couvertures au centre de l’hémisphère. C’est la partie la plus bombée de la lampe. Mon corps apparait dilaté par la déformation de la surface polie du lustre. Je ne reconnais pas ce gars qui me dévisage toute la journée, la bave aux lèvres et le regard perdu dans le vide. Malgré tous mes efforts, je reste inexorablement un illustre inconnu pour moi-même.

« On baigne en plein paradoxe. Raisonner par analogie, c’est tenter de démontrer par l’exemple, ce qui est illogique, ce qui est faux par essence. En cela, préférons le raisonnement analytique. La science se veut pure dans sa démarche. Il y a certains protocoles très précis à respecter, des modes opératoires pour mener une investigation permanente, étudier les choses de manière empirique mais ne pas s’en contenter. On émet des hypothèses, des théories, on les vérifie ou on les invalide sur le terrain en les confrontant à des expériences reproductibles. Il faut cerner très précisément le périmètre de ce que l’on cherche à démontrer, voir en quelle mesure l’observation ne corrompt pas ce que l’on observe, évaluer très précisément la taille du laboratoire qu’il soit réel ou conceptuel, mettre en place des expériences témoin, et puis surtout se remettre en cause en permanence. Le moteur principal d’une démarche scientifique doit être le doute, ne jamais oublier le caractère réfutable de tout ce que l’on démontre. En cela, je n’admets pas les axiomes en sciences. Laissons également cela aux prédicateurs et aux poètes. Préférons les postulats aux axiomes, car contrairement à ces derniers, les postulats ne sont pas des assertions évidentes. Il n’y a rien d’évident. Parler d’évidences c’est déjà sortir du domaine scientifique. Les postulats sont des allégations sur lesquelles on se base pour façonner des théories et des modèles. Contrairement aux axiomes, on ne s’interdit pas de les démontrer plus tard, on en fait même un point d’honneur. »

Au bout de quelques heures sur le dos, le reflet sur le lustre imprègne mes rétines. La moindre variation est instantanément détectée. J’ai l’impression que mentalement je zoome sur les recoins où ça bouge, où ça s’immobilise, où ça s’obscurcit, où ça s’illumine. J’extrude des pans rectangulaires entiers, je les concatène dans une file d’attente mentale puis je les balaie inlassablement. Ma considération des choses alterne rapidement d’une de ces images suspecte à la suivante. Lorsque les perturbations cessent sur un de ces focus, je l’exclue de la pile. Si les perturbations varient en ampleur, je corrige la taille des images considérées en les ajustant au plus proche des zones modifiées. Il se peut que d’un balayage mental au suivant, je simplifie des zones, que je les regroupe ou que je les éclate. Il m’arrive également de créer toute une hiérarchie entre des images imbriquées pour mener un raisonnement sur de multiples plans. Je crée également des ponts entre des portions d’images non limitrophes sur le reflet. Il y a l’information qui apparait en doublon, voire en de multiples exemplaires en de multiples endroits par le jeu des différents reflets du lustre, de l’écran du téléviseur et de la vitre. J’isole des entités, j’en ai plusieurs projections selon divers points de vue. Dans ce cas de figure, je considère alors les ombres portées afin de récolter d’avantage d’information et profiler ces objets, connaitre leur distance, leur altitude, leur vitesse de déplacement, avoir en temps réel une structure représentant toutes les données intriquées les concernant et dresser une cartographie la plus exhaustive possible des zones cachées. En faisant appel à ma mémoire, je peux compléter au plus juste les informations manquantes ou les extrapoler en cas de besoin. En compilant ces informations, je peux envisager certaines formes en trois dimensions voire plus si j’ai des données abstraites pertinentes à y attacher. En considérant les variations de structure sur plusieurs balayages, je peux envisager des trajectoires que je corrige à chaque rafraichissement, à chaque béquée d’informations brutes, en tenant compte de toutes les autres données que je traite. Je peux de fait isoler un second type d’images que j’inclue dans une seconde pile, celle qui me permet d’établir des scénarii sur le devenir des choses. Je pense avoir acquis une dextérité certaine en la matière. Je ressens l’environnement qui m’entoure dans ses moindres recoins. Il fait pour ainsi dire partie de mon être.

« On baigne en plein paradoxe. Raisonner par analogie, c’est tenter de démontrer par l’exemple, ce qui est illogique, ce qui est faux par essence. En cela, préférons le raisonnement analytique. C’est le mode de pensée scientifique par excellence mais il a ses limites. S’il est vrai qu’il permet de constituer et structurer les connaissances, les théories, les hypothèses, s’il est essentiel à l’introspection permanente, à la saine remise en cause perpétuelle, au delà de ce travail de construction, de déconstruction, de reformulation, le raisonnement analytique ne nourrit la science en rien. Il la structure, il assure la cohésion du tout, il règle des querelles internes, tranche et arbitre, mais voilà tout.»

Plusieurs personnes se succèdent à mon chevet toute la semaine durant mais il n’y a que cette jolie femme qui vient me voir tous les weekends que je guette. Je sais bien entendu quel jour de la semaine nous sommes, je déduis cela de plusieurs choses, le nombre d’aides-soignants présents, le raffut dans le couloir et dans la cour intérieure, les vas-et-viens des médecins, les rotations des infirmiers, l’odeur des repas distribués aux patients qui peuvent encore mâcher et déglutir, celle du poisson le vendredi en particulier. Il y a surtout la fréquence des bus qui défilent derrière la grille du cimetière quoique les horaires des jours fériés m’induisent souvent en erreur. La jolie femme se déplace en bus justement. En fin de semaine, j’attends impatiemment sa venue. Je fige l’abri derrière les grilles du cimetière de longues heures durant puis elle finit immanquablement par apparaitre entre 10h et 10h20. Cent fois j’ai compté ses pas, sous la pluie, sous la neige, sous les rafales de vent. Je sais le temps qu’elle met pour longer le mur du cimetière, prendre la rue qui fait angle, passer la grille de l’hôpital, traverser la cour intérieure, s’annoncer à l’accueil, probablement prendre un ascenseur pour monter les trois étages, parcourir le couloir et débarquer devant ma porte. J’ai élaboré toute une théorie là-dessus et j’ai pu la valider en la confrontant au réel puis en l’aménageant à plusieurs reprises. D’abord je tente de me faire une idée de la forme physique de la jeune femme à la manière dont elle descend les marches du bus. Ensuite, la nervosité dans sa démarche me révèle son humeur. Ces deux paramètres sont des facteurs déterminants pour pouvoir anticiper le plus exactement le moment tant espéré où elle traversera le pas de la porte de ma chambre. La jeune femme est vraiment très belle, resplendissante, un lien très fort doit indubitablement exister entre nous, mais je ne m’en souviens plus. Elle porte une bague au doigt, ce doit être mon épouse. Elle ne dit pas grand-chose à vrai dire. Chaque fois qu’elle se présente à moi, elle reste muette à me contempler des heures durant, des heures qui s’égrainent comme des minutes. Le doute me gagne alors. Je perds foi en toutes mes stupides croyances. Les grands desseins de la science s’évanouissent et je me décompose.

« On baigne en plein paradoxe. Raisonner par analogie, c’est… c’est… c’est ce qui permet à la science de se transcender. Au diable le raisonnement analytique ! »

La beauté de cette femme me subjugue et quelle que puisse être ma résistance à son charme envoutant, il finit toujours par l’emporter sur la raison. Sa beauté m’irradie, et mes précieux raisonnements chancellent. Et je doute, et je doute, et voilà même que je blasphème.

« Raisonner par analogie, c’est ce qui permet à la science de grandir, bien en deçà de la périphérie du démontrable, par delà les remparts de la formalisation derrière lesquels elle se protège… »

Je ne saurai trop dire si le visage de mon épouse présumée est triste ou joyeux. Lorsque ses yeux se plongent dans les miens, l’hystérie de survie cesse. La paranoïa qui m’anime, celle qui me laisse à penser que l’univers complote contre ma personne, que la réalité tente de m’écraser de tout son poids jusqu’à l’étouffement, cette paranoïa-là, alimentée par toutes ces données projetées par l’hémisphère, se dissipe. Je ne me concentre plus sur les reflets. Mes yeux se plongent dans ceux de ma femme et il n’y a plus d’autre réalité que celle que je tente de percer dans son regard ambré. Cette femme est probablement tout à la fois joyeuse et triste. Joyeuse de me voir et triste de me voir dans cet état. Sa beauté m’irradie lorsque ses yeux me happent comme si toute mon attention égarée était aspirée par deux insondables trous noirs.

« Ce qui permet à l’hydre scientifique de muter et survivre, c’est bien le raisonnement par analogie quoi qu’on puisse en penser. Qu’on ne se leurre pas, derrière la pomme de Newton, et le bain d’Archimède, pour prendre deux des analogies les plus connues, il n’y a pas que de belles anecdotes qui ne serviraient qu’à la vulgarisation de modèles difficiles à appréhender autrement. Il faut y voir la genèse de révolutions scientifiques, les étincelles indispensables à des prises de conscience incommensurables. Newton ose l’amalgame entre cette pomme qui chute et n’importe quel autre corps qui ne puisse chuter. Archimède ose l’amalgame entre son propre corps immergé et n’importe quel autre corps qui ne puisse être plongé dans un liquide. Ces histoires sont empruntes de ridicule telles qu’on nous les rapporte. On en a fait des légendes, des mythes. Tout cela est, bien entendu, prémédité. Si on cherche à amoindrir leur portée, c’est bien parce que les analogies dérangent. Elles sont de l’ordre de l’intuitif, de l’instinctif, du déraisonnable. Elles se soustraient par nature du cadre scientifique. Elles se disqualifient et perdent tout crédit car elles semblent émaner du néant. »

Peu de temps après le départ de ma femme, son image, imprégnée sur ma rétine, se dissipe petit à petit. Je pense lutter pour la préserver mais il a toujours ce moment où je ne suis plus trop sûr.

« Il est indéniable que le raisonnement par analogie est fantaisiste. Il est l’outil privilégié des bonimenteurs et des charlatans. Ce qui est paradoxal, c’est bien que la science ne puisse en faire l’économie, et c’est ce qui fait tourner le monde d’ailleurs car c’est par ce procédé dont on peut aisément démontrer les limites et les failles, que sont produites les plus brillantes des idées. C’est ainsi que grandit la science, par bonds. Elle s’accapare des pans entiers de poésie qui subliment en sa périphérie. Elle les absorbe et les digère. Elle les fait siens en les étouffant de logique. Ils suffoquent en son antre avant d’être intégralement assimilés. La beauté s’y cristallise en vérité formalisée et démontrée.»

Lorsque l’image de ma femme se dissipe, je recouvre la raison. C’est à ce moment précis que le reflet de l’hémisphère reprend le pouvoir et m’impose tout l’univers observable comme seule et unique réalité. De violentes vagues électromagnétiques viennent s’échouer sur mes rétines comme les lames d’un océan déchainé sur des récifs escarpés. Des milliards de photons bombardent mes nerfs optiques, et emporté par la colère et la confusion, j’ai l’impression de pouvoir remonter les milliards d’ondes qui les portent comme s’il ne s’agissait, en réalité, que de milliards de fils sur lesquels je pouvais projeter mon âme éclatée en filaments. Et je glisse presque instantanément sur tous ces câbles ondulés et des milliards de parcelles de mon être y coulissent simultanément. Et lorsque ces éclats de mon égo filant sur les ondes réfléchies rencontrent de nouveaux dioptres, ils se divisent. Une nouvelle parcelle de mon esprit suit l’onde lumineuse incidente alors que la première est aiguillée vers l’onde réfractée. J’ai l’impression que quasi instantanément mon essence vaporisée, puis recomposée en nappe se diffuse dans le réel pour être happée par les diverses sources lumineuses. Une partie de mon être assez conséquente se retrouve propulsée au firmament, au-delà de la stratosphère. Elle traverse le vide, pour venir mourir sur notre étoile mère. Une connexion évidente se crée alors entre les sources lumineuses et mon corps. Une unité s’impose comme les ondes qui me portent se croisent et s’additionnent. Il en est de même des filaments de mon âme qui les gainent. Ils se recombinent et créent des interférences par diffraction. J’occupe le volume du perceptible. Je suis cette entité électromagnétique fluctuante que les sources lumineuses pilonnent de perturbations. Et en mon antre gesticulent une foultitude d’objets inertes et animés, ils constituent pour ainsi dire mes organes. Je ressens le moindre d’entre eux comme s’il m’était possible des le toucher, de le manipuler. J’ai l’impression d’être Dieu omnipotent. Mais mon esprit se sature rapidement d’informations et je dois faire d’incommensurables efforts de concentration.

Il y a cette horrible chambre aseptisée, le lustre, l'horloge suspendue, la trotteuse, les secondes, le compte à rebours qui s'égraine, l'issue fatale de ma maladie. Ils sont là, je les ressens. Que leurs contours soient réels ou abstraits, ils sont à ma portée. Mais ils me gênent, ils obstruent mon percevoir. Il me faut retrouver ma femme, sa splendeur, à tout prix. Je cherche plus encore, elle n’est pas loin, je le sais, elle vient de partir, mais en dehors de mon champs visuel sinon je la sentirai de suite.

Il y a les appareillages de contrôle, les oscilloscopes, le matériel médical, la salle d'eau, la table, les chaises… Inutiles. Il y a mon dossier médical, la penderie, mes affaires en vrac, le déambulateur garni de multiples sacoches remplies de sérums nutritifs et médicamenteux, inutiles. Il me faut trouver une solution. Il y a le corps amorphe de cet illustre inconnu, la bave aux lèvres et le regard perdu dans le vide, inutile, la table de chevet, inutile, le couloir et les échos de pas, inutiles, les odeurs de nourriture, inutiles. Il y a la fenêtre fermée. (…)

« Si cette fenêtre était ouverte, je pourrais voir, dans le reflet de la vitre, la cours de l’hôpital, le ballet des ambulances et l’intrigante chorégraphie du personnel hospitalier. Ma femme n’est pas bien loin, elle ne va pas tarder à traverser la cours et je pourrais capter une dernière image d’elle, de son insondable beauté…»

Le sentiment d’omnipotence s’effondre. Je ne suis plus rien qu’un pauvre infirme à l’article de la mort.

« On baigne en plein paradoxe. On baigne en plein paradoxe.»

= commentaires =

Winteria


    le 10/01/2010 à 17:44:58
Wah. Très bon texte. Très beau, aussi.

Pas grand chose à signaler sur le plan des défauts :

- Deux-trois maladresses de style, peut-être, mais sinon j'admire la sobriété et la simplicité de l'ensemble. Ça s'embourbe jamais dans du pathos (c'est bienvenu) et quand ça s'embarque dans des descriptions qui en viennent à relever du scientifique d'une façon ou d'une autre (il y en a deux dans le texte, je crois), ça s'embarque que modérément. Effort (ou pas) appréciable de ce côté-là, donc - et ça fait plaisir de voir que tu sais encore faire parler autre chose que des mongoliens hurlants.

- MAIS QUAND MËME, les deux descriptions, là, avec le "extruder", le "concaténer", les dioptres et les vagues de photons, il m'a fallu les relire deux fois. Il faut dire que c'est un vocabulaire qui m'est étranger, et que je suis un ignorant total dans ces domaines. Bon. Est-ce que ça rend ou non la critique moins valable, à toi de voir.

- La phrase de fin, bôf. Je sais pas trop comment prendre la crudité soudaine du ton (oui, d'accord, DMCS, etc.) : est-ce que t'as pas su/pas voulu rester "sérieux" jusqu'au bout, ou est-ce que tu voulais rendre un certain dégoût du narrateur vis-à-vis de lui-même ? Parce que vraiment, elle est chiante cette phrase. Je sais pas, c'est pourtant pas les synonymes qui manquent, pour "chier dans son froc".

Voilà pour la critique. Peu de choses à dire, en fait, ce qui est une bonne chose.


Je vais essayer de pas m'étendre trop longuement sur ce qui m'a plu dans le texte, parce qu'on s'en fout complètement, mais :

L'idée du lustre-globe est géniale, et belle en plus (avec l'illustration qui tue, en plus, super combo). Ça m'a fait penser à la mappemonde d'Ebstorf, avec le tombeau du Christ au centre du monde ; sauf que là, bon, c'est un semi-macchabée.
L'idée des reflets de reflet est bien vue, et super bien mise en œuvre. Ça m'a fait sourire comme un con, et c'est un compliment.
De manière plus globale, toute la description circulaire, même pas chiante, qui se ramène finalement au centre et sur le corps dilaté du narrateur lui-même, qui se dépêche d'en finir avec la description.
Bref, nickel.

L'imbrication science/beauté-poésie, avec la visite de la femme au centre, fait un chouette motif qui structure bien le texte. L'alternance narration/réflexion me faisait un peu peur, au début, surtout que je voyais pas le rapport, et que je me sentais con. Mais c'est bien repris, et bien gaulé. On pourrait pinailler sur la teneur émotionnelle de la visite de sa femme, si on voulait faire chier ; mais franchement, ça prend peu de place, et ça reste très sobre. Donc on fermera sa gueule.

De manière globale, une justesse dans le ton, que je saurais pas trop expliquer, mais qui fait qu'on y croit, et qu'on se fait pas chier. C'est suffisamment rare dans un récit comme celui-là, très descriptif et presque contemplatif, pour être signalé. Je sais pas si le terme est d'usage sur la Zone, mais y a de l'émotion là-dedans, et de l'émotion juste, qui m'a fait tout bizarre sous le nombrilou.
C'est beau, tout connement.


Et maintenant ma gueule.

Commentaire édité par Winteria.
Putsch


    le 10/01/2010 à 19:01:47
En effet c'est bon, la passage de la dilatation du narrateur m'a franchement fait penser à du Lovecraft, dans Démons et Merveilles (dans la vingtaine de pages qui valent la peine d'être lues).

Regrettons malgré tout le final, trop brusque, comme parfois les raisonnements du narrateur. Après j'ai peut être rien pipé.
Kwizera


    le 12/01/2010 à 19:16:57
Bon, c'est pas fait pour être lu sur écran. C'est bien gaulé, mais je confesse avoir parcouru en diagonal les paragraphes un peu trop denses... Je relirai sur papier.
Hag


    le 12/01/2010 à 20:14:39
C'est dense. C'est über-structuré, logique, à vrai dire ça s'aborde presque comme un texte scientifique. Aucun détail en trop, tout qui s'enchaîne sans temps mort et avec une densité d'information optimale. On ne perd ni temps, ni espace. C'est une critique, car ça passe mal sur écran, à la moindre inattention on est largué, ça à beau être bien écrit ça conserve une lourdeur certaine.

D'un autre côté ça colle parfaitement à l'histoire et à ce pauvre type qui tourne en boucle et qui accorde au moindre détail une attention totale, religieuse. En tous cas, l'écriture reste impeccablement maîtrisé.



J'ai une tendance certaine à aimer les textes de Lapinchien, parce qu'en tant que scientifique ou apparenté ils me parlent. Je leur trouve souvent une densité nuisant quelque peu à la fluidité de la lecture, largement compensé par des idées et des situations démentes et géniales. Là, ça manque. Il manque le détail merveilleux qui transforme le bon texte en très bon. Les descriptions sont sympa, l'assimilation rituelle de l'environnement est logique et bien faite, mais ça reste assez plat.
Les réflexions analogie/analytique soulèvent une dualité intéressante, surtout combinées/influencées par ses sentiments. C'eut pu être la grande force du texte si ça avait été plus développé. C'est trop rapide, trop sommaire. En même temps, quelque chose me dit qu'approfondir sur ce sujet amène rapide à saturation/masturbation intellectuelle. C'est con. Si c'est le cas, c'est dommage d'avoir basé toute la profondeur d'un texte dessus, empêchant tout approfondissement à posteriori. Si ce n'est pas le cas, pourquoi être resté dans le vague et les lieux communs ? Ne pas avoir rendu le texte encore meilleur ?

Je suis un peu déçu.
.     le 12/01/2010 à 21:20:00
"Le sentiment d’omnipotence s’effondre. Je ne suis plus rien qu’un pauvre infirme à l’article de la mort. Et si je souhaite qu’on ouvre cette fenêtre, il n’y a qu’un seul moyen : chier dans mon froc."


Excellent texte. Conclusion parfaite.
LH     le 12/01/2010 à 21:43:28
Ce texte parle de moi et donc ne peut qu'etre bon.
Lapinchien je veux te faire des bebes.

Plus concretement, le rythme y est fantastiquepour une situation aussi statique. Il y a des bouts de questionnements Beckettiens mais avec une realite beaucoup plus pregnante.

bravo. J'ai adore
Lulu     le 13/01/2010 à 15:14:58
Gros caca boudin avec des noisettes dedans ptdr xD
Loom     le 14/01/2010 à 23:13:32
Très bon texte (je suce)
Loom     le 14/01/2010 à 23:13:47
Excellent meme (j'avale)
Lapinchien


tw
    le 15/01/2010 à 07:35:16
tu suces, t'avales. ok mais est ce que tu digères ?
Loom     le 15/01/2010 à 15:11:56
Non, je vomis.
Lapinchien


tw
    le 16/01/2010 à 18:23:08
c'est un peu comme sucer ton estomac qui t'ejacule dans la bouche ton truc. En fait t'es un gros degueulasse qui prend ton pied deux fois de suite.

Commentaire édité par Lapinchien.
Loom     le 16/01/2010 à 19:07:52
Gros dégueulasse ? C'est assez péjoratif, ça, non ?
Lapinchien


tw
    le 16/01/2010 à 20:09:37
pas selon les termes de la convention de Génève.
Loom     le 17/01/2010 à 10:27:39
Ah ben alors d'accord. :) (smiley exprimant un contentement explicite et sincère)

D'ailleurs, mercredi c'est mon anniversaire, j'organise un gang bang pour fêter ça. Tout le monde est convié, y'aura des menottes, des fouets, de la vaseline et des wombats.
.     le 20/01/2010 à 16:55:59
Et y'aura des gens ?
CanardLapinKoala     le 26/01/2010 à 01:26:13
La réfraction de la lumière sur la vitre de la lucarne de sa cave fera bien rentrer quelques témoins photoniques ayant sondé quelques nanomètres superficiels de gens, enfin j'imagine.
.     le 26/01/2010 à 07:41:56
Ahaha
Dourak Smerdiakov


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    le 27/01/2010 à 02:28:13
Bon, ben c'est le texte le plus ambitieux depuis longtemps sur la zone (ou alors ceux quil'étaient davantage au départ n'en avaient pas du tout l'air à l'arrivée). Bien écrit, osé, (un texte de six pages - j'ai fait le copié-collé dans le traitement de texte pour vérifier - sur les pensées d'un alité), réfléchi, par moments inspiré avec des envoléesmaîtrisées (le passage mystico-lumineux), et au bout du compte carrément humain, trophumain. Malgré des imperfections, j'ai l'impression que lapinchien ne s'est pas obligédepuis longtemps à travailler l'écriture comme ici et, franchement, ça fait plaisir. J'aiparfois reproché à lapinchien d'avoir de bonnes idées et de bâcler l'écriture, bon, ben,ici, ma gueule.

Je comprends qu'un bon paquet des lecteurs est largué (de ce point de vue, le texte se sabote peut-être un peu d'entrée de jeu, en partant directement sur un chapitre avec considération sur la pensée analogique, etc, tout ce qu'il faut pour faire fuir 80% des passants), et en tout cas moi-même je n'arrive pas à savoir jusqu'à quel point lapinchien nous livre une authentique réflexion ou nous montre la dérive d'un cerveau qui tourne en rond en s'en rendant compte. Cela dit, le rôle de l'imagination et de l'inconscient en science, c'est incontestable (Kékulé qui découvre la structure du benzène grâce à un rêve, Poincarré à qui la solution d'un problème survient au moment où il monte dans un bus après avoir décidé de partir en vacances, découragé), et je ne crois pas qu'il y ait complot pour étouffer l'affaire.

Tout ceci ne doit pas nous faire oublier la sournoiserie fondamentale qui caractérise lapinchien, lequel nous refourgue, sous le masque de la version 'new age' du culte de la physis (scandale en soi), sous des couches de considérations empirico-scientistes où la gluante matière finit par triompher, une bonne vieille histoire à l'eau de rose.
Dourak Smerdiakov


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    le 27/01/2010 à 02:35:47
Curieux, le passage apparemment supprimé (...). Mystérieuse ellipse, résidu oublié de la rédaction (genre une note "ici, développer un peu") ou au contraire marque à notre intention pour nous informer qu'on nous épargne charitablement tout un tas de paragraphes avec extrapolation en optique quantique, finalement jugés surnuméraires. Ou alors grève du personnel hospitalier.
alamata     le 15/02/2010 à 13:30:49
oui
Lapinchien


tw
    le 06/10/2014 à 20:35:27
BONUS DVD : prompteur audiobook karaoké avec fin alternative https://www.youtube.com/watch?v=wmHv_i3FLmQ

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