LA ZONE -
Résumé : La suite des folles aventures de Georges-Edouard et son journal. Au programme : dortoirs, premier amour, maladies et Delarue. Le potentiel déconne est là, mais peu exploité. Ceux qui ont apprécié la livraison précédente s'en satisferont, pas sûr que les autres se laissent convaincre.

Mémoires d'enfances - Moyenne Section

Le 26/01/2010
par Yog
[illustration] 06 septembre 2013 :
Je fête mes neuf ans au Centre de Rééducation d'Etat, j'ai eu un Soromon en peluche de Mémé Tine par colis fouillé, il y avait quatre plaquettes de Sub cousues dedans, bonne fête.
Je me suis tenu autant que possible d'équerre pour avoir une perm afin d'aller chez Mémé un soir.
Ca fait trois mois que je suis dans le Centre Raide comme on dit.
Cette tronche enflée de cake aux fruits de psy de mon zgeg m'y a collé quand j'ai tenté une rébélion.
J'avais enfilé le string en latex ouvert de mon père, le haut en résille cloutée de ma mère, passé du gloss Dior Addict sur mes lèvres et mes tétons et m'étais oint de Crème Lift Sublime de Chanel.
A ma vue, ma mère a hurlé comme les poulets de Mémé Tine quand on les saigne sous le regard du chien Loco (un bâtard de facture improbable). D'un air dédaigneux j'ai dit « ta putain de creme Chanel tu peux te la carrer où le soleil brille jamais, ça te déridera mieux le fion que la bite à papa »
Dans les huit minutes j'étais livré empaqueté tel quel dans le bureau du putain de bouffeur de bortsch. Trop malin ce type, il n'a pas cru à mes bobards.
Une émancipation avec responsabilité pénale est en cours au tribunal des jeunes.

18 janvier 2014 :

J'ai enfin eu ma permission pour aller chez Mémé Tine.
Avec sa plume Sergent Major et de l'encre noire, elle m'a tatoué sous le pied droit les trois points « mort aux vaches » et sous le pied gauche les quatre plus un au milieu « seul entre quatre murs »
Endroits discrets pour ne pas que je sois trop tabassé en rentrant, je sais que quand je rentre au Centre j'ai droit à une fouille corporelle TRES minutieuse.
On est aussi rasés de partout et passés au jet toutes les quinzaine pour lutter contre la vermine (en vain)

Ce que les autres gosses ne nous font pas, les tontons (matons) s'en chargent. J'ai trois articulations à chaque bras et le rectum comme une chambre à air de 33 tonnes.
A dix ans je pourrai me barrer (sous réserve)

Chez Mémé Tine, j'ai eu droit à des croquettes au poulet améliorées et on a regardé Apocalypse Now version director's cut.

J'ai braillé pour qu'on remplace le Trenet traditionnel par du Wagner ensuite, mais Mémé Tine m'a demandé de respecter le « grand Charles »
Je lui ai lancé « nique ta mer qui danse le long des golfes clairs » et pris une mandale qui m'a laissé des bleus, à cause de son arthrose aux articulation.
J'ai dit « respect », on s'est réconciliés.
Elle m'a trouvé bien trop tendu et m'a intimé de serrer les miches pour tenir.
Facile à dire, elle a pas le trouduc' élargi taille melon au tonfa, elle.

06 septembre 2014 :
J'ai dix ans, des billes en acier en poche, j'ai dix ans, les flics sont tous moches, tralala...
J'ai eu droit à un billet d'entrée au sana bio semi-publique grâce à mon retard statuto pondéral (ou rachistisme), à mes difficultés psychomotrices dues aux multiples fractures des jointures et surtout à mon bacille de Koch dans les poumons.
Putain que la lotion contre la gale fait du bien !
Le toubib est vilain comme une lotte et ses antibio me font dégueuler mais ça va. Je me retape. Un polonais, bon celui là malgré sa sale gueule.

14 décembre 2014 :
Quelle horreur : je suis amoureux !
Je l'ai rencontrée dans son bureau du bâtiment F, encadré par deux dresseurs-infirmiers avec un bon pour examen au motif de « mutisme idiopathique »
Elle est belle et fraiche comme l'Origine du Monde, avec des lèvres presques transparentes et des yeux marron très doux sous de longs cils épais de génisse mélancolique.
Et sa pensée me fait écrire de ces honteuses envolées lyriques.
D'une voix dépressive elle m'a souhaité « Bonjour, Monsieur d'Entressangles »
J'ai cligné deux fois des yeux et me suis levé pour ouvrir la porte sous sous regard perplexe et humide comme une aisselle en été..
J'ai lu correctement sa plaque « V. MAURY, psychologue clinicienne »
Je suis revenu m'asseoir en face d'elle, une boule au ventre et ma burne survivante en feu.
Elle s'est présentée plus longuement et prudemment, je n'écoutais que sa voix douce en pente comme un petit ruisseau, je dodelinais connement en fixant ses lèvres que je crevais de lécher.
Un silence dans la mélodie m'a invité à parler.
J'ai chuchoté fort « Je ne parle pas car voyez vous, je mue en ce moment et ma voix est très laide, inégale »
Dieu sait comment je me suis mis à parler de ma défunte couille, tombée au front dans une baston contre un môme de six ans exceptionnellement grand et vicieux pour son âge.
« Vous êtes monorchide » a constaté V. MAURY en battant de ses cils brocardés.
« Je préfère le terme catalan de « ciclàn ». Hum. Quel âge avez vous, 18 ans?
Elle a eu un minuscule recul
« J'ai 27 ans Mr d'Entressangles »
« Vous semblez tellement jeune »
Je me suis pincé la cuisse. Encore une comme ça et je me bouffais la langue avec les molaires pour m'apprendre à parler sirupeux.
« Hum, il me semble que c'est vous qui paraissez âgé » m'a-elle informé de manière très courtoise. Et si douce.
J'ai demandé à me voir dans un vrai miroir, pas un truc en métal poli cabossé. Elle a tendu un miroir à main face à moi.
J'étais cerné avec les arcades couturées et un peu proéminentes, le pif un peu de travers, les dents grises et l'oeil aveugle à moitié voilé.
Mes cheveux repoussaient tout juste, très fins et par touffes.
Je gardais les mains jointes dans le dos pour approcher mon visage et ne pas qu'elle croie que je veuille ùm'emparer du verre, donc soit obligée de me battre.
Oui, j'avais des pattes d'oie et les rides du lion, ainsi qu'un léger ictère. Une vraie gueule de taulard.

Je suis retourné morose, les larmes aux yeux, dans la chambre que je partage avec Brandon, Toni, Hector et Antoine.
Ils ont la tuberculose aussi maintenant. Je ne mets pas la main. Exprès.

06 janvier 2015 :
J'ai appris que le prénom de Melle MAURY était Vanessa. Vanessa...
Je pense à elle sans cesse, si bien qu'Hector s'est plaint d'insomnies dues à mon « onanisme nocturne effréné accompagné de braiements » comme l'a noté l'infirmier 81762, qui s'occupe de notre aile.
Je ne sais pas son nom, le cahier ne fonctionne de toute façon pas.

09 janvier 2015 :
Cette pourriture de toubib à tête de blette et jambes en radis m'a interdit de revoir Vanessa. « Suivi hyperstimulant pour vous » a-t-il précisé. Eh oui.
Depuis il trouve mon comportement « plus que correct »
Tu parles, Charles, je suis déprimé comme un lamantin et je passe ma journée sur mon lit à fixer le plafond.

10 janvier 2015 :
Dr Zbigniew Piwowarszyk.

11 janvier 2015 :
A mon age je devrais cesser de croire en ces conneries.

06 septembre 2016:
Je suis sorti de rééduc fonctionnelle voilà six mois. Je vis chez Mémé Tine.
Elle a compris le chagrin d'amour et m'a gardé en coma artificiel sous Nubain. Ca fait trois mois à peine que j'émerge, je dois gérer le manque.
J'ai quand même une meilleure mine et de vrais cheveux.
Il y a cependant eu un incident : ma génitrice a voulu me voir hier.
Elle était toute pomponnée dans du cachemire avec ses yeux verts et tristes floutés de lexo et de neocodion.
Là non plus je n'ai pas avalé ma langue, de mes tripes est sorti le cri « Tu n'aurais pas du me faire, salope ! J'étais mieux dans ton ventre ! »
Il a fallu 700 mg de morphine sous cut' pour me calmer.
De cet incident il ressort que le divorce infanto-parental est consommé, que j'aurais le droit à des aides à 25 ans et que lire et écrire ne me servent qu'à passer le temps, et encore.
Mémé Tine est restée à ma veiller, je voyais ses yeux noisette briller dans la pénombre tandis que je suais, cauchemardais et degueulais.

17 avril 2017 :
Jean-Luc Delarue est mort aujourd'hui dans un crash aérien.
En guise d'oraison Mémé Fine a dit « Obscène, décadent et con comme un manche de pioche. La symbolique de toute une époque meurt avec lui et aussi inutilement. Amen.
Pète moi ce téléviseur, Dide, on a vu tout ce qu'on avait à voir »
Je l'ai explosé d'un seul coup de masse. Je me suis bien remplumé, j'ai pris 6kg et 3 cm

= commentaires =

Kolokoltchiki


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    le 27/01/2010 à 15:00:15
J'ai préféré celui là au précédent. Mais ça reste relativement pas terrible. La mort de Delarue à la fin est bienvenue et donne toute sa dimension au récit. Prix Renaudot.
MFktOOr     le 27/01/2010 à 19:58:32
Avec cette deuxième partie, cela semble davantage "vision d'anticipation atrabilaire et tragique" du statut de l'enfant dans notre société, devenant pour les besoins de la société de consommation un consommateur adulte et doté de droits, de devoirs, de responsabilités qui, usées précocément, le détruisent. Même si le sujet paraît "précoce", il ne s'agit dès lors plus que d'une mauvaise adaptation du corps et de l'esprit au système. Une espèce de travail de Philippe Ariès à l'envers, ce texte?
.     le 29/01/2010 à 09:02:08
C'est quoi l'illustration ? Un poney qu'a tenté une transformation en être humain grâce à la chirurgie esthétique ?
Jacques     le 29/01/2010 à 17:42:37
Non, c'est le résultat d'un croisement raté entre un homme, un poisson-loup et un canard.
Yog


    le 29/01/2010 à 22:40:18
Non c'est ma gueule et on s'en fout.
Lapinchien


tw
    le 01/02/2010 à 01:21:29
génial, vivement la suite. J'espère qu'elle tient la route comme mémé Tine.

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