LA ZONE -
Résumé : Dans le cadre du dossier, "Avoir l'Über et l'argent d'Über", HaiKulysse nous place dans la peau d'un code monkey, un de ces ingénieurs surdiplômés à qui l'on demande d'être hyper polyvalents, payés à pisser du code au kilomètre sans la moindre valeur intellectuelle ajoutée et qui de surcroit ont l'insolence de porter des T-Shirts "I'm not a geek, I am your future boss." alors qu'ils sont encore sur les bancs de l'école. La réalité les rattrapera bien vite lorsqu'ils se rendront compte qu'ils sont chèrement rémunérés non pas pour leur talent mais car la loi de l'offre et la demande du marché du travail le demande aujourd'hui. Ce qu'ils n'imaginent pas, c'est que des hordes de techniciens surqualifiés sont massivement produits dans les écoles pour inonder le secteur, rabattre leur clapet, les remplacer pour une obole et les plonger dans l'indigence généralisée que connaissent déjà les autres actifs dans cette petite ère pourrie du chômage de masse au service du capitalisme totalitaire. Ils sont le prolétariat en devenir qui se voile la face, la caste des ouvriers du troisième millénaire, ce qui n'est pas un mal en soit si seulement ils pouvaient en être conscients et se fédérer. Le plus dramatique dans leur vie sous œillères, c'est qu'ils fabriquent aujourd'hui les machines et programmes qui les remplaceront demain. Pour en avoir été un moi même, j'estime que le texte les cerne assez bien.

Fistfucking your über-ass !

Le 10/01/2016
par HaiKulysse
[illustration] Contribution à l'appel à textes : "Avoir l'Über et l'argent d'Über" sur la thématique de l'Überisation du monde du travail, la création de plateformes entre particuliers faisant s'effondrer des millions d'années d'évolution sociale de l'espèce humaine. Thématique à prendre sous l'angle que vous voudrez, d'ailleurs vous pouvez contrairement à moi, penser que c'est une bonne chose. à traiter sous toute forme possible et imaginable (article, billet d'humeur, nouvelle, gonzo journalisme, sonnet, écriture automatique, etc.) tant qu'on reste dans la ligne éditoriale du site. Il serait cependant intéressant d'imaginer ce que pourrait être le monde de demain, complètement überisé. N'hésitez pas à inventer des plateformes de services entre particuliers complètement extrêmes et absurdes (ce sera quand même dur de dépasser le niveau des vrais entrepreneurs qui se lancent dans ce type de business sans la moindre expérience ni qualification des métiers qu'ils dévastent ou des services qu'ils proposent que d'autres à leur place rendent en se prenant une petite com au passage sans assumer la moindre embrouille) Amusons-nous aussi de constater que la Zone est à sa petite échelle une sorte d'Über de l'édition traditionnelle. Vous pouvez aussi rejoindre la résistance sur le forum.



Dans la cave, nous travaillons aujourd'hui au démantèlement de Facebook, une vieille tête grisonnante nous dirige : elle commande un effectif glané sur tout le territoire européen mais nous n'avons aucune attache avec ce Parlement qui ne fait que produire de la paperasse nauséeuse. Nous sommes de redoutables guerriers : des hackers qui ont profité de la libéralisation du Marché pour établir leur loi.
Le fondement de toute publicité c'est de frapper au cœur de l'inconscient d'une génération susceptible d'incarner le changement. En reprenant le modèle des tarifications concernant la publicité sur Facebook, nous proposons d'abord un audit aux entreprises ; puis, une fois la confiance installée, nous détournons l'argent des comptes dont nous avons le contrôle pour nos activités personnels : nous insérons des films et des images pornographiques chaque fois qu'un utilisateur utilise la barre de recherche de Facebook en tapant par exemple Hello Kitty ou Justin Bieber... Nous ciblons en priorité un public assez jeune.

Ce matin, alors que parait la délicate confusion du café après une nuit sans dormir, les yeux toujours fixés sur l'écran, ma programmation se transforme en chiffres dénués de sens, encombre mes hémisphères cérébraux à la recherche d'une base de donnée à pirater. Notre chef nous fait bosser nuit et jour et je me souviens même pas comment je suis arrivé ici, ni le montant de ce qu'on m'a promis comme paye, bref je suis lessivé, calciné...
Emmailloté d'une épaisse couverture fauve, des litres de café presque en intraveineuse, je voudrais me diriger vers les toilettes mais le chef surveille et je le soupçonne d'alterner entre la cocaïne et le café pour tenir lui-aussi. Je rêve, à moitié-éveillé et toujours penché sur l'écran, d'une escort qui pourrait m'offrir ses charmes : des listes de fantasmes où de jeunes pousses de réminiscences s'assemblent, sans pour autant me libérer de mon travail ingrat.

Ma vie d'avant ? Des successions lactées, toutes enchevêtrées entre elles, et vidées de leur utilité de films obscurs qui ont pour réalisateurs le bon air, les oreillers blancs parfumés de fleur d'orangers, un joli mirage d'enfance et d'adolescence avant de tomber dans un profond précipice.
Et ma vie à présent ? Un monde de défunts qui hantent les dédales des pièces du Château, zébrant les entonnoirs informatiques de nos partitions cauchemardesques... Et après ? Une chaise roulante, presque à la sortie de ma vie, cette mythologie gériatrique calfeutrée dans l'obscurité : son expression troublante, négative et macabre a inversé le cours de ce prélude feutré qui n'était autre que mon passé, avant d'être embauché dans cette étrange entreprise...

Puis, à dix heures du matin tout de même, sur l'écran de l'ordinateur, un Navigateur artisanal que j'ai inventé pour m'introduire dans les failles de sécurité, s'ouvre alors : je n'ai plus qu'à utiliser un presse-papier, à copier et à coller les liens vers les sites pornographiques et, vers midi, les utilisateurs en croyant utiliser Facebook, tomberont sur Überbook, un autre concept qui affolera toutes les mères de famille ; la grande majorité dans la catégorie Milf surprendra leurs bambins mater ces films où elles se font littéralement démonter.

Mais ces tours de passe-passe pourraient nous coûter chers : une brigade d'anti-terrorisme pornographique vient de voir le jour, nous sommes déjà ardemment recherchés et je n'attends qu'une chose : qu'ils viennent tambouriner à la porte de la cave ; et alors, au cours de notre procès sur-médiatisé, nous déchargerons la faute sur cette idéologie qui nous a emporté dans les ténèbres :
L'überisation massive, quelque soit le domaine culturel ou sociétal, du chômage ; pour gagner sa croûte, il faut bien travailler, qu'importe la nature de votre travail !

= commentaires =


= ajouter un commentaire =