LA ZONE -
Résumé : Saison 2 - épisode 1 - 9ème partie des nouvelles aventures pitoyables d'Heraklès Navet, personnage zonard sous licence LGPL qui petit à petit sombre dans la licence IV. La Zone offre un espace de liberté incroyable pour tous ceux qui veulent nous pondre des navets et en faire la culture intensive. Là on casse les prix du marché, on aurait dû se faire démonter le stand au salon de l'agriculture. En ces lieux étranges, les séries ayant eu un audimat négatif lors des premiers épisodes ont même le droit à une deuxième saison, ici indubitablement un hiver intellectuel dur, froid et surtout sec et désertique. Pas la peine de s'enquiller la lecture des épisodes précédents puisque tout est résumé en introduction à la façon des séries américaines. Résolument expérimental, à la lecture de ce texte on aimerait bien avoir reçu une rémunération en tant que lecteur cobaye, voir réclamer un statut spécifique avec un compte de pénibilité qu'on boosterait un max à chaque épisode. Une visite médicale de routine est recommandée à toute personne ayant entammé les premières lignes. Non. Je déconne. Ne craignez rien, c'est insipide et inconséquent : un placébo littéraire.

Heraklès Navet et la normalisation du storytelling (9ème partie)

Le 07/03/2016
par Lapinchien
[illustration] Résumé des épisodes précédents : Un serial killer sème la panique en huis clos dans l'immense manoir de l'île de Tristan da Cunha où se déroule un colloque d'experts médico-légaux ayant viré à l'orgie. La sensation de claustrophobie est décuplée par un terrible ouragan qui coupe l'île du reste du monde. La narration a été trouvée morte puis l'accroche a sauvagement été assassinée, le suspens et l'intrigue ont succombé, le cliffhanger de la fin de la première saison complètement massacré. Heraklès Navet et le captain Waterloo, mènent l'enquête alors que l'ensemble des étapes classiques qui ponctuent le déroulement d'une histoire sont éliminées les unes après les autres.
Le jumeau Twist qui avait basculé dans l'antre de la folie avait non seulement décapité Lord Cliffhanger pour mettre un terme à la logique du serial killer et épargner la vie de son frère et la sienne car l'un des deux était logiquement le suivant sur la liste, mais à présent voilà qu'il embrochait la tête du pauvre lord avec son sabre et que montant sur le tas de livres à l'entrée de la bibliothèque qui tenait lieu de barricade, il la brandissait en narguant l'assemblée.

- "Je ne suis pas l'assassin", Vociférait-il, "mais si l'un d'entre vous approche je lui ferai subir le même sort."
- "Cessez donc vos enfantillages, mon cher Twist.", Insista lourdement Heraklès Navet en se cachant derrière la duchesse épilogue, "Tout ce que vous avez réussi à faire avec votre stratégie stupide, c'est nous offrir une fin de première saison calamiteuse. Et si vous continuez, le premier épisode de la nouvelle saison va faire fuir les rares lecteurs qui nous suivent encore."
La duchesse qui n'aimait pas trop que l'inspecteur belge profite de la situation pour la peloter probablement pour raviver la flamme de l'auditoire, le repoussa violement du cul mais ne lui en teint pas rigueur. En effet, il s'était tant serré à elle qu'elle avait bien compris qu'aucune rigueur, qu'aucune rigidité n'habiterait jamais plus ce pathétique personnage ahi de tous et tout particulièrement par son auteur qui détestait son arrogance et ne perdait pas une occasion de le ridiculiser avec son accent improbable et ses manières du plat pays outrageantes pour la bienséance britannique.
-"Monsieur Twist", Relança la duchesse, "Plutôt que de nous menacer de manière aussi anxiogène, vous feriez mieux d'inclure dans vos répliques un peu d'humour comme vous nous y aviez habitué. En effet, je pense que..."
-"Taisez-vous, Duchesse épilogue !", S'époumona Heraklès Navet, "Cessez d'anticiper mes conclusions ! Vous me volez la réplique et la vedette et ce n'est pas ce que mon lectorat assidu attend de mes aventures palpitantes et..."

Mais Navet fut à son tour honteusement coupé dans son élan épique par la Duchesse : "Mon cher détective, votre public ne s'attend pas du tout à vous voir briller dans d'interminables raisonnements improbables. En rien vous ne stimulez leurs petites cellules grises comme vous aimez à le croire. Votre lectorat aime à vous voir ridiculisé et puis c'est tout."
-"Mais... mais...", Balbutia Navet, "Je ne vous permets pas. Restez à votre place dans un rôle secondaire, celui d'une future victime du serial killer probablement. D'ailleurs peut être même que vous êtes la coupable. Ne croyez vous pas qu'en dévoilant le mode opératoire du serial killer, en tuant le suspens et l'intrigue, vous avez occasionné assez de dégâts ?"
-"Pas du tout !", Poursuivit la duchesse outrée en croquant quelques macarons et les postillonnant en direction d'Heraklès Navet, "Et cessez de m'interrompre, vous n'êtes qu'un faire-valoir de l'intelligence machiavélique des personnages qui hantent vos investigations et avant toute chose de l'inventivité de l'auteur alors n'allez pas croire que vous ayez la moindre personnalité et qui plus est une personnalité hors du commun, vous êtes juste là pour passer les plats, des plats réchauffés me permettrai-je de préciser."

Heraklès Navet fronça alors les sourcils puis alors qu'il allait piquer une colère rouge, il se ravisa pour ne pas accréditer les allégations de sa contradictrice : " Mais je vous en prie, ma chère duchesse épilogue, puisque vous êtes si maligne, livrez-nous votre nouvelle théorie, je suis un galant-homme, un gentleman comme vous dites, vous autres bouffeurs de jelly vert fluo et d'anguilles infectes."

- "Hey ! Mais à quoi vous jouez !", S'esclaffa le menaçant Monsieur Twist, "Vous ne croyez pas que le rôle des jumeau Tic et Tac est déjà pris ? Vous vous êtes gouré de file au casting ?"
- "Mais c'est tout à fait ça !", Ricana la duchesse, "Poursuivez, Monsieur Twist. Poursuivez donc. Passez en revue chacun des suspects encore vivant dans cette sordide bibliothèque, et brossez pour chacun de nous, un portrait au vitriol. C'est d'ailleurs ce que j'allais vous conseiller avant que cet idiot de bouffeur de frites ne me coupe la parole."
- "Bouffeur de frites ?", Bougonna Navet dans son ridicule postiche de moustache, "Non mais de la part d'une becteuse de fish and chips. Qu'est ce qu'il faut pas entendre !" Mais ses propos s'étouffèrent dans un long raclement de gorge comme il voulait à présent cesser de jouer le jeu de la duchesse et la laisser tenir son raisonnement jusqu'au bout pour la ridiculiser et la décrédibiliser aux yeux de tous.

Puis la duchesse surprise de l'absence de réaction du détective belge profita de l'occasion pour s'engouffrer dans la brèche narrative que lui offrait improbablement son contradicteur : "Hum... Bon... Je m'attendais à un peu plus de répartie de la part du fameux Heraklès Navet, mais je m'accommode du fait qu'il batte en retraite en s'éloignant sa chétive queue entre les jambes. Hum... Reprenons. Monsieur Twist, comme je vous le suggérais campez un personnage un peu moins monocorde, vous nous aviez habitué à mieux. En introduction vous nous dévoiliez un joyeux luron à l'esprit facétieux et so british. Et là, voilà que pour la simple raison que vous venez de sombrer dans la folie furieuse, vous devenez agressif et ennuyeux ? L'argument mélodramatique induit par la dramaturgie inhérente à une petite prise d'otage est irrecevable, cher ami. Faites nous donc rire ! Tuez-nous si vous le voulez, mais faites nous mourir de rire avant car j'ai bien compris une chose à présent. Si on veut tordre le cou au serial killer, il faut maintenir le plus longtemps possible éveillés les rares lecteurs qu'il nous reste. Ne voyez vous pas que l'objectif du tueur en série, en massacrant dans l'ordre chronologique l'ensemble des étapes classiques qui ponctuent le déroulement d'une histoire, est uniquement et exclusivement de rendre cette série complètement inintéressante et de la tuer dans l'œuf avant même qu'on arrive à mettre le grappin sur le coupable ?"

Heraklès Navet regretta amèrement de ne pas avoir d'avantage tenu tête à cette mégère. L'ensemble des suspects encore en vie avaient bu ses mots comme de l'ambroisie et même Monsieur Twist, le preneur d'otage, semblait à présent acquis à la cause de la duchesse.

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