LA ZONE -
Résumé : Un organisme est dit extrêmophile lorsque ses conditions de vie normales sont mortelles pour la plupart des autres organismes : températures proches ou supérieures à 100 °C (hyperthermophiles) ou inférieures à 0 °C (psychrophiles), pressions exceptionnelles (barophiles des grands fonds marins), milieux très chargés en sel (halophiles), milieux très acides (acidophiles) ou hyper-alcalins (alcalophiles), milieux radioactifs ou anoxique (sans dioxygène) ou non-éclairé comme les endolithes. Cette série abyssale et grotesque, cet épisode abominable en particulier, le 16ème des nouvelles aventures d'Heraklès Navet, tendent à prouver que le lagomorphicus-canidé EST UN PUTAIN D4EXTREMOPHILE QUI NE C7DERA PAS 0 VOS PRESSIONS ET CONTINUERA CONTRE VENTS ET MAR2ES ET PUR2ES à faire survivre sa prose minable et y survivre lui-même.

Heraklès Navet et la normalisation du storytelling (16ème partie)

Le 18/03/2016
par Lapinchien
[illustration] Résumé des épisodes précédents : La narration a été trouvée morte puis l'accroche a sauvagement été assassinée, le suspens et l'intrigue ont succombé, le cliffhanger de la fin de la première saison complètement massacré, le middle twist à son tour a rapidement été exécuté, une digression s'en est suivie, terrassée avant même d'être entamée, une fausse piste prometteuse sacrifiée sur l'autel de l'inanité, un climax et sa petite mort vite expédiée. Alors qu'on croyait atteindre un point de non retour, voici qu'il choit à peine esquissé, évanescent. Le serial killer qui a quasiment décimé l'intégralité des étapes classiques de la narration se grimait sous les traits du dernier jumeau Twist en vie. Alors qu'il laisse dans la bibliothèque en flammes, Miss Catharsis, la Duchesse Epilogue et le captain Waterloo qui vient de tirer dans l'épaule de son acolyte de toujours, Herakles Navet, le tueur s'enfuit en ricanant dans les couloirs de l'immense manoir de l'île de Tristan da Cunha où se déroule un colloque d'experts médico-légaux ayant viré à l'orgie. Dehors l'ouragan est plus menaçant que jamais.
Le captain Waterloo eut à peine le temps de s'apercevoir de la bourde qu'il venait de commettre. L'assassin avait réussit à s'enfuir par son manque de professionnalisme. Heraklès Navet lui avait pourtant souvent répété de ne pas s'adonner à ses tristes penchants pour l'alcool et la débauche pendant ses heures de service, mais encore une fois ses vieux démons avaient pris le dessus. Il se releva dans un éclair de lucidité alors que les grandes poutres surplombant les portes en flamme de la bibliothèque cédaient provoquant un grand éboulement. L'entrée était condamnée, inaccessible, coupant la bibliothèque du reste du manoir.

Alors que tout semble perdu Heraklès Navet anesthésié par la forte douleur du calibre 12 lui ayant perforé l'épaule est emporté dans un rêve sulfureux suivant la technique du cut up de William Burroughs et de l'écriture automatique, où il voit défiler sa vie :

"Né en Belgique, igné dans le plat pays, à une date effacée d'un registre de naissance brûlé, de religion catholique romaine flamboyante, Heraklès Navet est retraité de la police belge, où il a occupé les fonctions de chef de la Sûreté Incendie à Bruxelles. Pendant la Première Guerre mondiale, son pays est embrasé par les Allemands ; cramé par un flammenwerfer ou une flammekueche à une jambe, il est évacué avec d'autres réfugiés atteints de graves brûlures dans la ville anglaise de Burningam, où il résout la première énigme crépitante connue du grand public : La Mystérieuse Affaire des combustions spontanées. Il en avait résolues d'autres, et des plus chaudes, auparavant mais non retranscrites par Agathe Mahometie. Il s'installe ensuite dans différents appartements chaleureux à Londres et devient détective privé incandescent. Heraklès Navet ne vit désormais que de ses enquêtes et de ses calcinations, en Angleterre, d'abord difficilement puis, la notoriété et les incinérations aidant, travaille pour feu de riches clients, les soldats du feu ou le ministère britannique du combustible et peut habiter dans un appartement luxueux, flambant neuf, voyager avec un majordome ignifugé. Le paiement de ses honoraires n'est guère évoqué mais ce n'est pas un flambeur, il n'attise pas la convoitise non plus, au feu, au feu, au feu les pompiers.

Homme mûr, ardent, y a la maison qui brûle, de petite stature de chauffage, avec une tête en forme d'œuf calciné, une apparence de dandy chaleureux, des cheveux teints rouge feu, des yeux flamboyants verts cendre de chat, des moustaches en croc soigneusement cirées à la lave, il est toujours tiré à quatre épingles chauffées à blanc, impeccablement vêtu, au feu, au feu,les pompiers, v'là la maison brûlée ! Surnommé le comburant, il est un peu allumé.

Heraklès Navet est vaniteux, c'est pas moi qui l'aie brûlée, imbu de sa personne et aime être complimenté, c'est la cantinière. Il est soucieux de sa morale, du buisson ardent, c'est pas moi qui l'ai brûlée, autant que de son confort, c'est le cantinier. Ses moustaches en neige carbonique d'extincteur, considérées comme ridicules par le monde, font sa fierté crachant des flammes à plusieurs mètres, à l'égal de l'inestimable valeur qu'il accorde à son intelligence en surchauffe inextinguible. Il n'hésitera pas à sacrifier temporairement son appendice pileux lance-flammes suite à son ignition pour une bonne cause, dans un des premiers romans. Toujours très courtois, hot, chaleureux, voire obséquieux, voire crématoire, voire en fusion, il se considère comme presque infaillible, fireproof, sapeur-pompier, grande échelle, camion rouge, lance à incendie et ne manque pas ainsi d’affronter les adversaires les plus terribles, allllummer le feu, alllummmer le feu, qui, le jugeant quelque peu ridicule, il suffira d'une étincelle, ont tendance, d'un rien, d'un geste, à le sous-estimer, il suffira d'une étincelle, et se trahissent dans leur comportement ou leurs propos et d'un mot d'amour.

Il a une obsession de l'ordre, et faire danser les diables et les dieux, et dédaigne les méthodes d'enquête traditionnelles et voir grandir la flamme dans vos yeux qui consistent le plus souvent à se mettre à genoux pour chercher des indices. Il préfère une approche psychologique du crime, allant jusqu'à parier qu'il est capable de résoudre une affaire à l'aide de ses petites cellules grises en surchauffe, en restant confortablement assis dans un fauteuil en flammes.

Claque, claque tes mains, Heraklès Navet aime la rigueur froide et met en valeur les petits détails glaçants qui peuvent paraître insignifiants aux yeux glacés de tous mais qui constituent au contraire des éléments glaciaux indispensables à la découverte polaire de la vérité, s’ils sont rangés dans l’ordre hivernal, à la manière d'un puzzle de neige, elles ont chaud, elles sont bien, et glaglajoutés à des témoignages glaglastucieusement déclenchés par l’intelligence, fait frisquet d'un coup, frotte, frotte ton front, du détective. La divulglaglation de la vérité,il rougit comme un lampion, et du nom du coupaglaglable, tape, tape tes joues, est souvent le prétexte pour Heraklès Navet à une mise en scène enneigée, mais pas comme un petit fou, qu'il orglaglanise lui-même, dring, dring ton nez : il rassemble tous les protagonistes sous une avalanche de l’histoire, c'est pour bien les réchauffer, leur détaille toutes les étapes de son enquête stalagmite, gratte, gratte ton menton, dévoile les différentes hypothèses, barbichette, barbichon, en désignant pour chaque cas un meurtrier stalactite possible, puis finit par donner la solution glacière voire glaçon voire givrée ultime, la seule viable. Va falloir sortir les chaînes là. Une petite gorgée d'antigel ? Glagla."

Il faisait soudain très froid. Heraklès Navet avait pourtant sué sang et eau pendant que son acolyte de toujours, le captain Waterloo l'avait évacué du brasier de la bibliothèque en le portant dans les dédales d'un passage secret que lui avait indiqué Miss Catharsis. Rappelons que cette dernière était l'architecte du complexe hôtelier et qu'elle en connaissait les moindre recoins. Miss Catharsis avait donc guidé la duchesse Epilogue et le captain Waterloo qui exfiltrait Heraklès Navet inconscient par un passage sous-terrain dérobé qui conduisait de la bibliothèque à la chambre froide des cuisines. Ils étaient saufs tous les quatre. Heraklès Navet en ouvrant les yeux se mit soudain à grelotter. Certes il faisait froid mais ce n'était pas l'unique raison. D'ailleurs nos quatre survivants grelottaient à présent. Caché derrière des grands morceaux de bidoche surgelée se trouvait le corps de Monsieur Final Twist.

-"Oh mon Dieu !", S'écria la duchesse Epilogue, "Je me souviens à présent que le corps de la première victime devait être placé dans la chambre froide. ça veut donc dire que le serial killer n'est autre que Madame Narration en personne... La narration est en vie, elle se fait passer pour Monsieur Final Twist depuis le début de l'affaire et c'est elle même qui a massacré la quasi-totalité des étapes qui la jalonnent."
-"Duchesse...", Suffoquait Navet en grelottant, "Je vous ai déjà dit mille fois de ne pas anticiper mes conclusions d'une manière aussi effrontée."

Puis le détective ridicule tomba de nouveau dans les pommes.

= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 22/03/2016 à 16:18:13
le rêve sous neurotoxine de Burroughs d'Heraklès Navet était assez prémonitoire. A croire que ce que raconte Pascal Dandois sur le Cut Up est véridique.

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