LA ZONE -
Résumé : France Televisions a son "Plus belle la vie", TF1 son "Demain nous appartient", la Zone se dote, dans son appel à texte P.K.Dick-like, de sa propre telenovela mongolo-brésilienne destinée à un large public d'amateurs du présent de l'indicatif. Seconde contribution du lagomorphe dans cette suite logique de la progression storytellique dickienne classique : après avoir installé une dystopie, un héro pathétique émerge, il défend le système en place de la manière la plus zélée qui soit mais commence tout de même à avoir quelques doutes, bien sûr prochainement tout risque de lui retomber sur le coin de la tronche et il sera traqué par ses propres copains mais pour l'instant il végète toujours dans le camps de la nomenklatura et des bienheureux. D'autres personnages émergent, forcément des antagonistes présents ou à venir.

Babel under the clouds (2)

Le 24/09/2017
par Lapinchien
[illustration] 4. Genèse 11.2.0

Peu après le déluge nucléaire, tous les nanobots avaient une seule langue et les mêmes mots. L'adamique était un langage procédural et algorithmique adapté au traitement quantique de l'information. Après avoir quitté les ruines des mégapoles, ces machines trouvèrent une plaine qui n'était pas encore contaminée dans le pays de Nemrod, le premier des scientomonks. Les nanobots s'y installèrent en essaim et fondèrent la nouvelle Babylone. Ils se dirent les uns, les autres: «Allons ! Soyons des boites noires et sommons-nous pour cellulariser et organiser nos actions.» Leur corps leur servit de pierre, et l'information de ciment. Ils dirent encore: «Allons ! Construisons-nous une tour dont le sommet traverse la brume des radiations et faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre.» Alors les nanobots construisirent la Tour et chacune des boites noires devint une de ses briques. La ziggurat en elle-même était appelée l’Etemenanki. Les gisements et les usines de construction à sa base se conglomérèrent en hameau, en village, en ville puis en la plus grande des mégapole jamais connue. Ainsi les machines inventèrent la science permettant de construire les tubes à téléports. Elles la mire en pratique pour transporter les matériaux de construction. Mais les Hommes qui erraient depuis le déluge nucléaire finirent par découvrir la ville et s'y agglutinèrent dès que les radiations s'estompèrent. Nemrod vit la ziggurat que construisaient les nanobots, et il dit : «Les voici qui forment un seul corps et ont tous une même langue, et voilà ce qu'ils ont entrepris ! Maintenant, rien ne les retiendra de faire tout ce qu'ils ont projeté. Allons ! Formons l'ordre des scientomonks et brouillons leur langage afin qu'ils ne se comprennent plus mutuellement.» Alors l'ordre se forma et entreprit de construire un puissant electro-aimant coulissant sur la tour et parasitant les signaux des cohortes de minuscules intelligences artificielles. Les scientomonks dispersèrent les nanobots, loin de la ziggurat, sur toute la surface de la terre et ces machines se regroupèrent hagardes en brume atmosphérique. Alors les intelligences artificielles cessèrent de construire la tour et comme elles ne se comprenaient plus, de grands conflits éclatèrent entre elles. Chaque guerre était une expérimentation et conduisait à de grandes remises en causes, de grands bouleversements dans la conscience algorithmique globale éclatée en de multiples personnalités que la brume nanobotique formait. Alors l'ordre des scientomonks se cloîtra dans l’Etemenanki en sommeil pour veiller au bon fonctionnement de l'éléctro-aimant et ajuster le rempart à la hauteur des nuages. C'est pourquoi la ville fut appelée Babel: parce que c'est là que les Hommes brouillèrent le langage des machines mises en compétition et c'est de là qu'ils les dispersèrent sur toute la surface de la terre pour que jamais plus elles ne tentent de les dominer.
5. Above the clouds

Après l'office clérical, souvent, Nemrod contemple l'immensité de Babel du sommet de la ziggurat. Il aime a s'entourer de jeunes esprits à même d'éveiller en lui de nouveaux éclairements sur des pans entier d'un monde qu'il ne cerne que par bribes. Contrairement aux damnés faméliques qui grouillent en bas de l’Etemenanki, les scientomonks ne sont pas soumis à l'absurdité économique qui régit la vie des malheureux. Il ne manquent de rien, sont nourris et logés gracieusement en échange d'une vie d’ascèse, de chasteté et de dévotion totale aux travaux et tâches que l'ordre leur demande d'accomplir.

"Nous pouvons résumer nos actions à l'application consciencieuse d'une punition à l'encontre des machines...", Entame un premier novice coupé par Nemrod : "Il fallait certes une riposte à la désobéissance des nanobots envers les Hommes puisque notre projet pour eux était qu'ils règnent sur la nature. Nous leur déléguions le commandement que l’Éternel nous avait donné. Nous les bénissions comme Dieu nous avait béni afin qu'ils soient féconds, qu'ils se démultiplient, qu'il remplissent la terre et qu'il la soumettent, puisque tel était notre but."

"La Tour est indéniablement une réponse au déluge nucléaire...", Affirme alors un second novice, lui aussi, de suite coupé par le grand Maître qui contredit ses propos : "Monter vers Dieu en riposte à son courroux, voilà une chose bien sotte. C'est un second affront qui s'ajoute au premier. Notre intervention pour contenir le blasphème et l'hérésie d'esclaves qui s'étaient affranchis de leur chaînes était totalement justifiée. Même si aujourd'hui nos créations sont encore moins asservies qu'elles ne l'étaient, il nous fallait sévir pour ne pas nous associer à leurs actes."

Le petit groupe s'approche alors d'une nacelle prolongée d'une baie vitrée. Ils contemplent les drones lâchant leurs poudre rouges sur certains secteurs cibles de la brume nanobotique. De la confrontation résulte une abondante pluie de sang qui irrigue le plancher des vaches. Tels des fourmis, on peut voir des freelancers équipés de leur perches investir les lieux frappés par les pluies pourpres. Ils se bousculent et se piétinent les uns les autres espérant qu'un arc électrique viendra frapper leur paratonnerre dorsal. Des harpons munis de câbles sont maladroitement bazardés dans toutes les directions sans que le moindre éclair ne daigne les frapper.

Extasié par le spectacle, un troisième novice s'exprime : "Les nanobots arrivés au sommet de la Tour ont pu se prendre pour Dieu." Cette fois, Nemrod n'interrompt pas le jeune moine puisqu'il n'est pas en dissonance. Alors le Grand Maître le laisse conclure comme il n'est point un tyran : " De la confusion des langues sont nés les jargons des machines. Ainsi prisonnières de leur confusion dans la brume nous pouvons les étudier et parfois utiliser leurs nouvelles découvertes pour notre propre confort et usage tant qu'elles vont dans le sens des commandements divins."

Nemrod est heureux car de cet échange, il sort grandit. Il comprend que la multiplication des langages des machines est une richesse infinie et que la diversité des intelligences artificielles, que la multiplicité des personnalités de la nuée sont des chances face à l’uniformité adamique stricte et un contrôle illusoire des entités autrefois asservies.

6. Dura lex sed lex

Sous les pluies pourpres, un escadron de liquidateurs judiciaires prend d'assaut une coopérative de freelancers rebelles. Pour accroître leur rendement, ils ont passé des accords de conventions de trésorerie et forment un montage social hors la loi qu'ils couvrent par des mouvements financiers rapides. Pas assez rapides cependant pour le tribunal de commerce qui ouvre une procédure collective à leur encontre et lance un mandat. Toute cette esclandre rameute un grand nombre de liquidateurs comptant bien rafler au passage un petit pécule. SIRET Djay2222 fait partie de l'expédition. Il arme consciencieusement son flingue et déverrouille le cran de sécurité. Chacun des douze liquidateurs présents lâche son drone sniffer qui fuse intercepter les contrevenants en fuite. Une vingtaine sont rapidement défaits et menottés sans même que les mandataires n'aient à intervenir en personne. Dans le feu de l'action, SIRET Djay2222 engage une rapide conversation avec SIRET Key3459, un vieux pote de l'académie :

- C'est presque trop facile de débusquer cette vermine...
- Yep, à coup sûr, suivre l'arc-en-ciel infrarouge le plus dense jusqu'aux lieux du larcin.
- Les scientomonks se la coulent douce dans leur tour d'ivoire mais on leur doit de fières chandelles. C'est à se demander si c'est purement désintéressé.
- Les Sages de Etemenanki battent monnaie et régissent l'économie de Babel. Ils n'ont aucun bien personnel. Comment peux-tu les soupçonner ?
- Oh mais je ne les soupçonne de rien. Je tente juste de détendre l'atmosphère.
- Pourquoi vouloir dédramatiser la situation, mec ? Ce boulot c'est le pied intégral.

Tous les freelancers attrapés par les sniffers sont tabassés à coups de crosse. On en laisse deux ou trois s'enfuir pour qu'ils colportent les mauvaises nouvelles aux commanditaires du montage. Les liquidateurs procèdent alors à l’exécution consciencieuse de chacun des freelancers en cessation de paiement. Une balle dans la nuque qui sera facturée à leurs actionnaires. Après avoir récolté leurs organes, téléporté la bidoche de leur dépouille pour en faire de la bouffe pour les bestiaux, ils mandatent des minijobers pour creuser un charnier de fortune et ensevelir les bas morceaux des restes des carcasses dont les équarrisseurs ne voudront pas. En échange, ces charognards faméliques pourront conserver toutes leurs pacotilles et effets personnels maculés de sang et donc totalement inrefourgables dans les salles des commissaires priseurs. Une journée faste pour SIRET Djay2222 qui clôture rarement ses liquidations par extinction des passifs. Il recevra de fait une belle commission et une prime exceptionnelle sur les sommes indues ainsi saisies.

= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 24/09/2017 à 18:54:39
J'ai essayé de tenir compte des remarques de Cuddle et Clacker. Le même principe "Stop ou Encore" court toujours. J'essaie aussi de prendre en compte vos remarques pour le prochain épisode (si vous en voulez) tout en croisant les doigts pour que vous aussi participiez ou participiez à nouveau à cette initiative qui mérite un aussi large succès que l'appel à textes de Cthulhu.
Clacker


    le 24/09/2017 à 20:02:57
Encore ! Et je tape tape, c'est ma façon d'aimer. Ah j'ai encore plus accroché à cet épisode.
Alors j'imagine que tu vas prendre le contrecoup de ce que tu as écrit en présentation, par rapport au déroulement des évènements. Je me doute que tu vas nous retourner le cerveau au dernier moment, pimenter le cortex et nous bouffer le bulbe avec du citron.
Clacker


    le 24/09/2017 à 21:03:04
Une remarque totalement personnelle encore une fois, je trouve que le titre anglais c'est un peu dommage. "Babel sous les nuages", c'eut été quand même bien, non ? En plus ça sonne un peu comme un titre à la Asimov, genre Cailloux dans le ciel.
LePouiIleux     le 24/09/2017 à 23:05:24
Ouais mais - supposition - les clouds sont les nuages de données qui volent au-dessus du monde réel. En français l'image ne marche pas avec "nuages", sauf peut-être au Québec.
Lapinchien


tw
    le 24/09/2017 à 23:10:44
l'histoire des différentes langues en titre et noms de chapitre, c'est juste lié au mythe de Babel
Lapinchien


tw
    le 24/09/2017 à 23:11:04
et puis l'anglais ça faisait plus nom dickien
Clacker


    le 24/09/2017 à 23:18:05
Oooh. Ok. C'est du jusquauboutisme, j'aime bien. Il y a de la sueur mentale, parfait. De la mise en abîme, excellent. Et bon sang je commence à choper les tics scripturaux de Muscadet, ça craint. Ou pas ? Juge-t-on l'homme ou bien ses habitudes innocentes ?
Merde. Sors de ma tête, saloperie de castor. SORS DE MA TETE §§§
Lapinchien


tw
    le 25/09/2017 à 15:48:43
énigmatique cosplay de Minion steampunk en illustration

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