LA ZONE -
Résumé : Bien étrange objet que ce TDM pondu par notre inestimable Lapinchien. Si le titre nous laisse présager beaucoup de déconne caninolapinesque, on est vite surpris par le ton sérieux et la débauche de descriptions et d'anecdotes plausibles qui se déroulent tout le long de la lecture. J'en déduis que l'auteur tente une approche nouvelle pour le texte de merde, que dis-je, il me semble que son oeuvre pourrait bien représenter la pierre angulaire d'une toute nouvelle littérature dont la définition et le nom restent à inventer. Quelque chose comme "autofiction", mais en moins barbare.On peut souligner l'étrange contraste que vient provoquer un passage en CAPS LOCK diablement revendicatif, alors que le reste est somme toute sobrement bien écrit et même, oserais-je le dire, intéressant. Oui, intéressant. Même si ça part dans tous les sens, et qu'on a l'impression d'avoir fait un tour du globe à peu de frais. Alors, j'ouvre les votes : vous pensez que c'est du vécu, tout ce bordel ?

RDV en terre inconnue dans mon slip

Le 05/06/2020
par Lapinchien
[illustration] Le réveil matin fait un boucan de tous les diables. Fichues réminiscences. Ça me rappelle le bruit d'un échange de tirs entre membres de gangs ennemis qui avait eu lieu dans le quartier dominicain aux abords de Pointe-à-Pitre à l'époque où je vivais en Guadeloupe. Il y avait eu un mort ce jour là. Un jeune étudiant qui traversait les lieux et qui n'avait pas voulu céder les 50 francs qu'un rançonneur lui réclamait. Pauvre gamin, mourir pour près de 8 euros. Ça m'obnubile et chaque matin je suis réveillé par ce souvenir qui déchire mon âme à la machette. Quel endroit paumé aussi : un HLM au milieu d'un ghetto constitué de baraquements fabriqués hâtivement en taule ondulée. Ils étaient déchiquetés au moindre cyclone qui touchait les Caraïbes. Emportés par les vents, les abris de fortune de ces immigrés clandestins devenaient de véritables armes meurtrières qui sectionnaient les membres et s'encastraient dans les chairs. Quand j'attendais le bus, les prostituées dominicaines du chemin neuf tentaient de corrompre le jeune homme que j'étais alors. Je n'ai jamais cédé à l'appel de ces vieilles peaux bien plus par désintérêt que par peur d’attraper une saloperie vénérienne. Plusieurs fois questionné sur ma présence pendant 3 mois dans le quartier, il n'était pas rare qu'un adolescent m'accoste pour me rappeler que je n'étais pas chez moi.
Je me lève. Le sol est froid. Je le touche de mes deux pieds nus. C'est quand même pas si mal de vivre à présent à Montpellier, loin des dangers omniprésents qu'on ne cerne pas très bien quand on est jeune et que l'on cherche l'aventure. C'est tout proche de la mer en plus. Palavas-les-Flots, Carnon ou la Grande-Motte, c'est pas vraiment exotique mais l'eau est chaude et l'ensoleillement annuel appréciable, et puis si on cherche des plages turquoises au sable blanc, il y a l'option Villeneuve-lès-Maguelone. Des flamants roses dans les étangs et les pieds en éventail à pique-niquer en bord de mer ou à siroter un cocktail dans une paillote.

Ma compagne m’interpelle. Elle me réclame un petit déjeuner au lit.
- Achète du pain et des croissants, kochane. Il est samedi matin, j'ai encore sommeil.
- Mais bien sûr, piękna moja. Je t'aime.
- Je préfère le pain brioché avec la confiture.
17 ans de mariage et tout débute sur un malentendu. On rentrait tous les deux de Floride en direction de nos pays respectifs avec une escale à Paris pour ma belle qui rejoignait Varsovie. On s'est rencontré dans l'avion, j'étais assis à coté d'elle. Je venais de Fort Lauderdale où je n'avais pas pu rester faute de carte verte pour travailler, elle descendait de Tampa. Durant le vol, la nuit venue, je me suis endormi inconsciemment sur son épaule. Elle n'a pas protesté. Le jour suivant pendant ses six heures de correspondance, je l'ai emmenée visiter Paris. Descente à Chatelet-les-halles puis passage rapide au centre Pompidou, un baiser volé entre deux flash d'un photomaton , escale à l'île de la cité où on a mangé de la soupe à l'oignon près de Notre-Dame puis visite éclair du musée d'Orsay avant de la raccompagner RER B en direction de Charles de Gaulle. Deux jours plus tard, j'étais à Varsovie pour la rejoindre.

Je prends une douche. Le jet puissant de l'eau me remémore les bains turcs à Istanbul. On s'était donné rendez-vous là-bas avec des potes car l'un d'entre nous y faisait un stage. Après avoir visité Sainte Sophie et la mosquée bleue, on avait traversé le Bosphore puis loué une bagnole pour faire un road trip sur la cote orientale jusqu'à Izmir. Un séjour très arrosé. Il n'était pas rare qu'au petit matin, on déambule dans les rues en chantant : " Atatürk est un fils de pute. Il a le feu aux couilles et la bite en rut."

Je me lave les dents. Il n'y a pas satisfaction pareille à celle de se laver les dents après un soir de cuite où on a dégobillé jusqu'au petit matin. Vient alors le moment d'évaluer les dégâts. Chez Air France je suis fiché comme étant "le peintre en bâtiment". Je dois ce surnom suite à un vol de nuit transatlantique où j'ai fait condamner des chiottes. J'en ai littéralement foutu partout dans les water-closets et même un peu sur les passagers endormis en retournant à ma place. Tout le monde m'en voulait pendant les 10h de vol et ce jusqu'à l'atterrissage. Ça s'est produit aussi au Portugal. Avec des potes on passait un weekend à Porto. On enchaînait les domaines viticoles et on se pintait à l'œil, on descendait des coups gratuits concédés par les négociants en visitant leurs caves. Qu'est ce qu'on a pu se marrer avec cette étudiante espagnole qui faisait faire le tour du propriétaire en français. Au lieu de dire "fût" comme "fût de chêne", elle disait "foutre". Je ne sais pas quel petit farceur lui avait fichu ça dans le crâne. En tous cas elle nous a bien fait rigoler. Surtout qu'on la relançait avec des questions.
- Mademoiselle, tu aimes le foutre ?
- Et sinon t'as du foutre à ne plus savoir qu'en faire ?
- Et ton foutre il est de qualité ?
- Et le foutre il bonifie le vin ?
Quoi qu'il en soit, le soir on a enquillé sur de l'alcool plus fort en boîte de nuit. C'est là que mon organisme n'a pas suivi. Au retour chez mon ami où l'on dormait, j'ai littéralement détruit la canalisation des chiottes ainsi que celles de ses voisins sur 3 étages. Un jet de bile comparable au sang acide des xénomorphes.

J'enfile des vêtements. Je suis de suite happé dans un flash-back où j'en enfile en suivant la technique de l'oignon pour me protéger d'un froid extrême. Aéroport de Stockholm direction celui de Kirunaa à 100 kilomètres au delà du cercle polaire puis un bus de l'ice hôtel nous amène, ma femme et moi, directement à Jukkasjärvi un village de Lapons. C'était plus précisément des Saamis, une peuplade fière et très accueillante. Il y avait un hôtel de glace construit sur un fleuve gelé la Torne River. Nous étions venu pour visiter l'Esrange space center et passer 3 nuits dans l'ice hôtel dans une des fameuses Art Suites contenant des sculptures de glace bluffantes. Notre expédition commençait par une ballade en traîneau tiré par des chiens d'attelage, quelque chose de pas glamour du tout puisque ce qu'on ne raconte jamais c'est que les chiens défèquent tout en courant. Passons. Ensuite un étudiant nous a récupéré dans un van et nous a conduit jusqu'à Esrange où nous avons pu visiter tout le complexe, des ballons sonde aux hangars des fusées Maxus en passant par le centre de commande. Maxus est une fusée-sonde utilisée par l'Agence spatiale européenne développée à partir de l'étage de fusée américain Castor 4B à propergol solide. La soirée c'est finie dans un campement reculé de toute lumière des villes. L'étudiant nous a préparé un goulash de renne et on a passé la nuit à attendre une aurore boréale qui n'est jamais venue. On s'est consolé avec quelques étoiles filantes.

Je récupère mes affaires, mon portefeuille, de la monnaie, et en remplis mes poches. NON?MESSIEURS LES RONDS6DE6CUIR?JE NE REGR7TE RIEN DE MA JEUNESSE DISSOLUE. JE SUIS L4INVENTEUR DE PAS MAL DE TRUCS QUI N4AVAIENT PAS COURS 0 L4EPOQUE ET QUI SONT TOUT 0 FAIT BANALS DE NOS JOURS§ NON?MESSIEURS LES RONDS6DE6CUIR? JE SUIS 0 L4ORIGINE DU T2L2TRAVAIL EN ROAD TRIP DANS LE MONDE ENTIER ET CE DANS LA FIN DES ANN2ES 90 0 SAVOIR SE BALADER AVEC SON ORDI PORTABLE ET SE DORER LA PILLULE DANS DES LIEUX PARADISIAQUES AVEC UNE CONNEXION MODEM TELEPHONIQUE EN CARTON§§§ NON?MESSIEURS LES RONDS6DE6CUIR?J4AI AUSSI INVENT2 LES SELFIES AVANT MËME QUE LE T2L2PHONE PORTABLE NE SE SOIT D2MOCRATISI2§ JE FAISAIS 9A TOUT LE TEMPS AVEC DES APPAREILS PHOTO KODAK JETABLES§ QUI S4EN SOUVIENT ? HEIN? QUI S4EN SOUVIENT? ET POURTANT MËME SI C4EST LE FONDEMENT DES GAFA QUI SE FONT UN TAS DE BL2 L0 DESSUS? JE NE RE9OIS AUCUNE ROYALTIES? PAS MËME UN REMERCIEMENT§§§ JE T4EN FOUTRAIS DE L4INNOVATION?JE T4EN FOUTRAIS? ET VIVE LA FRANCE§§§

J'ouvre la porte. Je descends les escaliers. Je suis dans la rue que je remonte.

Je tourne dans la première ruelle. Cette course commence à m'essouffler et elle me rappelle cette ballade qu'on avait faite, mon père, mon frère et moi, il y a de cela bien longtemps. J'étais encore enfant et ça se passait dans la campagne andalouse près de Cordoue d'où on était originaires. Nous nous rendions à la fontaine du maure, un lieu connu très localement et qui m’intriguait tout particulièrement car une légende centenaire circulait : "Entre le pin et la fontaine du maure se cache un trésor." En chemin nous nous amusions avec des bâtons à imiter les tortues-ninja, les personnages d'une borne d'arcade que nous squattions pendant les vacances. En même pas une heure nous étions arrivé devant une ferme où se trouvaient la fontaine et un pin imposant. Il y avait deux gars qui travaillaient la clope au bec et mon père engagea la conversation avec eux. Ils creusaient le sol aride avec une machine assourdissante afin de trouver une nappe phréatique. Ils allumaient cigarette sur cigarette et je trouvais cela intenable avec la chaleur qui régnait, probablement 40 degrés à l'ombre. Cependant la conversation avait vite dégénéré lorsqu'ils abordèrent les raisons de l'émigration de mon père en France. En effet, ces deux hommes étaient nostalgiques de la dictature de Franco et du fascisme et mon père en était presque venu au mains. Affligé par un tel spectacle, il nous avait ordonné de repartir et nous étions mon frère et moi très déçus car nous n'avions même pas eu le temps de commencer à chercher le trésor de la légende. Nous avions regagné nos pénates quand dans l'après-midi une étrange nouvelle nous parvînt. Les deux hommes que nous avions croisés tantôt étaient gravement brûlés. Un accident s'était produit à la fontaine du maure. En effet ils avaient percé une poche de gaz avec leur machine, et une étincelle ou peut-être même leurs cigarettes avaient provoqué un incendie. Nos deux franquistes avaient fini par trouver le fameux trésor.

Je rentre dans la boulangerie et je croise le regard d'un homme qui me rappelle Hector. Je ne me souviens plus du nom de famille d'Hector. Il était le compagnon d'une collègue de travail et le couple m'avait hébergé chez eux le temps que je règle mes problèmes de carte verte. Il y avait d'autres hispaniques dans leur demeure de Miramar et chacun de nous louait une chambre. D'un coté ça nous rendait tous service et de l'autre c'était quand même un peu un deal avec des marchands de sommeil. Des gens très sympathiques cela dit. D'après Hector ma plus grande qualité pour survivre aux states était d'avoir eu l'espagnol comme langue maternelle. Il venait de Medellín en Colombie. Un jour il m'a même raconté que son frère avait été donné au cartel par une prostituée. Elle avait été égorgée. Quant à son frère il avait été abattu d'une balle dans la tête en pleine rue. Je ne crois pas qu'il m'ait raconté pourquoi le cartel lui en voulait. Un jour Hector m'a accompagné dans son 4x4 jusqu'à Cap Canaveral et j'ai pu visiter le JFK space center. Au retour il m'avait montré la photo de sa fille en me proposant de l'épouser. J'avais refusé poliment. Je me demande bien ce qu'il devient 20 ans plus tard.

Je fais la queue dans la boulangerie. La queue est énorme. Je ne me souviens pas avoir vu une telle affluence depuis le jour où je suis allé manger au Pier one restaurant à Freeport. Et pourtant j'avais réservé comme tous les gens dans la queue je présume. Dans l'attente de ma carte verte, alors qu'un avocat étudiait la question, mon employeur en Floride souhaitait que je sois présent dans le même fuseau horaire que les autres employés. Aussi je me déplaçais d'une île à l'autre dans l'arc caribéen au grès des durées accordées aux touristes sans visa. Bien sûr je n'annonçais pas aux douanes que je venais travailler. Le Pier one restaurant avait une spécificité qui expliquait son succès. Non ce n'était pas la qualité de la nourriture servie qui était somme toute convenable sans plus. Il s'agissait plutôt du spectacle pendant les repas. Non il n'y avait pas de strip-teaseurs jongleurs à roulettes, c'était mieux que ça. Le Pier one était situé en bord de mer et lorsqu'un des serveurs venait sonner une cloche, ce n'était pas pour marquer la fin du happy hour. Il balançait des seaux de bouffe à la flotte et des dizaines de requins venaient profiter de ce festin gratuit. Heureusement il n'y avait pas de plage aux abords. Ah les Bahamas, que de merveilleux souvenirs ! Le plus marquant c'est cette journée fantastique où j'ai nagé et joué avec deux bébés dauphins. Inoubliable.

Enfin la boulangère m'adresse la parole.
- Bonjour Monsieur. Pour vous ce sera ?
- Bonjour, une baguette viennoise et 2 croissants, s'il vous plait.
- Très bien ça fera 3€40.
- J'ai une très belle anecdote concernant la chapelle sixtine. Vous vous êtes déjà rendu au Vatican ?
- Désolée Monsieur mais il y a du monde, bonne journée.
- Heu... Merci. Bonne journée.

= commentaires =

Clacker


    le 05/06/2020 à 15:38:18
Décidément, cette STDM prend une tournure qualitative.

Et je voulais te demander, c'est capital : c'est vraiment vrai pour les chiens d'attelage ?
PhScar


    le 05/06/2020 à 15:45:43
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Et je pèse mes mots.
Lapinchien


tw
    le 05/06/2020 à 16:23:46
Pour les chiens de traîneau c'est vrai. Il est recommandé de fermer la bouche. Sinon ce texte dénonce les textes de bourlingueurs que je trouve insupportables. J'ai tout misé sur l'antipathie pour le caractère merdique.
Clacker


    le 05/06/2020 à 16:46:52
Je n'ai pas trouvé ton narrateur plus antipathique que ça dans le sens où il fait preuve de dérision, notamment par sa capacité à détruire les chiottes des gens, chose qu'il n'omet pas de raconter dans le but de se glorifier en grand baroudeur. L'anecdote des chiens de traîneau, c'est pareil.

Mais je comprends mieux, de fait, le dialogue final. Retour brutal à la normalité pour un type qui a tout vu et tout fait.
Clacker


    le 06/06/2020 à 17:20:46
C'est un petit peu agaçant ce forum qui plante tous les deux jours.
Lunatik-


    le 07/06/2020 à 16:34:33
J'ai dû me lever du bon pied ce matin, ou quelqu'un a balancé des cristaux qui n'étaient pas que du sucre dans mes chocapics, ou bien vous n'êtes pas foutus capables de faire de vrais TDM, bandes de branleurs, mais enfin, quoi, il est bien ce texte.
Le peintre en bâtiment, le passage en CAPSLOCK, le goulash de renne, la bile meurtrière, et le tacle de la boulangère pour finir.
Par contre, t'as pas eu de bol pour ta balade en traîneau, on ne bouffe pas forcément de la merde, fallait pas choisir des clebs aux intestins fragiles.
Castor tillon


    le 28/08/2020 à 12:04:10
Avec 40 degrés à l'ombre, faut être dingue pour rester à l'ombre.
Sinon à part dans la gueule du conducteur de traîneau, je vois pas où est la merde dans ce texte de merde. C'est le troisième TDM que je lis, et ils sont tous écrits dans un français intelligible. Laissez le boulot à un spécialiste, Le Duc, par exemple.

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