LA ZONE -

Garde à vue psychédélique

Le 14/08/2021
par jojo l'asticot
[illustration] La meilleur garde à vue de ma vie.
Les petits contes de la bourrasque.
Garde à vue psychédélique.



Je traîne mon spleen depuis le début de la matinée, j'ai bu juste ce qu'il fallait dès potron minet, les niveaux sont au poil. La saucisse qui me sert de copine pionce encore pour cause de réservoir qui à largement débordé hier. Je squatte son cloaque ces temps. Il fut un temps peut être que ce lieu d'habitation pouvait s'apparenter à un appartement, mais actuellement il ressemble plus à un croisement entre le port de Beyrouth juste après son explosion et le camtard d'un teufeur au plus fort d'une rave party. Le sol est difficilement décelable et quasiment inaccessible, par endroit il est recouvert de plaques de vomi séchées et de merdes de chat, on a du mal à poser les pieds entre les 287 bouteilles qui le recouvrent, principalement de rhum à 55 degrés, le roi des crames cerveaux, je connaîtrais ce nombre ultérieurement, après de fastidieux aller retours à la benne à verre. L'odeur est difficilement descriptible, je vous laisse imaginer... Comme je suis plutôt à jeun, cet environnement nauséabond commence à me coller sévèrement le cafard, il est exclu de me faire un café ici, la cuisine est du même acabit que le reste, un chantier innommable, j'essaye pourtant de trouver de la ressource pour me faire un jus, mais après avoir enjambé le bordel pour accéder à la pièce à bouffe, ma motivation bas en brèche devant l'évier qui dégueule de vaisselle, s'il faut que je commence à me battre avec ce tas de faïence en équilibre instable, que j'évite de m'amputer avec un couteaux rouillé, que je trouve une casserole pour chauffer l'eau... Je lâche l'idée de prendre une dose de caféine au milieu de ce boxon. Je vais trouver ça ailleurs. Et puis je me torcherais bien la gueule à autre chose qu'à la picole aujourd'hui tiens. Par bonne conscience je balance des croquettes dans la gamelle de l’espèce de chatte tuberculeuse qui miaule à qui mieux mieux, cette connasse n'est pour moi qu'une usine à déjections ambulante, mais je suis dans une période où j'ai décidé de ne pas lui en tenir rigueur, plus prosaïquement je me dis que si les chiottes étaient dans le même état que la caisse à merde qui lui sert de litière, moi aussi je n'hésiterais pas à chier sur le linoléum en guise de protestation. Faudrait traiter le mal à la racine, et chier directement dans le lit de sa propriétaire, mais j'y dort aussi, et faire d'elle une maîtresse de maison correct demanderait des efforts que je ne suis pas près à déployer. Elle suce plutôt correctement, elle m'héberge gratis, elle n'est pas contre la sodomie, je n'en demande pas plus. Manquerait plus que je me plaigne présentement. C'est pas mon apart et c'est chauffé. Je m'en branle.
Donc après avoir enjambé le meuble que la saucisse a fait tomber pendant la nuit, en se traînant aux gogues pour dégueuler ailleurs que dans son salon, je m'extirpe de ce bordel qui me colle la gerbe à moi aussi. Mich à des trips et de la kétamine il me semble, et puis il va payer son café et sa douche, vu qu'on lui a coupé le courant à la demoiselle, il n'y a plus d'eau chaude.

Les problèmes du café, de mon hygiène corporelle, et du ravitaillement en stupéfiant étant réglés, je prend congé du copain, non sans avoir tapé la bûche de ké qu'il m'a commercialement proposé, comme tout bon dealer qui se respecte, avoir remis la mienne et m'être collé deux cartons qui font rigoler derrière la cravate.
Je me ferait bien sucer avant que ça monte le bordel tiens. Donc je prend la direction du spot à pipe, où plutôt j'entreprends de m'y diriger. La kétamine est à la base un anesthésiant vétérinaire, un truc qu'on refile aux bourrins et aux éléphants, cuisinée et transformée en poudre, ça donne une excellente drogue dissociative aux effets redoutables. Marcher après s'être collé une bonne bûche de cette douceur dans les naseaux peut s'apparenter à un exploit. M'en fout, j'ai l'habitude, ce qui ne m'empêche pas d'avoir besoin de tout le trottoir. Les passants hallucinent, et bien halluciné donc bien bande de nez d'bœuf, quand les cartons vont faire effet ce sera mon tour, mouhahaha. Parole de toxico, le mélange kétamine trip, c'est parmi ce que l'on fait de plus costaud. J'attends donc la monté des acides avec impatience, même s'ils ne sont pas de la meilleur des qualités, j'en ai bouffé deux, on devrait rigoler, juste si je veux profiter d'une gâterie buccale de la zouz avant de me dissocier complètement et d'entreprendre de visiter d'autres mondes, va falloir que je me sorte les doigts du cul.
Donc après un laps de temps forcément beaucoup plus long qu'à l'aller, je finis par rejoindre la barre d'immeubles perraves où loge la personne de sexe féminin dont je convoite l'orifice bucal afin de m'y vider les burnes. Elle a émergé du smog et elle est en position verticale, cool. Les effets des deux poteaux de vitamine k commencent à s'estomper, signe que le trajet retour m'a bien pris quarante cinq minutes contre quinze à l'aller. Donc j’entreprends de préparer deux bonnes traces, histoire qu'on se mettent bien, moi et la saucisse, et puis que l'on forniquent, je n'oublie pas de lui refiler un trip aussi, même si je sais que chez elle ça peut avoir des effets surprenants, elle a tendance à se désaper un peu n'importe où quand elle est sous acide. Pas grave, vu les projets que je nourris à son encontre, ça ne peut que m'arranger.
Et là bordel, il y a un con qui tape à la porte. Mais comme un con j'entends hein, ça tape costaud, genre ça voudrait rentrer à coup de poing. Ça me fait flipper moi ces manières, d'autant plus que le con il a pas l'air tout seul et qu'il bouche le judas avec son doigt tout en continuant à s'éclater les phalanges contre la porte. Je gueule à Ingrid (oui effectivement elle a un prénom ma saucisse) de me ramener de quoi me défendre quand j'entends gueuler : « gendarmerie !!! ouvrez la porte ou on la défonce !!! » Pute de vérole, pas prévu ça, je cours au salon dans le fracas des bouteilles qui valdinguent histoire de planquer le pochon de kétamine et les trips que je balance en dessous du bordel empilé à une hauteur vertigineuse sur la table, je chope la paille, me bourre dans le nez l'équivalent des trois traces qui restent sur le cd et balance celui ci au hasard, toujours ça qu'ils n'auront pas. Je gueule : «  j'arrive messieurs dames, défoncé pas la porte on viens juste de remettre un verrou. Ce serait dommage » Qu'est ce qu'ils peuvent bien nous vouloir ces enculés ? Ils ne me semble pas avoir été ostensiblement assez con ces derniers temps pour avoir mérité qu'ils viennent me chercher carrément jusqu'ici, d'habitude ils me convoquent... Ça pue la merde cette histoire. Je leur ouvre la lourde, pas trop le choix, et me fais dans la foulée réglementairement plaquer par terre puis enfiler leurs bracelets, vous savez ceux qui laissent des cicatrices sympas quand ils sont portés bien serrés, ça doit tailler petit ces saloperies. Pendant que l'opj de service me signifie mon placement en garde à vue, ses connards de collègues s’engouffrent dans l'apart, je dis s'engouffrent mais en fait ils s’arrêtent net devant le bordel. Moi j'éclate de rire, si vous cherche des stups au milieu de ce foutoir, vous allez vous amuser les troufions. Et même si vous arrivez à trouver le gramme de kétamine et les trois trips que j'ai planqué sur la table, je ne risque pas grand chose. La pétasse qui sert de gradé leur dis façon de leur remonter le moral : « allez les gars, c'est gros ce qu'on cherche, si c'est là ça va être vite fait »
Là je comprends encore moins, tout ce que je sais c'est que l'adrénaline retombe et que l’anesthésiant pour bestiaux de gros calibre reprend pleinement ses droits, la montagne que je me suis bourré dans les narines me monte d'un coup, j'essaye de faire trois pas en baragouinant un truc que j'essaye de faire ressembler à une phrase du type sujet, verbe, complément, je marche sur une bouteille et je m'éclate la gueule par terre de plein fouet, rigolez donc, de toute façon je ne sens rien, ben oui, c'est un anesthésiant je vous ais dit. Donc me voilà sur le sol, les mains menottées dans le dos, en train de me prendre une méga volée à la kétamine, je kiffe quand j'entends ce gros connard de brigadier s'exclamer : «  putain, il est encore bourré celui là, ça va encore être joyeux, va falloir attendre qu'il dégrise. »

-Ha non paupaul, j'ai rien bu là !!!
-C'est ça fout toi de nos gueules, tu tiens plus debout.
        
Du coup il me relève et m’entraîne dans la chambre où ses collègues sont devant le placard ouvert et apparemment déçus, ça doit effectivement être plutôt gros ce qu'ils cherchent car ils n'ont même pas entrepris de toucher quoi que ce soit ni de déplacer la moindre des bouteilles vides qui là aussi ont prit leurs quartiers. Je ne sais pas ce qu'ils cherchent les cochons là, mais ça doit effectivement prendre de la place. De toute façon je m'en fout je suis détendu complet ! Le trip commence à monter et je me fend la margoulette moi.Après avoir fait le tour du taudis, on me fait prendre la direction de la cave, qui passe par l'escalier, et la croyez moi ça devient technique, pas pour moi non, mais pour eux, moi je profite des couleurs qui commencent a s'imprimer dans ma rétine pendant que les cons là, j'en ai un sous chaque bras qui me véhicule jusqu'au sous sol, pratique ça, j'y penserais à embaucher deux mastards comme ça pendant ma prochaine teuf, pour m'emmener au stand de la réduction des risques chercher du matos et à la buvette ça peut être pratique, mais sans l'uniforme alors. Bref, ayant apparemment fait méchamment choux blanc dans la quête du je sais pas quoi qu'elle cherche la con là, la petite opj à l'air férocement déçue : « bon, on vous interrogera après le dégrisement » qu'elle me dit.

-Ha mais je vais vous surprendre, pour une fois je ne suis pas méga bourré alors qu'il est quand même quatre heures de l'après midi, je vous ferais remarquer que ça devrait forcer votre respect ça ma petite dame.
-Oui ben arrêtes de la ramener on va te passer à la languette aussi de toute façon, parce que tu m'as pas l'air d'être au mieux de ta forme là.
-Au contraire je pète le feu. Bon courage alors. Prise de sang aussi si vous voulez.

Je m'en cogne, ça ne ressort pas dans la salive ce à quoi je me suis torché... Et les deux cartouches de bavaria que j'ai bu ce matin sont largement redescendu à cette heure. Objectivement là je ne sais toujours pas pourquoi ils m'en veulent mais je me prépare à une garde à vue bien fendarde, ou pas, faudrait pas que ça vire au bad trip non plus cette histoire, ils vont me gâcher ma défonce en plus de m'empêcher de me faire sucer ces cafards. En tout les cas mon état ne cesse de s'améliorer vu de mon coté, d'empirer vu du leur. Pendant qu'ils me fourrent dans leur panier à salade sous les yeux de tout le quartier qui s'est fait un plaisir d’assister à l'intégralité de la scène.

-Alors Jojo, qu'est ce que t'as fait cette fois, ils ont l'air énervé encore tes copains. Et toi t'as l'air bien torché. Me lance un des jeunots du quartier.
-Je te répond dans 48h Zac, là j'en sais rien pour l'instant.
-Hahaha, vive les vieux dossiers alors, c'est pas bon quand tu t'en rappelles même plus.

Dans le fourgon ça va de mieux en mieux, les lignes droites commencent à ne plus être vraiment droites et je commence à rigoler, pour rien selon eux, et ça, ils ne comprennent pas, ça les agaces. Ils sont encore plus agacés de me trouver avec un taux d'alcoolémie compatible avec la garde à vue, et avec un test salivaire négatif.
-On l’emmène à l'hosto quand même ou bien chef ?
-Non, a part se marrer il est cohérent là, on ne va pas perdre de temps, foutez le moi en cellule.

En cellule je suis content, je retrouve quelque peu appui sur mes gambettes et je peux déambuler dans les six mêtres carrés. Toute la cellule bouge par intermittence, c'est le top. Pardon, le trip plut$ot.
On m'en sort peu de temps après pour l’interrogatoire, alors le plan c'est qu'on m'accuse d'avoir tiré une débouloneuse et un autre outil avec un nom tout aussi barbare au magasin de bricolage professionnel de ce joyeux bourg où je réside, photo à l’appuie, et là je me marre franchement.

- Putain sur la photo là ça pourrait être Charlie Chaplin, on verrais même pas la canne, en plus hier après midi vers l'heure où vous m'accusez de vol j'étais en train de m'engueuler avec ma copine et vous êtes au courant puisque vous êtes passés lui dire que c'était dangereux de balancer les aspirateurs par la fenêtre, et qu'elle allait finir par tuer quelqu'un avec ses conneries, enfin moi je dis ça je dis rien, demandez à l'opj et à l'équipe d'hier.

Visiblement, vu le soupire, là je la gonfle pour de bon, mais je l'ai coincé. Je me remet à rigoler de sa tête tordue aux couleurs bizarres.

- Bon, je vais vérifier, mais de toute façon on vous passe au tapissage.

Elle ne me tutoie plus, un point pour moi. Ils sont vachement au courant les bleus en tout cas.
On me refout en cellule, j'hallucine toujours autant, je m'étonne de ma maîtrise du sujet. Même si mes fous rires sont difficilement contrôlables.
On me ressort pour me montrer à ce que j'imagine être la responsable du dit magasin derrière une vitre sans tain, on me fait attendre dans un bureau et on me fout dehors. Ils croyaient avoir résolue l'affaire du siècle en une journée, ils sont dégoûtés. Il faut dire que pour les mettre sur ma piste, je viens d'écoper d'un rappel à la loi après avoir piqué un paquet de fromage râpé il y à deux semaines. De la à faire de moi le spécialiste du vol à l'étalage qui braque pour deux milles euros de matériel de bricolage en passant tranquille par la porte de sortie client (n'empêche, respect le mec moi je dis), voilà un raccourcis que les pandores et leur logique gendarmesque à la mort moi le nœud ont pris dans la plus grande allégresse.
Bon, conclusion, les aspirateurs chez Ingrid ont leurs a trouvé une autre utilité que celle pour laquelle ils ont été conçut, celle d'alibi en béton.

Au fait, il reste de la kétamine et du lsd non ? Ha oui, et puis j'avais pas envie de me faire sucer moi au fait ?

= commentaires =

Cerumen


    le 14/08/2021 à 23:16:06
Excellente chute.

Par contre, la caféine, c'est un peu violent comme truc...
Un Dégueulis


Pute : -11
    le 15/08/2021 à 00:35:01
Vous avez purgé tous les textes en attente, du coup je ne sais plus quoi commenter. Ni quoi lire.

Au secours.
Cerumen


    le 15/08/2021 à 01:52:09
Un Dégueulis : accroche toi au pinceau.
Dourak Smerdiakov


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Pute : +0.66
    le 15/08/2021 à 08:06:52
Un Dégueulis, ta logique m'échappe, et ça me rassure. Vu que tu ne peux ni lire ni commenter les textes en attente, mais que tu peux le faire une fois qu'ils sont publiés, ça fait juste 3422 au lieu de 3418 articles à ta disposition sur la Zone pour être lus ou commentés.
Fosard


    le 15/08/2021 à 12:31:58
Ce texte est une tranche de vie, dommage que l'émission strip tease n'est pas fait ce genre de reportage à l'époque, toxico-world c'est aussi bien glauque aussi, les bagarres entre camés en teuf j'en ai vu. Et se faire emmerder pour une casserole parce que le mec veut baser sa came ou je ne sais quoi. Je me suis fais ramasser à un concert des Wailers, la gendarmerie ressemblait à un foyer des jeunes, le préfet était venu se faire mousser, tout le monde l'a hué et insulter quand il a commencé à nous faire la morale, ahaha
Un Dégueulis


Pute : -11
    le 15/08/2021 à 12:40:38
"Pute de vérole" : tu la connais d'où la Pute Vérolée, Pute Au Visage Troué ? Non parce qu'elle m'a dit qu'elle avait arrêté depuis qu'on a commencé à se fréquenter.

Ce texte m'a donné envie de me recoucher.

Dourak, oui mais je me fais un point d'honneur à commenter tous les nouveaux textes publiés histoire de me faire de nouveaux amis. Les vieux textes on sait pas où sont leurs auteurs pour la plupart.

Bordel y m'a punché sévère ce texte pour de vrai, j'vais m'recoucher.
jojo lasticot
    le 19/08/2021 à 17:04:52
Ben la pute vérolé si tu veux pas qu'elle recommence faut pas te recoucher, fière d'avoir punché dégeulis tiens, bon, je vais peut être pas faire le malin en tant que petit nouveau, sur oniris il parait qu'ils corrigent les fautes d'orthographes... Où je vais peut être demander à ma mère de me relire...
Non sérieux j'essaye de faire des efforts avec l'orthographe, mais en prison y avait que les polonais qui avait droit au cours de français. C'est quand même mal foutue la France, ou pas, je m'en vais écrire sur les cures de désintox tiens, là où on bientraite les toxicos.

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