LA ZONE -

À Guernica

Le 26/04/2022
par LePouilleux
[illustration] Le ciel est bleu, les rues presque vides. Je mouline sans effort, le vent me bat les oreilles. Sur ma droite, en bord de route, au milieu de quelques bouquets et bougies, la photo sous plastique délavée d'un adolescent maigrichon et boutonneux de mon âge. « À la mémoire de Bruce, à jamais dans nos cœurs ». Bruce s'est plombé les ailes en escaladant un transformateur électrique. Il émane de sa photo une sorte de gentillesse et de fragilité qui le rendent immédiatement attachant. À force de passer devant Bruce, un genre de connivence s'est établie entre moi et ce « petit ange parti trop tôt ».
Un ange. Souvenirs de ma 4ème. Ma première petite-amie est une Gabonaise qui cartonne en cours et qui deviendra dans quelques années, sans doute, une brillante avocate. Tout ce qu'on peut dire c'est que je ne lui ai pas dit non. Et par la force des choses je suis devenu son « petit-ange blond ». Un mec pâle, timoré, cantonné au fond de la classe. Et bien plus qu'un petit-ami, le seul ami de cette jeune-fille exilée, bien trop mature pour son âge.

- « T'es un ange, un être de lumière. T'es vraiment le mec le plus gentil de la Terre ! »

Oui, gentil. Le problème c'est que « gentil » n'est pas exactement un compliment au collège. Un autre mot pour « gentil » pourrait être « victime » dans cette étape de la vie où le conformisme et la violence latente offrent un visage concret au fascisme scolaire. Et d'ailleurs, je reçois un taquet dans la tête par une bande de petits singes qui s'égaillent en criant lorsque je me retourne. Penaud, je n'éprouve ni colère ni peur face à cette agression gratuite.

- « Ah ouais. Peut-être un peu trop gentil. Tu viens de te faire taper par des 6èmes quoi ! » Constate celle qui me larguera quelques jours avant les grandes vacances et partira l'année suivante dans un collège mieux famé.


    
Alors que je roule sur la chaussée la plus spacieuse de toute la ville, une petite vieille me fait de grands signes tentant de me barrer le chemin.

- « Et alors ? Il y a une piste cyclable de l'autre côté de la rue. Il y en a qui payent des impôts pour que vous rouliez dessus ! Petit con ! »

Je regarde le ciel. Il est toujours bleu. Les bruits habituels de la ville battent leur plein : marteaux-piqueurs, klaxons, rap sous vocoder. Le collège apparaît au loin, pimpant comme un sou neuf sous ce soleil qui tient décidément toutes ses promesses. Une très belle journée en perspective.




- « Tu as une attitude de jugement envers les adultes. Dirais-tu que tu es aussi dur envers toi-même ? »

Son regard est froid. Elle met une distance d'un kilomètre entre nous deux. Mais ce n'est pas de la crainte ou quoique ce soit qui est rapport avec la peur. Juste le professionnalisme d'une psychiatre chargée de disséquer les méandres de mon âme torturée. Il a suffit d'un caillou gros comme un palet de hockey pour abattre Alexandre Quichon. En pleine tempe. À ce qu'il paraît c'est comme ça que mon grand-père chassait le lièvre, enfant. Le sol de la cours était lisse comme un miroir à cause de la pluie tombée. Le jeu consistait à envoyer des galets sur la surface humide pour faire des ricochets. Les cailloux volaient dans la cours de l'école, rendue vide à cause du temps de merde. Pour la simple raison que c'était un gamin bizarre, Alexandre Quichon déboula en courant au milieu de tout ça, criant : « Je suis liiiiiiiiiiibre ». À ce moment là, mon galet en était à son premier rebond, le plus puissant. Il ne fit jamais le deuxième puisque la tête de ce demeuré se trouvait en pleine trajectoire.

- « C'est pas moi qui devrait être là. Je suis un gars normal. C'était un accident. » Je dis ça en me tordant les mains, remarque que la psychiatre les observe, que ses yeux attrapent les moindres détails de ma posture pour, sans doute, en tirer des conclusion obscures.
- « Encore une fois, je suis là pour t'aider... »    

Elle tourne une feuille de notes d'où surgit des sortes de hiéroglyphes. La peau en haut de sa poitrine a une couleur mate, une belle couleur de bronze chaleureuse qui tranche avec ses cheveux blonds et ses yeux froids. De son corps émane une odeur de miel - ou de quelque chose de sucré - et une note florale que je suis incapable d’identifier précisément. À cause de la chaleur, elle a relevé se robe au-dessus des genoux. Cela je le vois clairement sous le bureau. La psy pointe avec son doigt quelque chose qu'elle lit en silence, pour elle, penchée sur les feuillets. Je distingue le début de ses seins par-dessous le léger décolleté. C'est la première fois que je suis attiré par une femme de cet âge. J'ai un début d'érection qui m'oblige à croiser les jambes.

- « Tes professeurs te décrivent comme quelqu'un de très réservé. Plutôt en retrait de la vie sociale et collective de la classe. Tu sembles - comment dire ? - ailleurs.»
- « Je suis vraiment, vraiment, normal... » dis-je en essayant de détourner le regard, alors qu'elle coince une main entre ses deux jambes.

Elle a des mèches collées sur le front à cause de la moiteur ambiante. Ses cheveux sont légèrement ébouriffés, elle ne cesse de les remuer, de les passer d'un côté ou de l'autre de sa nuque. Elle a de petites rides aux coins de ses yeux. Dans mes délires de puceau, j'imagine que c'est à ça qu'elle doit ressembler après avoir fait l'amour. Rapidement elle capte mon regard qui la dévore discrètement, qui la rend de toute évidence mal à l'aise. Elle rabaisse sa robe jusqu'aux mollets, se redresse dans une posture moins décontractée. Mon regard part loin, très loin de la scène de crime.

- « Il faut bien que tu comprennes que je vais rendre un rapport sur ton profil psychiatrique au juge pour enfant. On a besoin d'avoir une relation de confiance pour, aussi, entendre ta version des faits, ton ressenti. Tu as un profil qui peut inquiéter le juge. Le corps professoral est hostile à ton retour, mais la loi l'oblige à se plier aux décisions de justice. La famille ne retirera pas sa plainte tant qu'elle n'aura pas certains éléments de réponses te concernant. Il s'agit de ton avenir scolaire ! »

Au sortir de la séance, lessivé, je sors une clope de ma poche, la grille, m'imagine dans une sorte de délire nihiliste venir au collège armé d'une carabine pour donner raison à tout ces adultes qui me trouvent tordu.

- « Hé toi ! Tu fumes à ton âge ? » Un cinquantenaire me fixe d'un œil sceptique, comme s'il n'en croyait pas ses yeux. Je l'ai senti ralentir à mon niveau, j'avais déjà deviné son envie de m'emmerder.
- « J'ai quinze ans, putain... » je réponds entre me dents, en essayant d'atténuer la note agressive en fin de phrase.
- « Ouais. C'est ça. Fous-toi de ma gueule. » Pendant une seconde j'ai l'impression qu'il va me tabasser mais, au lieu de ça, il lâche un « Petit con va », et se barre au loin.



Un camion fou déboule sur ma droite sans me voir, m'arrachant à mes rêveries. Je suis obligé de piler pour ne pas me prendre quinze tonnes de bardage de fer dans les dents. La voiture derrière moi klaxonne comme pour me dire de disparaître de la surface de la Terre. Un vieux qui a tout vu me crie quelque chose que je ne comprends pas tout à fait mais ça ressemble à «'hi 'hon ». Le ciel est bleu, mais l'air est saturé par les gaz du camion. Des voitures arrivent de toute part. L'heure de pointe se rapproche. L'heure durant laquelle la ville se transforme en arène brûlante du tous contre tous. J'accélère un peu la cadence.



- « Le problème, c'est que je savais pas trop à qui en parler. J'ai eu l'impression que c'était un truc normal. Alors que non, pas du tout. »

Nous sommes assis à l'arrière d'un gymnase délabré, partageant une clope dans une sorte de no man's land pour jeunesse en déliquescence.

- « J'avais confiance en Nelson, c'était mon copain. Je pensais vraiment qu'il m'aimait, même s'il était parfois chelou... Pour ma première fois, j'ai vraiment tout fait, en pensant que c'était normal. »

Je regarde Jennifer me raconter son histoire. Ses joues se sont énormément creusées depuis six mois qu'elle ne met plus les pieds au collège. Elle fait partie de ces filles qui ont grandit trop vite. Le cliché de la bimbo un peu embarrassée par sa poitrine qui tend tout ce qu'elle peut bien mettre dessus. Et aujourd'hui, elle a mit un énorme sweat-shirt à capuche sensé recouvrir son corps comme une burqa, dont elle ne cesse de torturer les manches. On vient de se croiser au centre commercial. Je suis exclus du collège jusqu'à ce que le juge pour enfant rende sa décision. Accident ou non. Nous sommes en quelque sorte les deux « disparus » du collège. Et, satisfaits de faire partis du troupeau restreint des enfants libres de l'école, nous passons l'après-midi ensemble. Cette histoire qu'elle me raconte, à vrai dire elle ne me la raconte pas tout à fait dans les détails, je la connais déjà de manière indirecte.

- « J'en ai parlé à Madame Broutenet, mais elle m'a envoyé chier. Je savais pas comment lui dire que tout les gars de la classe m'ont fait des choses. Et que je m'en souviens plus. J'ai trop honte. Elle m'a juste dit que c'était un problème entre Nelson et moi, qu'il fallait que je le quitte. »

Elle tire une longue latte, son maquillage dégouline un peu à cause de la chaleur. Cependant, elle ne pleure pas. Elle a simplement l'air extrêmement fatiguée.

- « A ce qu'il paraît il y a des photos, mais j'ose pas me connecter à Cielblog pour les retrouver. »



Je sais qu'elle corrige ses copies dans une petite salle au rez-de-chaussé remplie de plantes vertes. Il y a des barreaux aux fenêtres pour éviter aux petits garnements de venir saccager le bureau des professeurs. Il m'a été facile de planquer deux bidons d'essence dans les buissons du no man's land du gymnase pourri juste à côté. Je largue mon vélo par terre pour les récupérer. Entre dans le collège. Un homme de ménage me demande ce que je fous encore dans l'établissement à cette heure. Je lui rétorque que je ramène des pots de peinture pour la fresque « Solidarité avec l'Afrique » de madame Broutenet. Cela a l'air de le contenter, même si je sens que lui aussi se retient de me traiter de « petit con ».



Au sortir d'un cours de sport, dernier cours de la semaine, on a pour habitude de squatter le terrain de basket. Les gars de la classe ont réussit, on ne sait comment, à ramener une bouteille de vodka. Et le but, c'est de faire boire Jennifer « pour rigoler ». Elle est d'accord car elle voudrait essayer de se prendre sa première cuite, selon son petit-ami Nelson. Tout les garçons de la classe, boostés par leurs hormones en pleine effervescence veulent se taper Jennifer. Une fille assez naïve, comme tout le monde le sait, trop « gentille ». Sentant l'entourloupe arriver je me défile, part loin, sans imaginer dans quelle merde noire va se retrouver Jenny. Ils la font boire, sans trop la forcer, parce que son mec, Nelson, est capable de lui faire gober tout ce qu'elle veut bien entendre. And then, tout se retrouve sur un blog dédié à « Jenny La Cochonne ». Oui, cet enculé a balancé ses photos, les a effacé, pour les remettre encore à une adresse différente à chaque fois. Et ces photos circulent dans tout le collège sans que les adultes ne s'en soucient le moins du monde. Parce que Jennifer, quatorze ans, a l'air d'en avoir quatre de plus et que c'est normal que cela arrive à une fille comme elle qui attire toute la libido des individus de sexe masculin autour d'elle. J'ai aussi vu ces photos, cédant à une curiosité malsaine. Dans mon portable j'ai une conversation avec une amie concernant cette affaire qui donne ça :

-Coucou Camille. Toi aussi t'as vu les photos ? Ca craint pour Jenny. Tu crois pas qu'on devrait prévenir les profs ?
-Bah t'façon c'est une grosse pute. Tt le monde le sait.
-Mais tu penses qu'elle était d'accord pour tout ce qui lui ont fait ??
-T'as vu comme elle sourit sur les photos. En plus Nelson y disait qu'elle faisait que dire aller vas-y continuer je vais jouir !!! Il est trop dégouté que sa meuf c'est une biatch com ça mdr !
-Mais elle était pas dans son état normal !
-Vas-y tu veux faire quoi t'façon c'est fini maintenant elle reviendra jamais au collège elle s'est trop affiché toute seule !



Il règne un calme apaisant dans ce collège vidé de ses élèves. C'est la première fois que je ne ressens pas l'aspect concentrationnaire peser sur le lieu. J'entends le glou-glou du liquide inflammable qui gigote de chaque côté de mes bras maigres. Aujourd'hui est une très sainte journée où la justice immanente va enfin pouvoir s'exprimer.


    
Sur la plupart des photos, il y a la tête de Loris Broutenet. Le fils de notre professeure principale, Madame Broutenet. Une espèce de golden boy adolescent à qui tout réussit. Le genre de mec irréprochable qui à la côte auprès des filles et des profs. Au milieu de ce rite orgiaque non-consenti, son visage se détache particulièrement. Et même si je ne suis qu'un ado de seconde zone, relégué au bas-fond des relations sociales dans le collège, je comprends sans difficulté la compromission de notre professeure principale auto-revendiquée « prof humaniste » dans cette affaire. Il y a par exemple cette photo où le petit enfant chéri tient la bouteille de vodka en pointant le goulot vers les jambes écartées de Jenny, le regard vaseux. Et la photo suivante, sur laquelle la bouteille est... bref.



Le soleil tape contre les vitres immaculées des couloirs. Tout semble si propre dans ce collège pourri. Mais en regardant bien on voit le vernis qui part sur le rebord des fenêtres. Et ces toiles d'araignées au plafond, ces traces noires sur les murs lorsqu'on s'en rapproche. Des choses sales, qui tendent vers la dégradation lorsqu'on ose les regarder telles qu'elles sont.




- « Je suis contente de t'avoir croisé. Parce que je sais que toi, t'es un mec gentil. Tu les a pas suivi dans leur délire. » Me dit Jenny, en collant son épaule contre la mienne.

J'inspire comme pour ramener le fil de mes pensées vers quelque chose de plus concret. Je sens un truc monter au plus profond de moi, quelque chose de plus mûre, de plus réfléchi que mes rêveries adolescentes : une sourde colère, comme une eau à haute pression qui viendrait emporter les dernières traces de mon innocence en même temps que celle de Jenny.

- « Le problème c'est que plus on grandit, plus j'ai l'impression de me rendre compte à quel point ceux qui devaient nous protéger sont incapables de le faire. On va devenir des adultes bientôt, mais est-ce qu'on sera aussi nuls que ceux qui nous entourent ? Ça me fait flipper d'être aussi lâche et hypocrite qu'une Madame Broutenet. » Je ne sais pas trop comment terminer cette mini-diatribe que j'essaye de rendre éloquente, alors je rajoute un peu par hasard : « Tout ça a des conséquences sur le bonheur général. »



Je ralentis le pas. Une porte vert pomme me fait face. Je pose délicatement les deux bidons d'essence comme s'il s'agissait de bombes à retardement. Je colle mon oreille contre la surface lisse, pour entendre le bruit d'un stylo bille qui écrit, rature, barre, sur des devoirs d'élèves. J'approche les bidons d'essence. Les débouchent tout doucement. Si elle m'entend maintenant, mon plan aura complètement foiré.



Le juge pour enfant a émit un avis favorable à ma réintégration au sein du collège. Il a conclut à un accident concernant le jet de pierre sur la tempe d'Alexandre Quichon. C'est mon deuxième jour de classe et je croise Loris dans la cours de récréation. Il porte des vêtements de skater américain. Ses épaules ont gagné plusieurs centimètres de largeur depuis le début de l'année scolaire et on devine quel genre d'homme bien bâti il deviendra plus tard. Nous avons le même âge mais j'ai l'air d'un enfant à côté de lui.

- « Loris, je peux te parler d'un truc vite fait ? »
- « Dégage le psychopathe, » dit-il en faisant sauter ma casquette, « j'parle pas avec un assassin. »
- « T'es pas en prison ? C'est bizarre, non ? Pourtant il est toujours dans le coma Alexandre. » Nelson Sanchez s'approche de moi comme pour mieux voir mon visage. Le reste des gars de la classe m'entoure alors qu'on m'évite depuis que je suis revenu. Un flot de questions se déverse sur moi à présent.
- « Hum... non je suis allé le voir à l'hôpital, il va mieux. », je mens bien sûr, « Et de toute façon le juge a dit que c'était un accident. » Je ne sais pas si mon statut de potentiel assassin fait de moi un paria ou quelqu'un de cool. Dans le doute je décide de m'éclipser dans le préau. « Bon, je dois y aller en fait. À plus. »



Je dois faire les choses rapidement. Le bruit du liquide inflammable versé contre la porte pourrait éveiller les soupçons de la prof, elle pourrait remarquer une flaque qui s'écoule de dessous la porte. Je verse à peine la totalité du premier bidon. Gratte une première allumette que je finis par casser et qui tombe par terre. En gratte une deuxième qui finit par s'enflammer enfin. La jette par terre, sur le liquide quasi-invisible. Et m'écarte vivement pour éviter les flammes qui courent très rapidement tout le long de la porte et sur le seuil.



Il y a une énorme copie de Guernica qui prend tout le tableau. La plupart des gens dans la classe semblent s'en branler complètement. Moi, cette image me fascine. Un grand cheval au corps tordu par la douleur et la peur, des corps éparpillés de partout, des flammes léchant des bâtiments en ruine. J'imagine le bruit des bombes, des sirènes et des cris. Cette capacité a représenter la mort et la violence relève du génie. D'un art total. C'est le Mal à l'état pur, là, sous nos yeux. Ça ressemble presque à la guerre en Irak qui passe en boucle à la télé en ce moment.

‒ « L'art a aussi une valeur de symbole. Une manière de faire passer un message fort. Ici, Picasso montre au monde les horreurs commises par les régimes totalitaires sur les populations civiles. Mais pour nous, quel rôle peut avoir ce tableau plus de cinquante ans après les faits ? Oui, Camille ? »
‒ « Heu... de pas refaire la même chose ? »
‒ « Oui, tout à fait ! Le but de la mémoire, c'est de ne pas oublier ce qu'il s'est passé, afin de ne pas commettre les même erreurs, ou plutôt horreurs, que nos prédécesseurs. Est-ce que c'est bien clair pour tout le monde ? » Demande madame Broutenet, en me lançant un regard que j'interprète aussitôt comme une menace.



Je balance l'essence du deuxième bidon un peu partout dans le collège. Je me suis dis qu'en faisant plusieurs foyers de départ de feu j'aurais l'occasion de faire brûler tout l'établissement. Je sais que madame Broutenet est quasi-foutue mais ça me ferait chier de faire les choses qu'à moitié tant les pompiers sont efficaces dans ce pays.



À la sortie des cours je croise Loris qui attend que sa mère sorte du collège pour le ramener chez eux, son sac posé à ses pieds comme une bouée de signalisation. Nous sommes seuls car la plupart des bus scolaires sont déjà partis depuis un moment. Il évite mon regard quand je m'approche de lui. Comme s'il avait tout de même un peu peur de moi, ce qui n'est pas sans me déplaire. Je lui demande tout de go :

‒ « Est-ce que ta mère t'as parlé de Jenny ? »
‒ « Vas-y lâche-moi. J'ai pas que ça à faire de parler avec un triso comme toi. » Il semble plus nerveux que d'habitude. Ça me donne envie d'appuyer encore plus là où ça fait mal.
‒ « Faudrait que vous arrêtiez de mettre les photos de partout sur internet. C'est vraiment pas cool. Si j'arrive à mettre la main dessus, il se peut bien que ce soit à quelqu'un d'autre que ta mère que j'aille les montrer. Vu qu'elle a l'air de te protéger déjà. »

Là, il s'énerve carrément. Me fout une espèce de coup de poing dans la bouche. Ce qui m'éclate la lèvre contre les dents. Puis il me prend par le col du t-shirt pour me soulever, m'étranglant à moitié.

‒ « Si tu fais ça, il y a tout le collège qui va venir te péter la gueule. »

Je réussis à me dégager, le pousse de toutes mes forces. Il bouge à peine. Au lieu de riposter, il regarde quelque chose derrière moi. J'en profite pour le pousser une nouvelle fois. Cette fois il se prend les pieds dans son sac, tombe en arrière et se cogne la tête contre un pilier en pierre, juste derrière lui. Du sang coule de son oreille. J'ai envie de continuer à la faire saigner, de...

‒ « Mais qu'est-ce que tu fais à Loris ? Qu'est-ce qui vas pas dans ta tête ? »

Madame Broutenet se précipite sur son fils, lui entoure la tête de ses bras, comme pour le protéger du monstre que je suis. Tournant un regard de haine vers moi :

‒ « Cette fois ça se réglera pas par des séances psy'. Tu vas directement aller voir les flics. Tu ne peux pas agresser les gens comme ça. Espèce de petit con ! »




Le collège flambe. Je le vois très bien du haut de la colline. Des nuages noirs montent vers le ciel. Cela fait un très beau tableau digne d'un Guernica de Picasso. Les sirènes de pompiers fracassent l'air. Je vois le monde des adultes tomber en lambeaux de poussière et de cendre. Tout cramer, quelle belle solution pour nettoyer toute la merde qui coule autour de nous.

Je m'allume une clope et part loin, très loin de tout ça.

= commentaires =

Clacker


Pute : -1
    le 26/04/2022 à 22:13:09
Un texte bien exécuté. Lecture fluide (CMB), j'ai eu parfois l'impression de visionner un film en 4D, vous savez, les sièges qui bougent et les sprays dans la gueule, et les odeurs, en l'occurrence celles du vestiaire des garçons où ça sent du slip.

Tu peux l'avouer, maintenant, que t'es le fils de Salinger.
Lapinchien


tw
Pute : +1
    le 26/04/2022 à 22:40:42
ça m'a rappelé un épisode de South Park en moins drôle mais après tout, tout n'est pas drôle dans la vie. Mais par exemple, le gamin qui crame en escaladant un transfo électrique, lui glisser un petit "c'est pas Versailles ici!" avant ça mange pas de pain et c'est tout de suite plus joyeux. Enfin je dis ça, je dis rien. Qui n'a pas rêvé de cramer son bahut ?
Cerumen


    le 27/04/2022 à 09:01:28
Un texte excellent.

Ce qui me pose un problème : on m'encourage à participer à la St Con, mais pour le moment, Clacker et LePouilleux placent la barre très haut. Donc je me demande à quoi bon participer si c'est pour écrire un texte qui sera vraiment merdique et pas franchement zonard, et qui ne sera pas plébiscité. C'est comme pisser dans un violon. Merde, vous êtes tous pros ici ou quoi ?
Lapinchien


tw
Pute : +1
    le 27/04/2022 à 11:56:04
Le choix de Guernica est à gerber quand on sait que Picasso était un salaud sans bornes et détruisait psychologiquement tous ses proches.
Fosard


    le 27/04/2022 à 21:07:19
C'est très bien écrit, c'est sombre et l'ambiance bien merdique violente de l'adolescence.

On s'en rappelle des petites bandes de cons sans cervelles qui s'entraînaient a faire de la merde ensemble au collège.
Lunatik-


Pute : -0.5
    le 01/05/2022 à 22:50:53
L’histoire n'est pas follement originale, mais ça se laisse lire.

Par contre, côté style, syntaxe, conjugaison et tout le bordel, ça pêche pas mal (« au sortir de » deux fois de suite, et suivi de « je sors de », sans parler du « À la sortie des cours je croise Loris qui attend que sa mère sorte », ça pique les yeux. Idem avec le verbe faire, quatre fois en deux lignes : « en faisant plusieurs foyers de départ de feu j'aurais l'occasion de faire brûler tout l'établissement. Je sais que madame Broutenet est quasi-foutue mais ça me ferait chier de faire les choses.» Et autres joyeusetés du même tonneau)
Ça aurait mérité une bonne vraie relecture pour rendre un truc un peu propre et abouti.

Néanmoins, le plus gênant, c’est une mauvaise gestion des flashbacks qui rend la lecture chaotique, notamment (mais pas seulement) quand il est question de Jenny et de la soirée Vodka-gangbang.

Le passage le plus réussi, selon moi : celui de l’entretien psy.
Lunatik-


Pute : -0.5
    le 01/05/2022 à 23:12:07
Puis j'aurais bien aimé en savoir plus sur ce crétin de Bruce. Il avait l'air d'un joyeux drille, qui savait comment s'amuser.
Un Dégueulis


Pute : chiquée pas chère
    le 02/05/2022 à 03:59:08
Je rejoins Lunatik pour la gestion des flashbacks. La narration non linéaire, c'est casse-gueule, et ici on s'y perd un peu.

L'histoire est crasse et triste, j'ai lu en écoutant la bande son de Requiem For A Dream et maintenant je suis tout déprimé.

Ça m'a rappelé mes années collège, quand je passais mes après-midis solitaires à disséquer les pigeons tués par les chats du proviseur en me cachant derrière le local poubelle.

Et la conseillère d'orientation qui me disait "Geulis, si tu continues sur cette voie tu vas te retrouver à trier des colis dans un entrepôt".

Ah là là.

Un détail me dérange beaucoup dans ce texte : le narrateur ne dit jamais ce qu'il advient de la bouteille de vodka. Oubli ? NOUS VOULONS DES RÉPONSES !
Dourak Smerdiakov


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Pute : +0.66
    le 03/05/2022 à 20:40:59
Le mépris des conseillères d'orientation pour certaines professions, c'est hallucinant.

Je ne sais pas pourquoi, le titre de ce texte me fait penser à formica et me dissuade de le lire. Pourtant, j'aime bien l'harmonica. Étrange.

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