LA ZONE -

Le Noël de Lovecraft

Le 14/03/2024
par HaiKulysse
[illustration] Même les ombres en cercle autour de nous avaient des dreadlocks et je pensais que leur mort soudaine et violente ne s’arrêtait pas à l’endroit où on les avait retrouvés ; des squats hideux qui contrastaient avec la douceur ouatée et artificielle des fêtes de fin d’année… Là, ils s’abrutissaient avec des packs de bières et de l’alcool bon marché et nous leur rendions souvent visite pour les approvisionner en substances tout aussi illicites que psychédéliques…
La première fois que j’étais venu les ravitailler, ils squattaient et hantaient les profondeurs, l’obscurité d’un tunnel menant à un ancien parking de supermarché où des caddies et des chariots à l’abandon s’envasaient dans une boue malsaine…
C’était un lundi, soit trois semaines avant le gong de Noël, et les artères de cette ville n’étaient peuplées inhabituellement que de junkies cherchant leur drogue… Pas de shopping donc pour trouver le cadeau idéal et je me disais que l’invasion de ces cloportes géants se mêlant à toutes ces personnes paumées ne les divertissait même pas et ne serait pour eux qu’un sujet de discussion à éviter pendant qu’ils découperaient la dinde, ces gens tout au moins conformistes vivant reclus depuis l’apparition de tous ces phénomènes étranges.
Les ombres en cercle avaient tous un flagelle lumineux ou translucide au-dessus de leur tête, à la place des auréoles qu’on pouvait classiquement observer parmi les saints… Ils restaient pour l’instant immobiles… on s’était retrouvé piégé au moment où, dans ce grand hangar désaffecté, nous respections une minute de silence en mémoire d’un aveugle bienheureux ayant fait partie de notre petit groupe de dealer ; Orion, avant de calancher, nous avait prédit qu’une sorte d’apocalypse allait tout enténébrer avant la Saint-Sylvestre.
La lumière de leur monde artificiel, pendant que des nuages menaçants se déplaçaient dans leur direction, avait été définitivement éteinte, et je reste encore persuadé aujourd’hui qu’ils se seraient battu ou entretué pour rien d’autre qu’un kil de rouge le 24 décembre au soir, si ce lugubre rationnement envisagé par la mairie et les services sociaux avait été mis en place, ainsi que la distribution de guirlandes, et autres décorations de Noël me rappelant qu’on était pas loin du kolkhoz… et du goulag que notre médium de chef avait anticipé bien avant qu’ils se rendent compte que l’aura d’un Noël gâché et le poids d’un obscurantisme asphyxiant s’épaississent autant…

Quelques semaines auparavant, avant que tous les ados et les enfants disparus deviennent ces ombres hantant les égouts et les souterrains de la cité, un soir tombant pendant de nombreuses overdoses dans toute la ville, Orion était en train de me prodiguer des soins ; des moisissures autour de mon œil droit l’avaient rendu complétement blanc puis l’œil gauche quelques heures plus tard devint lui-aussi infirme, et cette pourriture que j’avais chopé dans ces endroits sales et nauséabonds où je vendais ma came, l’avait contaminé mais lui ne semblait pas s’en préoccuper, ou tout au moins ça ne semblait pas l’affecter en apparence ; en apparence car Orion cachait bien son jeu et son mal-être, d’autant plus douloureux que les fêtes approchaient, notre leader avait bel et bien pressenti notre chute, mais à ce moment là, il ne s’était pas douté une seconde que notre regretté Orion se suiciderait, préférant de loin une pendaison loin du monde plutôt que le caricatural, ridicule, et vraiment incertain empoisonnement par médicaments…
Les ombres qui avaient catalysé tous ces événements funestes, nous encerclaient et je savais qu’un mal sataniste (à vous faire boire le sang menstruel d’une laie malade) se lovait en eux.
Et même leur offrande aussi inutile qu’incongrue (des canettes de bières presque vides laissées sur un dépotoir de transistors crachant du son bien grunge en guise d’autel) n’avait pas conquis les dieux, même les plus louches, n’ayant que faire de leur problème.

Mais aujourd’hui je le sais, leur longue et latente hibernation jusqu’au prochain Noël purgera les âmes sales et surchauffées et démontrera leur hypocrisie en enlaidissant leurs sourires de cercueil et je suis aussi convaincu que si le Père Noël - s’il existe - n’est qu’une ordure… celui qui chuchote dans le noir, à en fourguer et à en revendre des damnations éternelles !

= commentaires =

Cerumen

Pute : -8
    le 14/03/2024 à 17:20:49
Ça caille tous les jours par ici !
Lapinchien

tw
Pute : 3
à mort
    le 14/03/2024 à 17:34:32
ça couille, ça couille tous les jours par ici !
Lapinchien

tw
Pute : 3
à mort
    le 16/03/2024 à 13:33:22
Perso, j'aime bien le style et ce que ça raconte. C'est moins crypto-littéraire que d'habitude.
Clacker

Pute : -5
    le 25/03/2024 à 20:05:32
Bon, déjà, la première phrase me pose problème.

"Même les ombres en cercle autour de nous avaient des dreadlocks et je pensais que leur mort soudaine et violente ne s’arrêtait pas à l’endroit où on les avait retrouvés"

Les morts qui ne s'arrêtent pas à un endroit (?) où on les retrouve ? Qu'est-ce qu'on retrouve, les ombres, les dreadlocks ?

J'imagine que l'idée, c'est de parler des individus plus tard, en l'occurrence les junkies, mais le sujet des premières phrases arrive putain de bordel super loin.

Bon, licence poétique, admettons.

Après, effectivement, ça se laisse lire, même si ça manque vachement de substance et d'action. Il se passe des trucs, hein, mais on a toujours l'impression que ça vient de nulle part, que ce n'est jamais justifié ou un peu développé, on est dans le brouillard (voulu, j'imagine, mais frustrant, parce que l'univers est chouette).

Et il manque quelque chose à la dernière phrase. La syntaxe est cassée, je crois (ou bien c'est mon cerveau).

J'aime le parallèle (formulaire L.N.K.) entre le Papa Noël et les dealers.
HaiKulysse

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Pute : 2
Pour les campeurs Noel c’est dur !    le 10/04/2024 à 15:21:34
Merci pour votre passage et loin de moi de dire que j’ai le talent de Clacker mais je vais rentrer chez moi après être resté au bar comme un Bukowski me faire un café bien fort et bosser sur mes deux dernières nouvelles inspirées de l’univers de Clacker…
Voilà on a le passe temps qu’on mérite.

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