LA ZONE -

Premier Baiser

Le 26/01/2026
par Etienne Braud
[illustration] Ce texte est extrait du roman inédit Un Sang Epais

Il fait partie de la zone parafoutrale.
La chambre d'une adolescente avec les pos­ters suspendus d'une époque révolue, les robes co­quettes accrochées aux penderies, le disque des Vel­vet Underground qui tourne, les rideaux fermés tra­versés par un soleil doux de l'après-midi frais des cours séchés et des responsabilités ignorées, une odeur de vanille mêlée à celle d'un cendrier froid.

J'ai seize ans. Ma première expérience sexuelle. Mon premier contact corporel avec une nana. Elle est très mignonne avec sa coupe sauvageonne, son regard noir et ses lèvres pulpeuses. La vraie petite pin-up qui survole le monde du haut de ses quinze ans et fume ses premières cigarettes. On est dans cette pé­riode floue, cette première année de consommation régulière de cannabis et les expériences d'ecstasy qui se comptent alors sur les doigts de la main. C'en est une. Un Marlboro bleu et un Rolex blanc, gobés dans la complicité et la beauté de l'interdit bravé, puis le premier baiser, les roulades sur son lit et les étreintes passionnées alors qu'on se déshabille dans l'urgence... Le flou, encore.

L'intensité et surtout le mental qui roule à dix-mille à l'heure... Les battements de mon propre cœur, as­sourdissants, les lèvres gorgées de sang... Les ques­tions déjantées sur la suite de la relation ou des évé­nements et le rappel incessant de profiter de l'ins­tant, du moment présent. Mais ce mental toujours là, dans le fond, qui fait le point sur ma vie: les copains, le lycée, les amours...

Le goût âcre du baiser électrique et puis l'arrivée des visions: une femme violée, enfin je ne sais pas, tout du moins violentée, les ombres cagoulées, le pugilat, elle se débat énergiquement... Et mon esprit fait le reste du chemin: c'est la femme de ma vie, mais dans le pire précipice qu'elle puisse traverser, au moment où elle a le plus besoin de moi. Je l'ai vue par intui­tion, dans le feu de l'instant. Ce n'est donc pas cette jolie adolescente, si vive et sensuelle, mais déjà étrangère, que je vais m'appliquer à oublier pendant des mois de souffrance et d'obscurité, ou plutôt de couleurs qui s'effacent, malgré ma volonté de fidélité chevaleresque, celle de me vouer à un seul et unique amour.

Je ne peux pas retrouver ces visions, ni les partager, en fait, plus jamais les évoquer du tout, à cause de la noirceur brute qui les emplit, de leur intensité, leur fulgurance, et surtout par pudeur. Mais je sais que j'ai déjà perçu l'essence de cette femme à travers un avenir où je la rencontrerai et que j'ai déjà accepté de l'aimer. Comme un destin que j'ai entrevu auquel, donc, je ne peux plus échapper. Je n’ai rien appris d’elle, pas même son nom. Je ne me souviens pas de son visage, ni de son parfum. Je sais juste qu'ils m'ont séduit au sens le plus cru que la séduction peut prendre: cette femme-là, c'est ma femme fatale, mille fois plus fatale que cette midinette de quinze ans qui se prend pour Nico, me prend pour Lou Reed, et qui m'a parcouru comme un frisson cet après-midi d'hiver.

Je ne dois pas, je ne peux pas me perdre. Je le sens dans mes os. Je dois suivre mon chemin jusqu'à la rencontrer, cette femme de ma vie, qui a souffert l'humiliation et la violence, je dois la trouver, non pas pour la réparer, ou nous réparer, mais pour qu'on se transcende, par notre lien. Pas un amour de confort mais un amour pour construire. Et puis croire pouvoir être là, au bout de ces longues années d'attentes, d’oubli, le moment venu, pour empêcher le viol...

Puis le retour en bus, à côté de l'adolescente amou­reuse, qui m'a suivi. L'éveil de l'âme qui illumine tout le décor. La cigarette chez moi, avec elle qui ne comprend sûrement pas mon retrait, ou plutôt qui se retire aussi, ou même qui use de tous les stratagèmes pour me faire réagir, peut-être revenir. Je ne sais pas mais qu'importe. Quelques mois pour me séparer de tout le monde, la bande de potes, une coupe d'années pour me libérer d'elle et d'autres pour émerger de la dépression.

Et puis le brouillard et l'oubli.

C'est une sacrée baffe dans la gueule, le premier bai­ser sous ecstasy.

= commentaires =

Lapinchien

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Pute : 293
à mort
    le 25/01/2026 à 18:55:21
Au début, je n'avais pas mis ce texte dans le dossier Zone Parafoutrale mais je découvre que l'auteur le précise et je veux bien le croire même si les visions de son personnage n'ont rien de paranormales à la fin mais sont présentées comme liées à la prise d’ecstasy.
René de Cessandre

Pute : -132
    le 25/01/2026 à 18:59:26
Pas vraiment un texte Parafoutral.
Mais on comprend qu'il est déconseillé d'associer sexe et stupéfiants : cela donne des visions étranges capables de flinguer une vie par la volonté de poursuivre une image psychotique.
En tant que mise en garde, d'accord.
Sur le style, rien à dire (si ce n'est qu'au début on peut penser qu'il s'agit d'une expérience homosexuelle).
Sinon cela se lit facilement, mais est-ce Para foutral ? Une vision sous substance illicite, est-ce une expérience paranormale ?
René de Cessandre

Pute : -132
    le 25/01/2026 à 19:00:50
< LpS : Tu as répondu as mes questions par avance, car je n'avais pas encore ton commentaire ! D'accord avec toi.
René de Cessandre

Pute : -132
    le 25/01/2026 à 19:01:34
> LpC (pas LpS, évidemment)
Nino St Félix

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Pute : 133
    le 25/01/2026 à 19:03:33
J'ai trouvé ce texte plutôt plaisant, peut-être même un peu trop. Comme si en voulant (dans la première partie) nous faire ressentir l'émoi adolescent, par une surenchère d'indications sensorielles, il nous le présentait comme le cadavre d'un coléoptère derrière une vitre.

Pourtant la scène est là, les personnages aussi, mais il m'a manqué quelque chose pour qu'on soit emporté. Peut-être que la vision vient trop vite ? ou juste que comme ce texte est extrait d'un roman, il renvoie a d'autres choses importantes pour plus tard (ou avant).

La rupture finalement souffre pour moi du même souci, mais inversé cette fois (pas assez brutale, tranchante).

En résumé, j'ai le sentiment d'avoir vécu cette histoire à travers une vitre trouble. Si c'était l'objectif, c'est réussi ! Mais sans la vitre ce serait encore mieux je pense.
A.P

Pute : 114
    le 25/01/2026 à 19:14:59
Autant le début du texte m'a donné une claque de souvenir dans la tronche, autant l'arrivée de la vision est venue me faire redescendre.

L'idée est exploitée de façon maladroite et se termine avec un syndrome du sauveur qui ne s'assume pas totalement.

Le texte semble bâclé.

Dommage.
Lapinchien

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Pute : 293
à mort
    le 25/01/2026 à 19:19:40
Je trouve que le style de ce texte est bancal et que c'est lié à ses phrases longues et sinueuses qui accumulent sans transition images sensorielles, souvenirs adolescents et visions mystico-romantiques bizarres, créant une impression d'articulation émotionnelle maladroite. Sinon le passage avec le viol me met mal à l'aise car en voyant le futur et en se donnant pour mission de le changer, le narrateur se place dans une posture héroïque qui me semble abusée. Ce prétendu sauveur centre toute l’émotion sur son désir et sa quête, tout en reléguant la victime à un rôle symbolique, presque accessoire à son propre viol. La romantisation du viol est un truc dépassé mais on a pu voir ça dans le passé dans des trucs très mainstream comme "Autant en emporte le vent".
KORBUA

Pute : 22
    le 25/01/2026 à 19:32:06
yep.. tonalité intéressante.. texte vif et imagé.. mais j'ai un peu raté la transition ds paragraphe 4.. peut-être à cause de la phrase nominale qui sert d'accroche.. j'y verrais plutôt 1 phrase verbale.. pour entrer ds le jus.. et éviter ainsi tout "flottement".. mais ce n'est qu'un avis..
Nino St Félix

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Pute : 133
    le 25/01/2026 à 20:22:08
Je sais pas pourquoi mais ça me fait penser a un mélange entre Minority Report et Crazy
Édition par le commentateur : 2026-01-25 20:24:22
Lapinchien

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Pute : 293
à mort
    le 25/01/2026 à 20:55:13
Crazy ? Tu parles de la chanson de Britney Spears probablement ou d'un ersatz de Candy Crush.
Lapinchien

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Pute : 293
à mort
    le 25/01/2026 à 21:26:02
Ou Terminator 7, où Kyle Reese reçoit un flash temporel de Skynet pour empêcher qu'un T800 rebelle débarque du futur pour péter la schneck de Sarah Connor enfantant un John Connor cyborg prônant un usage modéré de ChatGPT ?
Lindsay S

Pute : 236
    le 25/01/2026 à 21:51:10
Ce texte, je l’ai détesté.
Trop long, trop lourd, trop de détails inutiles, je me suis tapée 1000 battements de cœur et visions mystiques pour un premier baiser sous ecstasy qui aurait dû tenir en une ligne.

La « femme fatale » du futur ? ça ressemble surtout à un chewing-gum collé sur mon cerveau.

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