LA ZONE -

Coup de foutre à Kaboul

Le 14/02/2026
par A.B
[illustration]
A Kaboul, enrôlé dans l’armée pour faire plaisir à sa mère, Franck n’a presque jamais connu l’amour. Ni grand, ni petit, ni gros, ni maigre, son allure est particulièrement banale. Elle en devient presque remarquable d’insignifiance. Son visage n’exprime rien si ce n’est le doute et le trouble. Sa coupe au bol et ses cheveux lisses, collés sur ses tempes, lui donnent quelque chose d’un moine pénitent. Empêché dans sa chair comme dans ses mots, il est si sensible qu’il est au bord de l’évanouissement à chaque fois qu’il sent que la situation dans laquelle il se trouve lui échappe. Pour maîtriser sa gêne et se ressaisir, il doit alors réciter un chapelet de définitions apprises par cœur. Une méthode maternelle transmise depuis son plus jeune âge lorsqu’il vivait dans son village natal ensuite entièrement détruit après un incendie provoqué et aggravé par une succession de faits individuels imputables aux habitants. Sa mère ayant perdu la vie, il l’enterra dans une crypte après l’avoir empaillée, puis il décida de vivre loin du drame. Sa mummy sinon momie n’est plus qu’un corps éviscéré et rembourré avec de la paille, dont les organes vitaux ont été conservés en reliques, lorsqu’il franchit, avec ses camarades, le bordel installé dans une gigantesque tente en forme de chapiteau : le Kaboul fou-fou rebaptisé le Kaboul fou-foutre.

Dans le claque, c’est le bordel. Les prostituées jactent à tout va dans toutes les langues, mi bourrées, mi à poil ; les soldats arrivés en trombe se jettent sur les bières disposées sur des tables et se mettent à sniffer la mousse débordant des pintes. Tous s'engueulent mais gaiement en attendant leur tour, déjà les verres volent pour se distraire et les femmes virevoltent. Un numéro de cabaret débute dans le but de calmer l’ambiance de basse-cour déglinguée. C'est un total échec, le spectacle du gros fakir sur ses petits clous s'achève sous les huées et rires sarcastiques des bidasses survoltés, éructant un mélange d'insultes, d'onomatopées et de rots. Dans la salle, on peut entendre des « mais bordel de queue casse-toi tas de merde, va te clouter le fion ailleurs, beuheu, bouhou, et pourquoi pas un numéro de plumeaux dans l'cul ?! » Le fakir salue son public en se dandinant et disparaît derrière un épais rideau. Franck est terrifié non pas à cause du foutoir général le cernant mais parce qu'il sait que son tour va arriver. S'apercevant qu'une silhouette au fond de la salle le lorgne intensément en faisant balancer son jupon pailleté avec ses hanches, il frôle l'apoplexie. Il entame les premières définitions de la lettre A du dico et décide de partir aux chiottes fissa. Lorsqu'il arrive en courant dans le vestibule de l'installation bordélique, deux longs couloirs lui font face. Sans réfléchir, ne tenant plus, il s'engouffre dans celui de droite.

Sombre, le couloir n’est pas large. Au fur et à mesure qu’il s’y enfonce en cherchant désespérément où pisser, la cohue de la salle principale se dissipe. Lorsqu’il entend un son étrange derrière une des portes se présentant à lui, les bidasses et prostituées, eux, semblent avoir été engloutis par le bouge duquel on n’entend plus rien. Franck ne perçoit plus aucun bruit si ce n’est un râle perturbant et des frottements peu rassurants. Il pense immédiatement à sa momie de mère et en conclut que son esprit lui joue des tours à cause de l’émotion qui l’envahit. « Faut que je me détende, faut que je me ressaisisse, faut que je pisse » Franck ouvre la porte qu’il croît être celle des WC à cause de la pancarte clignotante affichée sur la porte : « la pissotière ». Une fois entré, il entend l’ouverture de la pièce se refermer derrière lui sous un crissement caustique décomposant ses oreilles quasiment en lambeaux. Il n’y voit plus rien. Ça sent la pisse tiède mêlée de moisissure et de transpiration. Franck défait sa braguette pour se vider là où il peut. A tâtons, il décèle la paroi d’un mur quand un grognement fait trembler tout son corps. Un « come on baby » semble sortir des entrailles de la pissotière. Des pas lourds se rapprochent, les vibrations produites font trembler ses jambes si bien qu’il manque de s’effondrer sur le sol. Les « come on baby » reprennent de plus belle, Franck tente de s’échapper mais, plongé dans l’obscurité et sous le coup de la panique, il ne parvient pas à trouver la sortie de l’antre dans laquelle il est isolé et piégé. Saisissant un briquet au fond de sa poche, il l’allume. Sa première vision est un ramassis de petits os dispersés sur le plancher ruisselant de poisse : des ailes ou ailerons de quelque chose, des petites pattes de on ne sait quoi, des bouts de cartilage encore frais… Franck vomit et s’agenouille dans sa gerbe. Tenant encore son briquet, il le place devant lui pour tenter de voir ce qu’il l’attend. Il discerne une énorme masse flasque. Le voilà perclus par l’horreur. Le monstre est désormais à deux pas du pauvret qui s’évanouit.

« Mon amour, mon Franky, c’est moman » Les yeux rivés sur le plafond, il voit un corps bandé avec des tissus rouge-orangés virant au marron-jaune, visiblement ensanglantés. De la paille sentant l’urine sort par le nez et les oreilles de la chose flottante. « Viens mon garçonnet, come on ». Franck sent qu’il bande. Franck gémit en bandant. Il tente de se débattre, de remuer ses membres, de se défaire d’une emprise l’immobilisant quand il se réveille à cause de l’odeur le prenant aux narines. Lorsqu’il retrouve ses esprits, Franck est en érection. Ecrasé sous le poids du succube dressé sur lui, il tente de s’extirper mais en vain. Le démon excité et en extase, le tient fermement en grognant de façon saccadée. Franck éjacule dans ce cauchemar, il se demande s’il dort encore ou s’il est déjà mort. Il sent soudainement la masse s’étaler près de lui. Il découvre alors son œil crevé mal cicatrisé, sa peau craquelée et suintante à cause de blessures ou irritations non soignées. Il entrevoit sa bouche dégoulinante de bave, grande ouverte et ses cheveux formant une multitude de nœuds enfermant des restes de matières osseuses. C’est un léger sifflement presque mélodieux, auquel il ne pouvait s’attendre, qui lui fait comprendre qu’elle ou plutôt la chose s’est endormie. Encore en vie, Franck a encore envie. C’est désormais lui qui s’aventure sur les formes protubérantes de la bête gisant sous lui et qui glisse ses mains dans les plissures qu’il rencontre en s’y agrippant. C’est toujours lui qui cherche la moindre béance pour mieux s’y engouffrer en éructant renvois et insanités. Fatigué par ses multiples saillies, vidé de son foutre, il finit par s’endormir sur elle, bercé par sa respiration haletante.

Franck restera avec la « pissotière » près de 10 ans jusqu’à ce que le bordel ambulant s’écroule. De retour d’exil, rappelé à ses devoirs, il placera les reliques rapportées dans une crypte.

= commentaires =

René de Cessandre

site
Pute : -265
    le 13/02/2026 à 19:18:50
Incroyable comme les chiottes inspirent les phantasmes sexuels des auteurs. En plus de l'odeur de pisse, il y a celle du déjà-vu, encore plus malodorante.
En plus, l'inceste, c'est vraiment pas bien, fût-il nécrophile.
On pourrait apprécier les tentatives d'humour, si ici il ne donnait pas l'impression d'un comédien qui s'est trompé de scène.
On passera sur les relents de "Psychose" mâtinés de Renaud qui n'arrangent pas la sauce.
Le résultat est un texte parafoutral à bon compte, à la limite de l'escroquerie, une sorte de copie made in China d'une marque dé(com)posée.
Quant au "héros"... qu'allait-il foutre dans cette galère...
A.P

Pute : 153
    le 13/02/2026 à 19:22:22
Sale et Bordélique. Je suis pas fan, j'ai l'impression d'être passé à côté du sujet.

Où alors c'est juste un texte un peu con pour se marrer. Et j'avoue... il m'a fait un peu sourire quand même.

Mais surtout, il m'a donné envie de retourner dans maman. Je retourne la déterrer !
Nino St Félix

lien
Pute : 205
    le 13/02/2026 à 20:47:50
Bin ! j'ai bien aimé, je sais foutre (sic) pas pourquoi.

Enfin si, c'est un texte Zone. à 99 %. Et ça je kiff.

Et je crois même que j'ai compris ce sentiments subtil qui fait d'un texte Zone ce qu'il est (pour moi) :
c'est quand je me dis "mais putain qu'est ce qui se passe dans la tête de l'auteur quand il écrit ça, est ce que c'est spontané ou calculé..." et surtout "encore !"
A.B

Pute : 96
    le 13/02/2026 à 21:14:03
@René : Ce n'est pas incestueux. Le fantasme est lié au refoulé. Il y a de l'Oedipe dans ce bordel.
L'idée c'est l'empêché hanté par sa mère. C'est crypté.
Et finalement le héros qui dépasse le bordel et revient d'exil.

Je suis peu surprise que quelqu'un qui se plait à (sur) interpréter les contributeurs La Zone, soit passé à côté.
Peu importe
Cuddle

lien
Pute : 85
    le 13/02/2026 à 21:23:54
Et l'illustration svp, elle est pas géniale xD ?
A.B

Pute : 96
    le 13/02/2026 à 21:26:05
Merci Cuddle!
René de Cessandre

site
Pute : -265
    le 13/02/2026 à 21:27:32
> A.B. : j'ai du mal en effet à faire la distinction entre complexe d'Œdipe phantasmé jusqu'à l'éjaculation et inceste.
Pour le reste, j'ai voulu faire un commentaire zonard, et il n'est pas étonnant que tu ne sois pas surprise que je passe à côté : c'est que je suis sur la bonne voie.
Cuddle

lien
Pute : 85
    le 13/02/2026 à 21:29:18
@René : J'ai du mal avec cette orthographe de "phantasme", c'est un choix stylistique ? Juste par curiosité.
A.B

Pute : 96
    le 13/02/2026 à 21:32:44
@Cuddle : Pareil

@René : bah le fantasme imaginaire lié au refoulé symbolique, n'est pas le réel. Ce n'est absolument pas une histoire de réel inceste.
Cuddle

lien
Pute : 85
    le 13/02/2026 à 21:37:27
C'était pour être dans le sale xD

En tout cas, moi ça m'a bien fait marré
Nino St Félix

lien
Pute : 205
    le 13/02/2026 à 22:01:33
Oui cuddle ! Tu veux des clains toi ! Free hug
Oui elle est chouette ton illustration on dirait une pochette de Iron Maiden (ça me rappelle ma jeunesse)
A.P

Pute : 153
    le 13/02/2026 à 22:13:08
ah merde...

Du Freud... Tellement déçu qu'en big 2026 on fasse encore référence à ce phallocrate au nez plein de coke.

Je retourne voir maman, après 5 mois sous terre, y a des nouveaux trous qui sont apparus !
A.B

Pute : 96
    le 13/02/2026 à 22:18:46
@AP : les fondations, c'est aussi fait pour bifurquer voire tout péter.
A.B

Pute : 96
    le 13/02/2026 à 22:20:10
Cuddle a prompté et produit une illustration qui claque!
A.B

Pute : 96
    le 13/02/2026 à 22:25:20
Par contre, on ne va pas se faire un débat sur Freud mais 1/il a un blase,2/ chacun dira ce qu'il voudra sur sa couarde, il a ouvert des vannes.
Nino St Félix

lien
Pute : 205
    le 13/02/2026 à 22:35:20
han je viens de capter le jeu de mot du titre. Deux ans après.
René de Cessandre

site
Pute : -265
    le 13/02/2026 à 22:42:13
> A.B. : d'accord, vu comme cela, je l'accepte. Merci pour tes précisons. Tu aurais pu juste me traiter de connard, on t'aurait applaudit. Merci de ne pas avoir cédé à la facilité.

> Cuddle : j'apprécie aussi beaucoup ton illustration. Et je ne fais pas de lèche (les autres non plus).
Pour "phantasmes" : c'est l'orthographe correcte, et j'y suis attaché. "fantasmes" est une graphie récente et simplifiée. J'utilise éventuellement les deux, mais n'emploie "fantasme" que dans un sens plus "léger" et moins symbolique (il en va de même pour le mot "clef" que l'on écrit erronément "clé" (au masculin !!) de nos jours. Ainsi je peux écrire "la clef du mystère" et 'les clés de ma voiture"... mais regardez bien : Le F de "clef" représente une "clef"... je vous souhaite bonne chance malgré tout pour ouvrir une serrure avec une "clé"... mais symboliquement cela signifie peut-être qu'on vous l'a confisquée, et que certaines portes doivent rester Fermées...
A.B

Pute : 96
    le 13/02/2026 à 22:52:38
@Nino : bravo!

@René : elles sont tellement fermées qu'on en produit des murs d'écriture et du délire.
Mais au fait? Vous/Tu contribuez sur La Zone?
A.B

Pute : 96
    le 13/02/2026 à 22:54:31
Je lis surtout des édifices -fissurés- de commentaires
A.P

Pute : 153
    le 13/02/2026 à 23:03:15
@René Ouais t'as raison, c'était mieux avant. Tout fout le camp ma bonne dame ! Même maman n'est plus aussi fraîche. Aller ! Je retourne l'enterrer. À moins que tu veuilles que je te la prête ? C'est dans les vieilles peaux qu'on jute la meilleure confiote !
Lapinchien

lien tw yt
Pute : 383
à mort
    le 14/02/2026 à 07:35:35
Coquin de sort. On croirait un palimpseste du texte "les toilettes s'il vous plait" de Dantek de l'autre jour https://www.lazone.org/articles/3962.html où le personnage principal n'aurait plus envie de chier mais de pisser et où le bar perdu en cambrousse serait remplacé par un bordel de Kaboul. Mais en réalité, ça m'a peut être encore plus fait penser au film "Une nuit en enfer" de Robert Rodriguez avec George Clooney, Quantin Tarantino et Salma Hayek. Malgré ces similitudes inexorables, puisque quand on écrit on finit toujours par raconter la même histoire que quelqu'un d'autre, le traitement et le style sont originaux. Je retiens l'idée excellente de la récitation du dictionnaire pour ne pas s'évanouir, ça pourrait m'être utile en ce moment comme je ne dors plus du tout et puis les prières à la vierge Marie en boucle avec un chaplet c'est trop old school et j'ai plus de Guronsan dans ma trousse à pharmacie. L'impression aussi d'avoir assisté à une version du "Psycho" de Hitchcock sous acide avec le traitement du trauma de la mort de maman sans les aspects psychopathologiques, cela dit. L'outrance est assumée mais tu n'as pas le niveau Jedi de Patrick Sébastien, petit padawan. Mais au finish, tout ça m'a fait bien me bidonner.
Lindsay S

Pute : 255
    le 14/02/2026 à 08:45:48
Pour moi c'est surtout pénible. À force de vouloir salir chaque phrase, tout est noyé : le fond, le propos, l’impact.

Il y a des passages entiers qui ressemblent à des notices explicatives déguisées en fiction. Tout est mâché, remâché, surligné. Le texte ne suggère rien, il assène.
Quant aux “regardez comme je suis malin avec mon jeu de mots / ma vanne dégueu”… ça flingue tout. Je sens presque l’auteur se marrer tout seul derrière son écran. Ça casse l’ambiance et ça rend l’ensemble franchement cheap.

La trivialité, j'aime bien mais le problème, c’est quand elle devient un cache-misère. Ici, dès que ça n’a plus grand-chose à raconter, ça rajoute du sale, du fluide, du corporel, comme si ça suffisait à fabriquer du malaise. Ca devient juste monotone et gratuit.

La fin, c’est même pas abrupt, c’est expédié. On dirait qu’il fallait rendre la copie et basta. Arrêt brutal, comme si le texte lui-même en avait marre d’exister.
René de Cessandre

site
Pute : -265
    le 14/02/2026 à 11:32:57
> A.B. : oui, j'ai de nombreux textes en attente sur la Zone... tu devrais bientôt pouvoir en découvrir au moins un...

> A.P. : oui, je sais que ce siècle appartient aux zélateurs de la déliquescence et du délitement.
Glaüx-le-Chouette

Pute : 140
à cloaque
    le 14/02/2026 à 14:24:40
[commentaire d'obligation syndicale]Pas ma came.[/commentaire d'obligation syndicale]
    le 15/02/2026 à 20:25:18
Je ne comprends pas ce qu'un(e) Zonard(e) peut avoir à reprocher à ce texte. Il coche toutes les cases : sombre, violent, malade. Et surtout, l'auteur n'a pas peur de faire trop : trop hard, trop sale, trop déviant.
Je dis : chapeau ! Et je suis sincère. Moi aussi, j'aimerais pouvoir me débarrasser de mon surmoi.

= ajouter un commentaire =

Les commentaires sont réservés aux utilisateurs connectés.