L’ENFER DES NOTIFICATIONS
(ou comment mon père continue de fumer dans le cloud)
Mon père est mort deux fois.
La première, d’une allergie au cacahuète.
La deuxième, le jour où Facebook a décidé de lui souhaiter bon anniversaire.
Depuis, je vis dans une jungle de notifications.
Des alertes push, des bips, des “tu te souviens de ce moment ?”
Oui, je m’en souviens.
Je m’en souviens tellement que même mon téléphone a des flashbacks.
Je ne sais pas pourquoi l’algorithme a décidé qu’il était toujours vivant.
Peut-être qu’il fume encore quelque part, dans le cloud,
entre deux stories de gens qui n’ont jamais existé.
Il doit liker mes remords par réflexe.
Le like du mort, c’est le plus sincère.
Je reçois des pubs pour des cigarettes.
Des pubs ciblées, parce qu’on partage le même nom.
Les IA doivent croire que le deuil se soigne avec un abonnement à Marlboro+.
C’est touchant, quelque part.
Je lui ai écrit un message.
“Salut papa, t’es où ?”
Messenger m’a répondu :
“Votre message n’a pas pu être délivré. Cet utilisateur est inactif.”
Ce qui est faux.
Il est beaucoup trop actif dans ma tête.
Parfois, je rêve qu’il m’envoie des mails.
Des spams signés “Papa de l’au-delà”.
Objet : “Tu fumes toujours mes regrets ?”
Contenu vide.
Pièce jointe corrompue.
Classique.
Je scrolle sa page comme un archéologue.
Des photos floues, des statuts sans ponctuation, des “LOL” d’un autre siècle.
Chaque like est une bougie virtuelle.
Chaque emoji, une prière en JPEG.
Un jour, j’ai voulu supprimer son compte.
Facebook m’a demandé : “Êtes-vous sûr de vouloir effacer votre proche décédé ?”
Je ne savais pas quoi répondre.
Je l’ai juste mis en “mode commémoration”.
Comme un mausolée avec filtres et commentaires.
Le pire, c’est quand il réapparaît dans les “souvenirs”.
Un mardi, par exemple.
“Il y a 9 ans, vous avez pris cette photo ensemble.”
Oui, Facebook.
Je me rappelle très bien.
C’était avant que le monde ne devienne une notification continue.
Je me demande si, au paradis, on reçoit aussi des alertes.
Genre :
“Vous avez été ajouté à la liste des âmes recommandées.”
“Un nouveau mort a rejoint votre réseau.”
“Mise à jour disponible pour votre conscience.”
Peut-être que Dieu a un tableau de bord.
Et que chaque prière est un ticket support.
Statut : “En attente de validation.”
Je me dis souvent que si mon père était encore vivant,
il n’aurait pas survécu aux stories.
Il aurait fumé Instagram.
Il aurait toussé sur les hashtags.
Et il aurait dit :
“Avant, on mourait pour de vrai. Maintenant, on meurt en Wi-Fi.”
J’ai reçu une notification hier.
“Souhaitez un bon anniversaire à votre père.”
J’ai cliqué.
Rien ne s’est passé.
Le vide a vibré dans ma poche.
L’écran s’est éteint.
Et j’ai compris que, quelque part,
il m’avait déjà vu en ligne.
L’Enfer des Notifications (ou comment mon père continue de fumer dans le cloud)
Le 16/02/2026par Primo decimo
Mon père est mort deux fois : d’une allergie au cacahuète, puis d’un algorithme qui refusait de le laisser partir. Dans ce texte, je raconte un deuil numérique, saturé de bips et de souvenirs sponsorisés. Une satire absurde, entre larmes et Wi-Fi. = ajouter un commentaire =
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= commentaires =
Joli texte, avec une ironie triste de bon aloi. Mais pas un TDM, trop bien écrit pour ça à mon avis, trop travaillé (pourtant ça partait bien avec "une allergie au cacahuète", un beau combot fond+forme de merde : mais ensuite c'est trop propre et sans fautes pour postuler).
Bref ça se lit bien, c'est sans doute un peu convenu et pas trés mordant, mais on est dans ce que j'appelle la "blank litt", qui a ses tenants, et ses qualités.
Notule socio-psychologique, plus que texte littéraire. Je vois pas de volonté de créer un texte, juste une mise en forme d'expression assez conventionnelle, ce qu'on peut exactement trouver en post de réseaux sociaux. Dès lors, pas marquant, pas frappant, pas nouveau.
Pourtant le sujet le serait, mais raconté comme ça, ben on s'en fout. On en aurait tout juste assez à foutre pour mettre un petit coeur ou un petit like sous le post, si on était sur un réseau social de merde, mais c'est pas le cas.
Travaillé, tu dis !?
Oh waw.
Ah.
Au sens où on est travaillés par des styles réflexes, alors ; mais le texte n'a rien de travaillé, non, en lui-même.
AH MERDE MAIS C4EST UN TDM
J'avais pas vu !!
Ah mais alors c'est un bon tdm, désolé. Je me suis fait avoir. C'est vide bien comme il faut.
Oui trop travaillé... Pour un TDM, Glaüx c'est ce que je voulais dire.
Tout est relatif.
Y'a pas de fautes, de conjugaison foireuse, de syntaxe merdique. C'est tout calibré façon LinkedIn (j'ai pas insisté là dessus j'ai déjà dit et redit ce que m'inspire ce style, mais je comprend qu'il puisse plaire et qu'il reflète une conception de l'écriture).
L'idée du texte est intéressante.
Pour un TDM, il aurait peut-être fallu caricaturer un peu plus.
De plus on est à la limite du pathos (noster) : il aurait gagné à être plus "froid", plus "désincarné" et plus cinglant, dans le cadre d'un TDM.
Félicitations, c'est audacieux ! Mais est-ce un bon TDM ?
Points + :
- il répond à la thématique de manière originale
- comique pathétique de situation
- pathos Low-Cost
- pirouette cacahuète
- absurde de supérette rayon service en vrac
- traitement sérieux du sujet philosophique de la métaphysique des réseaux sociaux
- kitsch
- un coté Black Mirror pour les nuls
- révolution sociologique de fumer dans le cloud et mourir en Wi-Fi
- lourd, prévisible, ça sent le réchauffé, CMB au micro-ondes
- petit précis sur la technophobie
- cliché polaroïd dont la réaction chimique aurait foiré
- le ticket support divin m'a fait marrer
- retours à la ligne excessifs
Points - :
- il répond à la thématique de manière originale
- n'assume pas son second degré
- très bon texte de terminale L option théâtre
- l'auteur a trop de talent pour son propre bien
- je n'ai recensé qu'une faute d'orthographe
- l'excellente punchline : "Le vide a vibré dans ma poche" et prise de conscience META des limites du textes
- texte agaçant de lucidité
- on le lit jusqu'au bout sans avoir envie de s'arracher les yeux de ta mère
- trop cynique pour être craignos
- trop poli, trop propre comme TA CHATTE TA CHATTE TA CHATTE
Point pute :
- ça existe déjà, le capitalisme du deuil a déjà tout prévu, t'as qu'a voir MyDeathSpace
- MyWishes DeadSocial SafeBeyond pour les internationaux mais il y aussi des sousous de la Frenchtech et BPI France dans AfterMe, Postumo, En Sa Mémoire, Testamento et une tétrachiée de cimetières 2.0 bas de gamme
- la réalité va même au delà avec les clones numériques IA de morts sur ETER9, Replika, HereAfter ou encore le français HER Memories
- n'oubliez pas de règler vos droits de succession, pute
- lazone.org est aussi un charnier à ciel ouvert avec ses 99% d'auteurs zombies
- ce commentaire est sponsorisé par interflora.fr
C'est vrai qu'il y aurait une thématique sur "la cohorte maudite" des Zonards Disparus (2001-2025). Ça en fait des étoiles filantes.