LA ZONE -

Pantropie ontologique

Le 02/03/2026
par christophe Chaussade
[illustration]
— J’ai quitté l’orbite circulaire… Reste en orbite de transfert avant l’approche elliptique finale de l’astre… Toujours aucun signe de vie… Enfin si ! Il y a bien des sources de chaleur mais je ne comprends pas : rien en surface… Pas de flore… Pas d’eau… Je ne détecte rien. Ça doit probablement venir de sous la surface : sous terre…
— Bien reçu Explo45, continuez sur la même ovoïde… en approche lente.
Le vaisseau continua à glisser sur ce toboggan invisible qui semblait le menait tout droit sur cette planète décharnée qui paraissait avoir rendu l’âme il y a d’interminables lustres. À l’intérieur, un pilote incrédule continuait à capter des milliards de signe de vie… des milliards… Mais c’était incompréhensible car il n’y avait plus rien sur ce globe qui devait dépérir depuis des générations d’homme.
À mesure qu’il progressait, on commençait à distinguer d’antiques vallées, gigantesques, qui en leur temps avaient dû accueillir des océans grouillant de vies, comme ceux qu’il y avait sur sa planète. Au passage, de vieux pics se dressaient mollement vers les cieux, mais sans les reflets blancs auxquels il était habitué sur les montagnes de son monde. L’homme se prit à penser à sa propre histoire et se demanda ce qui avait bien pu se produire là, sur ce monde morne, gris et insipide.
Bientôt, le vaisseau pénétra ce qu’il restait d’une atmosphère fiévreuse et brûlante. Les paysages caniculaires ondoyaient sous une touffeur pesante et désespérante. Il se passa peu de temps avant qu’il ne touche enfin un sol noir, émacié et sans âme. Une analyse rapide indiqua que l’air devait difficilement être respirable… voire pas du tout… en tout cas pas longtemps et avec de grandes difficultés. De toute façon, c’était un véritable four, dehors. Il n’était pas envisageable de rester plus de quelques minutes sans un équipement adapté. Inutile de sortir donc !
— C’est d’une tristesse ! lança le pilote en consultant les autres relevés.
Déprimé par cette atmosphère pesante, il laissa ses yeux dériver sur les couleurs pastelles, ces teintes qui allaient se perdre vers les jaunes orangés qui distordaient les limites visibles de l’horizon. Partout, des paysages monotones s’étalaient de tous côtés, et il se prit à se demander si cette planète avait abrité un jour des zones viables. Il ferma les yeux, incrédule, puis les rouvrit sans conviction et regarda encore une fois dehors : du sable, de la roche et de la poussière… une poussière noire, à peine perturbée par un maigre souffle qui n’arrivait pas à soulever l’ombre de rares cailloux aux formes désespérément inertes.
Il en avait vu, dans sa vie, des planètes mortes, mais ici c’était au-dessus de ses forces… d’autant qu’il captait de la vie… beaucoup de vie… beaucoup de vies.
À regret mais aussi par dépit et peut-être par peur de découvrir l’innommable, le capitaine du vaisseau poussa la manette des gaz. Son vaisseau se souleva immédiatement, avec beaucoup plus d’assurance que lui, dérangeant vaguement un complexe poussiéreux et misérable qui retomba en tourbillonnant sur le cimetière planétaire. Décidément, s’il y avait une vie ici-bas, elle devait irrémédiablement être sous terre, et non au-dessus.
Silencieusement, il s’élança vers l’espace, récupérant directement une orbite de transfert satisfaisante qui devait le mener en circonvolution géostationnaire, le temps de faire son rapport. Il laissait ce monde incongru derrière lui. Il n’y avait rien à y faire, rien à y amener, rien à y glaner et plus rien à sauver. C’était trop tard, et jamais il n’avait assisté à une telle déchéance ontologique : à quoi devaient ressembler les choses qui vivaient sous terre… qui survivaient sous terre !
Alors, pensa-t-il, leur existence pouvait-elle encore s’apparenter à la notion d’être, dans les deux sens du terme ? Étaient-ce encore des entités, en ce sens qu’ils seraient encore vivants ? Et en quoi la notion d’être, d’exister, pourrait-elle encore coller ou s’adapter à ça ? Envisager ne serait-ce que la possibilité que ces choses survivent, par milliards, dans un sombre complexe souterrain, sans espoir… sans même connaître la notion d’espoir… L’imaginer, ne serait-ce pas là chantourner à volonté la véritable signification du terme « être », en lui abandonnant la conformation la plus arrangeante ?
— Explo45 à base… J’ai procédé aux relevés au sol. Je confirme la présence d’une société souterraine… un confinement, semble-t-il.
— « Un confinement » ? Répétez Explo45, vous avez dit « un confinement » ?
— Je confirme, il n’y a pas eu de terraformation, c’est un confinement.
Mais le pilote ferma les yeux car il savait qu’il devrait s’expliquer à ce sujet. Jamais on ne le croirait, même s’il avait vu… Même s’il était sûr.
Et il n’avait pas vu. Il n’avait pas voulu voir l’évidence. Toute son expérience professionnelle, ses longues années d’exploration intersidérale, n’avaient pas été suffisamment grandes pour lui donner assez de courage : pour aller voir.
Un autre aurait-il fait mieux ?
« M’étonnerait ! se rassura le pilote en rattrapant l’orbite géostationnaire, à un peu plus de trente mille kilomètres du point qu’il avait quitté cinq minutes auparavant.
Ses pensées dérivèrent à nouveau vers ces milliards de diables qui étaient confinés sous terre. Mais ce n’était pas à un confinement qu’il venait d’être confronté. Non, c’était à la morne adaptation d’un peuple tout entier à la déchéance de sa propre planète, à un réchauffement non contrôlé, à la disparition des océans et à la dislocation partielle de l’atmosphère de leur habitat. Ça, il l’avait compris immédiatement avant même d’avoir atterri, tout à l’heure… compris, mais pas admis assez rapidement.
Il embrassa ce concept improbable, oui, qu’il y eut là, sur ces terres jadis tempérées, des modifications génétiques vraisemblablement souhaitées… puis voulues… mais au début seulement, quand cela avait encore l’air super, cool et in : quand les conséquences n’étaient alors pas encore si évidentes.
Ensuite, ça avait dû déraper au fur et à mesure que le temps de ces mollusques rampants avançait. L’espèce dominante de cette planète avait tout simplement dû s’adapter, de façon plus ou moins désirée, à la dégradation destructive qu’elle avait elle-même engendrée, à force d’en vouloir plus. Elle s’était transformée, mutée, puis altérée, pour continuer à prospérer dans cet environnement hostile qu’elle avait enfanté, provoqué, sans âme ni conscience.
Et aujourd’hui, cette espèce avait récolté les justes fruits d’une production incontrôlée et aveugle. Il n’y avait plus là que des milliards d’idiots congénitaux aveugles qui se serraient dans un environnement sombre, pâle et brulant tels les enfers d’Hadès, mais à l’abri d’une atmosphère décadente, qui survivaient sous terre.
Cette espèce vivait avec ses morts.
Alors non, ce n’était pas un confinement, mais bien une pantropie… l’inverse d’une terraformation : ici, ce n’était pas la civilisation qui avait adapté l’environnement à ses besoins. Non, c’était pire : c’était l’inverse. Après avoir brisé son environnement, c’était la civilisation qui s’était adapté ce qu’il restait de son milieu.
C’était une pantropie, et c’était la première fois que le pilote faisait face à un tel phénomène.
C’était une pantropie qu’il n’avait même jamais imaginée, qu’il n’aurait jamais voulu connaître.
C’était une pantropie qui avait fini par enterrer l’engeance de cette planète. C’était terrible, car elle avait bien fini par la mettre sous terre.

Sous Terre.

= commentaires =

Nino St Félix

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Pute : 191
    le 01/03/2026 à 19:45:32
Ah, de la SF, ça commençait à manquer entre le parafoutral et les TDM.
Bon, je vais pas chicaner sur l'horrible faute au début, même si, sans l'effet sus-cité de "vent frais", ça m'aurait fait décrocher illico.
Pour le reste, c'est léger, comme un tract de Jean-Luc Melanchon qui s'envole dans le vent de l'hiver nucléaire. On a le loisir de se vautrer dans les termes savant qui font malin. Et de bailler un peu malgré que ce soit ni trop long ni trop court. Mais bon, un fois passé l'effet kisskool, qu'en reste-t'il, de cette lecture ? A part l'impression d'avoir lu un mélange de la planète des singes et d'un épisode de Orville...
Pas grand chose, un brouillon d'écrivain qui sait sans aucun doute faire mieux et plus.

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