LA ZONE -

Cold Case

Le 09/03/2026
par Maxime P
[illustration] IL bandait d’une demi molle à l’angle tangente, intimement curieuse. Étrange, le décor ne s’y prêtait pas vraiment. Dans cette chambre, aux murs capitonnés de velours usé, au lit proéminent recouvert de draps sales, se trouvait un gros lard affalé. Ses jambes écartées auraient volontiers exagéré la position si elles n’avaient été contraintes par ce pantalon aux chevilles. Enfin à demi mollet plutôt. La rigidité du pantalon lui servait d’excuse à un retroussement timide mais il fallait être honnête, l’élasticité de la fibre n’y était pour rien. Quoiqu’il en soit, entre le dit vêtement et les fesses molasses de ce qu’on peut désormais appelé un cadavre, se trouvait un torrent de liquide brunâtre. Son ventre rebondi en paraissait presque vidé de son contenu. Comme si on avait percé un gros ballon plein d’eau. Son torse était recouvert d’une autre semence. Plus épaisse. Moins homogène. Qui n’avait pas encore subi les affres de la digestion. Enfin si peu…
Si seulement les macchabés pouvaient causer… Hein ? Héhé…
Du David tout craché. Son collègue. Con comme un pion.
IL bandait d’une demi molle à l’angle tangente, intimement curieuse. Étrange, le décor ne s’y prêtait pas vraiment. Dans cette chambre, aux murs capitonnés de velours usé, au lit proéminent recouvert de draps sales, se trouvait un gros lard affalé. Ses jambes écartées auraient volontiers exagéré la position si elles n’avaient été contraintes par ce pantalon aux chevilles. Enfin à demi mollet plutôt. La rigidité du pantalon lui servait d’excuse à un retroussement timide mais il fallait être honnête, l’élasticité de la fibre n’y était pour rien. Quoiqu’il en soit, entre le dit vêtement et les fesses molasses de ce qu’on peut désormais appelé un cadavre, se trouvait un torrent de liquide brunâtre. Son ventre rebondi en paraissait presque vidé de son contenu. Comme si on avait percé un gros ballon plein d’eau. Son torse était recouvert d’une autre semence. Plus épaisse. Moins homogène. Qui n’avait pas encore subi les affres de la digestion. Enfin si peu…
Si seulement les macchabés pouvaient causer… Hein ? Héhé…
Du David tout craché. Son collègue. Con comme un pion.
Si les macchabés pouvaient causer, c’est tout l’métier qu’on fout en l’air. Et toi j’peux t’dire que sans ton enseigne, il te reste plus grand chose, alors au lieu de dépenser ta salive tu ferais mieux d’inspecter celle de Monsieur… Hmmm . Monsieur… S’appelle comment celui-là encore… ?
Il cherchait dans ses petits papiers, les informations qu’on avait pu lui fournir mais l’air ambiant. Chaudement décoré par les hôtes et hôtesses. Lui confessait des paroles qu’il n’aurait eu l’audace de s’avouer en lui-même.
Tu t’es jamais branlé en pensant à quelqu’un de ta famille tiens? Chai pas vraiment pourquoi je te raconte ça. Mais putain quand j’étais gamin, je m’la suis astiqué fort en pensant à ma tante.
Il regretta aussitôt ces paroles qui ne lui ressemblaient pas. Non que la vulgarité ne soit exempte de son langage, mais il ne lui était pas coutumier de se dévoiler. Encore moins sur un sujet aussi sensible. David crut à une blague, ce genre de blague que son supérieur utilisait couramment pour l’humilier. Il ne la comprit pas. Comme d’habitude. Rien ne semblait donc hors du commun pour le moment. Ce moment où il tournait le coton tige dans du vomi collé aux commissures des lèvres d’un client d’une maison close qui se faisait passer pour un salon de massage.
A première vue, la scène ressemblait à un empoisonnement. Une des filles en aurait eu marre de se lever encore cet habitué ? Un règlement de compte qu’on dissimule dans les bas fonds d’un établissement à la morale peu regardante ? L’enquête commençait tout juste. Toutes les suppositions étaient encore de simples questions. Mais alors qu’il envoyait les analyses au labo il fût pris d’un haut le cœur qui, pour la première fois de sa carrière, l’entraîna à déposer un cadeau aux pieds de la victime. Ses chaussures cirées n’en furent pas épargnées.
Gnnnééé, putain qu’est c’qui m’prend. Aaarg. La vache. Putain. Désolé. Continuez le sale boulot sans moi. J’ai la tête qui valse et qui cogne au mauvais endroit.
L’acidité remontait en lui comme un rat aveugle qui venait creuser son trou et battait des œufs en neige dans son estomac. Il sentait la moutarde lui monter au nez et ne voulait pas que ça tourne au vinaigre. Son repas voulait tout simplement se faire la malle et l’expression sur son visage en disait plus long que n’importe quel discours. Si bien que ses collègues s’éxécutèrent sans rien dire, lui laissant la belle mission d’interroger les filles de l’établissement. Des portoricaines pour la plupart.

ELLES répondirent qu’elles n’en savaient rien. Qu’il était un client habituel oui. Qu’il prenait toujours des filles différentes. Le plus jeune possible. Elles répondirent qu’elles ne savaient pas ce que faisaient les filles lors de leur massage. C’était privé. Quand l’inspecteur leur demandait si elles avaient entendu quelque chose, elles dirent qu’elles avaient entendu des raclements étranges. Des flatulences rances. Mais qu’elles ne voulaient pas juger. Qu’elles attendaient que Monsieur parte pour nettoyer. Seulement, celui-ci lambinait à n’en plus finir et ce n’est qu’une heure après silence, qu’elles rentrèrent dans la pièce. Elles n’avaient rien à ajouter.

IL savait qu’elles ne donneraient que peu de détails. Probablement, avaient-elles, d’ailleurs, dit tout ce qu’elles savaient. Il fallait trouver celle qui satisfaisait ce soir-là. La cheffe d’orchestre. La chirurgienne. Mais. Selon elles. Chaque masseuse avait son carnet d’adresse, son agenda. Et cette chambre-ci. Etonnant. N’avait pas de rendez vous. Aucun nom. Non. Personne n’était censé y être. Voyez-vous ça.

NOUS avions rendez-vous avec l’inconnue. La belle étourdie qui avait oublié de donner son nom. Pas le vrai nous le savions. Un nom exotique qui tique. La trique. Sweet. Rose. Love. A la trappe. Pas le time. Entre deux rendez-vous. D’affaire. La petite affaire. Devait filer droit. Droit au but. Mais la belle lady. Le hic. N’arrivait pas. Lapin. Pine à l’air. Commencions la besogne. Solo. Han Han Han. Puis. BLURRP. Arrrg. Harmmf. Arrrgllll. Kof. KOF. Harrrmmblllee. Brrrr. Pppviiisss. RAAANNNBBBRRRulr. Langue en dehors. Yeux hors orbite. Mains sur estomac. Maux. Comme un veau. Beuglait. Dans un dernier râle. Lachait sa bile. Et tutti quanti. Un vrai carnage.

IL étudiait le dossier. Les yeux ouverts, la tête ailleurs. L’homme avait bien des raisons de mourir. Tout le monde mériterait de mourir. Des enfants véreux. Une femme blessée. Des collègues agacés. La jalousie frappe à toutes les portes. Aux portes les plus charmantes comme à celles miteuses. Chacun nourrit un parasite sans le vouloir. Seulement tous les poux, les ripoux qui butinaient dans son pistil semblaient occupés le soir du crime à d’autres arrangements. Il piétinait, pataugeait dans une mare peu profonde mais si trouble qu’elle ne permettait aucune vision. Et les crapauds se taisaient ce soir-là. Les jours suivants aussi. Et les autres. Pendant des mois, il entendait un silence si probant qu’il lui criait dans les oreilles à lui en faire péter les tympans. Un message clair, clairvoyant qu’il était, qu’il ne servait à rien de persévérer. Et pourtant… L’autre soir. Un autre encore. La même chambre.
David on y retourne, c’est toi qui conduis mon petit. J’suis encore pété comme un coing. Pas fermé l'œil de la nuit. Arrg, même pas pu dessoûler mon bourbon que j’entends déjà l’appel de la sirène. Et la coquine n’en a pas terminé avec moi on dirait. Tiens sur la route on va s’arrêter deux s’condes pour s’en r’mettre un p’ti tu veux bien ? Hmm. Fais pas cette tronche, ça t’ferais du bien d’huiler ton parquet un peu des fois.
Je prendrais le cola et toi le whisky. A deux on fera un bon cocktail hein dis ?
Dirait qu’il le fait exprès. Près de lui coller un pain dans la gueule mais il pouvait plus se permettre ce genre de débordement. Il porta sa main en l’air. De menace. Et leva le coude à plusieurs reprises avant d’y retourner. Dans cette chambre. Le même air. Les mêmes draps. A peine lavés. Un autre homme. Au milieu d’un mélange odorant. Avec sur son visage des traits constipés et sur ses jambes la preuve du contraire. Celui-ci était plus petit. Des vêtements de chômeur et un corps de lâche. Qu’il se dit. Une façon de rassurer son propre embonpoint sans doute. David tortillait déjà des cotons tiges à la volée pendant que lui, l’inspecteur, se surprit à l’imaginer nu. A imaginer le corps de son équipier sur ce matelas. Il avait les épaules larges dans son costume mais sans nul doute les jambes fines de celui qui prend la voiture pour le moindre trajet. Un V exagéré. Un bilboquet. Il se dit aussi qu’il ne pleurerait pas sa mort. Personne n’en aurait douté. Mais qui plus est, peut-être qu'il la souhaitait au fond…
Et alors qu’il balayait le peu de souvenir qu’il lui restait de la veille, il recouvrit le sol d’une nouvelle couche d’excrétion. Fécaloïde. Putride. Brûlait son œsophage. Revenait de loin pour jaillir hors de sa bouche. BBBBBBBLLLEEEEEUUUUURRRKKKKVVVVRRPPPP
Oops, hmmrg, glourps. Hampf. C’est pas possible…. Et toi la, euhh… Betty ? Britanny ? T’m’feras le plaisir de nettoyer la scène. J’peux pas là. J’suis à deux oig de devenir décorateur d’intérieur. Merci ma belle. Hein !?
Il voyait David accroupi, la bouche à moitié ouverte, fouillant dans la touffe du mort pour y trouver une mèche à découper et lui trouvait des airs simiesques. Grotesques. Malgré son rejet aux bords des lèvres, il remarquait la différence entre lui et l’autre. Cet animal. Et même si, au fond, il lui accordait une humanité, il en avait une de plus. Une surplace. De sa position il voyait juste. Justement le collègue se relevait pour soulever une question pas si con.
Dis, tu penses que les deux sont liés ?
Tu veux dire, deux mecs qui clasment dans un même pieu tu t’demandes si c’est lié ? Foutrement que oui a priori !
Non mais je veux dire, peut être qu’il ne faut pas chercher de connexion entre les deux victimes mais plutôt dans le mode de fonctionnement. Et dans le lieu même. C’est peut être ça le nœud à démêler.
Un taré dont la mère était une pute tu veux dire ? Qui voudrait zigouiller les enfoirés qui l’ont fourré pendant toutes ces années ?
Euh oui ou autre chose je sais pas…

ELLES ne comprenaient vraiment pas ce qui se passait. Elles avaient condamné la chambre après l’incident arrivé des mois auparavant. Personne n’était entré dans cette chambre selon elles. Et aucune des filles ne voulait recevoir dans ce foutoir. Elles étaient sûres d’elles. La menace venait d’ailleurs.

IL entrait le rossignol dans son nid. Le crochet dans le verrou. Le bitogno dans le trou. Et alors que la porte de chez lui s’ouvrait dans un grincement énervant, il se dit qu’au fond, ça pouvait être n’importe qui. N’importe qui pouvait mourir dans une piaule sale d’un vieux bordel. Et n’importe qui aurait eu envie de dézinguer ces énergumènes. Cette histoire était quelconque. Ses protagonistes semblaient des idées pures. Des clichés. N’avoir que des fonctions et non des noms.
Comme lui. L’inspecteur.
Mais pour l’heure, il pensait à une femme.
Une belle femme. Une femme jeune. Aux seins ronds. Chignon. Mini jupe ras le bonbon. Il s’imaginait presque amoureux d’elle. Lui qui les aimait toutes. Il imaginait lui tenir les poignets en l’air pendant qu’il se la tenait fière. Contre elle. Les yeux fermés, il continuait de rêvasser. Des heures durant. Un verre de cognac pas loin venait claquer contre ses dents et dansait de haut en bas. Un deux trois. Délirium. Et c’est bientôt la bouteille toute entière qui valsait par-dessus bord le laissant seul à ses flâneries. Aneries. Sauvages. Cet état qu’il avait tous les soirs à la même heure.

NOUS avions une excuse pour notre femme. Et une dent contre la vie. Celle-ci qui nous malmène. Sale chienne. NOUS en voulions au monde de nous avoir fait petit. De corps et d’esprit. Mal tourné. La queue de travers. Un ménage bouchonné. A jamais tiré son coup. Madame regardait la télé. Avait des yeux ailleurs. Alors quoi ? Hein. Nous allions aux putes. Rien de mal.

IL n’avait sans doute pas dormi mais pourtant il se réveillait son verre vide en main, un disque de Sinatra tournant encore sur la platine. Il lui vint soudain l’idée d’y aller. S’y rendre. Surprendre le moment. Zieuter les passants. Les passes. Sur place. Dans la chambre. C’était son droit. Pas besoin de blabla. Signer de papelard. Il y allait dardar. Voiture en trombe. Vision trouble. Gyrophare sur le capot, il dépassait tous les taxis qui zigzaguaient sur cette quatres voies pour se frayer le chemin le plus rapide. PinPon. Dégage de là.

ELLES n’aimaient pas trop le voir ici à cette heure-ci mais elles ne bronchèrent pas, de peur de se voir fermer l’établissement. Elles lui dirent que personne n’était entré dans cette chambre non. L’étage était condamné.

IL s’assit sur le lit. Les genoux fléchis, les jambes ouvertes. Dans la même position que son prédécesseur. Zippa son falzar pour rejouer la scène. Le sang lui montait déjà à la tête. Il repensait à cette femme. Ce devait être une femme, il en avait l’intime conviction. Cette femme violente dont les doigts s’enroulaient autour de son cou court et robuste, mais qui semblait ici, si fragile. A la fois mou et cassant. Sans cesse se mouvant d’un tout à son contraire. Étrange... Les sensations se mélangeaient. Les couleurs aussi. Il ne parvenait plus à voir au loin. Sa teub en champ de mire lui paraissait être un phare dans la nuit noire. Tout ondulait autour de lui et l’air ambiant l'enivrait comme un parfum mortel qui montait jusqu’à ses narines pour venir se faufiler dans ses poumons. Il le sentait gicler en lui, prendre toute la place et l’innonder dans un torrent inarrêtable. Oui, il était sous les eaux, dans un élément qu’il ne maîtrisait plus. Qui n’était pas le sien. Obligé de suivre pour survivre le chant lointain d’une sirène aux intentions douteuses.
Une voix, un brouhaha, qu’il le somme à compresser son membre. A tenir sa barre haute, capitaine ! Toujours plus haute ! Le drapeau en berne, le voilà qu’il souffre de trop se tirer le mat. La douleur lui empoigne le bas ventre. Entre dans son estomac pour ressortir sur son calebard. Bouuuuuuaarg !
Sa vision se rétrécit et la pièce accélère. Les murs se condensent. Transpire, moite. Le touche. Tentaculaire. Il ne voit bientôt plus qu’un infime trait devant. Au loin. Tout petit. Et la voix s’invite près de lui. Dans sa tête. Il la sent. Taper dans les parois de sa boîte crânienne. PAC. L’enjoint à vider son sac. A lui confier ses secrets. Tout lui dire. Ses méfaits. Les faits justes. La vérité. Sans détour. LA VÉRITÉ ! Depuis quand les sirènes disent vrai ? JE N’AI RIEN FAIT ! RIEN ! Mais l’enchanteresse n’acceptait la défaite. Le fait est qu’elle entendait crier dans son esprit ce qu’il n’osait lui avouer. Le mal des mâles. Et pendant qu’il se branlait à en perdre son sexe, il sondait son échec sans s’empêcher de nier. JE N’AI RIEN FAIT ! RIEN ! Les vilains mots se dégorgeaient en immondice ressortant par sa trachée en soupe prémâchée. BLLLUURRRRP ! Il n’avait bientôt plus que la bile à donner en pâture. A bout de fausses excuses, il aurait pu en rester là. Comme d’autres avant lui.
Mais son second l’épaula. David. Paniqué depuis des heures de ne pouvoir le joindre, il avait tracé son portable jusqu’à le trouver là. Assis. La bite à l’air. Les yeux écarquillés, fulminant contre l’obscurité.
Avant qu’il puisse comprendre ce qui venait de se passer, la nuit le faucha et le réveil l’accusait déjà. DRRRIIING ! Ici la police. Qu’avez vous fait la nuit dernière ? La taupe avait encore frappée au guichet et recouvrait draps et bas d’un nouveau condamné. Encore un macchabé. Même chambre. Même heure. Pas la sienne mais il devait apparemment s’en justifier. Bien que les filles, avant lui, aient confirmé celles de son entrée et de leur sortie, le témoignage de David, son cadet, son allié, pesa dans la balance pour prouver son innocence. Il y était. Il n’y avait vu que lui dans la pièce. Puis, ils sont repartis. Point.
L’enquête piétinait.
Pendant que David faisait les cent pas. Ne sachant comment demander à son aîné ce qu’il avait écouté. Tendant l’oreille. De l’autre côté de cette porte. Avant de l’ouvrir.
Je n’ai rien fait.
Que n’avait il rien fait ? Envers qui ? A qui s'adressait-il ?
Face à l’amnésie plaisante de l’inspecteur, il était de mise d’y tresser les indices concordants pour les enfouir dans une même coiffe. La casquette du parfait coupable. Mais il s’y opposait farouchement, voulant croire à un concours de circonstance et promis de se taire jusqu’à nouvel ordre.

NOUS ne serons jamais un Vous car nous ne sommes rien sans vous. Attention pourtant, à ne pas s’y méprendre, nous ne sommes pas tous les mêmes. Mais nous sommes des hommes. Là n’est pas le problème. Nous sommes victimes de notre condition. Car.
Seules les victimes de cette histoire SOMMES coupables.

IL fulminait. Fougueux volontaire mais peu téméraire. S’en prit aux filles. Cible facile. Ces sorcières. C’est pas d’hier. Quel sort avaient elles jeté sur cette foutue pièce. Il avait entendu une voix qu’il dit. Il parlait aux filles. Cette entité. Les filles. Bête à plusieurs têtes. Mais qu’une voix. Une voix qu’on écoutait même pas. Il avait entendu une voix. Qui parlait tout bas. Il n’entendait pas ce qu’elle disait mais elle lui en voulait. Coupable.

ELLES commencent à avoir peur. Pour elles. Pour celle.

IL se faisait passer à la moulinette. Bobinette cherra. Même pas un moulin. Pas de quoi en faire un foin. Une moulinette de rien du tout. A peine un tour. Histoire de jouer. Poudre d’escampette pour ne pas mouiller les frères. Les collègues gloussaient déjà. Les mains sur le bide. Gluuss Gluss. A s’en taper le coquillard de cette enquête.
Alors mon vieux, j’vois qu’t’étais en bonne compagnie hier soir hein ? On fricotait avec la veuve poignet à c’que j’vois ? Tss t’sais bien t'entourer toi mon sagouin. A ta place j’les auraient laissé faire les professionnelles. Moi j’montre ma plaque et j’ai même pas à sortir de bifton, elles ont tellement les j’tons que je leur plie boutique qu’elles m’offrent pignon sur rue si tu vois c’que j’veux dire…
Il voyait ce qu’il voulait dire. C’était dur de ne pas voir. L’autre mimait la scène pour plus de compréhension. Langue en dehors. Sale porc.

NOUS n’avions rien fait. Ce n’est pas de notre faute.

IL rentrait chez lui. Une tape dans le dos, la queue entre les jambes - toujours en place - le flingue prêt à bander. Seulement démis de l’enquête. Que ça t’fera des vacances au frais de la princesse qu’on lui dit. Mais il n’avait pas l’esprit tranquille. La voix le hantait. Celle de David qui le reconduisait chez lui le sortait de sa torpeur.
Tu te rappelles de ce que tu disais ?
Gnnné ?
Que c’était pas de ta faute
Bah c’est pas d’ma faute non ?
Tu répétais ça en boucle. Chai pas trop à qui tu t’adressais…
A qui j’m’adressais, à qui j’m’adressais… Ahaha t’es drôle toi. C’est pas tes oignons, kof kof, pardon j’ai un tigre dans la gorge haha. Hmm gnarf c’est pas tes PUTAINS d’oingnons, si ?
Peut être mais… Euh.. C’est à dire que ça peut mener à réflexion au vue de la…
HAHAHA bah quoi le bleu tu veux m’dénoncer c’est ça ? Hmmm…? Tout rapporter comme un petit euh… Une petite fouine que tu es. HEIN ? Snif Snif. Tu renifle déjà l’odeur de la promotion hein ? HEEEIIN DIS ? Tu te dis peut être que tu peux m’évincer hmm…? Ciao le boss, tu fais déjà chauffer ton SALE cul de traître sur mon siège. Hmmm ?!? C’EST CA ?
ah euh non j’ai rien dit vous savez quand ils m’ont demandé ce que j’avais vu et entendu.
Héhé pff. M’en branle après tout. ? T’façon ils t’auraient pas cru. Allez arrête moi la tu veux, j’vais déposer bilan dans ce rad moi.
IL se curait les dents avec un ongle pourtant plus sale encore que l’intérieur de sa bouche. Ouvra la porte sans attendre que la voiture s’arrête. Bu jusqu’à s’effondrer pour oublier. Comme chaque soir. Il oubliait. Comment il rentrait chez lui. Il n’y pensait plus. Dans son lit. Tout se chamboulait. La voix revenait. Elle l’avait suivi jusque chez lui. Chez LUI. En catimini. Était entré par effraction. Comment savait-elle où il habitait ? Pénétrait l’enceinte de son intimité. L’invitait à se dévoiler. En douceur d’abord.
Il déboutonne son pantalon. Bande sans désir. Une main baladeuse extirpe son madrier. Son mur porteur. Son équerre à l’angle de travers.
La voix continuait. Elle ne demandait pas grand-chose.
MAIS JE N’AI RIEN FAIT ! RIEN !
Entendait David qui l’avait suivi, suspicieux. Jusque chez lui. Inquiet aussi. De son état. Il le regardait pleurer. Répéter. INNOCENT. A tout bout de champs. Le regardait se vider. Éjecter des flots amers de liquide brunâtre. L’acidité au fond du palais lui brûlait les mots qu’il n’aurait jamais avoué. Qu’il vomissait par des propulsions spasmodiques venu tout droit des intestins. David cru s’en prendre une giclée, fort heureusement une vitre les séparait. Un monde aussi. Du sien, il avait lavé ses mains. D’une savonnette salvatrice. Comprennait sa condition et ne rétorquait plus par des questions. N’est ce pas ? Mais là, la bienveillance en sourdine, il regarda un peu du spectacle humiliant qui se jouait devant lui avant d’intervenir.
PUTAIN SALOPE TU VEUX MA PEAU C’EST CA ? BLLLUUUURRRP. GIGGAAABLUUUUURP !!!! Tous ses liquides, séminales, lacrymales, viscérale, de foutu mâle, se mélangeaient en une seule tambouille odorante.
AAARRRG, GRUUUMF, hu hu hu han J’AI RIEN FAIT Putain… Qu’est c’que tu veux d’moi ? suppliait-il les mains en l’air, l’air canaille. Au coin des lèvres. Du vomi.
Hein ? J’y peux rien moi, j’te promets j’y suis pour rien. JE te promets. JE sais même pas qui t’es putain. JE te promets j’étais pas là.
Sa voix se faisait de plus en plus silencieuse. Psalmodiait les dernières volontés. D’un condamné. Un condamné innocent.
j’ai rien fait. …
…                                 jai rien fait
     … j’ai rien fait

TU avais tout donné. Tout ce que NOUS demandions. Sans détour. Sans omission. Mais NOUS voulions plus. Ce jour-là. Nous voulions plus que tout ce que TU pouvais offrir.

NOUS n’avons rien fait pourtant. C’est pas NOUS c’est un autre. Ce soir-là. C’était un autre. L’autre soir encore un autre. Celui d’après. TU as compris.
NOUS sommes morts, encore ce soir dans cette même pièce aux revêtement de velours. Dans la douceur cossue de TON garde-fou.
NOUS n’avons pas mérité ça.
NOUS n’avions rien fait.
NOUS.
NOUS.
NOUS.
NOUS….

TU nous décimeras jusqu’à faire entendre ta voix.
TU ES jusqu’au dernier.
TU resteras.
En NOUS.
Pour mieux comprendre notre langue.
Communiquer à armes égales.
Parler à travers nos tripes.
BLLLLAAAAAAARRRRP

IL ne reviendrait qu’une dernière fois sur les lieux du crime. Sa dernière fois. Lieu de perdition où seuls les hommes perdaient pied. Il l’avait marin mais il l’avait aussi mauvaise et accusait pour le moment, promptement les filles d'ensorcellement. Il savait qu’il y avait anguille sous roche mais elle était encore trop glissante pour lui...

ELLES avaient peur.
IL le sentait.
De quoi ?

D’une ombre. D’un au revoir. D’un adieu mal passé qui finit dans un placard.

TU es tu car tu es morte. Que NOUS t’avons tué. Ni tutoyé. Ni vouvoyé. Juste tu-é. Tu-méfié sous les coups, tu te méfiais pourtant. Mais trop tard.
Alors Maintenant TU feras entendre ta voix. La seule que les hommes peuvent entendre. La voix des condamnées pour cet auditoire damné. L’appel de la sirène à qui on a enlevé la parole. C’était la tienne contre la sienne. TU as perdu. Dernière fois. TU ne te laisseras plus faire. ILS déballeront leur sac d’une manière ou d’une autre.
C’était toi cette fois-là. Ce sera ELLES les prochaines. La voix pluriel. Comme une ritournelle en langue étrangère se déchiffra enfin à ses oreilles. Il n’avait plus besoin de dictionnaire.

Et oui l’inspecteur, à la bonne heure, pu enfin résoudre cette enquête pourtant ancestrale. Une enquête qui date de Mathusalem. Un secret de polichinelle caché dans un tiroir à double fond. Il lui fallut pour ça, passer l’arme à gauche mais il la gardait toujours précieusement dans son imper. Qu’importe l’heure. Qu’importe le flacon. Alors Deus Ex Machina, même si la faucheuse l’emporta en plein vol, l’affaire en cours méritait ce long courrier, ce billet sans retour. Et qui sait, il y aurait peut être encore des mystères à résoudre de l’autre côté. Des cold case de l'au-delà. Car Dura lex Sed lex, il n’était pas prêt à rendre son insigne.

= commentaires =

Nino St Félix

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Pute : 197
    le 08/03/2026 à 20:22:46
Si l'enquêteur avait été Heraklès Navet j'aurais été encore plus emmerdé, pour classer le texte.
Lapinchien

lien tw yt
Pute : 366
à mort
    le 08/03/2026 à 22:09:46
On nous sert ici un sujet d'une noblesse indéniable, drapé dans une morale aussi belle que nécessaire et une intrigue au potentiel proprement sublime. Pourtant, la progression dans ce marécage syntaxique s'avère être une épreuve de force, rendant la lecture d'une pénibilité presque physique. Un thème aussi vital ne méritait sans doute pas d'être traité de manière si cryptique, transformant le lecteur en démineur de métaphores opaques. On soupçonne alors l'auteur de vouloir nous infliger, jusque dans notre chair et nos neurones, toute la violence faite aux femmes pour que nous l'endurions au lieu de la comprendre par une pédagogie classique. C'est un choix radical de transformer le confort intellectuel en un véritable supplice sensoriel. Le lectorat est ainsi pris en otage, forcé de traverser ce calvaire pour espérer entrevoir la lumière d'une dénonciation nécessaire.

Les onomatopées, d'habitude si réjouissantes dans les textes de déconne, m'ont ici flanqué un mal de crâne carabiné et une solide envie de rendre tripes et boyaux. Ce déferlement de bruits organiques est le prolongement d'une volonté manifeste de faire subir au lecteur l'éviscération qu'il est censé analyser. Et cette grosse pute de bordel habituée aux finitions d'usage, et je parle bien sûr du lectorat, elle se retrouve tragiquement noyée sous une hyper-intellectualisation d'un problème sociétal vieux comme la nuit des temps. Transformer cette réalité crue en un labyrinthe conceptuel constitue un véritable crime littéraire qui mériterait le peloton d'exécution. Les inspecteurs de cette sinistre affaire auraient franchement mieux fait d'enquêter sur les raisons profondes poussant l'auteur à commettre un tel sabotage stylistique. Au bout du compte, on ressort de ce texte avec la nausée, se demandant si la cause justifiait vraiment un tel massacre de la clarté.

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