Je vous jure, mon vieux, que ce n’était pas une blague, pas une de ces foutaises qu’on formule en rigolant, en se donnant un air de philosophe de comptoir. Non. C’était une vérité nue, brutale, comme une lame de rasoir qui tranche dans le vif. J’étais là, dans cette foutue ruelle qui sentait le vieux béton humide, le goudron chaud, la poussière de trottoir mêlée à l’odeur âcre de la fumée de cigarettes abandonnées, quand tout à coup—boum—sans prévenir, comme un coup de tonnerre dans un ciel plombé—il est apparu. Pas comme un de ces types qu’on croise en passant, qui font leur numéro de rigolo ou d’errant sympathique. Non. Lui, c’était comme une hallucination sortie tout droit d’un cauchemar. Ou d’un rêve lucide, si vous préférez la terminologie plus sophistiquée. Il y avait dans sa silhouette quelque chose d’indéfinissable, comme si un cosmos en décomposition s’était matérialisé, tissé dans un tissu iridescent, qui réfléchissait la lumière crue et déformée du lampadaire sale.
Il surgit, là, derrière un lampadaire rouillé, dont la lumière vacillait, comme si elle aussi hésitait à rester en vie. La silhouette,enveloppée d’un vêtement qui semblait tissé avec la poussière d’étoiles mortes ou la cendre d’univers abandonnés, évoquait un spectre ou une apparition qui aurait dansé avec le temps lui-même. Ses yeux… Mon vieux, ses yeux ! Deux abîmes d’onyx, deux puits sans fond où se mêlaient la froideur glacée d’un vide cosmique et la phosphorescence d’une conscience extrême, d’un savoir interdit ou d’une lucidité démente.Ils brillaient d’un éclat mystérieux, insondable, comme si ses pupille savaient été plongées dans une substance obscure, un liquide d’éternité qui absorbe la lumière, qui aspire l’âme.
Ce regard, c’était une explosion de lumières phosphorescentes,mais aussi une déflagration silencieuse. Une lumière qui perce l’épaisseur de la réalité, qui fend la peau du cosmos pour révéler ce qui se cache derrière. C’était une lueur froide, cruelle, qui vous transperçait jusqu’au plus profond de l’esprit, comme si ses iris avaient été trempés dans le Mercure noir ou dans un liquide d’oubli. La couleur ,si on peut nommer cela couleur de ses pupilles évoquait un mélange d’obsidienne et d’éther, un noir profond, miroitant d’un éclat phosphorescent, comme si ses yeux capturaient la matière même de l’univers ou la conscience d’un dieu qui aurait oublié ses pouvoirs.
Et la voix ? Ah, la voix ! Mon vieux, la voix d’un gouffre insondable, d’un cœur mécanique ou d’un cerveau détraqué, qui craquait comme un vieux moteur diesel ou un organe rouillé. Elle venait d’un fond obscur, d’un puits sans fond, où se mêlaient des crachotements, des ronflements, des souffles de ferraille, comme si la montagne de Ferrat avait décidé de parler, ou comme si la mer de la nuit avait hissé ses sirènes pour entonner une prophétie funeste. Elle évoquait un monde où les voitures flottaient, telles des mouettes hallucinogènes, où la maladie se guérissait d’un simple souhait de l’esprit, où la faim, cette vieille prostituée de la misère, n’était plus qu’un mauvais souvenir d’enfance,déjà jauni et empesté par la poussière, par l’oubli, par la déliquescence.
Ce qu’il évoquait, ce n’était pas une utopie édulcorée ou unthéâtre d’ombres. Non. C’était une fresque de couleurs vives,douloureuses, comme un tableau de l’Apocalypse : un rouge sanguin pulsant comme un cœur en défaillance, un bleu glacial qui paralyse la pensée, un vert toxique, irréel, qui pique comme un venin lent ou un poison insidieux. La scène, c’était une métaphore visuelle de la fin du monde, un cauchemar peint à grands coups de pinceau sombre où toute la lumière blanche, immaculée, semblait s’étendre pour tout rincer dans un déluge d’aveuglement.
Mais dans cette lumière impitoyable, dans cette perfection illusoire, il percevait une vérité que la raison refoulait : notre planète, cette mère putain, avait été remplacée par un terrain vague, une étendue désolée où même les chiens, habitués aux relents de pourriture, aux carcasses de voitures en décomposition et aux odeurs de fer rouillé, refusaient de poser un pied. L’air lui-même était chargé d’odeurs plus complexes encore. La moiteur du béton humide, mêlée à la senteur métallique de la ferraille en train de rouiller, à celle, âcre, de la viande brûlée ou du gras carbonisé, à la puanteur de soufre qui s’échappait des fissures du sol, tout cela formait un parfum pestilentiel, comme un dernier soupir d’un monde qui s’étouffe dans sa propre putréfaction. La chaleur du soleil brûlait la ville, la saturant d’humidité, de poussière, et de cette odeur âcre, âpre comme le dernier souffle d’un cadavre en décomposition. La fumée, la poussière mêlée à l’odeur de friture carbonisée, tout cela s’accrochait à ses paroles, à ses yeux, comme une dernière enveloppe de désespoir.
Et puis, il lâcha, d’une voix tremblante, grave, comme un enfant qui aurait chuté lourdement ou comme un homme brisé par la vie : « Votre monde, c’est… chaotique. » Son souffle lourd, comme une àrespiration de cactus dans un désert aride, vibrante dans l’atmosphère chargée de poussière, d’humidité et de l’odeur âcre de la fin. La poussière de la cité, cette poussière invisible mais omniprésente, s’accrochait à ses mots comme un dernier vestige d’espoir qui se dissout dans la brise morose du crépuscule.
Là, mon vieux, ce qui dépasse l’entendement, c’est cette incapacité, cette impossibilité même, à saisir pourquoi nous nous battons pour des miettes de terre, pour quelques morceaux de pain rassis ou pour des bricoles insignifiantes. Pourquoi on s’écrase, comme des bêtes en cage ou comme des esclaves de l’absurde. Pourquoi nos guerres, nos misères, nos cœurs en lambeaux, comme des fresques fanées, ne cessent de saigner. Il fixait nos murailles, ces murs de béton, de fer, qui sentent la pourriture, et il se demandait, sans mot dire, si on n’avait pas tous pété un câble, si la démence n’était pas devenue notre seule maîtresse, notre seule vérité.
Mais ce qui le trouble le plus, et ce qui me bouleverse moi-même, c’est cette incapacité à saisir nos détresses, cette tempête intérieure qui nous dévore, cette folie qui nous consume de l’intérieur. Imaginez : un voyageur du futur, confronté à nos guerres sans fin, nos misères qui s’étendent comme une maladie contagieuse, nos cœurs en miettes, nos blessures qu’on refuse obstinément de panser. Il regarde nos prisons, ces murs de béton et de fer, qui enferment plus que des corps : ce sont nos rêves, nos espoirs, notre fragile architecture de l’humanité, en déliquescence. Et il doit se demander, dans le silence de ses pensées, si tout cela pourrait un jour changer, si la révolution n’est pas la seule voie, ou si la seule vérité est celle de la déchéance, de la perdition.
Il voit nos conflits, ces guerres absurdes, où la raison, dévorée parla démence, s’égare dans la folie furieuse. Où les drapeaux, les frontières, les idéologies, nos religions deviennent des prétextes pour s’entre-tuer, pour déverser la haine comme on verse du plomb en fusion. Il ne comprend pas. La paix, cette idée si simple, si noble, lui paraît si inaccessible, si chimérique, qu’elle semble une légende pour enfants naïfs ou une illusion de plus. La paix, c’est pour les naïfs, ou pour ceux qui ont oublié qu’on peut tout détruire en un instant, comme un enfant qui joue avec la dynamite et croit faire un feu d’artifice.
Il cligne des yeux, comme un aveugle cherchant la lumière, et il se demande si, déjà, nous n’avons pas sombré dans la folie, si cette démence déchaînée n’est pas notre seule réalité, notre seule vérité. Il voit tout cela, cette désolation, cette fin programmée, et il se demande, dans le silence de sa lucidité, si on n’a pas déjà sauté dans le gouffre, si on n’a pas déjà disparu, en hurlant, en criant, à l’aide mauvaise et désespérée, comme des âmes en perdition, comme des naufragés sans port.
Ce qui me frappe, moi, c’est cette incompréhension totale. La fracture gigantesque, abyssale, entre sa perception et la nôtre. La difficulté qu’il a à saisir nos motivations, nos désirs, nos craintes. Parce que, dans son futur, tout cela n’est qu’un souvenir, une ombre, un spectre qui danse sur les murs de nos consciences en déliquescence, comme un cadavre enseveli sous la poussière du temps. La peur, la haine, la guerre —des reliquats, des vestiges d’un passé révolu, des silhouettes chinoises projetées sur le mur de notre déclin. La sienne, à lui, c’est la simplicité, la pureté, la clarté. La nôtre, c’est un labyrinthe, une jungle dense et sombre, sans but, sans guide, où chaque pas pourrait être celui de la dernière erreur, de la chute fatale.
Et il regarde, il scrute, comme un homme perdu dans une tempête de contradictions qu’on a bâties de nos mains, comme un enfant qui joue à faire semblant d’être vivant alors qu’il ne sait plus pourquoi ni comment. Parce qu’au fond, mon vieux, c’est ça : on ne sait plus pourquoi on se bat. On s’accroche à des illusions, à des rêves crevés, à des miettes de bonheur qu’on ne peut même plus toucher. Et lui, du haut de son avenir, il doit se demander si on n’a pas déjà sauté dans le vide, si on n’a pas déjà disparu, en criant, en hurlant, à l’aide.
Je vous jure, mon vieux, que cette histoire-là, ce n’est pas un de ces mensonges qu’on se raconte pour faire bonne figure ou pour masquer l’effroi. Non, c’est une putain de vérité que je vous balance en pleine face, brutale comme un coup de massue sur le crâne. Une vérité qui vous enfonce comme un couteau dans le ventre, qui vous déchire à vif, que vous la vouliez ou non. Je me trouvais là, dans cette ruelle dégoûtante, où l’air empestait les ordures, le goudron brûlé, la poussière de béton et la ferraille rouillée. La chaleur, mon vieux, elle était comme un étau de plomb sur le cerveau. Chaque respiration, chaque bouffée d’air, c’était comme avaler du poison, comme si l’atmosphère elle-même se désagrégeait dans un dernier râle de décomposition.
Il ne comprend pas notre rapport au temps. Lui, qui vient d’un futur où tout file à une vitesse folle, où la mémoire ne retient plus que des cendres, où chaque instant est englouti dans un feu d’artifice numérique, ne peut saisir cette course folle, cette fuite vers des mirages qui ne mènent nulle part. Il voit nos gadgets, ces monstres lumineux, ces machines qui tournent sans arrêt, et il se demande si, dans cette fuite en avant, on n’a pas abandonné la seule chose qui vaille : l’humain, la conscience, le vrai, le sens profond de notre existence.
Et puis, surtout, il y a cette incompréhension abyssale face à nos peurs. Lui, qui vient d’un futur où la peur a presque disparu ou s’est transformée en un souvenir flou, doit voir nos angoisses comme une maladie incurable, une peste qu’on a soi-disant créée pour mieux nous détruire. Il regarde nos crises, nos violences, nos désastres, et il ne peut s’empêcher de se demander si, en cultivant cette peur, on n’a pas scellé notre propre arrêt de mort. La peur du lendemain, cette paralysie qui nous immobilise, lui paraît une folie, une erreur monumentale gravée dans notre propre tombe.
Il ne sait pas, mon vieux, comment, dans cette folie, on peut continuer à vivre, à espérer, à aimer. Parce qu’il voit la complexité de nos contradictions, la profondeur de nos illusions, la pauvreté de nos rêves. Nos erreurs, nos illusions, ce sont des cicatrices douloureuses, des tatouages noirs sous la peau malade d’une humanité qui s’éteint. Et il doit, de son futur, se demander si, si on ne se réveillait pas, si on ne brisait pas cette chape d’illusions, alors toute cette mascarade, toute cette folie, ne finirait pas en cendres, en poussière, en fragments d’éternité qui s’évanouissent avec le dernier souffle du dernier homme.
Je vous le dis, mon vieux, cette créature-là, ce voyageur issu d’un avenir que nos pires cauchemars ne pourraient même pas imaginer, il ne peut que scruter notre monde actuel avec un regard dégoûté, ahuri, presque écœuré. Son regard, si froid, si impénétrable, évoque une ouverture béante sur un abîme insondable où se disloquent nos illusions, nos certitudes ridicules, notre foutu sens de la vie. Il contemple notre civilisation, cette mosaïque de déchéance, et doit se demander, sans vraiment saisir, ce qu’on fout là, à poursuivre dans cette voie de destruction consciente et absurde, comme si l’Apocalypse n’était qu’une étape qu’on attendait avec une implacable impatience.
Il voit nos assiettes, ces assemblages grotesques de molécules chimiques, de conservateurs, de colorants et d’additifs, qui n’ont de solide que leur fragilité et leur nature éphémère. Et il doit se demander, dans une stupeur mêlée d’effroi, comment il se fait que nous ingurgitions encore cette bouillie synthétique, ces blocs informes de synthèse, alors qu’au futur tout cela ne serait qu’un vestige de barbarie, un monument à notre folie déraisonnable, une erreur irréparable. Parce que, pour lui, cette obsession de la nourriture chimique, c’est une folie pure, une stupidité qui dépasse toute rationalité. La gastronomie, dans sa vision du futur, n’est pas une nécessité mais un art sacré, une harmonie de saveurs authentiques, un lien indéfectible avec la terre, et non une usine de décomposition sensorielle et de dégradation systématique.
Et alors, à cet instant précis, il goûte mon burger. Et là, mon vieux, je vous jure qu’il doit avoir envie de vomir, comme si j’avais tendu devant lui une offrande de décomposition, une bombe molle et visqueuse de goût artificiel, une abomination de la gastronomie moderne. Son visage, se déformant comme sous l’effet d’un dégoût profond, doit se figer dans une expression de répulsion extrême. Ses yeux se plissent, sa gorge se soulève, et il doit se dire en son for intérieur, avec une horreur qui glace le sang : « Mais comment pouvez-vous encore avaler cette chose, vous qui savez, dans votre futur, ce que c’est que la vraie nourriture ? » La texture, la couleur, l’odeur, tout dans cette chose informe n’est qu’une construction artificielle, un cauchemar de l’industrie du fast-food, un monument à notre décadence. Et il doit se demander comment il est encore possible, dans cette époque de délabrement systématique, de faire semblant de prendre du plaisir devant une telle monstruosité, alors que, dans son futur, tout cela ne serait qu’un vestige de barbarie, un monument à l’imbécillité humaine.
Mais ce n’est pas tout. Ce qui le dégoûte encore plus, c’est cette dépendance morbide à nos téléphones portables, ces petits monolithes lumineux, ces engins de contrôle mental, qui sont devenus nos maîtres, nos maîtresses, nos bourreaux. Il ne peut concevoir cette obsession maladive, cette addiction collective, cette servitude volontaire que l’on se persuade d’appeler « connexion », alors qu’en réalité, on ne fait que s’enfermer dans une prison de pixels, une cage de lumière où tout n’est que superficialité, vacuité de sens. Là, dans son futur, chaque rectangle de plastique, chaque interface, est une cellule de confinement, une prison mentale où l’on s’enferme volontairement, comme des rats de laboratoire. La vraie vie, la sensation authentique, la rencontre sincère, tout cela, c’est devenu un vieux rêve, une légende oubliée, un souvenir lointain que l’on ne peut plus atteindre.
Il voit cette dépendance pathologique comme une maladie mentale, une pathologie de masse, dont la cause lui échappe mais qu’il ressent comme l’ultime symptôme de notre effondrement inéluctable.
Parce que, pour lui, chaque instant où l’on se remplit la panse de ces merdes, chaque fois qu’on se coupe volontairement du réel pour se noyer dans cette mer de pixels et de notifications insignifiantes, c’est une étape de plus vers notre disparition. Et cette lente autodestruction s’accompagne, bien entendu, de toutes sortes de guerres, de variétés de conflits qui, toutes, déchirent et détruisent notre humanité déjà malade : la guerre du tyran en soif de conquête, avide de pouvoir, prêt à tout dévaster pour étancher sa soif sanguinaire ; la vengeance contre un autre pays, pour une raison x ou y, qui ravage tout sur son passage ; la guerre de religion, cette folie fanatique, cette rage aveugle qui, au nom d’une vérité présumée, impose la mort, la destruction, le chaos.
Je vous le dis, mon vieux, face à cette monstruosité de fer, à cette bête de béton et de vapeur qui dévore la planète avec l’appétit vorace d’un ogre dément, je me demande si je n’ai pas sombré dans une folie irréversible — ou si, pire encore, je ne suis pas déjà en train de devenir l’un de ces spectres hantés par l’évidence de notre propre effondrement.
Voyez-vous, cette créature, cette machine infernale si monstrueusement organisée, ne peut qu’éveiller en moi une répulsion viscérale, une nausée profonde, comme si j’avais devant moi le reflet déformé d’une humanité qui se décompose, qui se détruit dans un ballet de destructions programmées, de délires technologiques et de folies industrielles. Son regard, si glacé, si impénétrable, évoque une ouverture béante sur un gouffre insondable, où se disloquent nos illusions d’autosuffisance, nos certitudes de progrès et nos illusions naïves de lumière. Elle scrute notre civilisation comme un spectre, un spectre qui se remémore, avec une sorte de répulsion viscérale, la grandeur d’un passé révolu, le rêve de toute une humanité qui s’est perdue dans la décomposition.
Ce regard, si froid, si impassible, semble sonder nos âmes comme un scalpel, révélant l’étendue de la déliquescence, la fragilité de nos constructions, la vacuité de nos certitudes. Il doit se demander, avec un étonnement mêlé de terreur, ce que nous faisons encore là, dans cette marche absurde vers la fin, comme si l’Apocalypse, cette fin de cycle, n’était qu’une étape banale et prévisible de cette évolution morbide, irrésistible, vers la barbarie totale. Nous, humains, bâtisseurs de tours de Babel de plus en plus haut, qui ne sommes que des insectes insignifiants face à cette démesure de destruction.
Ah, mon vieux, voilà une scène qui vous cueille comme une lame dans le ventre, une de ces visions où l’atmosphère se fait aussi pesante qu’un cercueil de plomb, où chaque souffle devient un dernier soupir, une admission silencieuse de la fin prochaine. Imaginez, si vous le voulez bien, cette ambiance saturée, presque palpable, où la réalité elle- même semble s’effriter sous la pression d’un destin inexorable, comme si l’univers tout entier se délitait dans un dernier balancement chaotique avant de sombrer dans l’abîme. C’est une atmosphère où l’espace se contracte, où le temps paraît s’étirer comme une vieille chenille fatiguée, avant de se dissoudre dans une brume indéfinie.
Et de cette brume surgit une figure, un spectre, un oracle de la décadence, un témoin impassible du déclin, d’une impassibilité presque métaphysique.insondable — évoque la froideur d’un jugement cosmique. Il ne parle pas, il ne crie pas. Il ne pleure pas. Son regard, cette glace impénétrable, témoigne de la désagrégation interne, de la chute inexorable de ce qui a été, de ce qui aurait pu exister, de ce qu’on aurait pu sauver si la conscience collective n’avait pas été si aveugle. Son regard seul, ce miroir sans fond, en dit long. Peut-être, après tout, il n’est qu’un témoin de la loi implacable de l’entropie, ce principe qui régit toute chose, qui pousse l’univers vers son propre déclin, inéluctablement, sans merci.
Un instant, il ne parle pas. Il ne fait pas un geste. Il demeure là, impassible, spectateur d’un spectacle dont il connaît déjà la fin. Il contemple, d’un œil froid, cette scène ultime où tout s’effondre, où la réalité, comme un vieux château de cartes, se désagrège sous la moindre brise. Son regard n’est pas une menace, c’est une sentence. Peut-être même une prophétie.
Et hop, le zouave disparaît… comme ça, d’un claquement de doigts, dans une lumière qui s’éteint, dans un souffle d’oubli, dans un soupir de fin de règne. La disparition n’est pas une sortie, c’est une dissolution ; le départ d’un acteur vers un silence éternel, la dissolution d’un personnage dans l’ombre d’un univers qui se désintègre.
Et hop, le zouave disparaît…
Plus rien. Absolument, totalement rien. Le néant, cette étendue insondable, s’étale comme une mer de cendres qui engloutit tout, où aucune lumière ne pénètre, où tout ce qui a été s’efface dans l’obscur, comme une étoile qui se désintègre, emportée dans le vide intersidéral.
La scène, cette dernière scène, se dissout, se désagrège, comme un tableau que l’on aurait brisé en mille morceaux pour voir si l’on pouvait encore y retrouver la moindre trace de ce qu’il représentait. Plus de bruit, plus de mouvement, plus de vie. Juste ce silence, cette immobilité qui devient le sanctuaire ultime de l’oubli, la tombe définitive du souvenir, le dernier refuge où tout ce qui avait un jour de la substance, de la couleur, de la chaleur, s’efface dans l’écho d’un dernier soupir.
Je reste là, seul, face à cette scène d’une fin irréversible, comme un témoin silencieux de l’ultime tableau, du dernier acte d’une pièce sans acteurs, sans spectateurs, sans espoir. Je me demande si je ne suis pas déjà mort, si je ne suis pas cette ombre errante, ce spectre désincarné, qui contemple, impuissant, cette déchéance, cette désintégration inévitable.
Peut-être que ce voyageur venu d’un futur désolé n’était qu’un mirage, une hallucination née de mon épuisement ou de mon désespoir sans limite, ou simplement une projection de mon propre effondrement intérieur. Peut-être que tout cela n’est qu’un rêve, un cauchemar sans fin, une illusion dans laquelle je suis condamné à rester, à regarder la fin de tout, dans le grand silence du néant.
Parce qu’au fond, cette folie qui nous hante, cette marche inexorable vers la déchéance, cette danse macabre où nous sommes comme des pantins désarticulés, n’est-ce pas déjà inscrite dans la trame même de mon propre esprit ? N’est-ce pas moi, aussi, en train de me désagréger, comme une étoile fanée ou une comète glaciale qui s’éteint dans l’obscur ? La dégradation n’est pas une menace extérieure, c’est une loi intérieure, une loi cosmique gravée dans le code même de notre existence, inscrite dans chaque neurone, chaque fibre, chaque souffle. La désintégration, cette règle implacable, n’est pas une fatalité extérieure :c’est la loi fondamentale, celle qui régit tout, qui pousse l’univers, la conscience, la matière, vers son délabrement final.
Et je reste là, immobile, fixé sur cette scène sans fin, ce théâtre invisible où tout se délite, où tout s’évapore comme une vapeur de rêve ou une poussière d’étoile emportée par la brise du néant.
Je me demande si je ne suis pas déjà cette silhouette sans visage, ce témoin silencieux d’un dernier souffle d’humanité, qui s’éteint dans la nuit glacée de l’éternel oubli, dans le grand silence du cosmos qui avale tout, qui emporte tout, dans cette immense vacuité où toute trace de vie, toute mémoire, toute conscience ont été aspirées, englouties, dans le silence infini du néant.
Il vit notre fin.Nous mastiquons l’oubli.
Le néant rit.
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Ce texte est une branlette littéraire, certes bien fichue mais dont la finalité est purement masturbatoire, où l’auteur s’asphyxie dans son propre déclinisme pour tenter de faire passer une vision du tur-fu de pacotille pour de la haute philosophie. Bien évidemment, le mec du tur-fu dont il parle est Booba. J’suis trop en avance pour leur demander l’heure ! Car ici, le Duc de Boulbi regarde ce déballage de clichés avec un mépris souverain. L'auteur pleurniche sur de la poussière d’étoiles mortes alors qu’il est simplement allergique à la vitesse du monde moderne. C’est un mantra obsessionnel du "c'était mieux avant " déguisé sous des adjectifs pompeux qui sentent la crise de la quarantaine. Sérieusement, qui fait une attaque cardiaque métaphorique devant un smartphone ? Tu veux revenir à l'ère des 2 pots de yaourts reliés par un bout de ficelle ? Et puis d'abord, smartphone ou pot de yaourt, on s'en fout. C'est juste la façon de les utiliser qui compte. On peut tuer un homme avec les deux mais on peut tout aussi bien sauver un mec qui a fait une fausse route et s'étouffe en les lui carrant par surprise et assez de conviction dans le cul.
Ce que tu nommes prison de verre , Booba l'appelle shnekzer de ta descendance. Ton apocalypse en carton et ta planète chiatique ne sont que les jérémiades d'un loser darwinien incapable de suivre le rythme de la sélection naturelle technologique. Izi , ton odeur de putréfaction n'est que le parfum du changement radical que ton esprit fossilisé refuse de valider par pure lâcheté intellectuelle. Chaque ligne transpire la défaite de celui qui préfère le passé poussiéreux à l'éclat brutal d'une réalité qui fonce vers le tur-fu sans l'attendre.
L’auteur est tellement shooté à son propre pessimisme qu’il en oublie les bases de la logique et s'embourbe dans un paradoxe : il utilise un voyageur temporel, B2O, comme un haut-parleur pour ses propres angoisses, mais il oublie que si le gars est là, c’est que le monde ne s’est pas arrêté de tourner et n'est pas allé au néant. Si Booba débarque du tur-fu, c’est qu'il y a un tur-fu et aucune des menaces énumérées de manière obsessionnelle n'ont tué personne. En gros, l’auteur s’est pris les pieds dans son propre tapis de métaphores sombres. Il a voulu faire du style Izi en oubliant que si le Duc est dans la place, c'est que la fête continue. De toutes façon, si B2O était dans le coin, il dirait : Le savoir est une arme et j'te la mets jusqu'à la ge-gor comme si j'baisais Mimie Mathy par son anus.
Quand ton zouave s’évapore dans le néant, ce n’est pas une tragédie cosmique, c’est juste Booba qui rentre dans le tur-fu parce que ton époque pue l'ennui et le manque d'ambition. Le bitume avec une plume , sauf qu’ici la plume pisse un charabia défaitiste sur un monde qu’elle ne comprend plus du tout. Ton obsession pour le vide et la désintégration n'est que le reflet de ta propre vacuité, celle d'un auteur qui se regarde couler dans une ruelle humide. Arrête de chercher des dieux oubliés dans des poubelles et admets que ton texte est une longue plainte compulsive contre la marche inéluctable du progrès vers le tur-fu. Finalement, cette œuvre est un pousse-au-suicide pour un public de dépressifs nostalgiques d'un âge d'or qui n'a jamais existé.