LA ZONE -

Il y a fort longtemps...

Le 19/03/2026
par Lindsay S
[illustration] [INTENTION]

J’écrirais bien de la SF.
Mais je ne suis pas très douée quand ça manque d’ancrage. C’est mon côté autocentré : je ne sais parler que de moi.

Si j’en écrivais, ce serait sûrement une histoire tragique.
Je me souviens d’un récit qui m’avait marquée : un vaisseau atterrit sur une planète infestée d’insectes d’une cinquantaine de centimètres, chacun cherchant à parasiter un humain.
L’histoire se terminait bien pour le héros — il survivait, il chassait les aliens.
Mais le dernier plan le montrait endormi, agité, parasité par l’un d’eux.

Le même concept que Matrix.
Ce type de SF me plaît. Je détesterais être privée de mes capacités ou de mon libre arbitre — pire encore, vivre dans l’illusion d’un pouvoir qu’on m’aurait arraché.
Mais n’est-ce pas déjà notre condition ?
Vivre dans l’illusion d’un choix, alors que nos décisions se résument à suivre des valeurs sociétales, culturelles, et à assurer nos besoins de survie, de sécurité, de lien.

Mais quand même, la SF, c’est cool.
Ça permet de dénoncer, de caricaturer, d’assumer des choses très contemporaines sans en avoir l’air.
Une prise de position low cost, safe and free.

Je n’aime pas la fantasy, par contre.
Je n’ai rien contre l’idée de créer un univers, une foultitude de trucs et de machins aux noms imprononçables — mais avec ma dyslexie, c’est ingérable.
Déjà, quand il y a trois personnages avec des noms proches, je me perds.
Alors quand les noms ne s’impriment pas dans ma tête, c’est la cata : je me retrouve avec des diminutifs pour chaque truc, et je finis par tout mélanger.

Je pourrais écrire une SF autocentrée et métaphysique, une sorte de fiction spéculative émotionnelle, où le décor technologique ne serait qu’un miroir de mes obsessions :

- la perte de contrôle,
- la survie dans un environnement hostile,
- la conscience d’être manipulée,
- la peur de vivre dans une illusion.

Du Philip K. Dick sans le vouloir, mais avec mon ton à moi — plus organique, plus ironique, plus contemporain.

Ou pas.
Je pourrais juste balancer un truc un peu connu, un peu original :

Il y a fort longtemps, dans la dimension H, vivait et mourait un peuple opprimé par une entité gourmande et aveugle.
[TEXTE]

Il y a fort longtemps, dans la Zone H, vivait - et mourait souvent - un peuple opprimé par une entité gourmande et aveugle.

Ce chef, mi-femme mi-Roger, n’était ni sage ni bon.
Il ne savait que penser à lui.
Il défilait régulièrement, se donnant en spectacle devant le peuple de la Zone H, convaincu que ses contemporains ne savaient pas apprécier son engagement, ni la grandeur de sa vision nationale.

Le peuple, loin de se soumettre, se rebellait de temps à autre.
Mais le chef accueillait leurs débordements avec une indifférence polie, servie d’une démagogie sucrée, du genre qu’on réserve aux enfants capricieux : un peu de flatterie, quelques promesses, et surtout, beaucoup de mépris.

Il avait, comme tout bon souverain universel, été investi d’un pouvoir suprême : celui des urnes — et d’un train de vie des plus enviables.

Il se nourrissait dix-huit fois par cycle diurne, et par les cinq orifices prévus à cet effet.
Pour ce faire, il collectait régulièrement auprès du peuple des préparations culinaires, des boissons euphorisantes, de jeunes vierges de tout sexe et des animaux à poils doux.

Cette ponction quotidienne nuisait gravement aux besoins et au développement de la Zone H.
Mais Iel s’en moquait, occupé à alimenter son génial plan, à peaufiner sa vision économiste et à s’entêter à sauver le monde des affres de la famine et du dépeuplement.

Il y avait - évidemment, puisque c’est de la SF - un héros bodybuildé, suant et huilé, brandissant ses certitudes comme une épée.
Il s’était juré de traverser la Zone H pour faire entendre raison au souverain, quitte à relier, d’un seul coup de lame, ses cinq orifices entre eux.

Il était empreint d’une nudité équivalente à sa naïveté : vierge, comestible et au poil doux. Son plan était donc tout trouvé : se rendre au palais et se faire recruter comme victuaille.

Sa traversée du pays fut riche en rebondissements - mais pas trop, histoire de ne pas trahir le propos.
Il y rencontra des camarades qui, sans lui ressembler (il faut bien de la diversité en SF), nourrissaient comme lui l’espoir d’un avenir meilleur.

Chaque rencontre se fit dans le sang et la douleur.
Il en sortit certes moins pelucheux, mais plus déterminé.

Chaque épreuve mit évidemment en exergue, à sa façon, la bêtise de l’entité, obstinée dans un comportement qui créait plus de problèmes qu’il n’en résolvait.

Il croisa certainement Iel, lors d’une démonstration spectaculaire, mais le timing fut bien trop mauvais pour permettre une prise de contact efficace.
Il en tomba toutefois éperdument… en colère.
Et cette rage nourrit chacun de ses pas suivants.

Son équipée, désormais composée d’une loutrhérisson, d’un radiateur à bain d’huile dont l’intelligence artificielle avait mystérieusement pris vie, d’une enchanteresse végétarienne et athée, et d’un jeune - mais agressif - chaton noir, se présenta devant la demeure de la directrice-présidente-générale-recruteuse-des-victuailles-en-chef, afin de faire valoir son besoin d’être consommé par Iel.

Une dernière étape mit son équipe à rude épreuve.
Tous sacrifièrent une part importante d’eux-mêmes - jusqu’à leur vie - pour permettre à notre héros, appelons-le Mignon, d’atteindre le rang convoité de victuaille.

Mignon fut ensuite assaisonné et préparé.
On lui offrit de la nourriture - pour le poil,
des médicaments - pour la santé du consommateur final,
et un gel à base d’eau - pour un enfilage sans heurts.

Puis il fut introduit auprès, ou plutôt au dedans, de Iel.

Ce repas le sustenta tant et si bien que, dès le lendemain, Iel réclama dix-neuf repas diurnes.

[Tout ceci n'est évidemment qu'un délire malade dans un cerveau fatigué. Jamais je n'écrirai de SF!



[RÉCEPTION FANTASMÉE]

Commentaire laissé par un lecteur admiratif sur la plateforme :
Ah, enfin un texte qui ose tout. Héros naïf, comestible et poilu, loutrhérisson, radiateur vivant et enchanteresse athée : le bestiaire est plus inventif que certains dictionnaires. Et le tout pour nourrir les cinq orifices d’un chef mi-femme mi-Gérard, parce que la SF classique, c’est trop banal.

On pourrait craindre l’indigestion, mais non : chaque excès est soigneusement dosé, chaque digression grotesque est ponctuée d’ironie. On rit, on grimace, on se demande si l’auteur ne se moque pas de nous depuis le début et, ben si.

La première partie, introspective et métaphysique, prépare le terrain : liberté, contrôle, illusions… pour mieux nous propulser dans ce délire organique et trash.On est à la fois fasciné, amusé, et vaguement horrifié. C'est un chef-d’œuvre d’absurde calibré, qui ne plaira pas aux timorés mais fera jubiler le lecteur de La Zone.

= commentaires =

A.P

Pute : 153
    le 18/03/2026 à 15:26:19
Effectivement, la SF c'est vraiment pas pour toi.
Lindsay S

Pute : 262
    le 18/03/2026 à 15:28:26
Aïe
A.P

Pute : 153
    le 18/03/2026 à 15:32:14
Et en plus m'a file d'attente de la caisse est plus longue que la lecture ! C'est une honte. Je veux et j'exige que tu occupes mon temps d'attente ! Et que tu me rembourses cette lecture gratuite. Na!
Lindsay S

Pute : 262
    le 18/03/2026 à 18:17:07
Dois je réellement donner du crédit aux critiques de l'auteur de "souvenirs de prof" la trilogie...?


Nan.
Lapinchien

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Pute : 379
à mort
    le 18/03/2026 à 19:04:08
Désolé mais j'ai passé ma journée à combattre des Zombisounours à mort jusqu'à ce qu'ils en chient leur petit cœur guimauve et que la remise en question de leurs plus intimes certitudes les conduise à intégrer une secte sataniste cannibale de leur choix, donc j'ai pas encore eu le temps de lire. Je poste le second texte du jour et je m'y attelle juste après.
Lapinchien

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Pute : 379
à mort
    le 18/03/2026 à 19:52:48
La Zone H est une métaphore transparente de la plateforme lazone.org. On peut supposer que le récit dépeint le site comme un organisme s'auto-dévorant sous l'influence d'un passé traumatique. nihil, le créateur exilé en Scandinavie, est représenté par cette entité gourmande et aveugle qui ne fréquente plus physiquement son propre royaume. Cette SF autocentrée refléterait l'isolement du fondateur face à ses propres démons métaphysiques et son incapacité à s'ancrer dans le réel. Le texte souligne ainsi l'obsession de la perte de contrôle et de la survie en milieu hostile.

L'équipe hétéroclite du héros — loutrhérisson et radiateur — symbolise sans doute la diversité baroque des administrateurs comme lapinchien, Glaüx-le-Chouette, Dourak Smerdiakov ou Mill. Le site publie effectivement des textes sombres, débiles et violents qui refusent tout compromis avec les idéologies racistes et fascistes. Le souverain "mi-femme mi-Roger" incarnerait la dualité instable du pouvoir et de l'ego au sein de cette hiérarchie souterraine. Les administrateurs tels que Cuddle, Laetitia Giudicelli, Nino St Félix, Caz ou Lindsay S maintiennent l'illusion d'un choix dans un système régi par la survie pure. Chaque membre de l'équipe sacrifierait sa propre identité littéraire pour nourrir l'ogre de la littérature underground.

Clacker, le Grand Inquisiteur, orchestre la fin tragique où le texte finit littéralement ingéré par les orifices du pouvoir. La fameuse "déchiqueteuse du cul de l'auteur vers laquelle sont expédiés les textes refusés" serait ici illustrée par l'assimilation physique du héros naïf. Le récit dénonce une circularité où la critique ne sert qu'à augmenter l'appétit insatiable du système pour de nouvelles victimes. Le message caché suggérerait que la résistance esthétique finit toujours par être digérée par l'institution même qu'elle prétend combattre. La SF est utilisée comme un masque ironique pour caricaturer la gestion interne et sans pitié de la Zone. L'auteur nous avertit finalement qu'entrer dans la Zone, c'est accepter de devenir une sorte de fast-food qu'on engloutit vite fait quand on a la dalle en passant par ces 4 stades évolutifs :

1) La Soumission : L'auteur apporte son « poil doux » (sa naïveté, son talent).

2) La Digestion : Le système (les critiques, la modération violente) broie le texte.

3) La Croissance de l'Entité : Cette destruction renforce l'aura de sans pitié du site, ce qui attire de nouvelles victimes.

4) L'auteur en bout de cycle retourne au stade anal et joue avec son caca enfermé dans une pièce capitonnée pour l'éternité, jurant mais un peu tard qu'on ne l'y prendrait plus et qu'il n'écrira jamais plus un putain de texte de sa vie.

Mais maintenant que j'y pense, peut-être que ça parle de René en fait ? Je vais reconsidérer la chose et je reviens après avoir mangé, le premier machin qui traîne, sur le pouce.
Édition par le commentateur : 2026-03-18 20:45:43
A.P

Pute : 153
    le 18/03/2026 à 20:01:20
Me prendre au sérieux est la plus grave erreur que l'on puisse commettre !
Plus grave encore que d'utiliser une râpe à fromage pour s'épiler les poiles pubiens.
Et je sais de quoi je parle !
Lapinchien

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Pute : 379
à mort
    le 18/03/2026 à 20:40:04
Mea culpa, j’ai fait fausse route : ce récit n’est pas une métaphore de nihil, mais un portrait au vitriol de René, le troll masculiniste qui harcèle la Zone de ses textes indigestes. Ce héros poilu et naïf représente en fait cet auteur s’agrippant comme un morpion érotomane au site, malgré l’effacement systématique de ses commentaires réactionnaires et conspirationnistes par la modération. L’entité mi-femme mi-Roger et les cinq orifices par lesquels il s'empiffre moquent son obsession pour un patriarcat rance et une vision dégradante des femmes, servie à grands coups de marteau-piqueur idéologique. Sa quête de victuaille illustre sa volonté pathologique de s’imposer dans un espace progressiste pour y déverser son rejet des régulations sociales et son culte des traditions les plus puantes. Le texte tourne en dérision son comportement de victime volontaire qui, sous couvert d'héroïsme, ne fait que nourrir la machine à broyer les contenus fascistes et misogynes, c'est à dire lazone.org en cobranding avec l'Ordre de la Saint-Con. On espère d'ailleurs que quelqu'un aura l'idée médiocre et anecdotique de cramer ce gros con, ce 10 avril. Peut-être une bonne idée de texte collectif dans un esprit "Crime de l'Orient Express" de Christie. Et tout le bel environnement SF dans lequel évolue l'histoire est bien entendu son cul dans lequel il va bien finir par retourner quand sa session finira d'expirer dans des souffrances qu'on lui souhaites les plus atroces possibles.
LePouilleux

Pute : 45
    le 19/03/2026 à 10:24:58
Titre alternatif : Vie et mort d'un plug anal
Nino St Félix

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Pute : 214
    le 19/03/2026 à 13:33:50
Ah, enfin un texte qui ose tout. Héros naïf, comestible et poilu, loutrhérisson, radiateur vivant et enchanteresse athée : le bestiaire est plus inventif que certains dictionnaires. Et le tout pour nourrir les cinq orifices d’un chef mi-femme mi-Gérard, parce que la SF classique, c’est trop banal.

On pourrait craindre l’indigestion, mais non : chaque excès est soigneusement dosé, chaque digression grotesque est ponctuée d’ironie. On rit, on grimace, on se demande si l’auteur ne se moque pas de nous depuis le début et, ben si.

La première partie, introspective et métaphysique, prépare le terrain : liberté, contrôle, illusions… pour mieux nous propulser dans ce délire organique et trash.On est à la fois fasciné, amusé, et vaguement horrifié. C'est un chef-d’œuvre d’absurde calibré, qui ne plaira pas aux timorés mais fera jubiler le lecteur de La Zone.
Nino St Félix

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Pute : 214
    le 19/03/2026 à 13:34:25
seul bémol : c'est pas une nouvelle SF, c'est un squelette Fantasy, mais on va pas chipoter.
Maëva Zeppeli

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Pute : 2
    le 19/03/2026 à 13:38:42
L’issue me frustre.
Lapinchien

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Pute : 379
à mort
    le 19/03/2026 à 13:40:34
@LePouilleux : c'est effectivement une belle alternative à "La vie, l'oeuvre et les pensées profondes en apnée dans son cul de René"

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