J’vais écrire. Je vois bien que vous allez avoir du mal à suivre sinon. Imaginons que ce soit ma déposition : je signe ici mes aveux.
Oui, j’ai brûlé ce mec. C’était un con.
Je sais pas si j’ai une théorie, ou un tempérament de vieille râleuse coincée dans un corps de jeune femme.
Quand un type pisse comme un chien, les gens trouvent ça “dégueu”.
Moi j’appelle ça un signal d’alarme civilisationnel. Le premier : mon collègue de bureau, gros connard vicelard, préfère uriner dans le parking plutôt que d’utiliser les commodités. Il tripote comme il insulte, et moi je reste là, à me dire : encore un mec qui se croit intouchable. Super.
On m'a dit que je supporte mal les gens. Tous les gens. Moi je parle d'oppression.
J’ai sucré son café quelques jours. Mardi matin, je le guette. Puis je l’entends hurler. Je risque un œil : il court, il tourne, il se jette au sol. Une seconde, je me dis que j’suis allée trop loin. Puis je respire. Et je profite du spectacle. Bon. Surtout parce qu’il m’a énervée.
J’ai grandi dans une éducation puribonde. Mme de Réan, ma prof et mère spirituelle, répétait toujours : “Une bêtise mérite sa punition.” Alors j’ai appris tôt à cataloguer les cons. Et à les marquer. D’abord en imagination. Ensuite un peu plus sérieusement.
Mes parents ? Absents dès la naissance. Pas physiquement. Mentalement, c’était du Airbnb. Merci pour l’amour inconditionnel.
Heureusement, il me restait la bibliothèque. Et les hôpitaux. Trimballée de l'un à l'autre, cobaye docile. Tout n'y est qu'hygiène et asepsie, au point que même la bouffe a un goût de javel. Tout pique, tout racle, tout stérilise.
Je suis malade mais heureuse.
Les enfants sont des crabes : pas de voix, pas de ressenti, mais un instinct de conservation redoutable. Moi, j’étais une petite crabe badass, avec un cerveau de gymnaste et un corps qui n’en faisait qu’à sa tête.
Je dramatise, mais c’est ma passion.
Naturellement, je me tourne vers la microbiologie. Stériliser, ensemencer, compter les bactéries… plus facile que de compter sur mes jambes. Mais avec Art.
Virée. Paraît que "à peu près" n'est pas une unité de mesure. Alors, je prends la plume. Je dénonce. Le patriarcat pèse, lourd, comme une loi jamais écrite mais toujours appliquée. Les hommes défilent, sûrs d’eux, intouchables. Moi, je n’hérite que des flammes. Et ces flammes, croyez-moi, je les allume.
Je file à la droguerie. Chimie ? Je maîtrise. Expérimentations ? Check.
Ma chimie à l'arrache… j’espère que ça marche. Parce que si je dois refaire les calculs, je deviens fleuriste.
J’ai fait un tableau Excel pour suivre mes expériences. Il est moche. Comme mes résultats.
Je brûle un rat. Puis un deuxième. L’odeur me vrille le nez. Les couinements déchirent l’air. Et pourtant je fronce les sourcils : trop ou pas assez ? Il faut que ça crame juste assez. Sinon c’est raté. Oui, je suis une scientifique frustrée, une militante enragée et… une fille un peu débile.
S'il pisse à l'air libre, le jet s’enflamme, remonte jusqu’au robinet, puis via les canaux intérieurs. Je vous épargne les noms. À ce stade, la réaction devient difficile à contrôler… et le rat se retrouve littéralement brûlé par ses propres couilles. Panique. Douleur ciblée. Flammes locales. Un incendie sur-mesure.
Les cons vont avoir chaud, parce qu'avant de venir vous trouver, j’ai dilué ma production dans l’eau de la ville. Petite échelle. Mais depuis quatre jours, tous ceux à qui ça arrive boivent, cuisinent, se lavent avec cette eau. Le produit est installé dans le système. Et je me demande si la température en ville n’a pas déjà commencé à monter.
Monstrueux ont titré les journaux. Tout est relatif. J’ai vu pire dans les réunions d’équipe.
Si vous voulez tout savoir, c’est surtout de l’agacement personnel mis sous microscope scientifique. Et un peu d’ego mal placé.
J’ai noté tout ça dans mon bullet journal. C’est scientifique, un bullet journal. Il me semble. Entre « payer l’électricité » et « arrêter de m’énerver pour rien ». En vrai : je n’ai coché aucun des deux.
Franchement, qui fait brûler ses collègues après avoir lu des manuels de microbiologie et survécu aux hôpitaux ?
Je suis un concept flou, si quelqu’un trouve mon gratin, dites-lui que j’arrive.
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Ce texte s'inscrit dans la première consigne de la Saint-Con, puisque posté avant la publication de la seconde consigne.
Il ne s'attaque pas directement au patriarcat et met plutôt en scène l'élimination par le feu d'un con standard défini par sa vulgarité et son comportement de prédateur social plutôt que par une appartenance politique explicite, enfin je crois car je n'ai pas bien capté si à la fin la narratrice butait juste un mec, ou plusieurs, voire tous les mecs via un virus dans les égouts.
Cela dit, plein d'indices dans ce texte montrent sans le moindre doute que c'est une attaque contre le patriarcat, que son auteur en ai eut l’intentionnalité ou pas.
La narratrice utilise effectivement un lexique militant (patriarcat, oppression) même si elle cible un cas particulier cumulant à lui seul toutes les tares et perversions que le patriarcat injecte dans les hommes qu'il produit et qui ne se remettent pas en cause.
En effet, le collègue visé est décrit comme un harceleur de bureau, un réac et gros beauf.
La fin avec la mise en avant d'une sorte de nihilisme destructeur où la quête d'hygiène civilisationnelle justifie une violence scientifique et terroriste est un peu plus cryptique pour moi mais j'imagine que c'est juste lié à la radicalité des consignes de la Saint-Con et de son esprit déconne in fine.
Ça c'est que j'attends d'un texte de Saint Con, même si cette année le contexte est particulier.
Le con est clairement défini, par son côté caricatural, donc pas la peine de passer du temps à nous prouver que c'en est un. L'idée de prendre feu en pissant, j'adore, original, drôle, cruel, efficace.
Tous les mecs y passent ? Ça me pose aucun souci, le curseur est poussé au max, c'est assumé, l'héroïne a un plan machiavélique sous forme de solution finale, je prends. Et puis elle nous est présentée comme désabusée, donc c'est pas déconnant du tout.
Le masculinisme est une constituante du fascisme, donc c'est dans les clous. C'est bien écrit, humour à petite dose, ce qu'il faut pour que ça reste sérieux sans se prendre au sérieux.
J'ai tout aimé, j'ai rien à redire.
C'est bien simple, si on m'en donnait les pouvoirs, je lui mettrais 9 sur 10 (je réserverais le 10 à mon texte)
Les masculinistes sont prosélytes. Je ne suis pas bien sûr que les beaufs dans ce texte soient prescripteurs de leur propre beaufitude, ce sont juste des produits du patriarcat n'ayant pas une once de recul sur eux même. Pour moi, les masculinistes c'est bien pire parce qu'ils théorisent leur connerie en idéologie merdique et répandent activement la bonne parole et la diffusant et en militant.
Mais en fait, j'en sais rien. Quoi qu'il en soit si tu veux un cramage de mascu, tu vas être servi pas plus tard que tout de suite.
comme d'hab j'ai rien compris, mais comme d'hab je te fais confiance pour que ce soit pertinent.
Je crois qu'en fait, je parlais du sketch des Inconnus sur la différence entre le bon et le mauvais chasseur, mais qu'on s'en branle au final, vu qu'il faut les flamber tous les deux.
Sauf que si j'ai bien compris l'eau contaminé l'est pour tout le monde, c'est "l'eau de la ville" et a moins qu'elle n'ait été réservée aux hommes, c'est a un génocide de cons (mais potentiellement d'innocent, puisque la plupart des êtres humains pissent effectivement a l'air libre, si tant est donc comme je l'ai compris que c'est le déclencheur de la crémation). Bref je veux pas faire mon néné la science mais j'ai l'impression que ça vise plus large que les beaufs/mascu, ça vise même très (trop) large ? Ou alors encore une fois j'ai rien compris et je devrais aller m'immoler, Saint Con oblige.
Ça va tuer des enfants, en effet. Dont peut-être celui qui aurait découvert le remède contre la famine. C'est très dommage. Mais prendre feu par la bite, ça vaut bien quelques sacrifices.
J'arrive pas à savoir si je trouve la construction hyper habile ou foutraque. Ca me maltraite et j'aime beaucoup qu'on me maltraite, mais se combattent le plaisir d'être malmené et forcé de réfléchir et recomposer le récit, et la frustration de manquer les moments cruciaux.
La crémation ? Elle est théorisée, mais pas montrée, seulement sous la forme d'un bilan d'expérimentation sur des rats, mais le mec, on le voit pas brûler. Alors qu'on serait contents de le voir brûler.
La théorie ? On est forcés de deviner ou d'imaginer les solutions techniques, mais on en est privés ; et y a pas mal d'écueils.
- Un fluide inodore et incolore qui pourrait rester dans le corps plusieurs heures ou jours sans produire ce qu'il produit ensuite, alors que l'oxygène est partout dans le corps ? Pas crédible, donc ça doit pas être un truc d'oxydo-réduction ; alors quoi ? Mystère.
- Un fluide qui s'enflamme en cas de miction à l'air libre ? Mais... quelles mictions ne se font pas à l'air libre ?
- Un meurtre de masse contre les mecs malséants, mais qui ne touche pas par magie les mecs bienséants et les femmes ?
Bref l'idée est super cool, mais pas montrée et pas fondée ; c'est vraiment dommage parce que pour le reste, j'aime bien le rythme du texte, avec cette brièveté des paragraphes qui en fait des sortes de flashs narratifs stroboscopiques, j'aime beaucoup la cible choisie et la méthode associée, et j'aime bien une fois encore avoir été maltraité par la structure du texte.
Chouette idée quoi qu'il en soit.
Je voulais pas trop vous assommer avec la science mais ça ne cramera pas dans les pissotières. Ni chez les enfants.
Ça avait un rapport avec le sperme et les canaux seminaux surtout.
Après, vous pouvez aussi vous laisser porter par l'odeur du con grillé...
Alors oui mais c'était une autre question que je me posais.
Pourquoi le rat brûle-t-il par les couilles ? Normalement y a pas de reflux depuis l'urètre jusque dans le canal déférent, j'ai pas compris ce truc-là.
Mais ça m'intéresse follement.
Oui mais étant donné que Lindsay S était prof de SVT, on entre pile poil sur le terrain miné du nonbiologistesplaining.
😅
J'osais pas le dire
Merci @LC de rétablir la vérité.
Mais j'ai le brouillon à la maison avec le détail de la réaction, je vous la retrouve quand je rentre. 😜
Oh oui des dessins sales.
Alors je sais pas si ça fonctionne pareil, mais je me souviens que quand j'avais demandé à ma prof de SVT s'il y avait un véritable risque à ce que j'enflamme mes pets, elle avait pris l'exemple des lances à incendie des pompiers qui provoquaient des incendies en amont dès lors qu'on les arrêtait, à caused d'un appel arrière de l'oxygène, elle disait ça mieux, mais a priori j'avais des chances de me faire cramer les poils du cul quand le zippo s'éteindrait et elle me deconseillait donc cette pratique.
Peut-être que c'est pareil pour les hommes, et que les enfants, les femmes et les mecs cools ont moins d'oxygène dans le méat urétral, faudrait lui demander.
Oui, Ça me révolte. Je peux plus rester là, à ronger mon indignation. Ni une, ni deux, je file à la droguerie. Je sais exactement ce qu’il me faut. La chimie, je maîtrise. Je teste. Je brûle un rat. Puis un deuxième. L’odeur me vrille le nez, les couinements déchirent l’air, les poils cramés tourbillonnent autour de moi. Et pourtant, je suis encore pas satisfaite. Je fronce les sourcils, je respire fort, je scrute les flammes. Il faut que ça crame juste assez. Je veux créer une altération de la composition des fluides corporels, qui provoque un risque d’inflammation important au contact d'un certain réactif présent dans nos rues et au bord de nos routes. Je sais que cet aveu est en soi une condamnation, mais je ne pouvais pas laisser penser qu’il s’agissait juste d’un carnage isolé, d’un acte de folie, d’un quart d’heure meurtrier à classer en rubrique faits divers. Non : il est bien question d’un acte de revendication, terroriste, et qui, je l’espère, fera évoluer les consciences, comme l’ont fait d’autres avant moi ! J’espère que, à l’avenir un homme réfléchira une seconde et pensera à moi avant de reproduire un comportement similaire. J'veux construire un mode de crémation efficace à long terme. Je me suis torturée, j’ai fait des tests. C'est pas pour que ça soit détourné ou instrumentalisé. J'commence par mon collègue de bureau, ce gros connard vicelard qui tripote comme il insulte. Il y a dans notre immeuble toutes les commodités mais non, cet individu préfère uriner dans le parking, aérer Popol... J'ai sucré son café durant quelques jours et ce mardi matin, il descend avec son air satisfait. Je me poste près de la fenêtre, je guette. Et soudain, je l'entends, il hurle. Je risque un œil, je le vois qui court, tourne en rond, se jette au sol et se roule par terre. J'aurai pas parié un copek sur sa performance physique mais ce gros con n'est pas si rouillé. Je ne vois pas de flammes au départ, puis elles arrivent, elles montent de son entrejambes et avec elles m'arrive l'odeur de chairs calcinées. l'idée c'est une concentration à haute dose dans le liquide séminal. C'est la bouffe des nageurs, ça sort avec l’urine, après la masturbation ou des rapports sexuels. Le jet s’enflamme, le feu remonte jusqu’au méat, puis via l’urètre jusqu’aux canaux déférents, atteignant enfin les vésicules séminales. À ce stade, la réaction devient difficile à contrôler… et le con se retrouve littéralement brûlé par ses propres couilles. Le spectacle est complet : panique, douleur ciblée, flammes locales — un petit incendie sur-mesure, conçu pour marquer et punir, mais sans toucher personne d’autre.
@tomatefarcie merci pour ta formidable preuve par l'exemple qui révèle enfin que les biologistes n’y connaissent absolument rien à leur sujet.
@Lindsay S : je préfère la version longue mais c’est probablement lié au complexe d'avoir un micropénis. Je ne comprends absolument pas ton obsession pour la recherche de concision et tes coupes-franches à la machette. La version non expurgée, certes à un petit côté tuto youtube DoItYourself, mais après ce qui semble être un monumental travail de formalisation, l'élagage me semble plus proche d'une fuite dans l'automutilation qu’un désir marketing d’être plus impactant et dans les deux cas de figure je pense que c’est du gâchis.
Je sais jamais quand arrêter. Mais j'aime la version finale, et j'aime la version premier jet. C'est le plus important non?
OUI MAIS MOI JE VEUX LES PRODUITS §
Demain j'ai un créneau pour passer chez Casto.
Je peux rien dire : j'ai un brevet pour l'extermination des rats.
Apollinaire avait raison, les filles sont décevantes et déloyales.
Je vais me coucher et pleurer.
Merde, je sens mon côté Anna Gavalda me pousser à te proposer un câlin...
J'aime et j'aime pas !
Le texte est très bien monté et écrit.
Le problème, c'est que je ne comprends pas comment la narratrice peut empoissonner l'eau ?
En plus, elle empoisonne (dans le texte) des victimes au hasard. Comment peut-elle définir que seuls les cons seront toucher ?
C'est facile pourtant... Mais j'aurai du ajouter un test : si tu comprends que c'est de la fiction, tu ne mérites pas de mourir...
Suite à la lecture des commentaires, je préfère le premier jet, plus organique, il retranscrit mieux la folie de la narratrice, quelque chose de fiévreux, et la violence du truc.
Les paragraphes sont trop décousus, même s'il y a du bon pour le rythme, ça devient trop rugueux et difficile à suivre. En vrai, il faudrait un juste milieu (et plus de substance, à mon sens, encore une fois, c'est trop vite expédié)