DIONYSOS —
viens —
le vin bout dans les nerfs —
le cœur éclate
en grappes d’ombre et d’or.
Ô Beauté sans peau, sans nom, sans ossature —
je t’invoque par la bave, la moelle, le rire des os.
Que la nuit se fende, que la lumière saigne, que les gorges hurlent ta splendeur carnivore.
Le sang tourne — tourne — tourne —
des crânes s’ouvrent, la moelle ruisselle en chapelets de feu.
Le monde s’étrangle dans un spasme de lait noir.
Dionysos danse —
le ciel pue le vin,
les yeux chavirent dans les orbites,
les étoiles baisent les abîmes.
Hurle ton nom !
DIONYSOS ! DIONYSOS !
qu’il traverse la matière, qu’il brise la logique, qu’il renverse le réel.
L’univers entier se cambre — convulsion de chair et de lumière.
Ô Beauté — ô gouffre ivre —
engloutis-moi — broie-moi — recrache-moi en orage.
Que mon cri devienne ta couronne.
Que ma langue soit ton couteau.
Que mon sang, versé, repeigne la bouche du monde.
Et dans la ruine sublime —
quand tout sera éclaté,
quand il n’y aura plus de forme, plus de nom, plus d’os —
alors seulement —
s’élèvera le rire —
le rire nu, incandescent,
le rire de
DIONYSOS.
LA ZONE -
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La fureur des sens
= commentaires =
Evohé, mon pote.
Voilà un petit matin qui commence bien.
Faut lire le texte à voix haute et l'articuler, sinon ça passe pas le tri sélectif anti-textes péteux ; mais en bouche c'est plaisant [insérez ici tout "cm." ce que vous voulez].
Ceci étant et malgré le petit plaisir à la mise en bouche, je reste très dubitatif sur le fond : la beauté dionysiaque c'est quand même le gros bordel, et ce texte tire franchement, au contraire, du côté de la quête d'élégance, d'altitude verbale, même de dignité du locuteur. Ca se roule pas beaucoup dans la fange, en fait, ça salit pas sa tunique et ça garde ses sandales bien propres. Dommage.
Y a pourtant des vers très bien frappés,
"je t’invoque par la bave, la moelle, le rire des os",
"Le monde s’étrangle dans un spasme de lait noir.
"engloutis-moi — broie-moi — recrache-moi en orage"
ou "Que mon sang, versé, repeigne la bouche du monde".
Ces vers-là m'auraient suffi. Les variations à la norme sont maîtrisées et sans volonté démonstrative, les images surprennent et on s'arrête sur elle, la structure des vers le permet, y a ni accumulation de procédés ni mise en valeur excessive, c'est fluide.
Par contre à "Le sang tourne — tourne — tourne —" j'ai eu l'impression de tomber dans une fissure de l'espace-temps culrurel et de me retrouver dans le générique de Boumbo, petite automobile, ou pire, de Gaby, TOURNE LE BOUTON? LE BOUTON TOUT ROND? ET TU ENTENDRAS DES CHANSOOOOOONS et pour ça, la mort.
BREF
C'est plein de qualités lyriques, ça pète bien dans certains vers, mais le thème est pas très respecté ou traité un peu à contresens et c'est dommage.
ENCORE
En relisant plusieurs fois je me rends compte de ce qui me fait trouver trop propre le texte, entre autres choses : la ponctuation.
Elle est torturée, elle est éclatée, les phrases semblent l'être aussi.
Mais en fait elle joue un rôle, la grammaire joue un rôle mais c'est seulement un masque : si on aplatit la ponctuation et les vers, on retombe sur des phrases extrêmement normales, et pas du tout dionysiaques.
Je crois qu'il faudrait foutre le bordel dans tout ça, structurellement, intimement, pas seulement dans les apparences de la ponctuation.