La Zone
La Zone - Un peu de brute dans un monde de finesse
Publication de textes sombres, débiles, violents.
 
 

La poubelle

Démarré par nihil, Octobre 24, 2006, 00:50:27

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lemon A


LES TEKOS DU BONHEUR (4)


Une paire de lunettes de soleil barrait ses yeux explosés par les heures de fête. Souffle court et rapide, corps ruisselant, fringues amples mais quand même collantes : Gus avançait en claudiquant sur le chemin semé de gros cailloux. Pas après pas, bras et dents serraient. Gus galérait avec ses bidons mais la côte disparaissait derrière lui. Il arriva enfin au parc automobile. Les premières tentes se dessinaient, fouettées par le vent.

Ca faisait trois jours qu'ils étaient arrivés, trois jours qu'il n'avait pas dormi ou à peine. Les autres avaient insistés pour poser le camion près d'un son. Résultat les basses provoquaient tout un tas de tremblements de carlingue horripilants. « Faut pas bloquer dessus » assenait-on dans un haussement d'épaule. En plateau de trip, Egérie-Sam prétendait même qu'elle parvenait à transformer les parasites métalliques en roulements de caisse claire « un peu jungle tu see ??, et puis après je les cabre et je les harmonise avec le tekno tu see ?? ». Mais de la théorie à la pratique, les heures de sommeil s'évaporaient vitesse grand V.

 Retour sur la course de Gus.

Le trafic était clair. Tout autours, les sons pulsaient imperturbablement, température oscillant ragga/hardtekno selon les cercles ; des petits groupes debouts, accoudés, assis. Il croisa un gamin blondinet et décidé, essaya un sourire. Le môme lui tira la langue sans même ralentir. Pause, pose des bidons et extensions des dix doigts. Gus ne sentait plus grand chose « allez ! ». Plus qu'un virage et une ligne droite. Aspiration, yeux fermés, tête baissé, les lunettes glissèrent le long de son arête nasale, fin de la pause. Gus arracha les bidons du sol et reparti de plus belle.

Derrière le virage sonnait le coda : une énorme flaque d'eau inondait le chemin de part en part. Au milieu, un K-boy concourrait au titre du plus trash en aspergeant de boue les passants.

« Y me barre la route ce con »    

Profitant d'un instant de relâche (niveau facile) Gus contourna plus ou moins la mare (niveau difficile) et laissa le désarticulé patauger derrière lui. Le camion, un Renault Master peint en noir, apparu enfin.

Les portes arrières béantes offraient au regard le spectacle de trois fauteuils, trônes fatigués au milieu d'un amas de fringues et d'ustensiles de cuisine. Spike comatait sur l'un d'eux, les autres avaient disparus.

Parallèlement aux bidons Gus ramenait des nouvelles. Il venait de franchir les lignes ennemies. Spike devait ruminer depuis un bout de temps. Son « Alors ? » était pâteux.

 Gus teint à peu prêt ce langage :

« En fait, y a pas grand chose. Juste un barrage de 5 ou 6 mossos au seuil du premier lotissement, deux autres à l'entrée camping. et puis une ou deux patrouilles de surveillance qui jouent au yoyo en 4/4 le long du chemin. Ils empêchent tout ce qui roule de parvenir jusqu'ici ».

L'ennemi se contentait juste d'assécher la teuf en assurant son territoire, presque timide. Le plus chaud, finalement, c'était de gravir la côte à pied. « Pas de quoi s'exciter » commençait à ronfler Gus vautré dans un fauteuil. En un ultime effort il avait retiré son tee-shirt lesté de sueur et entendait bien resté écroulé un moment. Spike se faisait chier depuis beaucoup plus longtemps :

« Et moi j'fais quoi moi hein ? Tu crois qu'on va me laisser sortir de là ? »

Comme ces paroles ne produisaient aucun effet tangible sur l'immobilité de Gus, Spike décida d'employer les grands moyens.

« Tu tires un trait ?  
_ hum..
_ Est-ce que tu veux tirer un trait ? t'es sourd ou tu ronques ? » glapit Spike en se tortillant pour extraire la bombonne de sa poche.

« Tu les prépare ? » parvint finalement à articuler Gus
« Tu les prépare ? » répéta Spike dédaigneux tandis qu'il tirait sur l'extrémité cramée du pochon.  « Trouve moi un support s'te plait .
_  Putain Spike tu sais ce que ça signifie préparer un trait ? »
_ Qu'est-ce que je fais à ton avis ? Tu me trouves un support oui ou merde ? .
_  Mais t'es vraiment...tu sais rien faire tout seul toi hein !.
_ J'te paye un trait et tu veux pas me trouver un support ? ».

La logique de Spike était à toute épreuve. Gus se résigna à plonger de son fauteuil pour attraper un fly de prévention qui traînait et le balança sur son pote.

Tandis que le sel blanc se répandait sur la couverture multicolore du flyer, Gus songea qu'il avait accepté l'offre de Spike sans même savoir ce qu'il lui proposait. L'équation  taper une ligne = bonne nouvelle traversa sa conscience.

« C'est quoi ?» se renseigna finalement Gus.
« Du despee, mais il est bon. Cette fois j'me suis pas fait enculer ».

Un instant Gus avait espéré que ça soit de la came. Un rail d'héroïne blanche il n'aurai pu rêver mieux à cet instant. Mais l'héro dans le groupe c'était comme le mal absolu. Autant personne ne voyait d'inconvénient à renifler des grammes de n'importe quoi, autant le simple fait de saliver sur la rabla suffisait à passer pour une merde AKA toxico. L'héroïne se posait en repère, elle annonçait le gouffre. Une manière aussi, insidieuse et délicate, de minimiser ses consommations. En ce domaine, Egérie-Sam jouait au leader d'opinion. A l'en croire tous ses anciens potes « des personnes dont on aurai jamais cru tu see ??», s'étaient gâchés dans la came. Elle les décrivait avec force détails dégueulants ou enterrés, incapables dans tous les cas.

Un énorme reniflement post-sniff tira Gus de ses rêveries. Spike lui tendait le support. Il s'en saisi précautionneusement, se leva, s'agenouilla, déposa le flyer sur le coussin du fauteuil et considéra l'oeuvre de Spike : poudre blanche neigeuse grossièrement alignée sur une dizaine de centimètres. Il y avait presque suffisamment de résidus tout autours pour tracer une ligne équivalente. Gus se saisit du petit tube en pâte fimo attaché autours de son cou, testa alternativement ses narines, suspecta la gauche plus dégagée, y enfonça profondément la paille, vida ses poumons, se pencha en avant et aspira en grand coup.

L'effet du speed fut immédiat : la demi-douzaine de douches froides instantanées (déchirage de pif en prime).

« Putain il arrache ce speed
_ J'te l'disais bien qu'c'était d'la balle mon pote ».

Mais Gus savait que l'effet de boost ne survivrait pas longtemps au coup de feu. Il avait déjà engrangé trop de fatigue et de produits. Au premier joint de bonne herbe venu, il s'écroulerai.

« Va z'y  file le support s'te plait »

Spike attendait dressé sur son fauteuil, tapotant nerveusement l'accoudoir avec une carte téléphonique.

Dourak Smerdiakov

Puissance 4 ! Bravo ! Quand tu veux, tu peux.
Pour le débat citoyen et convivial dans le respect indivisiblement démocratique de la diversité multi-culturelle des valeurs républicaines oecuméniques.

Inv

#32
Bah, après tout c'est la poubelle.
Citation
sauvagement recyclé pour parution
][>:=~+

nihil

Celui-là je le récupère. C'est pas excellent, mais c'est loin d'être ignoble et c'est pas inachevé. Hop, en attente.
Trafiquant d'organes
[www.nihil.fr]

Ariankh

Nihil il fait les poubelles, haha.

Oui, bon, moi je me tais.

nihil

Cherche repreneur pour un texte sur un tétraplégique, qui me prends la tête depuis un ou deux ans et dont j'arrive rien à faire de potable. J'en ai écrit deux ou trois pages avec rien de bandant dedans. Qui veut ?

Extrait vaguement représentatif :

"Je brique ses cuisses et ses fesses salies d'excrément sans prendre trop de précautions, Paul ne sent rien et ça accélère cette pénible tâche d'être moins délicate. Puis je le rhabille et vais jeter l'eau de la toilette. Tant de travail qui ne sert qu'à ralentir l'inexorable processus de décrépitude, à condition d'être renouvelé suffisamment souvent bien sûr. Je pourrais le laisser crever dans sa merde qu'il ne s'en apercevrait même pas. Je suis sur qu'il pourrait passer de vie à trépas sans voir la différence. Il est déjà mort, en réalité. Je prends ma tête entre mes mains, les coudes sur l'évier de la salle de bains."
Trafiquant d'organes
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Winteria

CitationAujourd'hui, j'ai eu un stylo.

C'est pas vraiment la première fois. D'aussi loin que je me rappelle, j'en ai eu tout un tas. Ah ! c'était beau ! Des rouges, des bleus, des à plume, des à écailles toutes vertes, des piqués, des trouvés par terre... Plein ! Maintenant, bon. Ils sont sûrement partis avec les pierres, et tout ça... Je sais pas trop... Mais aujourd'hui, j'ai un stylo, donc j'écris. Mais pas trop, quand même : je voudrais pas l'user. Et puis j'ai mal au poignet, déjà. Juste, je vais raconter comment je l'ai trouvé.

Ce matin, un ouvrier est venu taper sur la toile de la tente pour nous réveiller (on dormait pas vraiment, à cause du bitume qui nous fait mal au dos). À travers la toile, on le voyait tout debout, cet homme, mais surtout tout flou. Ça aurait bien pu être monsieur Lutsen, ou bien monsieur Gemereck, on pouvait pas savoir.
-   C'est flou, j'ai dit.
-   Non, c'est monsieur Louis, il a répondu.
On le connaissait pas, monsieur Louis, mais il avait bien l'air d'un grand bonhomme.
-   Non mais j'ai dit : c'est flou.
-   Oui, mais c'est monsieur Louis quand même.
Mon père a grogné, et comme il allait dire un gros mot, je lui ai fait chut avec le doigt. Si il l'avait traité, ils auraient pu retarder les travaux : il faut pas leur répondre méchamment, aux ouvriers. C'est ce qu'on nous a dit. Et puis, ils avaient déjà repoussé les constructions de deux ans, je crois. Deux ans, c'était beaucoup. Donc mon père a fait oui avec la tête, et il a parlé :
-   Oui, monsieur Louis ?
-   Oh ! bah, comme tous les matins. Non ?
-   On peut laisser dormir le petit ?
Les pieds, dehors, semblaient gênés. Ils tournaient, donnaient des petits coups dans le bitume. Des pieds fantastiques, que c'était !
-   C'est-à-dire qu'on risque de passer par ici avec les machines, tout à l'heure... Faudrait pas qu'on écrase le petit... Vous savez, comme ça, sans faire attention...
-   Oh ! Je vois. Bien sûr.
Papa a eu l'air triste, à ce moment-là. Mais il a quand même fait comme tous les matins : il a pris petit frère, il l'a mis sur son dos, et puis on est partis déplacer les gravats.

Je ne préfère pas me souvenir dans quel état je me trouvais quand j'ai écrit ça.
Par contre, pour avoir retrouvé quelques notes, je peux vous dire que ce devait être une sorte de nouvelle d'anticipation. Le héros (qui habitait un HLM totalement démoli au moment du récit en vue d'une rénovation du quartier) dort avec toute sa famille dans une petite tente, en attendant d'être relogé dans les bâtiments en travaux juste à côté de leur campement. Tous les matins, il doit aller aider les ouvriers sur le chantier pour les tâches ingrates.

En gros, l'histoire se serait déroulée dans un contexte totalitaire du style "Dehors les pauvres", "pauvres" objets d'une étroite surveillance grâce à des technologies débiles. Enfin, il arrive au gamin un tas de trucs bizarres avant de trouver son stylo.

Je me verrais bien le reprendre, un de ces quatre. En attendant, vous pouvez toujours vous en servir.

Narak

Nous en servir pour quoi faire, bordel ?
L'amour c'est fort, l'envie de chier c'est pire...

Glaire

Le script d'un teenage movie par exemple //clindoeil

Winteria

C'est trop profond pour vous, 'pouvez pas saisir.

Winteria

#40
Mon message précédent n'est là que pour introduire bassement un gros, très gros [size=60]CMBDVCS[/size].

Winteria

On bâtit sa fierté sur ce qu'on peut.




Y compris sur un triple post.

nihil

On m'a demandé de faire des paroles pour un titre d'electronica de mes couilles, en anglais. J'ai pondu ça en moins de quinze minutes montre en main :

In our mouth... there's a world growing between membranes and teeth
Germs multipying in heat and moisture, invading interstices
Digging cavities in tooth enamel to implant large colonies
Tearing flesh moutains and founding living salival cities

In our bowels... Thousands of tiny lives agglomerated in blind masses
Dark realms crawling with inumerable bacterias and paramecies
Developping in intestinal night, surrounded by organic walls
In stagnating acid fluids, everywhere in filled holes

Let's shut our mouth just to hear the sounds of life increasing
Accept our pain for the sake of an universe expanding
Let's offer our corpse as fertile compost for our intern deities
Just be a world, an environment, the sum of multiples lives...

And shut the fuck up.
Trafiquant d'organes
[www.nihil.fr]

Winteria

Eu égard à l'absence prolongée de Dourak, j'exprimerais pour lui un puissant, un bestial, un formidable :

putain d'acculturé.

nihil

C'est pas parce que je parle un peu angloys que je parle moins bien françoys, bouffeur de chacal
Trafiquant d'organes
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