LA ZONE -

Système

Le 23/06/2006
par Invisible
[illustration] Paix
Il était jeune je crois, mais il semblait déjà vieux. Il recitait ses instructions sur un ton monocorde, sans un mot plus haut que l'autre, sans passion, sans haine, sans honte.

Il parlait comme une sorte de machine. Comme si, toute sa vie, il avait appris à régler ce genre d'affaires. Pourtant ce n'est pas à l'Ecole des Elites qu'on l'apprend, mais dans des locaux vides, anonymes et loués spécialement à cet effet. Des locaux comme celui dans lequel nous nous trouvions.
Il parlait sans aucun accroc, sa bouche articulant impeccablement chacun de ses mots. Il était le client, et il passait commande. Certains préférent tuer à la machette, d'autres au fusil d'assaut ; lui son truc c'était plutot les entrevues et les réunions, à coup de langage technocratique, chose à laquelle je me suis peu à peu habitué.
Chacun son travail, c'est comme ça que l'Union Occidentale fonctionne.
Je retenais chaque détail des instructions qu'il me donnait, j'enregistrais tout ; de nombreuses vies - et encore plus de morts - en dépendaient. Derrière moi, Cole restait impassible, comme toujours.
Le haut fonctionnaire s'était arrêté de parler, signe que l'entrevue était terminée et qu'il était temps de nous retirer, ce que nous fîmes.
Dans la rue, nous étions assez voyants au milieu des Occidentaux, surtout Cole : il est grand, laid (la moitié de son visage étant recouverte de cicatrices, de brûlures et d'autres choses difficiles à identifier), mais il a une qualité non négligeable : il est muet. C'est d'autant plus une qualité qu'il est toujours avec moi, son rôle étant de me proteger, ou de me tuer si necessaire. Mais on ne risquait pas grand chose en U.O.
La navette pour la frontière nous attendait ; nous filions à travers les modules, direction le no man's land.
Je crois que c'est le plus bel endroit de cette planete. Une bande de 100 kilomètres de largeur où rien ne vit, completement figée ; j'aime y passer du temps, je m'arrangerai pour y crever. Certains vieux nous parlent parfois de ce qui s'est passé ici avant qu'on ne les tue, mais rien de très précis jusqu'à present.
Aprés avoir survolé une partie du desert, nous arrivâmes au camp, où le commandant nous attendait.

Maintenant la confrérie est rassemblée près de la cible, nous avons pris quelques armes à feu mais principalement des armes blanches, conformement aux instructions.
Dans quelques instants tous les habitants de ce village seront morts.
Ca y'est, le signal.
Nous bloquons toutes les entrées et nous avançons, maison par maison. Quelques coups de feu sont tirés mais ce sont surtout les cris qui se font entendre : beaucoup d'entre nous aiment faire durer.
Un des hommes vient me chercher :
"Chef, on a trouvé un vieux qui à l'air d'en savoir pas mal, ça vous interesse toujours, non ?"
Je le suis et entre dans la maison qu'il m'indique. Le vieux est debout. Je lui laisse espérer la vie sauve si il me dit ce qu'il sait. Alors il me raconte : la révolte de ceux qu'on a appelé les Soldats du Sud à travers le monde, la façon dont ils s'étaient tous rassemblés devant les murs de l'U.O., esperant l'envahir ; et puis l'"enfer" qui s'était déchainé sur eux et sur l'actuel no man's land.
C'est bien ce que je pensais.
Une expression de surprise apparaît dans ses yeux lorsque la lame s'enfonce dans son ventre ; un poignard qui pénétre les entrailles, c'est une chose à laquelle on ne peut pas s'attendre, même quand on sait ce qui va nous arriver, c'est toujours la sensation qui surprend. Je retire brusquement la lame, ce qui laisse le sang pompé par son vieux coeur gicler de sa blessure. Je l'enfonce sur la droite de son ventre, puis, d'un geste puissant, je l'ouvre jusqu'au côté gauche ; la lame effilée tranche ses visceres sans peine. Il s'effondre, les tripes à l'air. Je le laisse mourir dans une marre de sang.
Nous quittons le village après avoir peint la marque de l'ethnie voisine sur un mur. Encore une guerre déclenchée, la région sera maintenue dans le chaos pour de longues années, et l'U.O. pourra se vautrer dans ses richesses en paix.


Ordre et Médecine

Aujourd'hui est un jour spécial pour moi. J'expédie mon quota de consommation sans trop me préoccuper de ce que j'achète et me rends à l'hopital où je travaille depuis plus de six ans. Ils ont examiné mon dossier et m'ont fait passer des tests, mon profil correspond, je vais passer à un niveau supérieur dont seuls ceux qui en font partie connaissent l'existence. Je vais être dans le secret des dieux.
Un professeur, assez agé mais d'allure dynamique m'attend :
"Bonjour docteur Kapr, je suis le médecin-chef Duval, votre formateur."
Il m'entraîne dans l'ascenseur et tape un code sur les touches, il m'explique que celui-ci change régulierement et que je recevrai le nouveau sur mon bipper. L'ascenceur arrive à destination :
"Bienvenue au niveau -4.5, me dit-il sur un ton quelque peu théatral.
Apparemment rien de particulier ici : un bureau d'accueil, de longs couloirs tapissés de portes de cellules ; mais en regardant attentivement, je remarque des personnes, qui, malgré leur blouses blanches, n'ont pas l'air de médecins. Je remarque également quatre sacs noirs - deux grands et deux petits - laissés près de l'accueil.
Duval entreprend de m'expliquer le rôle du service sur un ton pédagogue :
"Ici, nous traitons les élements nocifs de la population, ceux qui menacent la cohésion sociale ou qui ne respectent pas la façon de vivre, les normes de consommation. Ils arrivent ici après de nombreuses incitations à la normalisation. Ils sont traités puis ils peuvent reprendre leur place dans la société pour la plupart.
- Et les autres ?
- Neutralisés.
Je ne suis pas certain de bien comprendre mais je me tais, je tiens trop à ce poste.
"Nous accueillons également des criminels : les non-pathologiques sont, eux aussi, neutralisés.
- Et les pathologiques ?
- On les recrute.
___

T. se marre en affutant sa machette. Non pas que celle-ci en ait besoin, mais simplement par rituel. Il fait toujours ça avant, et aussi pour garder son calme. Moi je me contrôle, comme toujours, enfin, jusqu'à un certain point. Je relis la fiche des déviants :
"Secteur Est, Module 8T7, Bloc 4, Habitation 63
Famille de 4 personnes ; propos nocifs (d'après la dénonciation d'un déviant neutralisé par la suite) ; non-respect des normes de consommation ; incitations vaines."
T. est très excité, comme toujours quand il y'a des enfants, je lui les laisse à chaque fois. Je vais surtout m'occuper de la femme, j'embarque tout mon attirail. Le mari sera vite expedié, je ne le travaillerai pas plus d'une heure.
Nous nous rendons sur les lieux et sonnons à la porte, la femme ouvre : elle est encore mieux que je ne l'avais esperé et je ne peux réprimer un sourire en la voyant. Fort heureusement, mon sourire malsain passe pour un sourire amical qu'elle me rend. Je lui montre ma carte d'officiel et elle nous laisse entrer.
La porte se referme derrière nous.

Nous chargeons les quatres sacs dans notre véhicule avant que le jour ne se lève. Les nettoyeurs passeront pour ranger et simuler un démenagement.


Fin de cycle

Quelque chose couve dans la capitale, le Président du Conseil peut le sentir. Il se sent isolé, les informations ne remontent plus. Il avait pris les devants et avait demandé à avoir des gardes armés en plus grand nombre devant sa porte. Un de ses subordonnés avait fait venir des personnes ne ressemblant pas à des soldats, et encore moins à des Occidentaux.

Dans la rue l'insurrection prend forme, le principal cortège se dirige vers le Palais de l'Union. A leur tête, plusieurs personnes, dont un homme armé d'une machette. Il ne faut pas longtemps au cortège pour enfoncer le portail et prendre la direction du pavillon du Président du Conseil. Mais il se retrouve alors sous le feu des gardes.
___

Plus tôt dans la journée, un jet gouvernemental était passé nous prendre au camp. On nous avait demandé d'assurer la protection du Président du Conseil. Et maintenant nous tirons sur la foule qui n'est armée que de pierres, de masses ou d'armes blanches. Dans l'ensemble les hommes sont plutôt contents : massacrer une foule est un défoulement très plaisant ; mais le commandant est inquiet, il s'arrête de tirer pour me regarder d'un air interrogatif :
"Encore trois minutes, lui dis-je.
En face, les meneurs galvanisent la foule qui n'est pas décidée à battre en retraite. A côté de moi, Cole recharge sa mitrailleuse lourde, il va bientôt être à court. Je deviens moi aussi inquiet et regarde ma montre : plus que quelques secondes.
Voilà, c'est l'heure, j'en informe le commandant. Celui-ci hurle le cessez-le-feu et les hommes commencent à remballer le materiel.
Le président du conseil sort et vient me voir :
"Mais... Que faites-vous ?!
- Le contrat est arrivé à son terme et n'a pas été renouvellé. Nous vous remercions d'avoir choisis notre confrérie et vous souhaitons une agréable journée.
- Vous vous foutez de moi ?
Je me contente de ramasser mes armes en guise de réponse. Il m'attrape le bras :
"Vous ne pouvez pas me laisser ici !
Je lui décoche un coup de poing dans le ventre pour qu'il lâche prise. Nous le laissons là, plié en deux, et passons devant les insurgés qui se mettent à nous acclamer ; ils se désinteressent très vite de nous pour se jeter sur le Président du Conseil.
Je me retourne une dernière fois vers le Palais et l'aperçois, pendu à une fenetre, lapidé par les manifestants. Je vois également le meneur à la machette s'éclipser discrètement.


Pouvoir

Dans la banlieue de la capitale, un haut fonctionnaire entre dans une pièce où une vingtaine de personnes est rassemblée autour d'une grande table.
Il s'adresse à eux d'une voix neutre :
"Messieurs, l'opération à été un succès. Les institutions restent sous contrôle, le Conseil également. Les dégats sont très limités, la foule a bien été canalisée vers le Palais. Le nouveau Président ne posera pas de problème.
Un membre prend la parole :
"Bien, passons aux affaires courantes, les sujets du jour sont : les normes de consommation sont-elles suffisantes ; le point sur la surveillances des peuples du Sud ; l'exploitation commerciale du thème de la révolte ; les effets bénéfiques de celle-ci sur la population...

Pendant ce temps, au Palais de l'Union, les insurgés fêtent leur victoire.

= commentaires =

MentalFécator
    le 24/06/2006 à 22:16:01
ça ferait un bon scénario pour une BD, pour l'ambiance et les quelques phrases tueuses de vérité!
Aesahaettr


    le 25/06/2006 à 01:05:33
Ouais, une BD de Bilal quoi.
dwarf
    le 27/06/2006 à 20:28:49
Gné?
Pas tout compris, moi.

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