LA ZONE -
Résumé : L'infame Glaüx a eu beaucoup trop d'influence sur Winteria, ce pauvre petit enfant. Son sonnet est bô, bien écrit, c'est glauque au possible et grandiloquent. Mais ça s'enferre un peu dans le léchage servile de modèles datés. En faisant abstraction des grumeaux d'exaltation baudelairienne, ça se boit bien.

Faubourgs

Le 17/11/2008
par Winteria
[illustration] Dans d’indignes charniers je vautrais ma chair moite,
Buvant jusqu’à la lie le fiel de mes semblables ;
Et le parfum des filles, alcool des incapables
De tous mon favori, chauffait mon corps : qui boite.
J’étais alors infâme : en ses pansements de ouate
Je tripotais ma honte écorchée mais affable,
Suscitant le dégoût de compères estimables :
Qui jamais ne s’arrêtent, et dont les pas s’emboîtent.

Puis un jour de honte, j’ai arraché ma viande,
L’offrit à une cynique, qui en fut friande :
J’avais jeté mon sceptre, et renié mes vœux.

Comme aujourd’hui je rampe à l’ombre des trottoirs !
Oublieux des exploits, j’ai préféré le noir,
Et tel Œdipe Roi : me suis crevé les yeux.

= commentaires =

Dourak Smerdiakov


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    le 17/11/2008 à 21:20:55
Les sonnets, c'est de la merde.
Winteria


    le 17/11/2008 à 23:35:47
D'habitude je préfère amplement fermer ma gueule quand l'occasion de gloser sous mes propres textes se présente, mais là, la référence à cette tafiole de Baudelaire est juste pas tenable, et me fait mal au texte.

De mon point de vue, il y a pas tant d'exaltation et de därk dans ce sonnet que ce qu'on peut trouver dans les Fleurs du Mal (seul truc que j'ai lu de Baudelaire). J'y vois surtout de l'ironie (purement comique, pas mesquine comme on en trouve chez l'autre), qui tient surtout à la lucidité du narrateur ; mais j'ai l'impression que cet aspect-là a été attenué par les corrections successives que j'ai effectuées pour essayer de faire rentrer le sonnet dans le moule, c'est-à-dire pour rien, au vu des remarques sur les pieds qu'on a faites dans le forum.


"Et le parfum des filles, alcool des incapables / De tous mon favori, chauffait mon corps : qui boite." : là, pour ma part, je vois un bon gros loser loqueteux qui boitille et se vautre dans le caniveau en essayant de suivre les fillettes de retour de l'école ; et que ça fait marrer. Un genre d'Aqualung, en gros. Ca tient d'une part à sa lucidité ("incapables"), et à "chauffait", qui évoque clairement, pour moi, la bonne grosse chaleur au niveau du kiki (du bas-ventre pour les puristes)que peut susciter tout et n'importe quoi chez le narrateur ("alcool des incapables / de tous mon favori").


Ensuite, et surtout, le "en ses pansements de ouate / Je tripotais ma honte écorchée mais affable". Là, putain, je le dis avec autant d'objectivité que possible, y a pas moins exalté. Le gars se branle la bite (saignante comme un gros steak, la bite ; "écorchée") avec des pansements. Je vois vraiment rien à ajouter, sinon qu'il est parfaitement conscient de sa déliquescence, et qu'il se marre, encore ("affable"). D'où sarcasme, encore, mais sarcasme gras, sarcasme lourd, sarcasme noir de moribond. Et les "compères estimables" qui viennent appuyer là-dessus (qui sont des gens "supérieurs" dans l'échelle sociale, d'après moi, mais ça au final ça me semble pas évident du tout).


Pour étayer encore : "ma viande" et "mon sceptre" pour sa bite ; "cynique", référence de péteux à Diogène (détournée à mort, on est d'accord, pour essayer de toucher au comique) et son amphore, etc.
Et puis la première personne, qui cherche pas éloigner, à prendre de la hauteur, mais qui foutrait plutôt la gueule du lecteur dans la merde ; pas de gouffres amers là-dedans.


Le dernier tercet est un peu pourri à mon sens (à part le dernier vers, que j'aime assez), et m'apparaît comme une espèce de prétexte pour coller au thème imposé. L'allusion à Oedipe peut sembler ne rien avoir à foutre ici, mais : idée de repentir sauvage, et image du crevard aveugle qui erre en rampant dans le ruisseau, qui me plaisent bien toutes les deux.
Ca pourrait effectivement être exalté ici (le douxième vers, surtout, compromet tout le reste), mais il y a le "exploits" sarcastique à l'avant-dernier vers qui l'empêche, je crois.


Commentaires de pure forme, nous sommes bien d'accord ; de fond, j'en vois pas. Je dirais surtout pas que c'est contemplatif ; mais ça a un début, un milieu et une fin, et ça va pas plus loin. C'est une histoire, quoi.


Pas grand-chose de baudelairien pour moi ; de l'exaltation et de la grandiloquence, surtout pas.

Commentaire édité par Winteria.
Winteria


    le 17/11/2008 à 23:39:45
Et : oui, je suis un connard, c'est le seul vrai commentaire que j'ai posté sous un texte depuis des lustres, mais je vous emmerde.
Glaüx-le-Chouette


    le 17/11/2008 à 23:52:23
Je sais pas qui aurait dit que Baudelaire manquerait d'ironie et de tout ce que tu dis. Ce serait un benêt. Exit dès lors ton commentaire, de fait.

Pour le reste, j'ai très envie de dire que rien à foutre, ce que toi tu vois dans ton truc. Je crois pas que ça ait une quelconque importance.
Traffic


    le 18/11/2008 à 00:03:08
Toujours d'accord avec le premier message.
nihil


    le 18/11/2008 à 00:04:20
Ton mec là, il se drape dans son indignité, s'en fait une toge, la rejette sur son épaule avec un geste de tafiole, et se met à déclamer comme un romantique. C'est un exalté. Il se prévaut de sa reptation, ce con. De la misère, soit, du pus et des pansements, OK. Exalté quand même. Ce que j'entendais par baudelairien sur ce coup, c'était surtout la fascination pour le sordide, rien d'autre.

Le reste, on avait à peu près capté. Encore qu'il y a des bouts qui m'épatent. Genre sa bite, que tu appelle sa "honte". Chez moi on appelerait ça "sa bite". Même nombre de pieds en plus, c'est vraiment une occasion perdue d'être clair.

Mais je fais pas la fine gueule, y a une insistance appuyée voire pas finaude sur le champ lexical du dégoût, ça me va très bien. Il manque juste quelques hardes, de la crasse et un ténia au cul pour compléter le catalogue.
Winteria


    le 18/11/2008 à 00:10:19
Glo :

On est bien d'accord là-dessus ; c'est ma vision du texte, j'ai pas demandé à qui que ce soit d'en avoir quelque chose à foutre. Mais au contraire, moi j'en ai quelque chose à foutre des réactions qu'il suscite, et le qualificatif d'exalté me semble abusé et à côté de la plaque, de même que la référence à Baudelaire, dans une moindre mesure.

Ensuite, ouais, d'accord, je connais sans doute moins l'oeuvre de Baudelaire que beaucoup d'autres connards ici, comme je l'ai signalé en début de commentaire. Mais si tu cherchais pas à enculer les mouches pour me chatouiller, tu te rendrais compte qu'au-dessus, j'essaie surtout de dégager le texte de sa supposée exaltation, bidon et pas justifiée. Et je constate qu'un sonnet de Baudelaire m'a jamais fait marrer, mais que ça, ça pourrait, ouais. C'est là-dessus que j'essaie de différencier, surtout.

Commentaire édité par Winteria.
Glaüx-le-Chouette


    le 18/11/2008 à 00:10:21
Ma voix dans ta tête a dépassé le niveau de ta conscience, warning, warning.
Winteria


    le 18/11/2008 à 00:16:53
OK, j'en prends bonne note : poser son avis comme une évidence, secouer, attendre une réponse, dire "ta gueule" ou approchant, secouer, attendre une réponse, etc.
Glaüx-le-Chouette


    le 18/11/2008 à 00:29:18
Prends bonne note que mon commentaire est daté de deux secondes après le tien, ce qui fait bien peu pour taper une phrase entière.

[edit] suite de l'explication, pour les cons : et que, donc, je répondais à nihil.





Range ta bite. J'ai même pas encore lu ta réponse.

Commentaire édité par Glaüx-le-Chouette.
Glaüx-le-Chouette


    le 18/11/2008 à 00:30:05
J'oubliais : blaireau.


Commentaire destiné aux joies de la section Morale et Pétage de Couille Hautain.
Omega-17


    le 18/11/2008 à 04:39:14
Plutôt rebattu dans le genre damné lyrique.
Par contre, le squelette de vélociraptor avec un masque de hockey, je dis bravo.
EvG


    le 18/11/2008 à 04:44:06
"Les sonnets, c'est de la merde."
Glaüx-le-Chouette


    le 18/11/2008 à 14:56:40
Quatre vers à 13 syllabes, le vers 3 très très douteux en raison de la virgule qui ne devrait pas empêcher la liaison et donc la treizième syllabe. Le vers 9 est profondément moche en raison de la coupe posée sur un e sonore (de honteuh, j'ai arraché ma viande) : on est forcé de d'arrêter sur un son artificiel. Le vers 10, pire encore : "l'offrit à une cyniqueuh, qui".

Le rejet des influences baudelairiennes me fait doucement rigoler ; quand on parle du "parfum" des femmes, "filles" de plus, donc prostituées, et qu'on y voit un "alcool" ; quand on lance sur d'"indignes charniers" (expressions toutes faites, bonjour, ça fera cent balles), quand on "boit" du "fiel", quand on se sent isolé et maudit au milieu de ses "semblables" et qu'on inspire leur "dégoût", tout en s'en réjouissant et en se branlant, je vois pas comment on peut prétendre faire du nouveau et ne pas répéter les thèmes et les clichés baudelairiens.

La fin est totalement absurde et injustifiée ; qu'il s'arrache la bite, d'accord, mais je vois pas le rapport avec Oedipe, ni aec le cynisme. Aucun, y en a. Sur le cynisme, au demeurant, ce serait plutôt un contresens.

Sur l'exaltation, je vois pas le besoin de répéter ce qui a déjà été dit par nihil, ou Oméga. Elle est là. C'est boursouflé d'enflure lyrique, ça se touche la bite en prétendant accéder au second degré parce que ça parle de se toucher la bite et HAHAHA TAVU SA FÉ KOM KI DIRÉ UNE TRANSSANDANSE DU TOUCHAJE DE BITTE. Bah non. Ca fait juste un sonnet boursouflé de lyrisme emprunté.

C'est mauvais, objectivement, garçon.
Lembaumeur


    le 18/11/2008 à 15:06:45
ça se laisse lire. ça manque aussi de travail pour faire un bon poème. Trop de facilités pour tenir une versification quand même bien bancale. Le dernier vers pue vraiment des pieds.
Winteria


    le 18/11/2008 à 18:26:55
Glo : jamais eu prétention à faire du nouveau, déjà.

Et je trouve ton analyse un brin orientée : qu'on puisse avoir une lecture différente, c'est normal ; mais "parfum des filles" et "alcool des incapables", tu cherches même pas à le considérer autrement que comme une redite des clichés baudelairiens ; "fille" signifie pas forcément "pute" (ou alors il faut que je réapprenne la vie), de même que "alcool" et "parfum" revêtent pas nécessairement un sens baudelairien dès qu'ils se trouvent dans un sonnet ; tous tes exemples sont démontables et remontables à l'infini, pour ce qu'ils sont une lecture ; j'ai la mienne aussi, opposée à la tienne. C'est permis, ducon ?

C'est pas baudelairien parce que t'as dit que ça l'était, toi ou mille autres mecs.


Les allusions aux cyniques et à Oedipe sont pourries, péteuses et détournées à mort : cynique pour "chien", pour l'image du mec qui traîne les rues ; Oedipe pour le repentir sauvage. Pourries et péteuses.


Pour l'exaltation, toujours pas d'accord, mais osef.
Glaüx-le-Chouette


    le 18/11/2008 à 18:33:24
Quand tu seras conscient de tes influences et que t'arrêteras de les renier en te posant seul contre le monde entier avec ta petite pseudo originalité en stuc, t'auras fait un bien grand pas.

Et range ta putain de bite de putain de blaireau.
Omega-17


    le 18/11/2008 à 19:58:17
[ "fille" signifie pas forcément "pute" ]

C'est tout de même hautement péjoratif, dans l'écrasante majorité des cas, en poésie ou en prose d'ailleurs.

On voit bien que ça marche aussi au masculin, juste au-dessus :

[ C'est mauvais, objectivement, garçon. ]

Là encore : péjoration, infantilisation, condescendance...

[ "alcool" et "parfum" revêtent pas nécessairement un sens baudelairien ]

C'est sûr.
Mais tu pourras jamais lutter contre le rapprochement, c'est comme ça, il a trop marqué le genre, comme d'autres ailleurs.
C'est pareil sur de nombreux thèmes : quand tu lâches un texte sur le cul et l'ennui contemporain, on te dira que tu fais dans le constat houellebecquien, en moins talentueux évidemment.
Un exemple parmi des centaines.

Faut se faire une raison, pas le choix.
Et osef, aussi.



Ceci étant dit




Omega-17


    le 18/11/2008 à 20:01:48
je sais pas pourquoi j'ai mis ceci étant dit, en fait.
c'était un début de quelque chose et puis...rien.
voilà.
Omega-17


    le 18/11/2008 à 20:13:36
Et bien le merci d'avoir trouvé mon intervention passionnante, vous étiez pas obligés en plus, sympa et tout.
Gallia     le 20/11/2008 à 18:23:36
J'adhère totalement.
Au sonnet, s'entend.
Glaüx-le-Chouette


    le 22/11/2008 à 12:55:19
LE JEU DU JOUR §


De quoi est faite notre amie sous-évoluée, pour avoir la propriété amusante d'"adhérer totalement" à un sonnet ?



- de crotte de nez ?
- de patafix ?
- de résine epoxy ?
Glaüx-le-Chouette


    le 22/11/2008 à 12:55:27
- de glaire ?
nihil


    le 22/11/2008 à 12:58:01
C'est la femme primordiale, elle est faite d'argile humide ensemencée par les dieux. Grosse pute en boue, tiens.
Gallia     le 22/11/2008 à 14:31:11
De bitume, en fait.
Glaüx-le-Chouette


    le 22/11/2008 à 14:31:51
Ca colle pas, le bitume, à moins de grande chaleur. Je conteste.

- de fiente d'étourneau ?
Gallia     le 22/11/2008 à 14:35:52
Si si, quand il vient d'être posé. Mais j'avoue, c'était moyen.

Hum, corbeau plutôt ?
Gallia     le 22/11/2008 à 15:11:13
plutôt. *
PN     le 24/11/2008 à 23:04:23
Grosse pute en boue, ouais.
EvG


    le 25/11/2008 à 02:39:17
ouais.
Le Duc


    le 23/07/2009 à 17:21:38
Yep... Yep... Yep...

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