LA ZONE -
Résumé : La série de Lourdes Phalanges vire post-moderne, mais pas comme le bon vin pourrait tourner au vinaigre. Non. Les personnages sont promus métapersonnages, et l'auteur devient d'ailleurs l'un d'entre eux sans pourtant dévoiler qui est le narrateur. Très clairement la série commence enfin. Très clairement, oui, car a priori Lourdes Phalanges s'inscrit dans la longue tradition américaine de ceux qui repoussent toujours plus loin l'ultime frontière et décide d'explorer la narration telle qu'aucun autre auteur avant lui ne l'a fait. Il fait le constat que tout a déjà été raconté, que le lecteur a déjà tout lu. Mais qu'y a-t-il au delà de ce tout ? Une altérité onirique complexe comme celle de la continuité réelle mathématique ? Pourquoi pas ? Et si foncer dans le mur n'était pas une fin en soit ? Et si foncer dans le mur en accélérant permettait de le franchir, d'accéder à d'autres dimensions littéraires ou bien tout en le percutant d'entrer dans un continuum spatio-temporel perpendiculaire au notre ? C'est le pari de Lourdes Phalanges suivant les traces d'Ayrton Senna. Au delà du mur du final twist, il y a celui du post modernisme littéraire, à la fin de cet épisode Lourdes Phalanges le franchit indéniablement et tel le Buckaroo Banzai pénètre dans la 8eme réalité cachée. Episode charnière donc puisque nous le savons à présent après la fin, il y a la post fin, alors que nous attendons tous avec impatience le descriptif détaillé du nouveau far west dont Lourdes Phalanges en aventurier de l'extrême et pionnier légendaire à présent est devenu le premier colon désincarné. Que fera le méta-personnage de l'écrivain post-burn-outé que l'on découvre ici pour la seconde fois dans mon spoil insistant ? Qui se cache derrière le mystérieux narrateur ? Pourquoi un drive by de citations en préambule ? Toutes ces questions ne sont pas des doutes car elles convergent toutes vers une seule et unique certitude : il y aura prochainement un Agarttha (VI)

Agarttha (V)

Le 25/01/2017
par Lourdes Phalanges
[illustration] «Ils étaient arrivés au bord du Monde.» (Julius Einsenforher, La Terre Plate)



«Ce que nous acquérons pour peu, nous ne l’estimons guère...Il serait bien étrange en vérité qu’un article aussi céleste que la VÉRITÉ ne fût hautement estimé.» (Thomas Paine)



«Nous ne voyons pas, ou nous oublions que les oiseaux qui chantent paisiblement autour de nous vivent principalement d’insectes et de graines, et détruisent donc continuellement la vie.» (Charles Darwin, L’origine des espèces)



«N’attends d’acclamations d’aucun autre que toi

Car il vit et meurt le plus noble des hommes

Celui qui crée et applique ses propres lois.» 
(Sir Richard Burton)

«La Nature utilise les fils les plus longs pour tisser sa trame, afin que chaque parcelle de sa toile révèle l’organisation de toute sa tapisserie.» (Richard Feynman)



«La pensée est si silencieuse, elle ne domine pas mais pénètre dans tous les esprits, et en utilisant uniquement des combinaisons d’idées, telles des formules magiques, elle soumet le monde à sa volonté.» (Thomas Carlyle)



«Personne n'a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous.(…) Celui qui confessera que Jésus est le fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Et nous, nous avons connu l'amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour; et celui qui demeure dans l'amour, demeure en Dieu, et Dieu en lui.» (Jean 4:12-16)


«- Quand on représente une cause (presque) perdue, il faut sonner de la trompette, sauter sur son cheval et tenter la dernière sortie, faute de quoi l’on meurt de vieillesse triste au fond de la forteresse oubliée que personne n’assiège plus car la vie s’en est allée ailleurs.



- Le bonheur est un mot qui n’existe pas dans la langue des Alakalufs, ni aucun vocable similaire. On a faim ou on est rassasié, on est malade ou bien portant, on a chaud ou on a froid, on se serre les uns contre les autres sous la peau de phoque, dans la hutte, et de cette chaleur animale de la chair naît une sorte d’apaisement de l’âme qu’on partage sans l’exprimer. Mais le bonheur ? On rit quelquefois, on chante, mais comme cela ne dure jamais et se paye ensuite chèrement, les Alakalufs ne l’ont pas défini par un mot. En revanche ils en ont cent pour exprimer l’angoisse.» (Jean Raspail)



«Recommencer, ce n’est pas refaire» (Jules César)



«De toute manière, même pour un esprit sain, les objets semblent parfois posséder une volonté propre; ils ne se comportent pas comme prévu, ils vous mettent des bâtons dans les roues, ils opposent une résistance anormale au changement. Dans ce récit, j'ai essayé de concevoir une situation qui expliquerait rationnellement le sinistre complot que trament les objets contre les hommes sans supposer de dérangement mental chez ces derniers. Pour cela, il fallait une autre planète.» (Philip K. Dick)



«La vérité vous rendra libres...» (Saint Jean)



«- La préférence pour la rapidité dans la tactique n'est pas la vraie Voie. En toutes choses, tant que l'on n'est pas en harmonie avec les rythmes, on tergiverse sur rapidité ou lenteur. Lorsque l'on est devenu expert dans toutes les voies, on ne semble pas rapide aux regards des autres.



- En général l’idée que l’on a sur le « vide » est fausse. Lorsque l’on ne comprend pas quelque chose on le considère comme « vide » de sens pour soi, mais ce n’est pas un vrai « vide ». Tout cela n’est qu’égarement.
Dans la Voie de la tactique, si les samouraïs ne connaissent pas leur Loi pour poursuivre leur Voie, ils ne sont pas « vides ». Ils appellent « vide » ce qui est du domaine de l’impasse sous l’effet d’égarement successifs, mais ce n’est pas le vrai « vide ».



- Honorer Bouddha, oui, mais ne rien en attendre.»

 (Miyamoto Musashi, Traité des cinq roues)



«Les philosophes sont des hommes employés par les riches prouver que tout va bien.» (Brook Adams)



«Le but d’un homme devrait être hors de sa portée. Sinon, à quoi servirait un Paradis ? (Robert Browning)



«Il n’y a rien de mieux pour les hommes que d’être heureux dans leur travail, car c’est ce pour quoi ils sont là.» (L’Ecclésiaste)



«Si seulement il y avait des gens mauvais quelque part en train de commettre insidieusement des actes mauvais et s’il suffisait de les isoler et de les détruire. Mais la frontière entre bien et mal traverse le coeur de chaque être humain. Et qui souhaite détruire un morceau de son propre coeur ?» (Alexandre Soljetnitsyne)

«Nous avons besoin de l’histoire dans son intégralité, non pas pour retomber dedans, mais pour lui échapper.» (Ortega y Gasset)



«L’homme ne subit pas son sort, il n’assiste pas à son destin en spectateur intéressé mais étranger, il lui est donné de l’accepter et de l’accomplir -de le prendre en charge, à son compte.
Le Germain avait accès au noumène, il n’était pas écrasé par un fatum inexorable et méchant, il lui était donné d’y participer. Son corps était le réceptacle de cette force, sa vie s’en trouvait magnifiée. Sans aucun doute est-ce là le fondement de son orgueil, de son sens intransigeant de l’honneur, de son ambition, de son mépris des faibles : il était habité.» (Extrait de l’Edda poétique)

«Nous nous sommes arrêtés dans une cantina. J'ai essayé leur jus d'ananas. Ce n'en était pas mais c'était frais. On ne peut pas tout avoir.» (Starship Troopers)



«Que dire, écrire, clamer de plus que les autres ? Ce qui suit a déjà été lu par tous. Mais c’est confiant que je m’adresse à ce qu’il reste au fond de vous, cette essence que même des siècles de domestication n’auront pu entamer.» (Lourdes Phalanges, Valhalla)
                                                                                     ‡‡‡

Après avoir suivis un long tunnel qui aurait très bien pu les avoir mené jusqu’au centre de la Terre, les citoyens arrivaient les uns après les autres, de façon ordonnée, prenant place dans de larges fauteuils rouges très confortables, avec en face d’eux, un écran. Le plan fonctionnait : les macro-bots trafiqués avaient rompu le pacte et, à nouveau, ils savaient.
 Assise à côté du Sélectionneur, La Coordinatrice se mordillait les lèvres.

La voix de L’Auteur résonna dans l’incommensurable salle qui accueillait désormais l’intégralité de l’humanité. Des soupirs se firent entendre.

Le Sélectionneur se leva et dit : «Nous nous étions pourtant mis d’accord la dernière fois : nous ne voulons plus d’histoire, ni celle là ni une autre. Plus de voix dans la tête qui nous interpelle, plus d’Odyssée dont nous ne pouvons nous montrer dignes, de légendes, de conspirations, de doctrines, de Il était une fois, de rumeurs, d’EMI, d’utopies, de dystopies des -ismes, des révolutions, des grandes passions, des coeurs brisés, des gorges tranchées, «au commencement était le Verbe,» «Et alors viendra la fin»...
Nous ne voulons plus croire, nous voulons oublier ces heures interminables passées à imaginer, contempler, pardonner, célébrer... Ces flots incontrôlables de pensées et de mots, qui nous bercent et nous rongent. Et tout ça pour quoi ? Se soustraire à la solitude ? Porter le fardeau laissé par nos ancêtres ? Je m’appelle Pierre Grois, je lis exclusivement les romans que l’on trouve dans les boutiques des aires d’autoroutes : je sais qu’ils sont médiocres mais ce détail étonnant restera dans la tête des gens qui ne me connaissent pas encore. J’ai une cicatrice au milieu du mollet droit. À 7 ans, j’ai vu un cerf mourir alors que nous baladions en forêt, mes parents et moi. Cela m’a bouleversé. 16 ans plus tard, j’ai repensé à ce moment précis de mon existence alors que je faisais l’amour avec une très belle blonde rencontrée chez des amis. Je me repassais les quelques images projetées par mon cerveau sans comprendre pourquoi elles réapparaissaient maintenant. J’ai reparlé de cette balade : mon père ne s’en souvenais plus et m’a demandé si j’avais payé l’impôt sur le revenu. Vous voyez, je peux continuer comme ça longtemps, je connais les ficelles, les subterfuges, mais à quoi bon ? Vous et vos prédécesseurs avez échoué. Vous pouvez faire de moi un pirate, un vampire, une femme trompée, un esprit frappeur... M’offrir un jardin secret, une vie intérieure - Multiplier les possibles, laisser le champ-libre au hasard, crypter, dissimuler, enlacer les sens : Il n’a plus d’issue. Mais désormais, je n’ai plus besoin de tout ça, j’ai enfin trouvé une place, je suis un Sélectionneur.»

La Coordinatrice acquiesça. Ils acquiescèrent tous, et quittèrent la salle comme ils étaient venus, de façon ordonnée, les uns après les autres. L’Ordre était Mondial, à nouveau.

L’Auteur était désormais seul, comme à chaque fois : la fin, cette fin, restait inchangée, année après année. Les siens avaient encore renoncé. Plus de mythes, plus de risques, plus de mort, plus de sens. Juste un trajet, imperturbable, entre deux points. Il avait pourtant vu les choses en grand cette fois : du mystère, une promesse, des fauteuils confortables, un écran démesuré... 

Mais Il avait beau creuser, toujours pas trace d’Agarttha.


= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 25/01/2017 à 19:51:43
OMG § Lourdes Phalanges avait un convecteur temporel ! Dans son dragster customisé, Vincent Perrot, n'avait pas la moindre chance.

https://www.youtube.com/watch?v=8jK3RW6rSCM
Lourdes Phalanges


    le 25/01/2017 à 19:56:54
Magnifique description, qui cerne bien l'essence de la chose (et permet d'expliquer l'aspect téléphoné de la dystopie un brin caricaturale des épisodes précédents), mais qui se borne à une seule interprétation. "L'Auteur" peut en effet renvoyer à ma tartignolesque personne, ou à tout écriveur/écrivain, mais on peut y voir quelque chose de plus grand, dépassant la littérature et le cadre de la méta-blague. Ca marche aussi avec la légende même d'Agarttha : simple invention pour contes et légendes ou véritable élément spirituel ?

Pour les citations, tu le dis toi-même, tout a déjà été écrit. Voilà pourquoi différentes strates successives de concepts réactualisés au fil des siècles submergent mon texte.

Je suis assez fan des multiverses et des dimensions qui se télescopent : ci certains zonards veulent se lancer dans des spin-off d'Argattha, proposer des embranchements, c'est open-source.
Lourdes Phalanges


    le 25/01/2017 à 20:17:30
Et puisqu'on parle d'open-source :

http://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/informatique/la-cia-en-open-source-13-millions-de-pages-accessible-au-public-sur-le-web_109907
Lapinchien


tw
    le 25/01/2017 à 22:45:20
Tu n’échapperas pas à un VIeme volet.

Ta prospection de la Littérature à la machette est à peine commencée. Il reste de vaste continents à défricher et seul toi saurais le faire.

Je suis prêt à tout pour que ça se produise, même à contacter Caroline de Haas pour qu'elle lance une pétition sur change.org

Commentaire édité par Lapinchien.
Muscadet


site blog fb
    le 25/01/2017 à 23:08:06
Un détournement apparemment sans préméditation mais d'une habileté atténuante.
Quant au caractère apocryphe de la citation de Klendathu, le doute m'assaille.
Muscadet


site blog fb
    le 25/01/2017 à 23:13:22
Après diaporama mental, il doit s'agir du grand blond avec un famas noir.
Lapinchien


tw
    le 26/01/2017 à 10:47:49
sur le fond : tout a déjà été écrit, tout a déjà été lu, forcément je ne suis pas d'accord, mais je trouve ton postulat de base intéressant cependant j'estime qu'il faudrait que tu explores d'avantage cet univers que tu as planté avec ce paradigme. Il y encore des tas de choses à explorer. Vivement un prochain épisode donc.

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