Matériel requis
- Scalpel chirurgical à lame fine, tranchante et froide, capable de glisser entre peau et muscle sans déchirer
- Pince à désarticuler, puissante mais précise, pour séparer tendons et ligaments sans éclats
- Scie osseuse à denture fine, crissante, pour sectionner l’os sans éclaboussures sauvages
- Cuve d’acide doux (vinaigre noir ou jus fermenté d’écorce), pour digérer lentement la matière adipeuse et révéler la trame osseuse
- Bac d’eau glacée, pour plonger la main entre les étapes et ralentir la dégradation
- Chalumeau et torche pour carboniser avec précision sans consumer totalement
- Gants noirs — symbole plus que protection — pour toucher sans contaminer, pour imposer la solennité du geste
Étape 1 — Nettoyage et saignée
Plongez la main dans un jet d’eau froide et claire, laissant les gouttes glacer la peau. Treize minutes exactes, ni plus ni moins, pour que la chair se raffermisse, que les capillaires se contractent. La surface se couvre d’une fine rosée, la peau devient presque translucide, dévoilant un réseau palpitant de veines bleutées et rouges. Prenez le temps d’observer : chaque veine gonflée est une voie vivante, chaque pli un relief à respecter.
Tracez une incision nette, perpendiculaire au poignet, juste avant le premier pli palmaire. La lame pénètre doucement, traversant la peau et le tissu sous-jacent. Le sang s’échappe en un filet épais, brillant, noir et rouge, chaud au toucher. Recueillez-le dans un récipient stérile — ce liquide épais sera réduit plus tard, concentrant son goût métallique et son amertume profonde. L’écoulement ralentit, la main cesse de se tendre.
Passez-la rapidement à la flamme nue du chalumeau, quelques secondes, juste assez pour griller légèrement la surface. Il faut que l’odeur âcre de chair brûlée et de fer oxyde remplisse l’air, pique les yeux.
Étape 2 — Désarticulation des doigts
Travaillez un doigt à la fois. Saisissez l’index, la peau déjà légèrement raide sous les doigts gantés. Incisez précisément à la base, le long de l’articulation métacarpo-phalangienne, où le cartilage dur rencontre la chair molle. Laissez la lame glisser entre la peau et le tendon, exposant peu à peu la blancheur nacrée des ligaments. Saisissez la pince, attrapez le tendon avec fermeté, tirez lentement. Vous sentirez la résistance, le tendon tendu comme une corde. Au moment où la lame tranche, un craquement sourd résonne, signe que l’os cède.
Répétez avec chaque doigt, en laissant le pouce pour la fin — dernier rempart, plus massif, coriace, presque défiant. Son détachement se fait au prix d’un effort supplémentaire, la lame tranchant à travers des tendons plus épais, des ligaments noueux.
Déposez chaque doigt dans un linge humide, enroulé serré, pour conserver leur souplesse mortelle. Ne les étiquetez pas : la reconnaissance doit se faire par le toucher, par la mémoire du froid.
Étape 3 — Ouverture de la paume
Posez la main, paume vers le ciel, sur une planche noire, immobile. À l’aide du scalpel, réalisez une incision en croix au centre de la paume, traçant une croix sanglante sur la chair. La peau se soulève en lambeaux, fragiles mais résistants, qu’on écarte à l’aide de crochets acérés. Sous cette membrane, un monde complexe se déploie : muscles courts du pouce, tendons luisants, réseaux nerveux vibrants faiblement — témoins d’une vie passée.
Le tissu adipeux se détache en couches épaisses, entre les muscles, révélant la blancheur luisante des tendons tendus, noués, vibrants encore d’un dernier souffle. C’est ici, dans cette chair exposée, que se révèle la vraie texture — ni molle, ni dure, mais un mélange troublant de résistance et de fragilité.
Étape 4 — Cuisson des phalanges
Avec la scie fine, coupez les phalanges en segments réguliers. Le son de l’os tranché est net, sec, résonnant dans la pièce silencieuse. Plongez immédiatement ces fragments dans une eau bouillante, faisant blanchir la surface et durcir la chair encore présente. Trente secondes suffisent pour transformer la texture.
Saisissez ensuite les morceaux sur une plaque de fonte brûlante. La chair se met à caraméliser, formant une croûte noire et craquelée. De la gélatine visqueuse et sanglante suinte du cartilage, fondant sous la chaleur, libérant des effluves âcres et métalliques. Versez un filet de vinaigre noir qui s’évapore en fumées acides, enveloppant chaque phalange d’une laque sombre, gluante, presque obsédante.
Étape 5 — Travail du dos de la main
Retournez la main. À l’aide du scalpel, soulevez délicatement la peau du dos, en la décollant lentement, telle une membrane fragile, évitant toute déchirure. Elle se retire comme un gant inversé, laissant apparaître les veines gonflées, tortueuses, et les tendons durs, tendus à l’extrême. Passez la lame sur ces structures, raclant doucement pour nettoyer les résidus.
Exposé au chalumeau, le dos s’enflamme brièvement, carbonisant la chair et durcissant les tendons. Ensuite, fumez-les au-dessus d’un bois humide, lentement. La fumée enveloppe les fibres, les rigidifie, leur conférant une texture croquante, presque cassante — un contraste saisissant avec la tendreté de la paume.
Étape 6 — Réduction de la paume
Découpez la paume en fines lamelles, longues et translucides. Plongez-les dans une cuve remplie d’un mélange acide : vinaigre noir, moelle osseuse broyée, et le sang recueilli à l’étape 1. Laissez mariner douze heures, le temps que la chair perde sa densité, s’imprègne de goût et d’amertume, devienne presque élastique.
Passez ensuite les lamelles au four à basse température, confisant lentement la matière. Une croûte sombre, collante, se forme, presque brûlée, tandis que l’intérieur reste tendre, visqueux, presque dérangeant dans sa fragilité.
Étape finale — Assemblage
Sur une ardoise froide et sombre, disposez chaque pièce avec soin : les phalanges caramélisées, les tendons fumés, les doigts pochés, la paume confite, le dos croquant. Un filet de graisse de poignet, réduite et épaisse, vient lier le tout.
Servez encore tiède.
Préparation complète d’une main humaine — Méthode traditionnelle à chair ouverte / Extrait interdit des “Rituels culinaires interdits de Vallogne – Tome II : L’Art de la dépouille.”
Le 13/01/2026par Caz
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= commentaires =
Excellent texte que j'avais classé au début dans la catégorie "Débile/parodies" car dans son déroulement j'y voyais plus la création d'une oeuvre d'art mais la dernière phrase m'avait échappée aussi je l'ai réaffecté au dossier "Recettes" d'auguste mémoire.
C'est marrant que Caz ait réinventé le concept spontanément dans son coin sans connaître cette tradition zonarde datant du début des années 2000 alors que tous les sites de cuisine à la con débarquaient sur le web. Et c'est marrant aussi qu’inconsciemment elle y ait vu la patte zonarde pour proposer ce texte au site.
Caz réinvente le genre dans un style super maîtrisé et une exécution aussi clinique et gore qu'une Maïté qui aurait virée psychopathe.
Après peut-être aussi qu'avant la Zone, d'autres auteurs s'étaient déjà pliés à cet exercice mais je n'en connais pas les textes.
"Servez encore tiède. " à qui? un banquet pour manchots?
En tous cas l'auteur s'est fait plaisir. Un peu trop, car cela rend la recette moins clinique, moins dogmatique, ce qui enlève de la crédibilité : on quitte par moment le mode d'emploi pour un compte rendu presque jubilatoire, et on a du mal à se situer entre les deux.
Bien sûr, il s'agit d'une fantaisie, mais on peut tout de même s'interroger sur le résultat que donnerait un tel traitement sur une main, car plonger les chairs dans une eau bouillante ne les "durcit" pas, mais au contraire les ramollit et les détachent de l'os. C'est dommage, car le texte se veut d'une précision chirurgicale... et pèche sur la réalité culinaire. Cela laisse un goût âpre dans la bouche. Mais on dira que l'auteur a écrit ce texte pour se faire... la main.
AH MAIS CE TITRE EST LUI AUSSI FANTASTIQUE ET PLEIN D4INVENTIVIT2 §
A propos de titres... "Les Noces de l'Ombre" : c'est une contrepèterie ? Et "Ma récompense" : c'est une finesse à double sens ?
suis extrème déçu
ai fait recette
pas bon du tout
difficile écrire maintenant
avec un seule
merci Caz pour
texte univoque
sens évident
moi trop premier
degré