À quoi touchait-il, lui, sans moi ? Il était dans sa tête. Je ne sais plus d'ailleurs. Oui, il y était. Sorti ou couché, toujours dans sa tête. Pas avec moi. Cela je le peux savoir. Et sentir. Je le peux oui. Comme c'est plus fort que tout ce que je peux sentir. Quand il n'est pas là je peux tout sentir. Tout voir. Son absence me montre ce qui va arriver. Comme une délivrance. D'un instant à l'autre ça peut changer de toute façon alors peu importe, le film se répète en boucle dans ma tête. Comme le mot drogue dans la bouche d'une fille peut aussi la maquiller. Ça fait très bien l'affaire voilà, je dis drogue et ça ferme la boucle. Moi je la boucle, lui cherche un passage, lui barre la route avec sa bouche. Et je mâche et remâche ses mots. Donc je suis partie de cette ville pour arrêter d'être suivie constamment comme ça. C'était pas très grand L. Mais tout de même. Laissez-moi passer, arrêtez de me suivre. (...) Je n'arrive pas à penser à autre chose et pourtant je ne me souviens pas de grand-chose. De mon entrée tardive dans la vie active, des discussions autour d'une table même si on y avait renoncé pour nos aventures. Le départ pour nos aventures, par d'autres chemins que les sentiers battus. Le grand départ, quoi. Le départ, demande-t-elle. Pas pour très longtemps. Non. Partir nulle part en réalité. Sans personne depuis très longtemps, c'est Julien qui partait toujours. Et comme Julien n'est pas là c'est à moi de me souvenir. Me souvenir de quelque chose de Julien, se demande-t-elle. Mais quoi, qu’il me revienne ? C'était il y a très longtemps tout ça. Il n'est pas oublié c'est l'essentiel. C'est cela même seulement qu'il ne faut pas oublier. Haut les cœurs. Il ne sera jamais oublié. Il serait même revenu, si je sais en parler.
C'est une vie qui me manque beaucoup. De tout Julien, c'est la vie qui me manque. Ce qu'on partageait n'était pas seulement la drogue. De tout ce qu'on se disait, j'ai aujourd'hui le manque affreux. De tout ce que je lui disais, aujourd'hui je ne retrouve plus les mots et je me tais d'ailleurs le plus souvent à son sujet. Au sujet de Julien. Il n'a pas existé, en fait. Ce n'est plus la même vie. C'est tout le temps qui me reste. Là. Comme beaucoup d'argent dont on n’aurait pas envie. Ce n'est pas de temps dont j'ai besoin mais de lui. Comme beaucoup de souvenirs dont on n'aurait pas la ferme certitude. Dont on se méfierait. Et qui n'existent sans doute que pour consoler mais pas pour servir à quoi que ce soit. Ce n'est plus de cette vie que je m'occupe, c'est de lui. De temps en temps. Mais dans l'absolu, oui, et avec du temps, beaucoup de temps, on me le rendra. Julien. (...) Ainsi je ne le fais pas exister si je me tais. Il a existé, Julien. En étant mon oreille, ma bouche et mon coeur. Il a existé parce qu'on se disait tout. Aujourd'hui tout ça est quelque part perdu et je remarque pourtant que c'est là. Ce n'est pas perdu du tout, c'est bien là. Je sais où. Mais je crains trop le temps hélas pour aller le chercher. Tant ce que je lui disais c'était tout. Ça me semblait tellement tout ce que je pouvais dire à quelqu'un, que le temps qu’on me laisse à présent pour parler est démesurément long. Et se moque de moi à vouloir aller chercher quelque chose du passé l'homme dans son entière méchanceté. Se moque de mon entreprise et prend part à la dispersion du temps qui passe, sa fin prochaine. Et la mienne.
Je me fais presque honte. Je me demande quoi faire alors. Je me sens gênée tout à coup. Gênée par cette voix, cette habitude prise de m'écouter, de suivre cette passivité. Mon Dieu. C'est pourtant la première chose qu'on nous apprend, avec la lecture et l'écriture. Paraît que s’y mettre au plus tôt peut donner plus de chances d'accéder aux emplois qualifiés. Et avant ça aux diplômes. Il faut attendre le diplôme, l'école donnera le diplôme et lui donnera un emploi. D'autres se seraient juste tués à la tâche mais moi je suis née comme ça. Pourtant ce sont eux, les acteurs de l'écriture. Les obstacles. Ce sont eux qui font avancer et qui nous attendent. Le parcours est déjà tout tracé. On sait comment ça va finir. En larmes chez un éditeur.
LA ZONE -
Il savait que je ne pouvais pas dormir alors il était gentil, oui, de m’emmener danser. C'était fatigant. Bien assez pour que le moment de rentrer soit une délivrance. Mais alors tout serait fini, tout était fini, il ne fallait pas que je sache, il ne fallait pas qu'il s'absente. Une seconde de plus et je savais. Toutes les choses du monde et de moi aussi. Je touchais, de mes mains, à la vérité. Moi c'est à elle que je touchais. = ajouter un commentaire =
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On est toujours dans la semaine TDM ?
Quelques petites flammèches de temps en temps, sporadiques, disséminées, comme des étincelles trop timides pour enflammer quoi que ce soit, en particulier le lecteur.
Impossible d'adhérer à cette simulation d'absence de pensée, trop d'artifice tue le feu.
Sans doute dommage, car l'effet voulu que l'on devine aisément est raté.
Ce texte est une promesse qu'il ne tient pas.
Des maladresses. Mais du coeur, et un style, encore timide, mais touchant. Moi ça me parle, ce désespoir, la façon dont il est narré, à petites touches, avec pudeur, bien sûr toujours au bord du nombrilisme, mais là douleur que j'y perçoit, la tristesse, me touche, et c'est tout ce que je demande a un texte, en soi. D'être authentique.
Ben... moi ça me fait justement l'effet inverse. Impossible d'y croire une seconde.
En plus, c'est le personnage qui est censé parler, mais là on voit les fils tenus par le narrateur. Et surtout dans le dernier paragraphe où le texte lui-même prend une distanciation avec lui-même.
Il en résulte pour moi beaucoup de difficulté à adhérer à ce qui se voudrait authentique ou la relation d'une authenticité.