Au Burger King, j’avais l’habitude de prendre un Double Steakhouse, ou un Louisiane Steakhouse et un Steakhouse classique selon mes humeurs. Je venais d’atterrir à Saint-Amand-Montrond. L’histoire se déroule à une époque où j’étais très en chien, j’aurais même bien pu baiser un âne si l’occasion se présentait. J’allais assister à une étape du Tour qui arrivait dans la région. C’était évidemment en juillet et il faisait très chaud. Je crois que je portai un t-shirt noir que j’avais rentré à l’intérieur d’un pantalon blanc. Je m’étais garé sur la Rue du 14 Juillet, près de l’Hôtel Le Saint Amand. Ce ne fut pas simple cette histoire de déviations, de « pas par-là » et de « allez voir ici tant que vous pouvez ». Je suis sorti de mon auto avant de bifurquer Rue des Victoires, marchant bien malgré moi sur les traces d’un couple de vieilles perruches portant des chapeaux ridicules ; le mâle qui plus est portait une salopette bleue, ce qui lui donnait des airs de Mario Bros. Tandis que je dépassais l’Office de Tourisme Cœur de France la caravane publicitaire commençait à hurler des choses incompréhensibles, ou alors peut-être qu’elles étaient compréhensibles mais pour moi cela semblait incompréhensible, et sans doute qu’elle ne commençait pas vraiment son festival mais moi j’arrivais à un moment de silence, entrecoupé par deux phases de crises dont la suivante devait nécessairement me faire tressauter. Il y avait comme à l’accoutumée foule de monde, les rambardes étaient bondées et le bruit démentiel, formant une musique informe pratiquement cacophonique. Je m’apprêtais bientôt à nager (ou plutôt à faire la planche) en plein brouhaha, dans un chaos organisé comprenant Cochonou, Tourtel Twist, lancers de bons de réductions, de porte-clefs, de casquettes et autres merdes en tous genres que petits et grands allaient s'arracher comme il en est de coutume. Beaucoup de gens là-bas ressemblaient à des sponsors vivants, sapés du sommet de leur crâne jusqu’aux tréfonds de leur caleçon de jaune, de vert ou de blanc avec des pois rouges, sinon d’un florilège de marques de vêtements tellement nombreuses que toutes les énumérer serait impossible : Nike, Adidas, Puma, Desigual, Fila, Levis, Lacoste… Une atmosphère beauf absolument délirante. Peut-être au fond que certains cherchent dans ce genre de ferveur populaire à s’imprégner un peu de leur pays d’antan tel qu’ils se l’imaginent, ce qui serait assez semblable à un test de Rorschach : l’un voyant cela qui lui apparaît comme un aigle blanc et l’autre y voyant ni plus ni moins qu’une tache de sperme.
Mais où peuvent bien être passé Eddy Merckx, Raymond Poulidor et Jacques Anquetil ? Certains arrivent à revoir leurs reflets respectifs baigner dans l’iris bleu de Tadej Pogačar ou de Mathieu Van der Poel. Tous les présents finissent instantanément par se dissiper, mais parfois, cette dissipation passe par l’absorption complète du matériau, ce qui demeure une des si ce n’est la plus belle manière de mourir, tout organismes vivants confondus. Tous ces vieux au dos cassé et aux mains tremblantes ont vu tellement de fois la faucheuse qu’il ne leur reste guère plus que leur nostalgie pour se donner l’envie de continuer à respirer ; et l’un d’eux allait se mettre à éternuer pendant qu’une autre riait d’un rire démesurément bourgeois et que celui-là parlait de la météo, du beau temps et des coups de soleil. N’empêche que tout cela m’a toujours assez plu, ça a le mérite d’être vivant et je me dis qu’ils ne font que chercher le bonheur sans emmerder personne, qu’ils profitent autant qu’ils le peuvent de cette folie événementielle avant de retourner à leur morosité quotidienne.
Des distributeurs ambulants marchaient sur la route menant à la ligne d’arrivée et certaines personnes hurlaient pour que ces derniers leurs jettent toutes ces petites babioles, le plus souvent en vain. Enfin, je gardais en tête l’idée de me trouver dans ce petit monde une compagne d’un jour, partager avec elle un morceau de ce temps délicieux, suspendu, en couper deux petites parts, y ajouter du sucre glace et une fois le dessert fini repartir terminé bonsoir en se frottant les mains. D’ailleurs je ne cherchais pas spécialement à baiser, simplement à passer du bon temps avec une fille assez jolie et sympa. La circulation était difficile, j’étais pratiquement contraint à me tenir immobile entre deux sardines de la trentaine, et l’un d’eux ressemblait à Ilan Gabet tandis que l’autre avait un air quelconque mais une voix de tapette. À ma droite se trouvait la ligne d’arrivée et à ma gauche la route d’où les coureurs allaient débarquer comme des fusées, sprintant hypothétiquement pour la victoire sinon pour la défaite. Nous étions donc séparés en deux rangées : une dont je fus l’un des engrenages (quoique j’aurais préféré n’avoir aucun lien avec mes voisins) et l’autre se trouvant en face de « nous ». Dans cette population disparate, trouver de petites filles mignonnes, de préférence seules ou ayant l’air seules, n’allait pas être facile : d’abord à cause de ma petite taille — y voir quelque chose ou quelqu’un entouré de grandes perches étant une tâche assez hardie — mais aussi car demeure toujours le fait que les gens seuls se confondent assez souvent avec les fantômes, et je n'ai jamais aimé que l'on me prenne pour un fantôme. Cependant, Alberto Contador (mon idole d'enfance) disait que vouloir c’est pouvoir, et moi je voulais bien y croire donc j’ai pu. Le soleil tapait très fort, planté sur un trottoir sans abri on le sent toujours très bien. Les femmes portaient des tenues légères, d’apparences frivoles, mais je savais déjà après de multiples observations d’ordre empirique que l’habit ne faisait jamais la pute, et qu’ainsi les filles les plus faciles sont parfois (même souvent) les plus pudiques vestimentairement parlant. Par miracle, j’en ai remarqué une assez vite dans la rangée d’en face, émergeant de la foule sur ma gauche comme une taupe d’un trou ou une personne sur le point de se noyer de la houle, cherchant un peu d’air et sortant par intermittence la tête de l’eau. Elle ressemblait à une Péruvienne ou un truc du genre. Elle portait un t-shirt noir avec inscrit « Good girl » au milieu, en gros et en blanc, ainsi qu'un jean bleu retraçant bien ses courbes, me laissant penser qu’elle devait sans aucun doute avoir un cul divin tout juste à la bonne taille, sans même avoir à observer ce dernier de face. Sur le moment, je ne crus pas qu’elle allait me remarquer et planait sur moi la crainte de la perdre de vue. Quelque minutes de vide nous séparait, nous étions au bord du précipice temporel qui s’élargissait et nous écartait de plus en plus à mesure que Dieu le Père aussi nommé le Temps passait ; et il passait, et il passait… Je la toisais, tentais de déceler quelque chose en elle, un signe ou que sais-je. Au départ, j’hésitais à lui faire un petit signe de la main puis je me suis dit que ce serait peut-être trop tôt sinon un peu déplacé, alors que je savais déjà très bien qu’avec les filles jamais ça n’arrive trop tôt mais que par contre, ça peut arriver trop tard et dans ce cas-là vaut mieux se trouver une autre occupation à laquelle dévouer tout son amour, que ce soit Dieu ou les poissons rouges. J’allais me perdre en moi-même durant un bon quart d’heure, tout le reste autour de moi allait être floué, l’objectif de ma caméra oculaire braqué sur elle, la reine des fourmis. Puis je me suis dit « merde si c’est déplacé ou si c’est pas le moment » — passage d’un véhicule à l’effigie des opticiens Krys — et j'ai pointé mon doigt vers sa direction tandis qu’elle me regardait ou semblait me regarder, avant de lui faire un geste de la main censé vouloir dire « viens ». Son regard fauve continuait à me transpercer le cœur, je n’avais encore aucune réponse de sa part à mes appels quand j'ai réitéré mon geste. Elle eut fini par me remarquer ou par retrouver ses ovaires, les cherchant dans une poche puis dans une autre sans se rendre compte qu’ils étaient là, comme toujours, à leur place habituelle, au bout de leur trompe respective, comme deux petits porte-manteaux. C’était déjà une petite victoire, un soulagement. Mes poumons se libéraient, la vie pouvait reprendre son cours et ma respiration avec. Elle était déjà là. Le fleuve goudronné traversé à une de ces vitesses… Elle était bien plus petite que moi, ce qui me parut assez satisfaisant tant c’était rare, du moins à ce point, qu’il y ait un tel écart au niveau de la verticalité entre moi et mon interlocutrice. L’échange débuta ainsi : Tu t’appelles comment ? Meliza. Un écart se faufilait entre cette phrase et la suivante. Mes parents viennent du Venezuela. Finalement j’apprenais que je n’étais pas si loin que ça, ça restait une sorte de Latina. Que pensez-vous de la politique mise en place par Nicolás Maduro ? Je m’en fiche, c’est quoi ton nom ? Timothée mais tout le monde m'appelle Tim, tout juste la vingtaine. Elle m’a dit ok et je suis parti sur une série de questions-réponses : Tu vis ici ? Non, je suis de Châteauroux. Ah merde, me dis-je. Mais qu'est-ce que tu fous ici alors ? Je suis venue voir la course, comme tout le monde. Tout le monde ça fait beaucoup de monde, pourtant sa réponse m'apparût logique. T’aimes le cyclisme ? Non pas du tout, j’y connais rien, je suis venue pour dire de venir. Curieux mais compréhensible. Tu as quel âge ? Vingt-deux. Tu vis seule ? Oui. Après la course, tu iras où ? Je rentrerai sûrement. J’aimerais que tu m’amènes quelque part. Où ? Peu importe, un endroit confortable. Et toi tu viens d’où ? D’un peu plus haut, du Perche. Tu pourras venir chez moi si tu veux. Je n’ai rien dit et me suis contenté de hocher doucement la tête.
Les passages des véhicules publicitaires se faisaient de plus en plus espacés, les gens commençaient à calmer leurs ardeurs. Je regardais l’heure sur mon téléphone : bientôt dix-sept heures. Je n’avais encore rien mangé mais je tenais le coup, cette sensation de la faim, je l’avais perdue avec le bonheur de mon enfance. Un troupeau de voitures appartenant aux DS (directeurs sportifs) n’allait plus tarder à débarquer puis les motos allaient suivre avant de bifurquer à droite quelque centaines de mètres avant la ligne d’arrivée sur la Rue Fradet. Le front d’en face d’où les enfants tenaient la première ligne semblait trépigner sur place, comme si montait en eux une fièvre semblable à celle de la masturbation avant éjaculation. Fatalement, victime de mon attente, je m’apprêtais à rêvasser ou à reprendre le rêve là où je l’avais laissé. Je tentais de lutter, de ne pas me laisser envahir par le nuage imaginaire, fabriquant de pluies diverses depuis 2007. Pour le moment je n’étais plus seul, il me fallait en profiter. Je posais délicatement ma main sur le haut du dos de Meliza et le lui caressais avec autant de précaution que si je caressais un chaton.
Un corps est une aventure, le bassin forme des collines et dans le fond des océans utérins se trouvent des trésors inestimables, une or à féconder pour que pousse sur le monde comme un arbre l’enfant El Dorado. Éjaculer de l’or liquide ; toutes les femmes s’arracheraient la semence du premier venu, viendraient les jambes écartées et la chatte béante et humide, affamée comme un puits à foutre n’attendant que ça d’être remplie. Le sperme est le sel de leur existence.
Je finissais par descendre jusqu’à son cul, initiative à laquelle elle me répondit avec un doux sourire. Ma confiance allait grimper en flèche, et avec viendraient les fléaux de l’érection, enivré que j’étais par l’odeur des fragrances féminines : eaux de Cologne ou de Venise, de la Seine ou du Gange, imbibant ces tissus de toutes les couleurs et les parfumant à l’orange, à la pisse ou aux fruits de mer. Filles écumantes dans leur culotte comme la salive s’écoule d’entre les lèvres. Définitivement je suis un chien, un chien sans laisse, sans maître non plus, les crocs saillants et la queue remuante. Je savais aisément que j’aurais bien pu aller jusqu’à faire glisser ma main à l’intérieur de son pantalon et de sa culotte si elle en portait une comme cache-misère, massant sa tasty pussy tout en poussant un soupir de chagrin quant à moi-même, ayant pleinement conscience de mes vices, mais je préférais éviter — dans le cas où elle n’aurait pas été réceptive — l’éventualité de me prendre une beigne dans la gueule.
Devant nous la voiture du directeur de course (enfin je crois que c’était la voiture du directeur de course) finira par passer et la majorité des spectateurs allaient sortir de leur apnée en un temps record. Les motos de France TV venaient de filer à droite et une clameur là-bas à un peu moins d’un kilomètre de la ligne d’arrivée se faisait entendre, le nom de Thomas Voeckler étant scandé par un groupe de jeunes étudiants.
À nouveau le monde se réveillait. Fin de la léthargie.
Les coureurs sont arrivés en sprintant, Mads Pedersen a gagné, s’est emparé du maillot vert au passage et nous sommes partis chacun avec notre voiture en direction de l’appartement de Meliza sans même avoir pris le temps de voir les coureurs défiler sur le podium.
Tout compte fait, on ne fait jamais qu’attendre le moment opportun pour accomplir une action, que ce soit durant ces matinées précédant le travail ou à l’heure d’assister à un évènement sportif. Les hommes aiment les programmes et la prévisibilité, ils aiment ce qui semble inéluctable, même si je pourrais éviter de faire des généralités puisqu’il est vrai qu’il existe de ces espèces à part, de ces bêtes à forme humaine qui, bien que suivant une puberté en apparence ordinaire, sont en réalité plus proches à l’âge adulte de la psychologie d’un enfant de quatre ans que de celle d’un jeune cadre dynamique, et je le sais puisque je suis moi-même de cette famille anthropologique.
Enchaînement d’images flouées. Un trou et je saute dedans. Plus pensé à grand-chose puis le temps est venu qui m’a emporté. Tout ce dont je me souviens c’est des rues de Châteauroux, de la nuit dans les rues de Châteauroux, d’un appartement castelroussin, d’une fête ou d’une ambiance de fête, de verres d’alcool renversés sur le parquet, de gens, de beaucoup de gens, d’une chambre, d’un lit, d’un sexe de femme mal rasé et d’un hamburger au poisson pané. Ensuite je me suis retrouvé chez moi dans mon petit village du Perche, dans le même état que la veille mais transpirant sous ma couverture et sous la chaleur matinale de l’été. Encore aujourd’hui, je ne sais toujours pas comment j’ai pu me retrouver entier chez moi le lendemain. J’ai fini par repenser à Meliza et à cette chatte ébouriffée qui pouvait être la sienne ou sinon celle d’une autre pute quelconque, si encore Meliza ne fut pas elle-même une pute quelconque, puis je me suis levé en marchant sur un bout de papier où était noté d'une encre rouge un numéro de téléphone ; il me fut aisé de penser que cela annonçait une suite à cette histoire.
Oh, Meliza...
LA ZONE -
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Timothée a décidé de choper au Tour de France et en vrai, Timothée est un vrai connard. Soyons sérieux, pourquoi s'infliger une étape du Tour pour se trouver une chatte à baiser ? Quand on a comme notre héros une haute idée de la partenaire idéale pour tirer un coup, descendre dans la rue et prendre la première qui passe suffirait bien.
Regardons-y de plus près : Timothée est assez expérimenté pour savoir que la tenue frivole n'est pas un indice probant puisque "l’habit ne [fait] jamais la pute, et qu’ainsi les filles les plus faciles sont parfois (même souvent) les plus pudiques vestimentairement parlant." Muni de ce viatique, il en trouve une valable, " émergeant de la foule sur [sa] gauche comme une taupe d’un trou".
"Elle ressemblait à une Péruvienne ou un truc du genre". Les Chiliennes, les Brésiliennes, les Equatoriennes et autres "trucs" d'Amérique latine apprécieront. Surtout qu'en fait, elle se révèle être une Vénézuélienne, mais, bon, "ça restait une sorte de Latina."
Et comment notre expert queutard sait-il que cette Latina, elle est bonne ? Eh ben Ducon, c'est pas difficile : c'est écrit dessus !"Elle portait un t-shirt noir avec inscrit « Good girl » au milieu, en gros et en blanc".
Au début, la fille, elle ne le remarque pas, l'idiote. Puis, heureusement, elle finit par "par retrouver ses ovaires, les cherchant dans une poche puis dans une autre sans se rendre compte qu’ils étaient là, comme toujours, à leur place habituelle, au bout de leur trompe respective, comme deux petits porte-manteaux." Dire que je cherchais les miens .. Lire Sinté m'évitera de passer pour une idiote auprès de la gynéco.
D'ailleurs, on apprend plein de choses à lire Sinté. Ainsi, j'ignorais, que " dans le fond des océans utérins se trouvent des trésors inestimables, une or à féconder pour que pousse sur le monde comme un arbre l’enfant El Dorado." En plus, c'est poétique. Mais le summum du lyrisme est à venir : "toutes les femmes s’arracheraient la semence du premier venu, viendraient les jambes écartées et la chatte béante et humide, affamée comme un puits à foutre n’attendant que ça d’être remplie. Le sperme est le sel de leur existence."
On me pardonnera de citer si abondamment le texte, mais il serait dommage de passer à côté de l'essentiel : "l’odeur des fragrances féminines : eaux de Cologne ou de Venise, de la Seine ou du Gange, imbibant ces tissus de toutes les couleurs et les parfumant à l’orange, à la pisse ou aux fruits de mer." A Cologne coule le Rhin, mes amis, fleuve sans doute encore plus pollué que la Seine, mais pas autant que le Gange, sans parler des marais vénitiens. On se demande où se cache l'orange dans tout ça.
Finalement, notre Tim se tape une "chatte mal rasée", à moins que ce ne soit un "hamburger au poisson pané". Il n'est même pas sûr que c'était celle de Meliza ou d'une autre pute quelconque. De toutes façons, toutes des putes, qui l'ignore encore?
On resterait presque sur notre faim. C'était elle ? C'était pas elle ? L'auteur nous annonce une suite.
Franchement, est-ce bien raisonnable ?