Quand la wagonette, après avoir traversé un interminable pont, entra en gare j’étais loin de me douter de la gravité du cas auquel j’aurais affaire cette nuit-là. La wagonette est un petit train de seulement 66 voitures remplis de damnés, prêts à recevoir le salaire de leurs crimes. Cette navette sur rail comportait une locomotive semblable à une Citroën C4 berline de 1930, plus large, avec des dorures en pyrite. Sur chaque aile avant se tenait une statue de femme enceinte, nue, maigre comme un squelette, la peau sur les os en somme, elles aussi dorées à la pyrite. Les Voiture suivant la locomotive demeuraient dans le même style. Néanmoins cela n’avait absolument rien à voir avec la superbe et l’horreur du Palais d’Auschwitz. Je n’ai jamais aperçu, ne serait-ce que le parvis de ce Palais nouvellement construit en plein cœur du Pandémonium, et je ne sais même pas si ce que l’on dit à ce sujet est vrai. Je ne sais pas.
Quand les portes des voitures de la wagonette furent ouverte je fus stupéfait de la présence d’un prisonnier à l’intérieur. Ça n’a pas d’importance. Le plus important est de commettre mon devoir. J’ai alors détaché le nœud coulissant qui le maintenait debout, et je l’ai ensuite frappé de mon gourdin recouvert de barbelé pour qu’il sorte de la wagonette. En gare nous avons fouillé sa valise. C’était rempli d’aiguilles ensanglantées et de poupées aux habits déchirés, sans parler de celles qui était démembrées. L’une d’entre-elles avait le mécanisme des yeux cassé, elle ne pouvait plus les ouvrir. J’ai bien beau avoir passé ma mort à dépecer des types, voir cet objet cassé m’était insupportable.
On a ensuite fait des chromolithographies du damné. Puis on l’a conduit au bloc opératoire. Le doc lui a ouvert le ventre pour y extraire ses documents légaux. Albert Hamilton Fish. Le gros poisson me semblait moins spectaculaire que Dirlewanger, mais j’avais tort. A l’intérieur, il est encore plus tordu que les autres de son espèce. Je me demande ce qu’il aurait pu commettre si on lui avait donné les mêmes moyens d’expression que Dirlewanger. Je n’ose même pas imaginer.
Je me souviens ce soir, quand je lui ai enfoncé des aiguilles dans chaque centimètre carré de son corps sclérosé. Il s’est mis à rire aux éclats. Je n’ai jamais rien vu de tel. Il semblait aimer qu’on le punisse. Il raffolait des châtiments. Quand il se faisait du bien cela lui faisait du bien. Quand on lui faisait du mal, cela lui faisait aussi du bien.
J’ai tout essayé.
Le crucifiement : il entre en extase.
L’électrisation : il hurle de plaisir.
L’aigle de sang, le taureau d’airain ou encore le supplice du morse : il y trouve une joie animale.
L’empalement : il éjacule de souffrance.
Le scaphisme : c’est son délice.
L’immolation : il se tord de douleur. Il rit de douleur.
Quand je le vois… quand il se tord de douleur, quand il rit de douleur, une seul pensé me vient à l’esprit. Il est impossible de le punir. Le bâton est pour lui la plus savoureuse des carottes. Il aime tout. Tout l’excite. Les animaux l’excitent. Les enfants l’excitent. Les dangers l’excitent. Les Châtiments l’excitent. La Mort l’excite. L’Enfer l’excite. L’Annihilation elle-même l’excite. Il n’y a rien qui ne puisse le faire bander. Impossible de le punir. Même quand je lui crache dessus, son visage est horriblement déformé par un rire tordu de vieillard dément est interminable. Albert Fish est un enfer dans l’Enfer. Si pour quelqu’un de vindicatif, il est facile de comprendre l’idée de sadisme, il m’est impossible saisir le plaisir qu’il y a dans le masochisme. C’est vraiment terrifiant. La littérature n’a jamais conçu de mot ayant le pouvoir de désigner la terreur abyssale que j’éprouve lorsque j’étudie l’esprit d’Albert Fish.
J’ai trouvé une solution. Si les stimulations intenses, comme l’orgasme ou la douleur, lui font éprouver du plaisir, il faut le priver de toute stimulation. C’est alors qu’une idée me vint à l’esprit. J’ai soumis cette idée au conseil des douze alastères. Le projet fut validé. On a rasé une ville de survivants pour faire couler une dalle de béton à la surface d’une Lutèce. Il n’y avait rien sur cette dalle et j’ai attaché Fish sur une chaise électrique hors service pour qu’il n’ait plus rien à contempler, si ce n’est le sol de béton ou les nuées de pierre. Pas la moindre stimulation. Cela le rendait malade. C’était la plus grande satisfaction que de lire autre chose sur son visage que l’extase. On allait le laisser croupir comme ça pour l’éternité. Cela a duré un petit moment.
J’avais trouvé la solution pour enfin le détruire : le calme.
Comme un enfant turbulent qui ne veut pas faire la sieste, l’ennui est la pire des tortures.
Je venais, parfois, pour le regarder, contempler sa stagnation. Je restais tout le temps dans son dos, bien sûr, pour ne pas le stimuler. Il me suffisait d’observer sa posture pour comprendre à quel point cet amateur de sensations fortes avait désormais une mort lente et morne.
Je suis venu lui rendre une dernière visite, avant de partir pour le Pandémonium, grâce à ma promotion. Quand je le voyais, quelque chose avait changé en lui. Il tremblait. J’avais enfin réussi à vaincre ce paria parmi les démons. Cette fois je suis venu en face de lui pour le garder les yeux dans les yeux. Il délirait. L’absence de stimulation lui a procuré je ne sais quelle hallucination. Maintenant, le voici dans le pire des enfers, les tréfonds de sa psyché. Des mains de bourreau ne pourrait lui infliger un tel supplice. Des mains de bourreau ne pourrait lui procurer une telle extase. J’ai échoué.
LA ZONE -
Une nuit un nouveau prisonnier est arrivé dans le secteur 562. Dans le métier, on a l’habitude d’avoir affaire à des cas sordides. Mais le fou-damné dont on m’a confié l’agonie ce soir m’a donné du fil à retordre comme jamais depuis la chute des anges.Je travail au secteur 562 des enfers en tant que bourreau. C’est un beau métier, un art qui nécessite technique impeccable et sang-froid de médecin. C’est un beau métier que de répondre au crime par le châtiment, de rendre à chacun son dû.
= ajouter un commentaire =
Les commentaires sont réservés aux utilisateurs connectés.
![[imprimer]](/images/print.png)



= commentaires =
"l’ennui est la pire des tortures"
Eh oui, les bourreaux souffrent aussi.
Les gens, quels qu'ils soient, doivent mourir, c'est comme une porte qu'ils doivent franchir mais ils ont tellement de difficultés à choisir la porte, à l'ouvrir et à en passer le seuil.
Un bon texte, je trouve.
Beaucoup aimé l'ambiance générale, le désarroi sincère du démon-narrateur qui pense en artisan, soucieux de son métier. Et la rencontre avec Albert Fish m'a donné envie d'écrire sur le personnage. Ce type est ignoble à tout point de vue.
Pour l'écriture, il y a des scories, un style parfois fragile malgré des fulgurances.
Par exemple, le passage suivant "Il est impossible de le punir. Le bâton est pour lui la plus savoureuse des carottes. Il aime tout. Tout l’excite. Les animaux l’excitent. Les enfants l’excitent. Les dangers l’excitent. Les Châtiments l’excitent. La Mort l’excite. L’Enfer l’excite. L’Annihilation elle-même l’excite. Il n’y a rien qui ne puisse le faire bander. Impossible de le punir. Même quand je lui crache dessus, son visage est horriblement déformé par un rire tordu de vieillard dément est interminable."
Il gagnerait à mesurer les répétitions. Le verbe "exciter" revient vraiment trop souvent. La répétition y perd de sa force d'évocation et la figure de style transparaît d'autant plus fort. Mauvaise idée, du coup. De même "impossible de le punir" est répété quasiment à l'identique. Enfin "son visage est déformé" serait moins lourd avec "son visage se déforme".
Bref, il y a de quoi alléger. Il n'en reste pas moins que le texte suit une progression cohérente, qu'il a un bon début, une bonne fin, que tout ça est quand même plutôt cool à lire.
Pourquoi quelqu'un qui se fait appeler Puta à frange s'exprime exclusivement en anglais ? Qu'est-ce donc que cette schizophrénie linguistique ?
Aaaaah c'est toi qui les a baptisés, c'est génial.
Je répète : MON TEXTE NE PARLE PAS DE L’ENFER ! Je vais le réécrire en baptisant le chien Médor et le serpent Éric Zemmour, ça ne ne changera rien à l’histoire !
Bon mais celui-ci j’adore ! La description du véhicule qui amène les damnés et le problème « comment torturer un sadomaso de ce niveau là » ! Reste en effet à revoir la fin un peu trop rapide, elle d et manderait un développement un peu plus long. Mais l’ensemble est très bon !
Certes mais le mien se retrouve dans la merde à cause de sa connerie mais comment châtier un mec comme Fish, assez taré pour s’enfoncer des aiguilles dans la chair par plaisir ?
La légende dit que ça a fait disjoncter la chaise électrique et qu’ils ont dû le finir à la bougie.
Darkside, en ce qui me concerne, je n'ai jamais dit que ton texte parlait de l'enfer. En revanche le choix des noms oriente la pensée du lecteur. Ce ne sont pas des noms anodins et impersonnels. Ils attirent l'attention sur une aura sulfureuse.
Qui a dit que ça parlait de l'enfer, hein hein ? Qu'il ou elle se dénonce, bordel de bigre !
Pour ma part, je ne vois qu'un seul point commun avec le texte de Hieronymus, c'est la présence de la torture. Ca vaaaaaaaa.
Oui les noms, c’était pour ma copine Laura, la sulfureuse !
Laura est toujours sulfureuse.
Son nom complet c’est Laura Lité, elle suce et elle avale.
AAAAAAAAAAAHHHH MON DIEEEEEEEEEUUUUUU !!!!
UN CALEMBOUR !!!
(t'es fou, fais pas ce genre de trucs)
Je suis un fou, moi !
" Néanmoins cela n’avait absolument rien à voir avec la superbe et l’horreur du Palais d’Auschwitz. Je n’ai jamais aperçu, ne serait-ce que le parvis de ce Palais nouvellement construit en plein cœur du Pandémonium, et je ne sais même pas si ce que l’on dit à ce sujet est vrai."
Comment peut-il être catégorique sur la superbe et l'horreur du palais en question s'il ne l'a jamais vu ?
"Quand les portes des voitures de la wagonette furent ouverte je fus stupéfait"
----> "Lorsqu'on ouvrit les portes des voitures de la wagonnette, je fus stupéfait", par exemple. Ce qui évite une méchante répétition et une utilisation vaseuse de la voix passive.
"Le plus important est de commettre mon devoir"
Accomplir mon devoir.
"nuées de pierre"
Un peu sceptique sur l'expression, mais prêt à admettre le joker licence poétique.
"et amateur de sensations fortes avait désormais une mort lente et morne"
Dans ce contexte, je trouve que le verbe avoir jure. C'est peut-être la phrase qui est un peu tirebouchonnée, et il y aurait probablement moyen de faire mieux avec le verbe connaître.
Bon, et plus globalement, l'écriture est peu maîtrisée, beaucoup de phrases pas franchement incorrectes mais bancales, et des changements de temps impromptus.
Je ne m'attache pas trop à l'orthographe en règle générale, mais là ça pique un peu les mirettes quand même. De l'importance de se relire, nom de Dieu.
Le texte est sauvé par son idée, plutôt chouette, même si la fin et la chute sont expédiées. Elles auraient mérité un peu de développement pour être plus impactantes.
Je ne connaissais pas le poisson en question, je suis allé wikipédier, comme conseillé dans le résumé, et je n'ai pas été déçu. Albert était un drôle de numéro, avec son regard de Chihuahua insomniaque.
Par rapport à sa description du Plais d'Auschwitz, c'est juste qu'il parle de quelque chose qu'il ne connaît pas.
Pour les fautes de Français j'aurais du me relire à voix haute.
Le "commettre mon devoir" est écrit exprès. Comme si en enfer on inversait la notion de bien et de mal.
"Nuées de pierre" désigne juste un plafond, je n'aurais pas du écrire cela. Ca ne va pas avec le reste du texte.
Quand au style qui est approximatif, j'ai essayé de m'adapter à mon personnage. Je me suis inspiré d'un rêve dans lequel un inspecteur des années 50, très caricatural, enquêtait sur Albert Fish. Ce dernier le poussa à bout, alors l'inspecteur se mit à le poignarder avec frénésie, sans le tuer. Fish riait aux éclats et l'inspecteur devenait de plus en plus furieux, jusqu'à abandonner. Le décors était une sorte de labyrinthe fait de planche de bois, peinte avec de couleurs enfantine, mais décrépie. Il y avait des poupées clouées aux murs. Ca avait surement la même signification que dans mon texte. Je trouvais que le rêve était intéressant, mais trop caricatural, alors je m'en suis inspiré et j'ai raconté une histoire différente.*
En effet, ce qui m'a le plus terrifié chez Fish, c'est l'enthousiasme qu'il a exprimé à l'annonce de son exécution. Le mythe du cours circuit, qu'il soit vrai ou faux, montre bien que même la chaise électrique n'était pas suffisant pour le punir. Alors j'ai repris cet élément dans mon texte, en plus ça donne un côté Godfried Helnwein qui va bien avec l'ambiance.
J'ai toujours imaginé Fish se faire torturer en enfer et y prendre du plaisir au point que les démons le craigne.
Et quand à la désignation de l'esprit comme un enfer, ça je l'ai déjà expérimenté. J'ai souffert de deux episode psychotique violents durant mon adolescence, alors je peux vous dire que la psyché est une prison dont on ne peut pas s'échapper.
Quand à "l'ennui est la pire des torture". C'est simplement que, passionné de criminologie, j'ai appris certaines personnes, souffrent de ne rien éprouver et se mettent alors à se mutiler, et à infliger de la souffrance aux antres pour ressentir quelque chose.
Par rapport à sa description du Plais d'Auschwitz, c'est juste qu'il parle de quelque chose qu'il ne connaît pas.
Pour les fautes de Français j'aurais du me relire à voix haute.
Le "commettre mon devoir" est écrit exprès. Comme si en enfer on inversait la notion de bien et de mal.
"Nuées de pierre" désigne juste un plafond, je n'aurais pas du écrire cela. Ca ne va pas avec le reste du texte.
Quand au style qui est approximatif, j'ai essayé de m'adapter à mon personnage. Je me suis inspiré d'un rêve dans lequel un inspecteur des années 50, très caricatural, enquêtait sur Albert Fish. Ce dernier le poussa à bout, alors l'inspecteur se mit à le poignarder avec frénésie, sans le tuer. Fish riait aux éclats et l'inspecteur devenait de plus en plus furieux, jusqu'à abandonner. Le décors était une sorte de labyrinthe fait de planche de bois, peinte avec de couleurs enfantine, mais décrépie. Il y avait des poupées clouées aux murs. Ca avait surement la même signification que dans mon texte. Je trouvais que le rêve était intéressant, mais trop caricatural, alors je m'en suis inspiré et j'ai raconté une histoire différente.*
En effet, ce qui m'a le plus terrifié chez Fish, c'est l'enthousiasme qu'il a exprimé à l'annonce de son exécution. Le mythe du cours circuit, qu'il soit vrai ou faux, montre bien que même la chaise électrique n'était pas suffisant pour le punir. Alors j'ai repris cet élément dans mon texte, en plus ça donne un côté Godfried Helnwein qui va bien avec l'ambiance.
J'ai toujours imaginé Fish se faire torturer en enfer et y prendre du plaisir au point que les démons le craigne.
Et quand à la désignation de l'esprit comme un enfer, ça je l'ai déjà expérimenté. J'ai souffert de deux episode psychotique violents durant mon adolescence, alors je peux vous dire que la psyché est une prison dont on ne peut pas s'échapper.
Quand à "l'ennui est la pire des torture". C'est simplement que, passionné de criminologie, j'ai appris certaines personnes, souffrent de ne rien éprouver et se mettent alors à se mutiler, et à infliger de la souffrance aux antres pour ressentir quelque chose.
Non. Je suis rarement dans un tel état. J'ai pu le constater très rapidement.