Tout est si feutré qu’il doit s’agir d’un rêve. J’entends une voix qui dit : mettre dans une casserole .Je sais pas d’où elle vient cette voix mais elle me dit : mettre, mettre dans une casserole .Et cette casserole fait au moins un mètre de diamètre .L’enfant ligoté est allongé dans ma main. Il crie. Je ne l’entends pas mais je sais qu’il crie .J’entends seulement la voix : mettre, mettre dans la casserole . Alors dans l’eau qui bout je trempe l’enfant qui crie, qui crie comme si ça servait à quelque chose .Sa peau se racornit, devient noire. Il ne crie plus. Il flotte dans l’eau et si je l’appelle l’enfant c’est que je ne sais plus quoi en dire.
Pourtant j’ai encore des choses à faire. Il faut que je m’applique si je veux obéir à mon maître. Alors j’y vais délicatement, je le découpe en lamelles. C’est difficile, ça prend du temps. Mais il faut continuer, la voix le dit : du jus de citron, en mettre, en mettre . L’eau est de plus en plus noire, quelque chose flotte .Puis tout à coup mes tympans chavirent, c’est de dedans que me déchirent des trompettes. Elles dansent autour de moi et leurs bouches s’ouvrent en grand, toujours plus grand , comme un nuage de mouches elles cognent, cognent contre ma tête. Alors j’essaie de me souvenir, de me raccrocher au futur .J’ai besoin de la voix, de ses verbes qui me donnent des ordres, porter à ébullition, trancher, incorporer, émincer. Les mains me brûlent. Dans l’eau je jette de l’ail et du thym, du sel et du poivre. Puis une foule tourne autour de moi, sur leur torse nu brillent d’étranges couleurs. L’eau me brûle, ma peau se racornit. Tout est bientôt fini. Mais je sais qui je suis .O merci, maître, maître.
= ajouter un commentaire =
Les commentaires sont réservés aux utilisateurs connectés.
![[imprimer]](/images/print.png)


= commentaires =
J'aime la mystérieuse voix, l'innocence avec laquelle le narrateur exécute les ordres, l'horreur de la situation. Il existe beaucoup de contraste ou de détachement entre ces trois-là.
Court et concis et qui laisse mon imagination tenter de remplir les nombreux trous.
Tout ce que j'aime.
Ce texte fonctionne super bien sur moi.
Merci de nous l'avoir partagé.
Terrifiant et fascinant.
Texte glaçant, mais tiède après le brûlot de Caz.
La casserole géante, l’enfant découpé en lamelles : l’imagerie choque, sans innover. La répétition martèle bien, mais sur un format plus grand, je serais vite lassée.
Ça hésite entre recette sadique et délire halluciné, sans pousser aucun des deux. Là où tu laisses ton imagination faire, @AT, moi je vois un ressort narratif non exploité.
Un malaise qui s’installe mais ne marque pas. Efficace mais pas inoubliable. Le cauchemar fonctionne, mais il s’offre trop facilement la sortie du rêve.
J'ai apprécié la double lecture possible bien que je doute que l'auteur vienne s'en défendre.
Michel Reynaud est l'un des fondateurs de l'addictologie. Logique que sont fantôme débarque sur lazone :p
Et personne me dit rien!! ='(
je suis navrée j'ai une (petite) dyslexie. Et une faute d'orthographe ENORME dans mon commentaire précédent, je m'excuse.
Y a pas de mal, mais si je devais pinailler, je ferai remarquer la disparition du point entre le A et le P.
Juste pour faire chier !
*Voix de Philippe Bouvard*
Question de Mme Trumain de Saint Roustan :
"Que signifient les initiales A.P ?"
...
Non ce n'est pas une bactérie dorée.
Augusto Pinochet?
L abbé Pierre ?
Anthony Perkins ?
Ambroise Paré ?
Je ne suis pas l'Abbé si cela peut te rassurer.
Et aucune des propositions ne correspond.
Aller pour en révéler un peu mais pas trop le P fait référence à Proudhon.
Le A n'est pas loin d'avoir été pris au hasard.
Serait-ce la vengeance des femmes au foyer, cuisinières et génitrices forcées qui s'exprime dans ces textes ?
J'ai adoré ce texte, qui j'avoue, m'a laissé sur ma faim, encore !
C'était trop court !
Ça manque un peu de force je trouve, peut-être l'allonger.