LA ZONE -

Fuseaux horaires

Le 29/12/2025
par Lieutaud Pierrre
[illustration] Un texte sur le télescopage de l'espace et du temps
Fuseaux horaires



- Mesdames, messieurs, nous venons d’atterrir a Miami-Floride-Usa. Il est 22 heures, heure locale…
Sa montre indiquait 8 heures. Dix heures de plus…Paul avait pensé aux fuseaux horaires qu’ils avaient survolés, aux gens qui vivaient dans ces quartiers d’oranges dessinés sur le globe terrestre, au temps que l’avion avait rattrapé, dépassé, au cache-cache de sa course avec le soleil… Sa tête bourdonnait, un petit tic tac battait dans ses oreilles. Il avait suivi les passagers dans le grand hall…Dehors, derrière les grandes vitres, la file des taxis attendait. Il s’était assis sur une banquette en regardant les gens….Bientôt, ils iraient se coucher, bientôt ils vivraient la nuit qu’il avait déjà vécue….
Tout commença à ce moment précis et à cet endroit. Il tirait le remontoir de sa montre et avançait les aiguilles pour la mettre à l’heure du nouveau monde. Une heure, se dit-il, en finissant le premier tour de quadrant tout en vérifiant l’heure de l’horloge…A cet instant, il sentit une pression contre son épaule droite. Il tourna la tête et ne vit personne. Il pensa que son bras, longtemps appuyé contre l’accoudoir du fauteuil de l’avion s’était ankylosé et lui faisait mal, et puis il aperçut devant lui une espèce de bannière, verticale, diaphane qui ondulait doucement comme si un vent léger la caressait. Elle semblait sortir du sol, s’élevait dans l’aérogare, toute droite, passait à travers les plafonds translucides et se perdait au fond du ciel.
La fatigue, la faim ou la soif brouillaient son esprit... Il chercha des yeux un bar, se leva, prit sa valise et se dirigea vers le comptoir. La bannière suivait, indifférente aux passagers qui semblaient ne pas la voir et aux chariots de bagages qu’elle traversait sans bruit.
Comme fixée en haut du ciel à un mécanisme inconnu, elle le suivait et s’arrêta devant le quadrant de l’horloge. Il avait rêvé, la fatigue, le décalage…
Paul tourna les aiguilles encore d’un tour… Un souffle traversa le hall, une deuxième bannière verticale trancha l’aérogare du sol au plafond, s’écarta lentement de la première, ouvrant un espace d’où se déversait, il ne trouva pas d’autre mot pour décrire ce qu’il avait sous les yeux, un petit monde turbulent et affairé qui déboula dans l’aérogare en cherchant la sortie. Il vit passer devant lui des écossais, des russes, des mongols, des japonais…. Il fit glisser le doigt sur la molette de la montre et tourna les aiguilles d’un nouveau tour de quadrant. Les deux bannières se rapprochèrent, se rejoignant peu à peu, la foule inconnue se précipitait dans cet interstice de plus en plus étroit qui finit par se combler pendant qu’une autre bannière descendait du plafond, dévoilant un autre espace d’où jaillissait une autre foule. Des femmes qui semblaient très à l’aise faisaient de grands gestes pour dire au revoir ou bonjour à on ne savait qui, des hommes portaient des valises et des paquets en se parlant à voix basse, des enfants se chamaillaient en riant. Il s’approcha. Une femme aux grands yeux marchait dans la foule. Je l’ai vue hier a l’aéroport d’Oulan-Bator, se rappela Paul… Elle passa devant lui, il la salua, heureux de voir enfin une personne connue, mais pendant qu’il faisait faire à ses aiguilles un tour de plus, la bannière s’était mise en marche, rasant le sol pour ne rien perdre de cette foule et de ce qu’elle portait, elle passa sans bruit sur ses pieds en lustrant ses chaussures et emporta si vite la femme aux grands yeux qu’elle n’eut pas le temps de lui répondre. Un nouvel espace se refermait. Il essaya de la suivre, tendit le bras pour la retenir, mais son épaule droite endolorie arrêta son geste. Paul aperçut sa robe, coincée entre les deux bannières qui se rapprochaient…Je tirerai si fort que ces portes s’ouvriront, pensa-t-il, je tirerai si fort qu’elle reviendra, mais il ne put empêcher le pan de sa robe de disparaître dans une espèce de laminoir où il hésita à mettre les doigts, et plus tard il le regretta, car c’était la seule façon de la rejoindre et de retourner là-bas.
Un par un, les taxis se détachaient du trottoir comme de petits navires en partance. Une heure sonna.…Il devait finir de mettre sa montre à l’heure du pays, sinon il raterait ses rendez-vous, il prendrait les crépuscules pour des aurores, les repas du soir pour des petits déjeuners, la lune pour un soleil voilé... Il avança les aiguilles de cinq tours de quadrant et il pressa le remontoir.
Alors, cinq bannières jaillirent du sol, l’une après l’autre et traversèrent la voûte transparente de l’aérogare. Cinq bannières qui l’entouraient et se rejoignaient en haut du ciel. Il pensa aux quartiers d’orange, aux scorpions entourés de cercles de feu et à d’autres choses déplacées et illogiques qui venaient de ses souvenirs d’enfance. Dans l’espace qui séparait chaque bannière, des foules de gens, sortaient, allaient et venaient, suivaient leur route et se croisaient en s’ignorant comme s’ils étaient seuls au monde.
L’horloge sonna. Les bannières se mirent en marche, glissant sur le sol ciré de l’aérogare en décrivant un grand cercle. C’était comme si un énorme soufflet se refermait. Chaque petite foule faisait maintenant demi tour et regagnait sa place avant que ne se ferme son intervalle de temps. L’horloge sonna encore, Paul regarda sa montre. Elle était maintenant à l’heure du nouveau monde, le hall de l’aéroport de Miami-Floride-USA était vide et à travers la voûte translucide, il vit briller les étoiles.

= commentaires =

Nino St Félix

Pute : 100
    le 28/12/2025 à 19:35:31
une montre magique, une réflexion quantique (ou pas, vu que j'y pane rien, c'est kif kif pour moi), et un lieu de passage (genre gare), j'ai l'impression d'avoir lu la synthèse de plusieurs textes de ces dernières semaines. Je pense donc qu'il doit y avoir un zonard qui possède effectivement une montre magique ! ou que... ah mais suis-je bête, il s'agit du sujet de l'AAT. Bon, soit.
Sur l'action, je te rejoins, même si honnêtement je m'y suis un peu perdu par moments. Sur l'émotion par contre... Calme plat. Et pire même, déception, quand je lis la phrase : ouvrant un espace d’où se déversait, il ne trouva pas d’autre mot pour décrire ce qu’il avait sous les yeux, un petit monde turbulent... Alors, sur le coup, j'ai cru que le "pas d'autre mot" nous annonçait quelque chose de sympa. Peut être qu'en fait il faisait référence au mot précédent ("déversait ?"). Je chipote (mais en même temps, texte court, donc forcément...).
Puis donc l'impression de déja-revu (Inception ? je dis au pif, pareil, film qui m'a pas franchement transcendé...). En bref, je reste sur ma faim, pourtant, Oulan Bator et tout, y'avait de quoi m'embarquer, ha-ha.
A.P

Pute : 5
Je ne sais pas si j'ai aimé    le 28/12/2025 à 19:48:27
Je n'ai pas compris grand-chose. L'idée de la montre a l'air plutôt cool mais ces histoires de bannières en mouvement restent bien hermétiques pour mon petit cerveau.

Par contre j'ai adoré ce moment: "Il devait finir de mettre sa montre à l’heure du pays, sinon il raterait ses rendez-vous, il prendrait les crépuscules pour des aurores, les repas du soir pour des petits déjeuners, la lune pour un soleil voilé..."

Ça m'a laissé une impression assez chouette au final. J'y retournerai peut-être plus tard pour voir si j'y entraverai un plus à la deuxième lecture.
A.P

Pute : 5
    le 28/12/2025 à 19:53:39
Le triple r est peut-être une référence au film indien du même nom ?

Un r roulé qui n'en finit plus.

Rémunération Rarement Rationnelle ?

Un début de parkinson ?
Nino St Félix

Pute : 100
    le 28/12/2025 à 20:08:11
Alors moi j'ai vu des latitudes (on longitudes) qui se materialisaient sous forme de portes/fenêtres spatio-temporelles (façon fringe) mais j'ai sans doute pas entravé grand chose non pu.
Moi aussi y'a une phrase que j'ai trouvé jolie c'est "Il pensa aux quartiers d’orange, aux scorpions entourés de cercles de feu et à d’autres choses déplacées et illogiques qui venaient de ses souvenirs d’enfance" la j'ai enfin connecté avec le narrateur.

Pour les trois R j'ai aucune explication irrationnelle.
Par contre je m'interroge sur l'usage des points de suspension au début, un instant j'ai cru que j'avais raté une réforme importante de la ponctuation. Ou pire même : une hype de la zone !
Lindsay S

Pute : 100
    le 28/12/2025 à 21:09:06
+1h : j’ouvre le texte. Les « … » me sautent à la gorge. Sérieusement, qui a besoin de tant de suspensions pour dire qu’on est fatigué ? Mon cerveau fait déjà grève.

+2h : je persiste. Les bannières ondulent, les foules déboulent, je ne comprends plus rien. Miami ou hallucination post-vol ? Je crois que j’ai déjà oublié mon propre nom.

+3h : je reprends. Paul tourne sa montre, tourne sa montre, tourne sa montre… et moi je tourne en rond, hypnotisée et vaguement terrrorisée. Je sens mes neurones disparaître dans un laminoir temporel.

+4h : je me raccroche à ce qui me reste de lucidité. Les écossais, les russes, les japonais… toutes ces nationalités me passent devant les yeux comme des images glitchées. Mon cerveau crie « STOP ! » mais le texte continue.

+5h : je tente une percée poétique. Les bannières, les foules, le souffle des espaces… oui, ok, c’est joli. Mais est-ce qu’on pourrrait simplifier juste un chouïa, pour ceux qui n’ont pas payé le billet VIP pour ce tour de montagnes russes cérébral ?

+6h : enfin, la fin. Le hall vide, les étoiles brillent… je suis épuisée, traumatisée, mais vaguement fascinée. Comme si j’avais traversé un aéroport parallèle où le temps et la gravité étaient des concepts optionnels.

Atterrrissage : Vol long-courrrier pour l’esprit, sans oreiller, sans repas, avec un pilote un peu sadique. Hypnotique, répétitif, étourdissant et cruel : parfait si vous voulez tester vos limites de lecteur. Sinon, fuyez, ou préparez-vous à sortir de là avec un mal de crâne et une obsession inexplicable pour les aiguilles de montre.
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 28/12/2025 à 21:36:27
Au moins c'est bref.

J'ai eu l'impression de lire un scipt, ou un texte préparatoire à une mégaproduction hollywoodienne, bourrée d'images fortes et mémorables quand on les voit, mais assez plates quand on les lit. On peut se faire des images mentales, comme le disait je sais plus qui ci-dessus, mais ça demande un effort considérable. On est forcé de pallier le défaut de moyens techniques du texte. C'est fait pour de l'image, le texte ne suffit pas.

Du reste, devant un truc maniant des concepts scientifiques, pour ma part, je m'attends à de la hard science ; ici y en a pas, on a juste les images un peu barrées mais pas tant, sans explications.

Le mystère n'étant là qu'un échappatoire, un petit doigt pour cacher qu'y a pas ici le roman de six cents pages basé sur sept thèses de physique pure, à la Greg Egan ou assimilé.



Si je dis ça c'est bien sûr en espérant que le roman de 600 pages en question soit posté demain dans les textes en attente, juste pour faire chier {user-25}.
Arthus Lapicque

Pute : 18
    le 29/12/2025 à 09:02:22
Pas tant de points de suspension que ça, enfin si, Pierrre, qui ne manque pas d'r, en aligne 4 au lieu de 3, à 2 reprises.

Le texte manque de descriptions efficaces pour nous immerger. Cette histoire de "bannière" est bien pauvre pour qu'on puisse se représenter les choses visuellement. L'avantage de la littérature est qu'elle n'a de budget que l'imagination de son auteur, comparée au cinéma (je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi la littérature française imite la pauvreté budgétaire de son cinéma comparée à la littérature américaine qui ne lésine pas sur l'ampleur épique de ses romans, à croire que l'imagination serait influencée par la capacité d'adaptation cinématographique, il y aurait bien une thèse à écrire la dessus un de ces quatre).

L'idée de base n'ést pas très originale mais pas dénuée d'intérêt, il aurait fallu décrire cette foule en mouvement et ces changements spatio-temporels avec profusion d'images frappantes, de sons tonitruants, de métaphores en pagaille ; la littérature ne manque pas de procédés pour une bonne plongée dans l'espace-temps qui se détraque. Je suis quasi certain que l'auteur en avait les moyens à condition de ne pas avoir peur de dépasser le budget imagination. Bon, c'est peut-être aussi juste de la flemme. Pour le coup, je m'arrête là.
    le 29/12/2025 à 10:33:41
Je vous trouve bien difficiles, mesdames messieurs les critiques. Vous vous moquez à peu de frais d'un texte qui propose une expérience sensorielle, une traversée de l'espace et du temps en accéléré, ou plutôt la rencontre éphémère d'hommes et de femmes que l'espace et le temps séparent.

Je suis peut-être de mauvaise humeur, mais les commentaires qui déblatèrent à coups de "il aurait fallu" et "ça manque de" ou au contraire "il y a trop de", ça m'irrite. L'auteur a choisi les moyens littéraires adaptés à la fin qu'il s'était proposée. Et c'est une réussite. Les descriptions font surgir des images claires et mystérieuses à la fois et le lecteur vit ce que vit le narrateur.Que demander de plus ?

Et comme moi aussi je peux être désagréable, je dirai que le problème de la plupart d'entre vous est que vous ne lisez pas ce qui est écrit. Lire, vraiment lire. Prendre le temps.
Critiquer, être exigeant, oui. Je souscris entièrement au principe zonard même si je trouve, à titre personnel, qu'on doit y mettre les formes. Mais se faire plaisir en dégommant un texte pour satisfaire son ego, je trouve ça désolant.
    le 29/12/2025 à 10:35:40
Arthus Lapicque, écris-la, ta thèse. Je te promets de la lire. Et je tiens toujours mes promesses.
Nino St Félix

Pute : 100
    le 29/12/2025 à 10:49:31
Pour ma part c'est rare que je trouve les textes nuls a chier, mais souvent je suis frustré car il manque pas grand chose pour que ce soit vraiment bien. Par contre je serais bien incapable de dire ce qu'il manque, et surtout de faire mieux (et bien souvent aussi bien). Du coup je me dis que l'idée c'est de dire à l'auteur ce qu'on a aimé ou pas, pour qu'il puisse décider (ou non) d'en tenir compte. Mais ce qui fait le sel de la Zone c'est aussi et surtout la mauvaise foi, ne l'oublions pas !
Nino St Félix

Pute : 100
    le 29/12/2025 à 10:51:55
Ceci dit on est en plein dans une question qui me turlupine actuellement :
- essayer de s'améliorer, quitte à se renier ?
Et qu'est ce que ça veut dire s'améliorer.
Bref je crois quand même que le mieux c'est de ne pas trop théoriser justement.
Pour en revenir à ce texte je pense qu'il peut frustrer ceux qui n'aiment pas la SF, comme ceux qui veulent de la "hard SF" (comme ça a été dit). Mais qu'il peut séduir un public qui n'est ni expert en SF ni totalement profane/réfractaire
    le 29/12/2025 à 11:01:31
Je n'ai pas lu ce texte en le rattachant à un genre. Je me suis contentée de le lire. Et, après lecture, j'y vois une page de poésie.
    le 29/12/2025 à 11:03:09
Nino, tu m'expliqueras comment on peut concilier critique constructive et mauvaise foi. Ça me dépasse.
Nino St Félix

Pute : 100
    le 29/12/2025 à 11:34:34
Laetitia, a mon avis c'est tout a fait possible, et il y a eu des bons exemples sur les deux ou 3 précédents textes, de critiques de fond enrobées d'attaques gratuites, et parfois l'inverse (plus difficile). C'est d'ailleurs tout l'art de la critique, non ? exprimer son ressenti de manière péremptoire.

Mais pour ma part, je n'en suis pas capable, donc je précise que, quand je dis "le principe c'est" j'aurais dut bien précier "c'est, pour moi". Chacun aprés balance ce qu'il veut ici.

Pour ma part, j'ai bien indiqué que j'avais vu que ce texte se classait dans l'AAT "HG Wells". Donc en bon béotien je le prend d'abord comme un texte de SF, ensuite comme de la poésie (et de la poésie il y a, en effet). Mais il boxe entre les deux, donc c'est un exercice difficile qui peut ne pas satisfaire les lecteurs.
Si, encore une fois, l'objectif est bien de satisfaire les lecteurs, en tout ou partie, ce qui reste là aussi à débattre.
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 29/12/2025 à 11:47:51
A mon avis, concilier critique constructive et mauvaise foi n'est pas possible (et c'est l'exemple que les trolls donnent, ici même, quand ils se lancent dans de l'herméneutique et un reproche systématique à autrui de n'avoir pas compris le message de l'auteur ou l'immense qualité du texte, en procédant à chaque fois ad personam).

En revanche, et c'est comme ça que je comprends ta réponse, Nino, réponse à laquelle il me semble que j'adhère, il est tout à fait possible et, sur la Zone, souhaitable, de concilier critique constructive et coups de brique dans la gueule quand ils sont mérités. Si les auteurices viennent ici pour avoir des câlins, ils se sont trompés de site ; s'ils viennent pour recevoir (comme ça se produit en effet, et notamment dans les vôtres, de commentaires) des avis fondés, parfois positifs et souvent critiques, et pour les accepter comme tous valides (tous ; il n'y a jamais qu'une vérité sur un texte), alors c'est qu'ils s'inscrivent vraiment dans un processus d'écriture, et pas d'auto-célébration.

De même qu'on doit tous s'inscrire, en commentant, dans ce processus intellectuel d'amélioration, et pas dans un processus statique d'auto-fellation ou de fellations croisées.

C'est là-dessus que s'est construite la Zone, et c'est encore à ce jour sa seule vraie spécificité dans l'écosystème (désormais surabondant) de l'écriture sur le net.
Nino St Félix

Pute : 100
    le 29/12/2025 à 12:09:44
C'est effectivement ce que je voulais dire, tu le dis mieux que moi. J'ai un texte qui va paraitre je crois le 31/12, qui n'est pas super bon, mais justement, ce qui m'intéresse ce sera qu'on me dise ce qui va et ce qui va pas, mais surtout, ce qu'on a aimé ou pas (et c'est la que ça peut tout a fait diverger : personnellement je concoit tout à fait qu'on aime quelque chose de "nul" et qu'on déteste quelque chose de "super bien" puisque tout cela est presqu'aussi relatif que le jetlag du texte (ce qui est vrai à Oulan Bator l'est il - toujours - à San Francisco ?)
    le 29/12/2025 à 13:14:30
C'est la première fois que je me fais traiter de troll. Merci, Glaüx-le-Chouette.

Tu m'apprends aussi que je fais de l'herméneutique à mon insu. Quel honneur.

J'ignore si les auteurs sur la Zone viennent chercher des câlins. En tous cas, il est clair que les critiques n'aiment pas être critiqués.
    le 29/12/2025 à 13:20:46
Il n'y a pas qu'une vérité d'un texte littéraire, c'est évident. Seule une notice transmet un message univoque.

Cela ne signifie pas que l'on peut dire tout et son contraire sur le même texte et que toute lecture est valide, à partir du moment où elle repose sur la sacro-sainte subjectivité du lecteur.
Lindsay S

Pute : 100
    le 29/12/2025 à 13:43:03
En réalité, ce texte ne parle pas du temps ni du décalage horaire, mais d’un homme incapable de supporter la perte de contrôle dès qu’il sort de son cadre occidental confortable.

La montre n’est pas un objet poétique : c’est une obsession normative. Paul ne règle pas l’heure, il tente désespérément de mettre le monde à sa mesure. Les bannières et les foules ne sont pas des phénomènes fantastiques, mais la manifestation de son angoisse face à l’altérité : trop de cultures, trop de langues, trop de gens qui existent sans lui demander son avis.

La femme aux grands yeux qu’il reconnaît ? Pas une figure du regret ou du possible manqué, non : une projection exotique, interchangeable, aperçue « hier » ailleurs, parce que dans son esprit tout se confond dès que ce n’est plus chez lui. Quand elle disparaît, il ne perd pas quelqu’un : il perd l’illusion qu’il pourrait circuler librement dans le monde sans en payer le prix.

Quant aux foules qui entrent et sortent des interstices temporels, elles ne sont pas mystérieuses : ce sont des gens qui vivent, travaillent, migrent, pendant que Paul, lui, est cloué sur une banquette à régler sa montre comme un enfant capricieux qui n’accepte pas que le réel ne l’attende pas.

La fin, avec l’aéroport vide et les étoiles, n’est pas une ouverture poétique : c’est un repli narcissique. Le monde s’efface enfin pour qu’il puisse respirer. Plus de foules, plus d’altérité, plus de friction. Juste lui, sa montre à l’heure, et un ciel propre.
Lindsay S

Pute : 100
ou alors...    le 29/12/2025 à 13:51:16
Ce texte ne raconte pas le temps : il met en scène une opération de nettoyage.

Paul n’est pas un personnage, c’est une fonction. Un opérateur. Assis dans un non-lieu (l’aéroport), il n’agit jamais physiquement : il ajuste, déclenche, referme. Il n’entre pas dans le monde, il le module. La montre est un dispositif d’activation : chaque tour d’aiguille équivaut à une autorisation ou une expulsion.

Les bannières sont des murs mobiles, mais rendus esthétiques pour qu’on ne les appelle pas ainsi. Verticales, silencieuses, traversant les corps et les objets, elles ne demandent ni consentement ni justification. Elles découpent l’espace avec une neutralité parfaite — la pire de toutes.

Les foules ? Ce ne sont pas des humains, ce sont des flux excédentaires. Le texte insiste : elles surgissent, déboulent, se déversent. Lexique hydraulique. Ce sont des masses à contenir, à canaliser, à renvoyer d’où elles viennent avant qu’elles ne contaminent l’espace central. Leur diversité culturelle n’est pas une richesse : c’est un bruit de fond, une surcharge.

La scène de la femme est capitale. Elle n’est pas perdue par accident. Elle est sacrifiée. Coincée entre deux bannières, elle devient un déchet de synchronisation, une variable mal alignée. Paul pourrait agir — il le pense — mais il ne le fait pas. Et le texte le justifie : douleur à l’épaule, hésitation, prudence. Le système broie quelqu’un, et le narrateur appelle ça une fatalité.

Puis vient l’instant clé :
Paul choisit l’adaptation plutôt que la résistance.

Il règle définitivement sa montre. Il accepte la logique du nouveau monde. Et aussitôt, tout s’arrange.

Les foules rentrent chez elles.
Les bannières se ferment.
L’espace est vidé.

L’ordre est restauré par la soumission parfaite à l’horloge dominante.
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 13:54:53
J'ai prié pour que ce soit un aller simple
Nino St Félix

Pute : 100
ou bien...    le 29/12/2025 à 13:57:19
c'est pas Jacques Séguéla mais Dupont de Ligonesse, qui en fait échappe à Interpol depuis si longtemps grâce à sa montre-jumper. Et du coup la femme a bien fait de lui échapper.
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 29/12/2025 à 14:02:31
Mais non, Laetitia, je ne t'ai pas traitée de troll. Où est-ce que j'aurais vu des attaques ad personam, dans tes messages ? Où est-ce que j'aurais vu de l'herméneutique, justement ? Nulle part. C'est donc que le premier paragraphe ne s'adressait aucunement à toi. D'où l'absence d'adresse directe. En général quand j'ai un truc à dire à quelqu'un, je le lui dis sans détours.

Le second paragraphe te concernait et concernait Nino, ou plutôt vos commentaires ; et là tu constates que c'était de l'ordre de l'éloge.

Donc redescendons et reprenons.

Pour répondre à ton second message, de mon point de vue, ce que tu appelles la subjectivité du lecteur (je n'ai pas vraiment compris si tu la poses comme un principe incontournable ou non, et désirable ou non, mais peu importe) n'existe que dans le sens où on est plus ou moins, et plus ou moins directement, conscientes et conscient d'aspects techniques du texte, quand on le lit. On n'entre pas par les mêmes portes. Mais le texte n'est pas substantiellement différent, face à deux regards. On en prend seulement conscience selon des voies et des programmes différents. Mais l'objet est le même.

Ainsi, pour moi, toute critique est bonne à prendre à partir du moment où elle est technique, précise, objective au sens où elle s'attache à parler de l'objet. Ces critiques-là sont, normalement, extrêmement utiles pour les écrivaines et écrivains qui travaillent vraiment à l'être.
Et toute critique est bonne à jeter à compter du moment où celle ou celui qui la formule s'exprime sous le mode de l'interprétation, ou du jugement personnel. On s'en tamponne profondément, qu'untel ait adoré le texte, et qu'unetelle y voie la métaphore de la forme des oreilles de sa grand-mère et refuse qu'on y voie autre chose. Le commentateur qui croit pouvoir imposer son interprétation du texte est un emmerdeur, et n'aidera jamais en rien l'auteur.

Je répète, n'aidera jamais en rien l'auteur.

Je répète, n'aidera jamais en rien l'auteur.

A part à se croire avoir des amies grâce à son gros style. Ce qui n'est pas le but d'un site littéraire. Normalement.


Et une fois encore, c'était pas toi qui pouvais être visée par mon premier message. En toute logique.
Faudra baisser le quota de nitroglycérine par goutte de sang, ça va finir par faire des problèmes.
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 29/12/2025 à 14:03:16
Les commentaires de Lindsay S sont beaucoup plus divertissants et intéressants que le texte. Je suis pas du tout d'accord mais ça me fait passer un bon moment.
Lindsay S

Pute : 100
    le 29/12/2025 à 14:09:47
@Chouette Glow

Je ne suis pas d'accord avec moi-même non plus
Korbua

Pute : -7
    le 29/12/2025 à 14:46:26
ok pour l'airport.. et les pendules.. début engageant.. avec qq belles formules.. mais pas de take off.. dommage..
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 14:59:44
Il est précisé que Miami est en Floride aux USA alors que pour Oulan-Bator, le lecteur doit se démerder. On perd en compréhension du texte, on perd le lecteur trimballé
René de Cessandre

Pute : -100
Laetitia, Lindsay :    le 29/12/2025 à 15:08:09
Heureusement que vous êtes là. Je croyais qu'il n'existait plus personne pour comprendre un texte. Et le drame de la littérature est qu'elle n'a en réalité pour tout budget que la capacité de compréhension de ses lecteurs.
Et Laetitia, tu l'as bien vu : les critiqueurs n'aiment pas être critiqués, les "bons diseurs" ne sont pas les bons faiseurs, mais ça, nous le savions déjà.
Nino St Félix

Pute : 100
    le 29/12/2025 à 15:08:19
Parcequ'avec le jetlag elle n'était pas encore morte dans la Zone. C'est chose faite (ici, il suffit parfois de dire pour que soit)
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 15:18:37
Si ça se trouve c'est BB dont le pan de la robe disparaît dans une espèce de laminoir
René de Cessandre

Pute : -100
    le 29/12/2025 à 15:27:17
J'aurais du mal a critiqué des "critiques" qui sont vraiment des "critiques". Peut-être faut-il d'ailleurs rappeler la signification du mot "critique" : la critique est l'analyse d'une œuvre, et pas une "tentative de démontage", comme cela est devenu, par glissement sémantique, galvaudage, et indigence progressive de l'esprit. En ce sens Laetitia et Lindsay sont d'excellentes "critiques", et loin de les "critiquer" (au sens galvaudé), je les en remercient. Grâce à des lecteurs/trices comme elles, la littérature peut encore quelques temps échapper à la faillite... quelques temps encore...
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 15:31:33
René Cassandre?
René de Cessandre

Pute : -100
P.S.    le 29/12/2025 à 15:37:53
Désolé pour les fôtes... fautes... j'ai parfois l'impression, en me relisant, que mes mots ont été "corrigés". Mais j'assume. Et je vais éviter du travail à Le Chouette : "ouais, je prends comme excuse un prétendu "correcteur orthographique" pour tenter maladroitement de dissimuler mon incapacité congénitale à aligner correctement deux mots... Sénèque l'ancien dirait de moi (et Le Chouette avec, et je ne pourrais lui donner totalement tort) : "n'as-tu pas honte de vouloir écrire mieux que tu ne le peux ?"... Mais ces mots que je me sers avec tant de verve, je ne permettrais à personne de me les servir (petit clin d'œil à qui vous savez).
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 29/12/2025 à 15:40:11
Le troll ultime : quand les gens lui répondent pas, il recrée leur voix dans sa tête. Vivement qu'il soit vraiment autonome et qu'il tombe de la branche du réel dis donc.
René de Cessandre

Pute : -100
    le 29/12/2025 à 15:55:01
Désolé de t'avoir coupé l'herbe sous le pied. Je comprends que tu tiennes à ton illusoire leadership.
René de Cessandre

Pute : -100
Pour A.B.    le 29/12/2025 à 15:56:34
Non... pas René Cassandre.
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 16:03:41
En hommage à Bardot, je regarderai BB fuck, la version porn de Bibifoc, en mangeant des dragées fuca
Nino St Félix

Pute : 100
    le 29/12/2025 à 16:04:43
Du coup je comprend plus rien, entre la critique, l'analyse et l'herméneutique, les différences. Je pensais que l'herméneutique cherchait du sens, l'analyse proposait un sens, et la critique disait ce qu'elle pense de ce sens. Peut être me trompé-je. Peut-être aussi que sinteroger la dessus en commentaire d'un texte qui n'a rien demandé est une forme de trollage. Peut être que je suis un troll.
Pardon pierrre, continue a rouler ta bille, il est sympa ton texte (critique), même si j'ai rien compris (analyse) et qu'il parle sans doute de choses très profondes (herméneutique)
Nino St Félix

Pute : 100
    le 29/12/2025 à 16:05:12
Putain de correcteur je confirme.
*S'interroger
René de Cessandre

Pute : -100
    le 29/12/2025 à 16:18:46
Si vous continuez, nous allons arriver à l'hermétisme...
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 16:35:51
@lapichien : je revendique l'exception de parodie! Pour Bardot et Vadim, c'était pas une problématique PI. Diffamation je pense
René de Cessandre

Pute : -100
    le 29/12/2025 à 16:36:56
Qu'en dit Trismégiste ?
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 16:58:18
Il a mal à la Theuth
René de Cessandre

Pute : -100
    le 29/12/2025 à 17:03:39
D'accord !
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 17:14:30
Merde. Grillé
René de Cessandre

Pute : -100
    le 29/12/2025 à 17:27:48
Ou une visite de Lucchini ?
Nino St Félix

Pute : 100
    le 29/12/2025 à 17:49:50
Avec tout ça, les exégèses hermétiques hermétiques et compagnie, perso, j'ai toujours pas capté le truc des barrières-ruban verticales. J'en reste par défaut a mon idée que ce sont des manifestations nolaniennes desdits fuseaux qui ne sont pas une invention humaine mais une réalité métaphysique. Ça serait cool d'avoir la suite ou un indice de l'auteur.
René de Cessandre

Pute : -100
    le 29/12/2025 à 17:50:02
Oui... on peut échapper à Lucchini... et heureusement Pivot n'est plus là... lui qui savait expliquer aux auteurs ce qu'ils avaient essayé d'écrire... quoique...
René de Cessandre

Pute : -100
    le 29/12/2025 à 17:55:04
Nino : je trouve que tu expliques très bien la nature de ces rubans... et je ne sais pourquoi, ton analyse me fait penser à Philémon échoué sur l'Île du "A" de l'Océan Atlantique.
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 18:09:48
Quelle sagacité!
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 18:13:34
Si ça se trouve les bannières, ce sont des fragments de souvenirs perdus dans l'espace-temps
René de Cessandre

Pute : -100
A propos des rubans (pour revenir au texte)    le 29/12/2025 à 18:26:14
Bon... les rubans, bien sûr, représentent les fuseaux horaires (ruban/fuseau ; fuseau qui est un instrument qui servait à filer ou à faire de la dentelle). Les rubans de l'aéroport, comme les fuseaux horaires, sont immatériels, omniprésents, sans limites propres. On est obligé de les franchir quand on veut se rendre d'un point de la planète à un autre point éloigné de la planète, sans vraiment s'en apercevoir (contrairement aux rubans que Paul visualise), ce qui n'est pas sans conséquence sur l'horloge biologique (horloge/montre que Paul s'efforce de remettre ç l'heure), et source de paradoxes développés dans le texte (songez que le Concorde a été interdit, parce que le jeu des décalages horaires faisait qu'il arrivait avant d'être parti, ce qui devait causer un sacré Bordel dans les opérations Boursières). Mais tout le monde avait compris pour les rubans/fuseaux ?
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 18:40:48
Si ça se trouve Paul est tisseur et mercier
A.B

Pute : 3
    le 29/12/2025 à 18:55:20
Ah. C'est Bardot qui vient te chercher
René de Cessandre

Pute : -100
Et pour Paul...    le 29/12/2025 à 19:12:23
J'ajoute : Ruban - Fuseau - tisser - Parques (Moires) qui tissaient les fils du Destin - Aéroport où des destins se croisent, se font ou se défont... une transposition de l'aéroport en version moderne du "laboratoire" des Parques... si vous voulez.
René de Cessandre

Pute : -100
Note annexe    le 30/12/2025 à 12:11:21
Vous déblatérez sur Brigitte (Bardot, pas Macron), mais apparemment personne ne sait ce qu'est un bardot. Dommage. Cela nous aurait permis quelques réflexions "spirituelles"...
René de Cessandre

Pute : -100
    le 30/12/2025 à 14:34:53
Perdu !

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