LA ZONE -

Rien d'autre que de l'Eau

Le 06/06/2026
par RUIZ Roman
[illustration] De l'Eau et de l'absurde.
A l’origine, il n’y avait rien d’autre qu’un océan. L’unique Océan. L’écume de ses vagues ne connaissait pas le fracas de l’eau contre les côtes, car nulle terre n’avait pu émerger des profondeurs insondables de l’immense orbe aqueux qui faisait de cette planète ce qu’elle était. Sa surface était régulièrement perturbée par l’onde de choc que provoquaient les palpitations incessantes de ses huit cœurs. Les deux premiers se trouvaient sur Son bras gauche. Ils y avaient pris place à Sa naissance, bien avant que le reste de Son corps ne soit formé. Le troisième, lui, était situé sur Sa langue. Il était auparavant ancré sur l’appendice qui avait poussé sur Sa main droite, mais Il s’était récemment décidé à le dévorer, par ennui. Les deux cœurs suivants s’étaient entremêlés au sein de la chair qui faisait de Son torse ce qu’il était, et leurs pulsations désynchronisées étaient source d’un grand mal-être pour leur propriétaire qui en souffrait grandement. Le septième et le huitième étaient placés sur Ses ailes et faisaient Sa fierté, car leurs battements faisaient enfler la mosaïque de vaisseaux sanguins qui y étaient situés, donnant un air menaçant à la membrane de chair et de cuir Lui servant de nageoires, maintenant qu’Il avait pris place dans les profondeurs. Il ignorait d’où pouvait bien provenir le dernier cœur qu’Il possédait. Il n’avait rien fait pour qu’il apparaisse, et pourtant, il était là. Ainsi, Il avait décidé qu’Il le conserverait dans le creux de la septième main de Son troisième bras, là où personne ne l’attendrait. Depuis ce jour, Il avait entamé une longue phase de sommeil et décidé qu’Il ne s’occuperait plus de rien, car Il avait déjà bien assez fait. Alors Ses créations, toutes plus visqueuses et tentaculaires les unes que les autres, faisaient le travail. Les grands vers blancs devaient s’assurer que les vagues à la surface écumaient bien comme il le fallait. Les marcheurs, qui étaient dotés de jambes et de pieds, avaient la responsabilité de veiller à ce qu’il n’y ait jamais la moindre surface sur laquelle ils pourraient réellement marcher, un travail tout à fait opposé à celui des nageurs, qui eux, devaient être capables d’affirmer à tout instant si l’eau était assez liquide pour que l’on puisse y nager. Finalement, les pulmonés, qui n’étaient capables de respirer qu’à l’air libre, devaient naître et suffoquer à un rythme constant afin de s’assurer que seuls les branchinés soient en capacité de respirer, le rôle de ces derniers étant d’aider à la décomposition de leurs homologues moins chanceux pour que la Grande Masse puisse s’en nourrir et créer à nouveau. Ce cycle reposait entièrement sur la bonne volonté des participants qui subissaient avec une merveilleuse passivité leur situation. Sans réellement mesurer l’importance de chacune des étapes, les Petites masses se laissaient porter et déporter là où Le Remou le décidait, bien qu’il n’ait en réalité jamais vraiment établi de marche à suivre. Lorsqu’il sentait qu’il fallait virer à gauche, il s’y laissait emporter. Mais en réalité, il n’avait jamais rien senti et, sans même qu’une intuition le lui indique car il n’en possédait aucune, il avait simplement tourné autour d’un même point depuis aussi loin qu’il pouvait s’en rappeler, peut-être était-ce une journée, certainement une éternité.
Il arrivait parfois que l’un des cœurs manque un battement, ce qui causait une série d’évènements catastrophiques qu’aucune des créations de la Petite masse ne pouvait concevoir, amenant à la mort de plus d’êtres de cet océan qu’il n’y en avait réellement. Les cadavres décomposés se nourrissaient des corps pleins de vie et finissaient par retrouver leur forme passée, donnant la leur à la source de nourriture qu’ils venaient de prélever allègrement. Quand cela arrivait, le neuvième cœur s’affolait, et sa taille variait du simple au triple, mais pas un être ne semblait le remarquer, et après quelques siècles, tout revenait à la normale, jusqu’à ce qu’à nouveau, un battement soit manqué.


RUIZ Roman

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Nino St Félix

Pute : 90
    le 06/06/2026 à 09:21:19
L'abus de Véronique Sanson est dangereux pour la santé.

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