Un homme sans histoire.
Un mari fidèle.
Un père exemplaire.
Mais derrière cette façade : un vrai trouble.
L’incapacité chronique à bander… en présence de son propre désir.
Monsieur Demi-Molle n’est pas impuissant.
Non.
Il est légèrement, subtilement, pathétiquement érigé.
- J’ai une demi-molle.
Il me l’avait dit avec une fierté sincère. Entre deux portes.
Comme un gamin qui croit nager alors qu’il a encore pied.
Monsieur Demi-Molle.
Il m’avoue presque ses sentiments.
Me frôle. Me parle d’ambiguïté.
Me déshabille du regard. Me désire.
Mais jamais jusqu’au bout.
Toujours en équilibre sur la ligne floue entre l’envie et la peur,
entre le fantasme et la fuite, entre le désir et… son alliance.
Oui, Monsieur Demi-Molle est marié.
Il ne trompe pas.
Non.
Il flirte juste intensément.
Il m’écrit tous les soirs. Tard.
Toujours tard.
Quand tout le monde dort et que sa conscience baisse la garde.
Ses messages sont pleins.
D’envie.
De sous-entendus.
De projections.
Il imagine tout.
Sauf passer à l’acte.
Un soir, pourtant, il propose.
Un verre.
Rien de plus.
- Juste te voir.
Évidemment.
Juste.
Je dis oui.
Par curiosité.
Par ennui.
Par lucidité aussi.
Je sais déjà.
Mais j’y vais quand même.
Il passe me chercher en voiture.
Musique à fond.
- Tu aimes ? C’est la playlist de ma femme.
Au rétroviseur, un truc pend.
Une petite tong en plastique.
Ça balance.
Ça fait plouc.
Il s’approche.
Trop.
- J’adore ton parfum.
Son nez dans mon cou.
Déjà.
Bar paumé. Quartier excentré.
Peu fréquenté. Carrelage glacé.
Il parle beaucoup.
Trop. Chantonne. Faux.
Il joue au gentleman. Tire ma chaise. Trop vite.
Ses mains bougent mais ne se posent jamais.
Ses yeux accrochent puis fuient.
Il me raconte sa vie.
Les massages qu’il fait si bien à sa femme.
Ses ados. Qu’il déteste.
Sa calvitie.
Son poste qu’il croit important.
Ses collègues.
Ses frustrations.
Tout.
Sauf ce qu’il veut vraiment.
J’ai envie de partir. Déjà.
Mais c’est sa voiture.
Enfin… Celle de sa femme.
J’attends.
Qu’il parle de nous.
Qu’il me dise qui je suis pour lui.
À un moment, le silence tombe.
Enfin.
Il me regarde.
Longtemps.
Puis :
- J’ai peur que tu me plaises trop.
Voilà.
On y est.
La phrase parfaite.
Le résumé de lui-même.
Je souris.
Doucement.
- Non.
Il fronce les sourcils.
- Non quoi ?
- T’as pas peur que je te plaise trop. T’as peur de toi.
Silence. Il recule sa chaise. Elle crisse sur le carrelage.
Joues rouges. Sourcils froncés. Mâchoire contractée.
Sa pomme d’Adam monte et descend.
Il me regarde encore comme si j’étais celle qui déborde.
Celle qui veut trop.
Alors que depuis le début,
Il joue.
J’ai mal au ventre.
Ma bière est pleine.
Depuis le début.
Je continue.
- Tu veux ressentir sans assumer. Désirer sans agir. Frôler sans tomber. Attiser sans te sentir happé.
Je me penche un peu vers lui.
- Tu veux une vie parallèle… mais en mode avion. De l’excitation à ramener à la maison.
Sur sa paupière, une veine bleue palpite froidement.
Il crie presque :
- Tu comprends pas, c’est compliqué… Je ne te ferai pas ce que tu ne voudrais pas qu’une femme fasse à ton homme !
Sa voix monte. Il me regarde comme si j’étais folle.
- Mais qu’est-ce que tu veux à la fin ?
Il ne rit pas.
Moi si.
Enfin.
Je me lève.
Cette fois, vraiment.
Il rentre chez lui.
Il embrasse sa femme.
Il ouvre son téléphone.
Et il pense à moi.
À moitié.
LA ZONE -
/
Portrait d'un homme qui désire sans jamais assumer. = ajouter un commentaire =
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= commentaires =
Je suis fort partagé. J'aime le thème et l'idée, même s'il n'y a pas en soi une profonde originalité, l'angle est assez aigu. Il y a un écho thématique avec le texte d'il y a quelques jours "scènes de la vie conjugale". D'ailleurs le type, même si son attitude est différente, me parait répondre au même archétype, l'homme amoral et légèrement manipulateur, qui répond a ses désirs et les maquille en bienveillance. Qui, accessoirement, existe ici par eux, ou leur absence. Il est déja, ontologiquement, en mode avion.
Mais ce n'est qu'une réflexion, je suis trop fatigué pour discuter des archétypes masculins et féminins sur la Zone ou ailleurs. Et puis de toutes façons Patriiiiiiick a plié le game pour de bon #tousdesporcs.
Donc, je préfère me concentrer sur le plaisir de lecture, et en l'occurence, le style-rythme. Et là...
Bon, je ne dis rien, j'ai trop eu l'occasion d'en parler ailleurs. Barthes (Roland, mais peut être Yann aussi) doit se réjouir dans sa tombe, on y est presque : le degré zéro de l'écriture... Sauf que non. on est sur un signifiant qui pense évacuer le signifié en se limitant, s'assèchant. Se faisant, il se conforme, il suit l'esprit du temps, et se charge de ses significations. Mais quelles sont elles ? J'en sais rien, je dirais seulement : de quoi le Linkestyle est il le nom ?
Bon, on pourrait aussi dire "de quoi Bruel est-il le nom". Mais quand je parle de significations "a leur corps défendants", ma simili-théorie c'est que, en fait, en voulant expurger, aller "à l'os", et en même temps captiver le lecteur avec ce rythme binaire (1-2-2-1) on s'expose au danger donc, de voir son texte chargé malgré lui d'un signifiant autre, ce que j'appelle "l'esprit du temps" de manière totalement abusive, mais qui rejoint quand même une certaine manière de s'exprimer, adaptée aux power-point, solution narrative agile, scalable et orientée utilisateur grâce à son architecture textuelle disruptive, répondant aux enjeux contemporains de communication cross-canal.
En résumé, en voulant faire trop propre, on uniformise tellement que ces textes tombent... dans cet espèce de flux mainstream ou ils perdent toute accroche. [si tu es complotiste, ne lit pas la suite]J'ai vu un reportage hier ou le docteur expliquait qu'a force de manger des trucs trop mous (dans la grande distribution), nos machoires s'affaiblissent et nos bouches deviennent plus petites (CMB). J'ai l'impression que c'est le même "risque" (je mets de guillemets : c'est peut être pas tellement un risque, j'en sais rien) avec cette façon d'écrire. Si on réduit le texte a une tranche de pain de mie Jacquet, ou même a un Dragibus, il risque d'être aussi vite consommé qu'oublié (ou l'inverse, plutôt). Je n'ai pas de formule magique mais c'est mon sentiment, et donc c'est d'autant plus triste qu'il y a souvent de bonnes idées.
Ptain je me relis et j'ai l'impression d'être méchant avec le texte. Ce qui n'est pas mon intention. Dans ce style, on a vu bien pire, au moins les personnages ont une "existence" a défaut d'avoir beaucoup de chair. Et comme je disait on touche a un universel, pas la demi molle (quoique) mais la fuite, les fuites, mises en scène ici. Car la narratrice, derrière le scalpel évoqué en présentation, souffre aussi, et elle répond a une fuite... par une fuite.
Le positif, c'est que ce type a probablement une demi-dure.
C-dessous l'image très rare de deux demi-môles :
https://nsm09.casimages.com/img/2026/06/14//26061406404114328918767505.jpg
Tu m'as fait ma journée, merci !
L'urbanité du castor n'est pas une légende.
tu te rend compte que ta vanne a failli être l'une des dernière de l'histoire de la Zone. Passer à la postérité là dessus. Enfin non même pas car le site a failli disparaitre tout cru.
La Zone a du zombie dans ses gènes. Elle s'est toujours relevée, attirée par le putride et la débilité, en tendant ses petits bras et en bramant d'une voix chevrotante : "cervôôôs ! CervôÔos !"
Elle ne peut pas se passer de ses 776 abrutis aux 775 neurones.
J'aime bien le regard ironique et doucement acide de la narratrice. Ça donne l'impression d'une certaine retenue tout au long du texte qui le rend plutôt drôle. Il y a aussi un sens de la formule qui rend le style succinct (linkedin?) hyper efficace ici. Parce qu'en quelques paragraphes et avec une économie des details j'ai l'impression que le texte a réussi à faire le tour de l'archétype du bande-mou et montrer à quel point on peut avoir l'air pitoyable de n'assumer qu'à moitié ses désirs.
yep.. "demi-molle" cherche "demi-sèche".. bien sous tous rapports.. merci de contacter le site si intéressée..
Tu voulais dire une demi-seiche, je suppose ?
Castor va sans doute t'illustrer ça.
Car sinon, je ne sais pas ce qu'est une "demi-sèche", enfin j'ai une idée mais j'espère me tromper. n'hésite pas à développer
Avec plaisir. Voici donc l'image de deux demi-seiches sèches qui ne vont pas tarder à mouiller :
https://nsm09.casimages.com/img/2026/06/18//26061811482814328918768793.jpg
ça mérite un point pute et mon 998eme commentaire.
A 1000 je m'arrête un moment.
Vous devriez poser un copyright sur vos vannes de merde, parce que vous allez vous les faire piquer par tout les stand-uppeurs cleptomanes de passage.
C'est précisément le but : via les stand-uppers de merde, la Zone va faire rayonner nos vannes de merde qui partiront 0 LA CONQUËTE DU MONDE §§. Une nouvelle ère de débilité est en marche, et ses slippers écraseront les bottes fatiguées des connards du passé.
Je découvre seulement maintenant que le texte a été publié, donc j’arrive avec 3 bons mois de retard… assez raccord finalement avec Monsieur Demi-Molle 😄
Merci pour vos lectures, vos dissections et vos digressions moléculaires.
Pour situer un peu : c’était vraiment un texte défouloir, nourri d’une situation réelle, volontairement taillé au scalpel et en punchlines. Quand on m’a demandé si je préférais le voir du côté de La Saint Con ou des textes sombres, débiles et violents, j’ai choisi très consciemment la deuxième option 😅. Et aucun lien volontaire avec ce qui avait déjà été publié ici : je ne l’avais pas encore lu.
Je comprends la remarque sur le rythme haché et le risque du texte trop "consommable". Je sais que ce procédé peut fatiguer (il me fatigue moi-même quand j’en abuse ahha!) mais ici il faisait vraiment partie du défouloir : j’avais davantage envie de démonter la situation que de l’habiller.
En revanche, zéro LinkedIn : je n’y ai jamais mis les pieds de ma vie 😂. Et aucune référence consciente à Bruel, MeToo ou à l’actualité. Si le texte résonne avec tout ça chez certains lecteurs, ce n’était absolument pas dans mon intention au moment de l’écriture.
Et énorme fou rire en découvrant l’illustration : la petite tong suspendue au rétroviseur de la voiture, passée en mode pièce d’abattoir. Magnifique 😭 La tong, elle, était bien réelle !
Merci en tout cas d’avoir lu, trituré et disséqué la bête ... et merci aussi pour le rire en découvrant vos "vannes de merde"
Bienvenue dans la capsule temporelle qu'est la Zone : votre texte a été publié il y a trois mois mais vu qu'on est dans une dimension alternative, chez nous, Eric Zemmour est ministre pléinpotentiaire de la République Inceliste et le MINI (Ministère Nihiliste) de la Zone a essayé de transformer Christine Boutin en cyborg mais n'a obtenu qu'une sorte de bouillabaisse (pas dégueu d'ailleurs). Bref, ce qui arrive devait arriver mais n'est pas arrivé, contrairement a votre texte qui est lui, arrivé, en retard et en avance à la fois.
Quoiqu'il en soit, je suis personnellement touché que vous ayez apprécié l'illustration puisque j'en suis le coupable, à une époque ou j'ai fait une surdose d'IA (j'en suis heureusement revenu, faut vivre avec son temps)
Ah mais alors merci pour cette tong-abattoir 😂
Le plus drôle, c’est que ton illustration a déclenché chez moi un autre souvenir : enfant, je passais mes mercredis avec mon grand-père et j’ai vu pendant des années des cochons suspendus exactement comme ça. Donc voir cette petite tong du rétroviseur (qui est quand même un des détails-symboles du texte qui balance et fait plouc) transformée en pièce de boucherie m’a fait rire, mais m’a aussi ramenée très loin en arrière.
IA ou pas, le choix est finalement assez troublant de justesse. Ton prompt devait être sacrément pertinent 😄
Merci pour l’accueil dans la capsule temporelle !
C'est du fait main, je me suis mal exprimé. Acrylique, de mémoire. Mais là je suis revenu à l'IA, faute de temps...
Là je suis scotchée.
Les lanières en plastique façon os décharné, la pièce de boucherie, le côté coupé au couteau… ça fait ressortir à mort le côté scalpelisé du texte.
Je pensais avoir juste planté une foutue tong dans le décor, et tu en as fait presque le résumé visuel du texte. Très, très bien vu.