« Viens voir ma mère.. elle voudrait te rencontrer ».. a dit Péchu.. mais Miguel n'a pas marché tout de suite.. le temps de réfléchir.. ce n'était pas très réjouissant de rendre visite à une vieille dame en deuil d'un fils.. néanmoins Miguel ne se donnait pas vraiment le choix.. sans doute à cause d'un certain code d'honneur qui lui était propre.. ça pouvait même en faire rire quelques-uns.. mais pas lui..
Miguel s'est pointé au village pour un job d'intérim.. et il a rencontré Péchu dans la boîte où ce lascar taffait en régulier.. pour se racheter une conduite.. car le juge avait l'oeil sur lui depuis sa sortie du trou.. Miguel avait stationné sa moto sur le parking devant l'entrée de l'atelier.. un vieux "Shovel" de '73 qui pissait l'huile.. survivance d'un autre âge.. une import du Mexique.. non homologuée.. et c'est sans doute ce qui a amené Péchu.. un peu comme la confiture attire les mouches.. l'ex-biker s'était rangé des bécanes.. depuis la mort de son frère sur la route nationale 113 qui remontait la vallée.. plusieurs membres du moto-club pirate local y étaient restés.. comme tant d'autres.. comme Vance.. le frère adoré qui n'était plus..
Miguel avait connu Vance des années plus tôt.. avant de partir sur les chantiers autour du monde.. il était encore bien jeune quand il s'est pris d'amitié pour ce dernier.. rencontré à la station essence du coin.. Vance pilotait une Vincent "Rapide" noire et racée.. vestige d'une époque déjà révolue.. Miguel était impressionné par ses tatouages.. et son blouson de cuir noir avec une tête de mort ailée dans le dos.. mais Vance restait cool.. et se montrait plutôt protecteur.. donnant quelques conseils pour trafiquer le moteur du vieux cyclo sur lequel se déplaçait Miguel à cette époque.. ensuite Vance avait monté le club.. avec quelques amis de son âge.. pour en devenir le président.. c'est à dire le chef.. comme dans les films.. ainsi Vance roulait en tête.. et la bande suivait.. tous les week-ends.. pour « changer d'air ».. ils écumaient toute la région sur leurs motos.. déboulaient le samedi soir dans les balloches des salles des fêtes.. jouaient les durs.. draguaient les filles.. même quand c'était des Gitanes de la vallée.. devant leurs cousins qui n'aimaient pas ça.. alors ça partait en rixe.. des canettes et des chaises en plastique volaient.. puis la bande repartait comme elle était venue.. toujours avant l'arrivée des flics.. c'était comme un jeu.. une sorte de distraction.. mais Miguel n'avait pas vécu ces exploits.. car il avait dû quitter très tôt ce Sud profond.. dès qu'il avait eu son C.A.P. en poche.. pour partir travailler sur les pate-formes pétrolières.. avant de revenir au village.. où on ne le reconnaissait même plus.. après des années d'absence.. il savait qu'il n'était qu'un étranger..
Vance était connu pour être le plus rapide de la vallée.. d'autres s'étaient mesurés à lui.. mais tous avaient échoué.. l'épreuve était de faire la course avec le train de nuit.. la RN 113 doublait la voie ferrée au bord du fleuve lent.. soudain l'express de minuit hurla.. lancé à pleine vitesse.. alors Vance a bondi sur sa machine pour le rattraper.. puis le dépasser.. il fallait être le premier à franchir le passage à niveau qui coupait la route un peu plus loin.. Vance fonçait à tombeau ouvert.. mais cette fois il n'a pas eu de chance.. même s'il connaissait les risques.. ça n'a rien changé.. « contre une locomotive qui filait vers le Midi ».. et c'est exactement ce qui est arrivé.. on n'a pas retrouvé grand chose du pilote et de sa moto quand on a ramassé les débris..
« D'accord.. allons voir ta mère.. nous parlerons de Vance ».. a conclu Miguel..
Résumé : Une histoire qui sent l'essence, le cuir mouillé, les clopes froides et les fonds de verre oubliés sur un comptoir de bar : : Quelque part dans un Sud profond qui se vide lentement de ses habitants et de ses illusions, il reste encore quelques vieilles motos, des types taiseux, des légendes locales et des morts dont on parle toujours au présent : : Ici, les héros finissent rarement vieux. Ils roulent trop vite, boivent trop, se battent pour des conneries et disparaissent parfois au détour d'une route nationale : : Pourtant, des années plus tard, leur souvenir continue de traîner dans les villages comme une odeur d'huile chaude ou une vieille chanson qu'on remet en fin de soirée : : Le texte avance au rythme d'un moteur fatigué, entre nostalgie virile, amitiés cabossées et fatalisme de gens qui savent depuis longtemps que la vie distribue plus de coups qu'elle n'offre de récompenses : : Une chronique un peu sale, un peu triste, peuplée de bikers déchus, de mères en deuil et de types qui continuent à respecter un code d'honneur dont plus personne ne comprend vraiment le sens : : Comme si un vieux road-movie américain avait fini sa course dans un village perdu du Midi, entre un garage poussiéreux, un café presque vide et une départementale maudite où les fantômes roulent encore, phares allumés dans la nuit : :
= chemin =
= résumé =
[ Une histoire qui sent l'essence, le cuir mouillé, les clopes froides et les fonds de verre oubliés sur un comptoir de bar : : Quelque part dans un Sud profond qui se vide lentement de ses habitants et de ses illusions, il reste encore quelques vieilles motos, des types taiseux, des légendes locales et des morts dont on parle toujours au présent : : Ici, les héros finissent rarement vieux. Ils roulent trop vite, boivent trop, se battent pour des conneries et disparaissent parfois au détour d'une route nationale : : Pourtant, des années plus tard, leur souvenir continue de traîner dans les villages comme une odeur d'huile chaude ou une vieille chanson qu'on remet en fin de soirée : : Le texte avance au rythme d'un moteur fatigué, entre nostalgie virile, amitiés cabossées et fatalisme de gens qui savent depuis longtemps que la vie distribue plus de coups qu'elle n'offre de récompenses : : Une chronique un peu sale, un peu triste, peuplée de bikers déchus, de mères en deuil et de types qui continuent à respecter un code d'honneur dont plus personne ne comprend vraiment le sens : : Comme si un vieux road-movie américain avait fini sa course dans un village perdu du Midi, entre un garage poussiéreux, un café presque vide et une départementale maudite où les fantômes roulent encore, phares allumés dans la nuit : : ]
= biblio =
27/08/2026
28/07/2026
20/07/2026
14/07/2026
13/07/2026
On peut être le premier.. on n'est jamais le seul.. = ajouter un commentaire =
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= commentaires =
j'ai pas encore lu le texte mais je suis presque sûr que le résumé est meilleur.
Ben je me suis trompé. J'ai bien aimé le texte et le résumé à égalité. J'ai eu l'impression qu'il y avait comme une symbiose entre les deux. En fait, très exactement, ça m'a rendu nostalgique parce que l'ensemble m'a donné l'impression de regarder l'émission plus un film de "la dernière séance" d'Eddie Mitchell.
La lumièrè revient déjà
Et le film est terminé
Je réveille mon voisin
Il dort comme un nouveau-né
Je relève mon strapontin
J'ai une envie de bailler
C'était la dernière séquence
C'était la dernière séance
Et le rideau sur l'écran est tombé
Nostalgique donc d'un truc où j'étais trop gamin pour y entraver quelque chose et où en plus tout le concept était déjà un trip nostalgique d'Eddie Mitchell jouant sur toute l'iconographie des diners et theaters americains couleurs fluo délavées pop corn chewinggum milkshake burgers blouson de cuir banane rockabillie mes couilles qu'il avait peut être connu lors d'un voyage étudiant aux states ou plus probablement en matant des films ou j sais pas trop mais qui n'étaient pas du tout la réalité en France.
Sinon, je tenais à dire à Korbua que j'ai pas publié son texte de bourlingueur sur littérature underground parce que j'ai estimé qu'écrire un truc sur un mec perdu en amazonie a priori mort de dalle sexuellement tombant sur un bar à putes au milieu de nulle part et partant avec l'une d'elles se rendant compte que c'était un mec mais décidant quand même de l'enculer à mort en lui foutant des coups parce qu'il avait trop la dalle sexuellement mais qu'il était contrarié, ben j'ai estimé qu'il y avait une sorte de grille de lecture transphobe assez évidente au delà de la volonté de rendre ça comique.
Texte sympa, mais gros problème : je parcours la N° 113 (maintenant le D 613) depuis un demi-siècle et je n'y ai jamais vu un passage à niveau.
Ben, c'est probablement parce qu'il a aussi été désintégré par la puissance du choc.
Oui, la nostalgie, c'est ce qui marche bien avec l'usine à mini-biographies de Korbua.
Pour filer sur le même volet que lapinch', ça me fait penser à ces figures qui disparaissent avant qu'on ne prenne la peine de les connaître vraiment. Ces gens dont on recolle les morceaux (c'est le cas de le dire ici MDR) d'identité bribes après bribes, rumeurs après rumeurs et dont on a jamais le fin mot de leur histoire, qui finissent toujours par nous échapper d'une certaine manière. C'est touchant et parfois c'est carrément drôle sans trop le vouloir, comme la vie kouâ, tavu.
Après, je le répète encore, j'aimerais bien que le concept s'élargisse à autre chose plutôt que de voir toujours le même travail de métronome.
Mais pas grave, restes toi-même - gros, ça marche aussi .
Tes mots à propos de Cédric Jubillar sonnent si juste... C'est émouvant.
Putain de CC 6500