Tout a commencé le jour où j’ai emménagé dans cet appartement de banlieue aux murs humides et à la plomberie défaillante. C’est toujours mieux que rien. Je jouissais les premières semaines de ce confort inespéré, puis les murs commencèrent à se resserrer dangereusement autour de moi. L’absence de vie, autre que les moisissures et les cafards, fit naître en moi une angoisse lancinante. C’est ainsi que je décidais de me trouver quelque compagnon et, après une courte recherche, je trouvais à quelques rues de là l’adresse d’un élevage de souris.
L’homme prit soin de choisir deux femelles et je rentrais, tout sourire à l’idée des aventures à venir, une petite boîte entre mes mains où s’agitaient ces deux minuscules créatures. De retour à la maison, je m’occupais de fabriquer avec un soin méticuleux un petit nid à mes deux nouvelles amies. Une nuit durant je les observais découvrir leur nouvel espace. Elles semblaient s’imaginer toutes sortes de film malgré l’étroitesse de leur cage, creusant des tunnels dans la paille, surgissant furtivement d’un recoin de carton pour attraper une graine et retourner se tapir aussitôt dans l’obscurité. À l’ombre du cube froid de mon appartement, je faisais preuve de bien moins d’imagination. J’allais dormir en même temps qu’elles, au petit matin, bercée par la douceur de leur présence.
Le soir venu, j’allais directement vers la cage et mon cœur s’arrêta une seconde. Les souris avaient disparu. Mon cœur se mit à battre à une vitesse anormale, le visage fiévreux l’angoisse qui me guettait s’empara définitivement de moi. Au même moment, je vis surgir de sous le réfrigérateur une petite bestiole blanche qui traversa la pièce à toute allure pour rejoindre un trou percé dans le mur, d’où sortait les tuyaux de la machine à laver. Les jours qui suivirent, ou plutôt les nuits, ne furent plus que la chasse obsédante, à l’image d’un tunnel, de mes deux amies redevenues sauvages. Il suffit de quelques jours à une souris pour ronger un câble électrique. Je dormais le jour, malmenée par des rêves de catacombes sans fin. La nuit, je tendais en vain des pièges à ces deux crapules plus agiles que moi. Je développais avec le temps des facultés nouvelles. Au bout d’une semaine, je parvenais presque à saisir la queue de la plus jeune. Une brise d’espoir m’apparut et je repris confiance. Rampant sur le sol, j’étais bien décidée à dénicher leur cachette. C’est au nez que je la trouvas - l’odeur des excréments de souris est intense et tenace. Mon fragile soulagement s’évapora en un instant lorsque je découvris avec horreur que mes deux souris s’étaient accouplées. Un petit tas de chair rose grouillait au fond du coin de la cuisine, loin sous le meuble à tiroirs. Je craquais. Tremblante et sanglotante, je m’emparais d’un crayon à papier tombé là et me mis à le mordiller pour calmer mon stress - une mauvaise habitude contractée à l’école et dont j’avais réussi à grand peine à me débarrasser.
C’est ma mère, restée sans nouvelle depuis un mois, qui me trouva là, comme vous me voyez à présent, amaigrie et sale, les yeux rouges et tremblante, des souris dans tous les sens, pour me conduire à l’hôpital de toute urgence.
LA ZONE -
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