LA ZONE -

La Firme (partie2)

Le 02/11/2026
par Cormary Stéphane
[illustration] Voilà la suite de La Firme, le feuilleton le plus suivis du web, un récit terrible et visionnaire, qui est autant de hier comme de demain, c'est à dire littéralement intemporel et littérairement brillant, y' a du Balzac là-dedans nom d'un chien!
Résumé de la première partie: t'as qu'à chercher dans les publications précédentes.
Le rouquin traîna plus qu’il n’accompagna Greenfield hors du bureau et jusqu’à l’ascenseur. Celui-ci manqua tourner de l’œil. La douleur était insupportable. Jamais il n’aurait imaginé éprouver un jour un tel supplice. Il pleura et gémis, son pied fracassé laissant un tracé de sang dans le couloir et la cabine de l’ascenseur. Une pensée lui traversa l’esprit: qu’est-ce qu’il allait dire à sa femme? La vérité n’était tout simplement pas avouable, ni entendable, par trop surréaliste.

A l'infirmerie, une infirmière à l'air revêche s'occupa de son pied. Elle joua de la pince à épiler pour ôter tous les fragments d'os un par un, ce qui dura une bonne demi-heure, désinfectant les nombreuses plaies après avoir insensibilisé du mieux qu'elle le pu le pied de Greenfield à l'aide de plusieurs piqûres d’antalgique. Malgré tout cela Greenfied hurla et gémis tout son saoul tant la souffrance était atroce.
- Je crains cher monsieur que vous ne boitiez jusqu'à la fin de vos jours lâcha simplement la soignante, dont le visage ne trahissait aucune émotion.
On donna à Greenfield une béquille et il se rendit grimaçant et boitillant au réfectoire, la cantine qui servait chaque jour de la semaine une épaisse bouillasse mélangeant légumes et viandes mixés et dont le goût évoquait la nourriture en pot pour nourrissons. Greenfield s'installa seul à une table. Il fut incapable d'avaler la moindre bouchée et pleurait le nez dans son assiette.
Deux jours plus tôt il avait eu le malheur de l'ouvrir à table et de s'épancher auprès de deux "collègues". Ho, rien de bien subversif pensait-il. Il se souvenait avoir dit qu'il ne se voyait pas faire toute sa carrière dans la boîte. Et il trouvait le travail pénible, guère gratifiant. Il se souvient le silence de ses deux compagnons, qui avait échangé un drôle de regard, et l'un d'eux s'était empressé de changer de sujet. Il revit en pensée la main gauche du prénommé Vladimir à laquelle il manquait un doigt.
Alors Greenfield se dit qu'il devait trouver le moyen de s'enfuir. Il fallait qu'il parte loin d'ici avec sa famille. Il s'agissait d'une question de vie ou de mort. Se sauver lui, sa femme, ses enfants.
A 14 heure il reprit son poste dans la chaîne. Ponçage, remplissage, soudure. Ponçage remplissage soudure. Le tout avec des gants épais pour ne pas entrer en contact avec ce liquide étrange dont il remplissait la pièce de métal. Régulièrement, il avalait des anti-douleurs que l'infirmière lui avait donnés. Rien néanmoins qui n'efface efficacement la douleur qu'il ressentait. Il se demandait si le mieux n'aurait pas été de l'amputer carrément du pied.
A la pose de 16 heure il sortit dans la petite cours fumer une cigarette. Il ne se mêla a aucun des petits groupes formés par les autres travailleurs. Puis il rembauche et ne cessa le travail qu'au moment où la sirène du 18h retentit. Alors il regagna en s'aidant de sa béquille le vestiaire ou il se changea, sans échanger un mot avec quiconque. Lorsqu'il traversa le hall en direction de la sortie il eut la stupéfaction de voir, sur le mur au dessus de la pointeuse son portait affiché en grand en dessous de la mention " ouvrier du mois"
Il eut envie de pleurer et de hurler mais se mordit la langue, refoulant ses larmes. Dehors il monta dans la navette qui le déposa devant chez lui.

En poussant la porte du petit pavillon gracieusement par la Firme il eut la surprise d'être accueilli par des applaudissements et des vivas. Sa femme, sont fils et sa fille l'attendaient assis à la table du salon devant un énorme gâteau à la crème et au chocolat. Béatrice se leva et vint l'enlacer. "Les enfants m'ont tout dit! Ils l'ont appris à l'école ! Tu as été nommé ouvrier du mois! C'est formidable!" Les enfants étaient aussi excités que l'épouse comblée. "Bravo papa! s'exclama la petite Sofia. "Mes copines sont jalouses!" "Tu assures, daddy!" ajouta Grégoire. Béa serra son mari dans ses bras puis s'écarta lorsqu'elle se rendit compte qu'il pleurait. Le corps entier de Greenfield était secoué de sanglots ininterrompus. "Ça ne va pas chéri? Qu'est-ce qui se passe?" Incapable de s'exprimer par des mots, Greenfield gagna sa chambre, appuyé sur sa béquille. "Mon Dieu! Tu as eu un accident! Comment est-ce arrivé ? » Greenfield s'allongea sur le lit conjugal, serrant les dents pour ne pas hurler. Il sentait qu'il avait les yeux gonflés, a cause de toutes les larmes qu'il avait versées dans la journée. Et la douleur qui remontait de son pied martyrisé lui donnait des vertiges. Pour la première fois de sa vie, Greenfield eu envie de mourir. D'être foudroyé a l'instant par le doigt de Dieu.
Il se maudit intérieurement pour avoir embarqué sa famille dans cette folie. Il se recroquevilla sur lui-même, et se souvint en détail comment tout ceci avait commencé.
Dès le début, il aurait dû se rendre compte que quelque chose clochait

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