LA ZONE -
Résumé : C'est la saison de la polémique avec le récit d'une de ces journée où tout vous énerve, où vous avez envie de tout foutre en l'air. Un peu de polémique sur le civisme, les traditions et autres foutaises.

Une journée en enfer

Le 20/12/2002
par nihil
[illustration] On apprend à tout âge faut croire. Ca fait quand même un bail que plus rien ne m'émerveille, et j'ai pris l'habitude, petit à petit de ne plus m'étonner de rien. Mais je dois dire que le degré d'aliénation de mes contemporains me fascine parfois. Des exemples, y en a des dizaines, mais j'imagine que certains jours, c'est moi qui suis plus récéptif que d'autres.



Les trente-cinq heures c'est un sujet important. Bon OK, j'en ai rien à foutre personnellement, mais je sais que je ne suis plus vraiment une réference en matière d'interêt porté au monde extérieur. Bref, ça fait environ trois fois que mon entreprise change de formule d'application des trente-cinq heures en deux ans (à peu près autant de fois que de PDG à vrai dire, j'imagine qu'il y a là un lien de cause à effet), et le dernier coup on s'est retrouvé avec un pseudo-délégué du personnel (en réalité un membre de la direction déguisé en mouton pour l'occasion) qui nous crache en réunion la formule 35h que les employés ont proposé pour l'année prochaine. Bon, nous on est des employés et on se souvenait pas avoir proposé quoi que ce soit, mais on a fini par comprendre qu'un délégué du personnel avait le droit de se servir de sa fonction pour faire n'importe quoi (et accesoirement ce qu'il voulait) au nom du bas-peuple. C'est le principe de la représentation et de la démocratie hein me dit-on dans mon oreillette.
Je rentre pas dans le détail, mais faut juste savoir que la proposition convient mais alors plus que parfaitement à ce que la direction attendait. C'est beau le dialogue social, bref on s'en fout, on est pas à un meeting. Or pour modifier une formule 35h, il faut que la modification ait été votée par l'ensemble du personnel. OK. En gros on nous sort : soit vous acceptez cette proposition, soit la direction revient aux 39h quitte à payer une amende à l'état. Sans préciser que c'est illégal évidemment.
Arrive le jour du vote, aujourd'hui donc, et je décide comme de bien entendu de m'abstenir. Outre que ça répond à des convictions personnelles, je supporte pas qu'on me propose de choisir entre noir et blanc quand moi je veux gris, ou mieux encore, violet. Si on me laisse que le choix entre noir et blanc, je préfère ne pas voter et ne pas cautionner une solution qui ne me plait qu'à moitié voire pas du tout. Surtout quand le vote a de telles allures de chantage.
C'est en gros ce qui me retient de voter à des élections plus politiques : hors de question de déléguer mon pouvoir personnel à un crétin que je connait même pas et qui ne me correspond pas entièrement. Car qui mieux que moi-même est à même de défendre mes propres idées ? Personne. Pas un connard d'homme politique en tous cas, ça c'est sur.
Et on m'apprend, comme si c'était une évidence, qu'il est interdit de s'abstenir. Y a même une liste de votants où l'on doit signer quand on a voté. Ah bon, en démocratie on a le droit d'obliger les gens à s'exprimer ? C'est que je ne comprends plus rien au système moi alors.
Et les deux personnes (deux connards de la direction) chargés de s'assurer de la bonne marche du scrutin me crachent le tant-attendu : "on s'est battu des centaines d'années pour avoir le droit de vote". Aaaah ce fameux "on s'est battu des centaines d'années", comme il est beau et facile d'usage ! Combien de fois me l'a t on répété en boucle celui-là ?
Mais moi je ne me suis pas battu moi, personnellement, alors pourquoi on m'oblige à faire quelque chose pour quoi mes ancêtres se sont battus ? J'y suis pour rien moi, ils faisaient ce qu'ils voulaient.
Je me suis retenu quand même d'ajouter : "des milliers d'allemands se sont battus pour la gloire du troisième Reich, c'est pas pour ça que leur petits-enfants doivent se sentir obligés de contribuer à l'accroissement du nazisme dans le monde". Pourquoi m'être retenu au fait ? Hé, je suis un mec normal moi, et je suis largement aussi aliéné que ces deux pauvres connards qui voudraient me formater et m'obliger à plier et à obéir à leur convictions. Parce que j'ai un travail que je tient à conserver pour subvenir à mes rares besoins (comme celui essentiel d'acheter le jeu vidéo NBA Live 2003 par exemple, oui je suis un mouton). Je suis comme les autres. Merci de ne pas vous moquer, vu que j'assume totalement.
Ah oui les résultats du vote ? 38 acceptent la proposition, 5 refusent, et une enveloppe vide, sans bulletin, celle que moi j'ai glissé dans l'urne. Mes petits camarades acceptent à une large majorité leur propre proposition, émanant toutefois de la direction. Ceux qui n'étaient pas entièrement d'accord avec cette proposition ont baissé la nuque et accepté. Et j'ai plié moi aussi et accepté (un peu contraint quand même) de m'exprimer alors que je refuse le principe même de m'exprimer de cette manière là.

Un peu plus tard, j'entends à la radio un spécialiste de l'histoire de la conquête de l'espace expliquer que l'homme irait un jour sur Mars, non pas pour des raisons commerciales ou stratégiques, mais parce que c'est sa destinée. Un scientifique qui me parle de destinée, ça me fait doucement ricaner, mais bref. Il explique que l'homme a conquis les territoires hostiles, les pôles, les abîmes sous-marins, la Lune, sans forcément avoir une raison derrière, et qu'il conquierera Mars parce que c'est sa destinée, que l'homme est destiné à poser le pied partout où il peut. Le journaliste qui l'interviewait (enfin journaliste... je crois que c'était Jacques Pradel pour dire la vérité) avait l'air de trouver ça plutôt cool. Et moi je me demandais comment on pouvait considérer cette idée autrement que comme effrayante. Moi ça me rappelle plutôt des idées de contamination, de contagion, de bactéries pathogènes qui se répandent partout où elles peuvent en pompant un max de ressources énergétiques sur le milieu où elles se déplacent.
Voilà maintenant que l'on a fait de la terre et des océans ce que l'on sait, que l'espace orbital de la terre s'emplit de déchats et de fragements de sattelites morts, Mars n'a plus qu'à bien se tenir, les bactéries repartent à l'assaut.

Une journée ça peut paraître long finallement et des tas de choses du même ordre me viennent à l'esprit, je vais devoir abréger, mais je toucherai juste deux mots de la soirée de Noël organisée par mon entreprise ce soir-là. Une espèce de mini-croisière à la con sur le Rhin, visite touristique des chantiers industriels en ruines, des ponts rouillées et des usines désaffectées de la zone portuaire. Très sympa, mais ça manquait d'une bonne décharge publique pour compléter le tableau à mon sens.
Mes collègues s'étaient mis sur leur 31. Personnellement, j'avais la même tenue qu'en journée. Pas pouilleux non plus, sobre, un T-shirt noir et une chemise noire, un pantalon en toile et des pompes correctes. Vraiment on peut pas me confonde avec un clodo. Et pourtant il se trouve des gens pour me faire remarquer que je n'ai pas fait d'effort et que je ne suis pas assez élégant. Mais putain, lâchez-moi ! J'ai ma propre notion de l'élégance, et elle passe plus par la sobriété que par ces chemise roses et cravate rouge et jaune tendance flic à la retraire ou par ces chemises vertes avec noeud papillon bleu, tendance Bozo le clown. De quel droit cherche-t-on à me formater jusque dans mes fripes ? Prenez vous en plutôt à ces gonzesses habillées en jean toute la journée qui décident brusquement de porter des robes tellement minuscules que même une pute rougirait dedans !
Le clou de la soirée pour les autres, c'était la piste de danse, où on s'est agités deux bonnes heures sur Gilbert Montagné et la Macarena (moi aussi, faut bien faire comme les autres) et quand j'ai critiqué la ringardise du programme musical, on m'a conseillé d'être plus positif et d'apprendre à m'amuser. Ah bon parce que c'est une obligation, le positivisme ? Et on a pas le droit de s'amuser si on aime pas Gilbert Montagné ? Connards va.
Mais le clou de la soirée pour moi, c'est encore quand le mec d'une de mes collègues m'a craché imperturbable que ça le "choquait" de voir les serveuses porter des uniformes de marins avec des galons, parce qu'il avait fait la marine et que c'était un manque de respect évident aux traditions et à notre histoire et à la représentation de la France dans le monde patati patata. Inutile de vous expliquer ce que j'en pense, je vous laisse vous faire votre propre idée...
Une morale ? Y a pas de morale...

= commentaires =

Glaüx-le-Chouette


    le 22/02/2006 à 21:03:38
Ca m'étonne que Dourak ne se soit toujours pas insurgé contre ce texte, depuis le temps.
Abbé Pierre


    le 22/02/2006 à 21:34:08
Et bienvenue nihil!

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