LA ZONE -

Questions à nihil pour les vingt ans de la Zone

Le 23/12/2021
par Dourak Smerdiakov, nihil
[illustration] Nous sommes le 23 décembre 2021, cela fait huit ans que mourait Mikhaïl Timofeïevitch Kalachnikov, inventeur éponyme, et 1537 ans que crevait Hunéric, roi des Vandales et des Alains, ce dont il n'y a pas de quoi se vanter, par ailleurs hérétique arien et persécuteur de l'Église Catholique, ce qui lui valut de grand maux et une fatale gangrène de Fournier, fasciite étrange "affectant les organes génitaux externes et le périnée, en particulier le scrotum" (Wikipédia). C'est également il y a vingt ans qu'étaient publiés les trois articles les plus anciens de la Zone (et un, et deux, et trois).

On ne savait pas trop quoi faire pour marquer le coup, alors on s'est souvenu de ce type, là, Nihil l'Hyperboréen, un beau gosse (du moins d'après ses nombreuses amies Facebook) momentanément désespéré par l'ingrate pratique de l'écriture et qui préfère se la jouer artiste avec Photoshop à cause de la gratification plus immédiate qu'il y trouve. Il paraît qu'il a créé la Zone, avec d'autres qui l'ont aidé (d'ailleurs je veux bien le nom et l'adresse actuelle de la personne qui a utilisé le pseudo comme clé étrangère dans la base de données). Enfin, c'est ce qu'on dit, moi je n'y étais pas. Tout cela est légendaire, hyperboréen. Si ça tombe ce sont des racontars colportés par Lapinchien pour masquer sa responsabilité personnelle (Lapinchien, à mort). Il y a même des gens qui disent qu'on est des voix dans la tête de nihil.

Remarque :
- sur l'histoire de la Zone, nihil a déjà fourni un jour des précisions dans un commentaire que j'ai copié-collé ici dans le sujet "Éléments pour servir à une Histoire de la Zone" du forum. J'y fais allusion sans entrer dans les détails. Ceux que ça intéresse sont invités à aller lire.
- je mentionne quelques déclarations de nihil à propos de lui-même faites publiquement sur son profil Facebook.
- les questions sont de Dourak Smerdiakov sauf précision contraire.
- abréviations : ndlaqplq = note de l'abruti qui pose les questions, FB = Facebook, ctm = comme ta mère.


En savoir plus sur Nihil :
- son site nihil.fr
- son compte Instagram.
- son compte Twitch.
- sa page auteur sur la Zone.
- une présentation en direct de son travail lors d'un entretien avec avec des gens d'Adobe France.
- une interview de 2018 en français.
- une interview de 2021 (novembre) en anglais.



Passé




Donc, vingt ans plus tard : Saddam Hussein est mort, Ben Laden est mort, Carlos est mort, mais le créateur de la Zone court toujours. Comment expliques-tu cette anomalie ?

Je te remercie de me situer dans la lignée de ces grands dictateurs et criminels, mais je sais rester modeste. J'ai pu constater la commercialisation galopante de drones civils, je n'exclus pas qu'un jour une volée d'étourneaux mécaniques me convergent dans la poire et me lacèrent les paupières avec leur pales. C'est la seule mort acceptable que j'envisage.


Le premier article est tellement court qu'on va le citer directement : « Ca va être la zone ! Et ouais ici c'est carrément une zone de non-droit, autant vous prévenir. Si vous recherchez un truc qui a le moindre intérêt, passez votre chemin, c'est pas le site du Monde, ici. Par contre si vous êtes venus trouver de la connerie en barre, des coups de gueule dérisoires, des pensées débiles, des gens qui s'engueulent pour un oui ou pour un non, là oui vous êtes bien tombés. » La Zone : pourquoi ce nom ? Se peut-il vraiment que ça ne soit que cela : ça va être la zone, c'est la zone ? Je me suis toujours imaginé un lien avec la mystérieuse et inquiétante Zone du film Stalker de Tarkovski. Vraiment aucun rapport ?

Mais c'est le principe d'une "zone", tel qu'on l'entend communément, d'être un espace hors du monde, avec ses règles propres. Tarkovski ou pas. La Zone, le site, fait référence à toutes les zones, les zones de conflit, les zones de non-droit, les zones interdites. Et bien sûr au fait qu'effectivement, dès le départ, ça promettait d'être un bordel sans nom. Je demande pardon pour tout, sauf pour ce nom.


Finalement, si on se fie au programme de ce premier article, l'orientation littéraire de ce site communautaire pour chatteurs un peu déconneurs venus de chez Multimania et d'un site de M. Yo semblerait presque accidentelle. Tu as pourtant mentionné avoir d'abord voulu créer un site personnel pour publier tes textes. Aurais-tu machiavéliquement combiné à l'époque la possibilité de récupérer une communauté initiale d'utilisateurs autours d'un site pour lequel tu aurais par ailleurs nourri des ambitions personnelles ? Quel escroc. Bien joué.

Effectivement, je ne crois pas que la Zone ait eu une vocation littéraire d'entrée de jeu. Si la fiction était envisageable, l'idée c'était surtout d'avoir un espace pour regrouper des humeurs, des tranches de vie, de la déconne et de la polémique débile, un peu tout et n'importe quoi en fait. Le contenu comptait finalement moins que l'esprit, c'est là-dessus qu'on était supposés se démarquer. Il se trouve que j'étais, à mon corps défendant, un auteur de fiction et en quelques semaines, la littérature a pris le pas. Les chatteurs demeurés se sont auto-expulsés dans le vide et leur couchette a été reprise par des parasites littéraires. Enfin, qu'un site finisse par ressembler à son créateur n'est pas très surprenant.


Je te cite (original) : "La Zone a été créée à l’image d’un site de communauté auquel je participais, mais qui m’a fatigué par son coté un peu bisounours à cette époque là, désespérément plat et vide, et j’ai ressenti le besoin de faire partie d’une communauté définie comme l’antithèse de la communauté de bisounours." On parle donc ici du site de M. Yo, ou encore d'autre chose ? Pour l'Histoire : c'était quoi, ça s'appelait comment ? J'ai vaguement l'impression que M. Yo est intervenu techniquement sur la Zone une ou deux fois à une époque, me trompé-je ?

Si je me souviens bien, le site de M. Yo, lui-même bâti sur les cendres de Multimania, était simplement une interface pour des canaux IRC. C'est plus l'esprit des internautes de l'époque, en général, que j'ai rejeté, plutôt que tel ou tel site. Aujourd'hui, après l'annexion des grandes plates-formes par les trolls, ça ne semble pas très original, mais à l'époque, j'avais l'impression que tout était englué dans le miel, la fausse gentillesse neuneu et lisse. J'avais envie de vérité et de violence, de radicalité, de terreur et de confrontation.


C'est donc de l'époque de WebzineMaker que dateraient l'usage des domaines "www.lazone.fr.fm" et "www.lazone51.fr.fm", se livrant à des concours de flood (pièce à conviction n°1) au détriment d'autres webzines, pratique d'un autre âge, une époque révolue où l'on pouvait déconner sur le web ? Ou alors ces noms de domaines étaient-ils fictifs, une invention pour ce flood, et je suis con ? Sinon, lequel des deux était la Zone ? L'autre serait alors celui de Scorbut, inventeur de la Saint-Con ?

Je ne me souviens plus vraiment de ces noms de domaine. Je crois que j'avais dans l'idée de séparer l'activité littéraire et les croisades trollesques. A ce moment-là on s'amusait à sauter sur des sites et forums pour les bousculer un peu. Un truc d'ados attardés quoi. La Zone à proprement parler devait regrouper les textes, la Zone 51 aurait été le QG d'attaques plus ou moins malveillantes sur nos contemporains. Je peux me tromper, toutefois. J'ai parfois des tendances méthodiques, j'aime bien structurer des machins instructurables. Aujourd'hui je ne vois plus très bien l'intérêt qu'on aurait eu à avoir deux sites différents. De toute façon, notre activité belliqueuse a rapidement disparu.


Grosso modo, quelles étaient les possibilité d'un webzine WebzineMaker ? Plutôt comme une plateforme de blog, ou un peu d'autonomie technique et la possibilité d'un début de vrai site ?

Les possibilités étaient très limitées. On pouvait poster des articles, les illustrer avec des images, et les classer en trois catégories au choix. Aucune option de customisation. Ça nous permettait simplement de tenir un site sans avoir à le coder. A l'époque, c'était déjà pas mal. On en a hérité une nomenclature pas très adaptée à un site littéraire d'ailleurs ("articles", "rubriques" etc.) Webzinemaker était par ailleurs une plateforme administrée, et ces mecs nous ont rapidement eu dans le collimateur, vu nos tendances à foutre la merde. Après quelques mois, créer notre propre site indépendant est devenu inévitable. Outre les limites techniques de Webzinemaker (aucun contrôle sur le graphisme, trois rubriques seulement etc), on avait besoin d'autonomie. Parmi les premiers zonards, deux personnes m'ont aidé à coder un site indépendant. On l'a hébergé sur l'APINC, une plateforme non-commerciale. Ça nous a convenu, temporairement du moins, puisque les administrateurs de l'APINC nous sont également tombés dessus ultérieurement, pour des raisons équivalentes. On a fait avec, jusqu'à ce qu'on décide de migrer à nouveau vers un site complètement indépendant, cette fois.


Il semble qu'il y ait eu aussi un passage temporaire par un hébergement chez Free avant l'APINC ? C'est là-dessus qu'aurait démarré la Zone en tant que site PHP autonome ? Quel sac de nœuds.

C'est possible, mais je ne sais plus pourquoi et comment. Peut-être le temps de coder la première version du site ?

(ndlaqplq : "8 : Qui fut l’hébergeur (transitoire) de la Zone avant l’apinc ? / a- Free / OK")


Quelles ont été tes inspirations (si jamais y en a) pour la ligne éditoriale et l'esthétique du site ? (Le Thaumaturge) (ndlaqplq: l'ancienne esthétique du site.)

La Zone s'est construite en contre. Contre la bienveillance de façade, contre les communautés littéraires poussiéreuses hantées par des bourgeois quinquagénaires, contre les gifs animés de merde et les smileys, contre ta mère et la mienne. A cette époque, je ne connaissais pas d'autres exemples desquels j'aurais pu m'inspirer (même si des communautés à visées artistiques dérangeantes et dérangées, ça n'avait rien de nouveau).
Graphiquement, il était entendu qu'on allait aussi à rebours des modes. Du brut, du noir et blanc, du symétrique, du pas confortable. Mais il faut être clair, on a surtout fait ce qu'on pouvait avec nos maigres capacités techniques. L'aspect rudimentaire du site tient autant à l'incompétence qu'à un choix délibéré.


Tu as déclaré publiquement dans un message sur FB il y a deux ou trois ans : "J'ai créé un site littéraire populaire qui existe encore vingt ans après. J'y publiais mes textes" (ndlaqplq: ma traduction du norvégien). Énorme révélations pour les Zonards et nous voilà tous jaloux et intrigués. Quel est cet autre site mystérieux que tu nous as caché ?

Je parlais bien sûr de la Zone. Faut suivre, pauvre nain. C'est le mot 'populaire' qui t'a déraillé le raisonnement ? Combien on a de centaines d'auteurs maintenant ? J'appelle ça un site populaire.


Que t'inspire cette chanson de Serge Reggiani : "Votre fille a vingt ans") ? Aurais-tu pu imaginer ça à l'époque ? Non, pas qu'on te balance du Reggiani à la figure, mais que le site existe encore en 2021.

C'était pas prévu, mais rien n'était prévu. Je ne prévois rien, en règle générale. A vrai dire, je ne comprends pas bien que le site existe toujours, c'est une sorte d'erreur de la nature. Un boulet qui continue de dévaler la pente. Par ailleurs, une fille de vingt ans est dans la fleur de l'âge, un site de vingt ans n'est qu'une carcasse décrépite. Surtout en partant sur des bases aussi nulles.


La Zone fut donc hébergée à l'adresse http://zone.apinc.org/ durant presque dix ans jusqu'à la fermeture de l'APINC (Association pour un Internet Non Commercial), que je crois me rappeler assez brutale et quelque peu inopinée. Entre le dernier article publié sur l'APINC (04 novembre 2011) et le premier article publié sur lazone.org (15 février 2012), plus de trois mois se sont écoulés. Comme par ailleurs tes deux seuls articles de 2011 trahissent a posteriori tes difficultés et ton éloignement de l'écriture vers le graphisme, je me suis parfois demandé si tu n'avais pas envisagé et n'aurais peut-être pas préféré laisser mourir le site à l'époque. Délirais-je ?

Je me souviens assez nettement que la période était compliquée pour moi, créativement. Ce n'était pas nécessairement lié à la Zone (si ce n'est que je me sentais astreint à une production régulière et qualitative depuis des années, ce qui tirait un peu fort sur ma corde). Je me suis complètement détourné de l'écriture pour les arts visuels à cette époque, effectivement. Je me rappelle avoir proposé que la Zone devienne un site "multimédia". Qu'en plus du texte, on y accueille de l'image, et pourquoi pas de la vidéo, de la BD, de la musique... Ça me semblait une idée raisonnable. On était d'accord pour considérer que la Zone était à bout de souffle et en perte de vitesse après ses trois quatre premières années d'existence, je pensais qu'un gros changement serait salutaire. Ça m'aurait permis de rester et m'aurait donné une première plateforme possible pour publier mes nouvelles créations, à un moment où il était évident que j'étais en train de tourner la page. Mais la Zone est un système inertiel inbougeable. Le faire changer de trajectoire, avec sa longue histoire et sa large communauté, c'était injouable. Surtout que mes velléités anarchisantes ne me prédisposaient pas à imposer cette initiative sans l'accord d'un grand nombre. Paradoxalement, cette même inertie a visiblement permis au site de prolonger sa vie au-delà de la péremption habituelle d'un site web. Le site existe parce qu'il n'a simplement pas de raison de ne plus exister. Comme si sa mort était elle-même un changement trop brutal. Je n'ai pas de sentiment particulier vis-à-vis de cette prolongation éternelle. Je suis vaguement satisfait que mon machin ait suscité des vocations. Et l'idée d'un organisme qui ne cesse d'agoniser depuis sa naissance m'amuse assez.


C'est le genre de détail qui n'intéressera sans doute que moi mais, comme en 2012 les noms de domaines courts et signifiants encore disponibles étaient déjà fort rares et squattés par des enculés de capitalistes spéculateurs, je me suis souvent demandé si le domaine lazone.org s'était miraculeusement trouvé libre pile au bon moment ou si tu le possédais déjà depuis un moment à l'époque. Apparemment, la Zone, un groupe punk-rock de Saint-Brieux l'utilisait vers 2005. Te souviens-tu de ce que tu as fait de leurs corps ?

Saint-Brieux n'a pas encore connu la vague punk-rock, ils sont restés coincés dans une capsule temporelle en 1930. Tout ça c'est des conneries.


Tu m'as traité en 2008, et je cite, d'Enculé de bielorusse (pièce à conviction n°123soleil). Que voulais-tu dire par là ?

Que tu as un nom qui se termine en -kov. La manufacture d'insultes originales est une discipline qui a évolué avec le temps. On était encore à l'époque de l'artisanat, avec un savoir-faire traditionnel qui se transmettait de zonard à zonard. Un mot grossier juxtaposé à un mot aléatoire, c'est une formule qui marchait pas mal, à l'époque. Autre exemple célèbre : grosse pute en bois.


Dans quelle mesure aurais-tu fini par être insatisfait de la superficialité des relations entre auteurs anonymes sur la Zone ? Jusqu'à quel point penses-tu que ce soit un inconvénient ou peut-être aussi une chance, pour le site, pour les auteurs ?

Je ne sais pas ce que tu entends par superficialité des relations. Si tu parles du fait que ça se passe en ligne, on a fait pas mal de rencontres entre auteurs, où on s'est aperçu assez rapidement qu'on était tous encore plus moches et plus cons qu'en ligne. Quelques vraies amitiés ont émergé de ces rencontres, cependant, on va pas le nier. J'ai toujours eu conscience que la Zone était un site communautaire avant tout autre chose. Un genre de parti politique qui militerait pour rien, avec des adhérents qui passeraient leur temps à se démolir les uns les autres. Je sais plus du tout où je voulais en venir. Démerde-toi avec ça.


Est-ce avec La Zone que te sont venues les prémices de ton inspiration et de ton esthétique pour tes œuvres personnelles ? (Charogne)

Je ne dirais pas ça, non. Quand j'avais dix ans, l'instit refusait de lire mes rédactions à haute voix parce que dedans il y avait des rivières de sang qui coulaient dans les rues. J'étais déjà un vrai petit dégénéré. Je ne sais pas jusqu'à quel point ma trajectoire artistique a été perturbée par la Zone. Peut-être l'effet d'émulation m'a poussé à écrire encore plus, la comparaison aux autres débiles du coin à tenter de raffiner mon style, à tenter à tout prix de développer un imaginaire différent... Mais enfin, quand je repense au gamin enfermé dans sa piaule qui s'inventait un univers fictif avec ses religions et ses mythes, je crois pas que j'ai changé de manière substantielle. Quand j'ai commencé à travailler l'image, mon inspiration a découlé des textes que j'écrivais à l'époque, et que je publiais sur la Zone certes, mais qui auraient sans doute existé aussi sans la Zone.
La Zone a été une prise de conscience, parfois douloureuse, que j'avais un talent limité et pas beaucoup d'originalité, que j'étais surtout un ado attardé et un peu nul, que n'importe quel type qui rejoignait le site pouvait écrire bien mieux que je ne le pourrais jamais. Ça m'a remis à ma place et m'a forcé à creuser mon sillon. Mais je crois pas que mes thèmes, mes pulsions profondes, mes obsessions aient changé à cause du site.



Nihil




Tu ne t'en doutes peut-être pas, mais nous partageons un dramatique point commun : nous sommes tous deux nés vers l'apogée du disco. Maudit soit le disco. Dans ton cas, quelle influence estimes-tu que cette funeste circonstance a pu avoir sur ta personnalité et ton activité créatrice ?

Les boules à facettes sont des boules de geisha dans le cul d'une époque morte et décomposée. Culturellement, je suis plutôt le produit de l'époque de mes quinze-vingt ans, comme tout un chacun. Les années 90 donc, une époque de désenchantement. Grunge et Groland.


Tu t'en es plutôt bien sorti. J'interprète sans doute de travers, mais tu sembles éventuellement affirmer que ton pseudo nihil serait dû à un hasard de l'interface de chat du portail de Multimania ("Je me suis inscrit sous le pseudo nihil (qui renvoyait à une absence d'identité) au salon 'Livres')". Ce serait très étonnant, vu que tu continues de l'utiliser comme nom d'artiste. D'ailleurs, tu écrivais sur FB en 2019 : « Si je suis une masse de chair et d'os informe et anonyme, qu'est-ce qui fait de moi un individu à part entière, reconnaissable, avec une identité constituée ? Un visage, un nom, des actes, une mémoire ? Rien. (sinon je prends le pseudo Nihil et je passe dix ans à faire des portraits de gens sans visage) » Le thème te travaille visiblement, et durablement, mais c'est un peu abscons pour moi (une question conditionnelle, une question-réponse, un rien, un sinon...). Veux-tu dire que tu cherches un peu désespérément ce que nous pourrions bien avoir de spécial (et de valable ?) en profondeur une fois débarrassé des différences superficielles entre individus ? Un peu comme si nous étions différentes instances d'un même programme s'exécutant dans des environnements plus ou moins variables donnant l'illusion de la différence ?

Le choix du pseudonyme n'était pas un choix aléatoire, ce n'est pas ce que je dis. C'est plutôt que je me suis retrouvé à devoir en choisir un au dernier moment. J'ai choisi un truc sans trop réfléchir, qui sonnait bien, un peu sombre et un peu mystérieux et j'aimais bien la référence à l'anonymat. Le fait qu'il s'avère en fait correspondre à des questionnements profonds chez moi, une recherche d'identité existentielle et douloureuse, ne peut surprendre personne. Sauf moi, qui ne cesse d'en être épaté, parce que je suis un type un peu simple, dans le fond. Bon, je suis arrivé à un âge où se trimballer un pseudonyme edgy commence à puer salement, mais c'est pas évident de se débarrasser d'un nom d'artiste.


nihil, bordel, c'est qui Lapinchien ? (Lapinchien) (ndlaqplq: j'ai édité en fonction de la question précédente. Lapinchien, à mort.)

Je me suis longtemps posé cette question. Je pense que c'est avant tout un concept. Un concept non-poulpaire. C'est l'avantage de la Zone, les concepts peuvent prendre le pas sur la réalité des personnes qui les incarnent. Et on peut plus facilement balancer des concepts à la benne que des personnes. Enfin, ça dépend de la taille de la benne.


Une fois pour toutes (jusqu'à la prochaine) : nihil, majuscule ou pas majuscule ?

Ça a commencé sans majuscule, parce que c'est supposé être un concept. Une absence d'identité, pas un nom propre. Et puis au bout d'un moment c'est devenu mon nom d'auteur et d'artiste. Des gens m'ont vraiment appelé Nihil, et continuent à le faire. Genre dans la rue : "Hé ! Rien !". Quelle débilité. Apparemment, les gens ont ressenti besoin de me dénommer. Pour moi qui recherchait une identité, c'est un paradoxe assez drôle. J'espère que cette psychanalyse ne me coûtera pas trop cher.


Tu sembles avoir pas mal souffert de solitude, de non acceptation, et de dépression. À quel point penses-tu être parvenu à rencontrer d'autres gens jusqu'ici ?

On ne rencontre jamais personne, on ne fait que faire rebondir nos petites bulles hermétiques les unes contre les autres. La Zone m'a aidé à ce niveau là, temporairement. J'ai pris confiance en moi, constaté que mes idées et mes valeurs pouvaient être partagées par quelques autres, que je n'étais pas forcément seul à me sentir comme je me sentais, un peu inadapté, un peu hors des réalités. Mais c'est pas en mettant des exclus en groupe qu'on aboutit à quoi que ce soit de valable. Il y a des blessures profondes qu'on ne soigne pas si facilement. La solitude ne disparait pas en rencontrant des gens, la peur du rejet de se soigne pas en montant des communautés de bric et de broc. On ne guérit pas de ça. On peut en faire de l'art, éventuellement.


Tu mentionnais, comme en passant, avoir failli mourir à quatre ans par électrocution. C'est un événement traumatisant pour toi, qui t'a marqué en profondeur, ou juste un fait non anodin qui ne s'oublie pas ?

C'est une anecdote que j'ajoute sur mon CV de Personne Intéressante, lorsque j'ai envie de passer pour une Personne Intéressante. Ma personne, c'est une page blanche. J'inscris des trucs dessus au gré de ce qu'on attend de moi. Je suis biologiste, artiste, je vis en Norvège, je suis passé à coté de la mort. Si on veut. Je ne vois pas bien ce que ces étiquettes disent de moi en réalité, mais ça amuse les gens de se faire une idée de moi sur ces bases. Ce ne sont que quelques pièces du puzzle, mais moi je sais que le puzzle ne représente rien, en définitive. Pour revenir à l'électrocution, je serais bien en peine de déterminer l'influence de cet épisode sur mon histoire personnelle. Je pourrais charabier et hypothéser à longueur de page, mais la réalité est que je ne sais pas.


Un des événements qui a marqué le site est le suicide de Nounourz en 2006, que tu considérais je crois comme ton meilleur ami. Je me souviens n'avoir pas commenté à l'époque, ce qui a pu être remarqué et paraître bizarre. C'est juste que je ne savais pas quoi dire à part des banalités, avec en plus un complexe personnel de légitimité pour tout ce qui ne relève pas du dérisoire. Pas obligé de répondre, ce n'est pas une question, mais j'ai eu envie de le dire.

Bien reçu. On a tous réagi comme on pouvait : certains ont voulu parler, déconner, certains ont manifesté de la colère ou même de l'indifférence. Je n'ai aucun jugement négatif à porter sur personne, ou plutôt un même jugement négatif à porter sur tous : on est tous humains et on a réagi comme des humains. Y en a pour qui cet épisode a été la fin de quelque chose, parce que c'était l'irruption de la vraie vie (et de la vraie mort, même) dans notre univers de fiction. Je pense que ça a joué en souterrain sur beaucoup de gens de la Zone, l'idée qu'on était plus dans une bulle étanche à la réalité.


Commentant, plusieurs années après, le suicide d'un artiste que tu suivais de loin, tu as écrit : "Moi qui passe ma vie à préparer ma mort, ça remet les choses à leur place. On ne compte pas réellement. Une vie c'est une traînée de feu aussitôt étouffée. On fait trop d'efforts, je crois : il n'y a rien qu'on construise qui nous survive." On dirait que ça sort de l'Ecclésiaste. En quoi est-ce que tu prépares ta mort ? Et pourquoi ? Pour que ça ait du sens, est-ce que cela ne suppose pas que tu anticipes quelque au-delà, voire même que la vraie vie soit ailleurs, sinon la mort ne serait après tout que la fin de la vie, et il semble absurde que la phrase ne fasse sens que par son point final ?

Je n'écris, je ne créée que pour laisser quelque chose derrière moi. Ma vie n'a pas de sens intrinsèque, je n'existe que parce que d'autres gens veulent bien me reconnaître une existence. Je n'existe qu'à travers le regard ou la mémoire des autres. Tous ces efforts créatifs, quoi qu'on pense de leur influence sur ma vie passée et actuelle, ne sont là que pour construire un monument branlant à ma mémoire que d'autres apercevront lorsque je serai passé de l'autre coté. Je laisserai au moins derrière moi quelques textes et quelques images. C'est nul et vaniteux, mais on a pas dit qu'on devait être logique tout le temps. Si on était logique, on ferait aucun effort à aucun niveau, puisque tout est appelé à disparaître en définitive. Je ne fais que préparer le souvenir que d'autres auront de moi, même si je sais bien que tout le monde oublie tout très vite. Qui consultera mon site, qui ouvrira mon bouquin, un an après ma disparition ?


Cher Maître Nihil, créateur incolore, Ô grand Éstourbisseur ; Votre Nihiliste Impériosité, Ô Magnifique Rien, Trismégiste Zéro ; Ô Rien, Ô Abîme, Ô Toi Dont le Nom Se Tait ; L'Amour véritable existe-t-il, et si oui, comment le trouver ? Ton oeuvre graphique me fait penser à Beksinski et à Jasnikowski, et plus jénéralement aux artistes polonais d'inspiration, heu... sombre. Est-ce qu'ils font partie de tes influences ? Comment décrirais-tu le processus de création graphique et quels sont les points communs et les différences avec le travail littéraire ? Meurchi. En vous priant de bien vouloir agréer, Votre Expansionniste Néant, l'expression de mon obséquiosité la plus vomitive. Néant Paroxysmique, Ô Sinistre Nihil, je te remercie...de daigner me lire, de daigner répondre. (Un Dégueulis) (ndlaqplq: filtré et édité. Vois ma croix, mes clous, ma couronne d'épines dans le cul.)

Beksinski est une influence indéniable sur tout ce que le monde compte d'artistes sombres, moi le premier. C'est presque ne rien dire que dire ça.
Le processus de création graphique ressemble de plus en plus à la création littéraire, pour ce qui me concerne. À l'époque, j'ai retrouvé une fraîcheur et une nouveauté qui me manquait douloureusement dans l'écriture. C'était simple et amusant. Mais dix ans après, je me retrouve dans une situation strictement comparable : c'est devenu difficile, mes attentes ont galopé plus vite que mes capacités et je passe énormément de temps à contempler mes machins incomplets en me lamentant de mon incompétence. C'est ce qui m'avait éloigné de l'écriture, à l'époque.
D'un point de vue plus pratique, c'est également assez similaire. Comme quand j'écrivais, je pars d'une idée vague, je met un brouillon en place et à partir de là, le truc évolue en fonction de mes essais, réussis ou ratés, jusqu'à un résultat qui peut parfois être assez distant de l'idée que j'en avais. Le truc marrant, c'est qu'en écriture j'étais salement réputé pour surajouter de la fioriture inutile, en image, je suis connu pour ma sobriété excessive. Dans les deux cas, je pense que c'est dû à mes insuffisances.


Ton univers visuel me fait penser à un clip d'un groupe gothique français des années 90, le titre Têtes, Fards et Lombric des Tétines Noires, issu de l'album Sans titre ni but, dont Ben avait réalisé la pochette. Ce clip passait souvent au Best of Trash sur M6 vers 1996. Ça fait partie de tes influences ? https://youtu.be/nZm-Q6pM5PI (Cerumen) (nlaqplq: désolé, je l'ai encouragé)

Non, ça n'en fait pas partie. Je connais le groupe mais pas le clip. Mais bon, gothique, français, années 90 : c'est clairement mon bain culturel. Ça me surprend pas qu'on puisse trouver des parallèles.


Et sinon, le milieu des arts visuels, ça marche comment ? On suce, on avale ? (Clacker)

Ça marche sur une patte, comme le reste. Mais c'est moins autiste que la littérature, où l'on passe quand même beaucoup de temps à se renifler sa propre boyasse. L'image m'a permis d'étendre mes tentacules un peu plus loin que l'écriture, de toucher un public plus large. Beaucoup de gens ne lisent plus (et beaucoup de gens dans le monde ne lisent pas le français, aussi). C'est aussi plus ludique et moins prise de tronche que l'écriture. On fait plus facilement des collectifs, des projets photos à plusieurs, on fait des expos. C'est cet aspect que je préférais dans la Zone, le coté collectif, collaboration, écriture à plusieurs. C'est plus difficile dans l'art, mais ça se fait. Ouais, ça suce et ça avale pas mal. L'écriture c'est plus noble, plus intense, plus personnel. Mais on est pas sur Terre que pour se faire chier dans son bain d'obsessions.    


En tant qu'artiste, tu ne manges pas trop de pâtes, ou c'est la grosse galère permanente ?

Si je comptais sur l'art pour me nourrir, ce ne serait plus de l'art, ce serait un putain de job. Je suis semi-pro, disons. Je compte parmi les rares bienheureux qui gardent l'aiguille dans la zone verte du cadran au lieu de compter mes dettes, c'est déjà pas mal. Les expos et les voyages se financent à peu près par les ventes de tirages et de bouquins. Je travaille pas mal avec des groupes de musique sur leurs pochettes d'albums, mais c'est plus le plaisir de bosser avec des groupes que j'aime bien que pour ce que ça me rapporte. Même si j'avais le talent, même si j'avais la force de travail nécessaire, je détesterais être un professionnel de l'art. Je ne dis pas ça pour avaler le faire d'être un artiste de seconde zone, je sais que je le suis, pro ou pas. Je ne veux juste pas dépendre de l'art.


Pour citer Fight Club, longtemps une référence récurrente pour de nombreux Zonards : qui as-tu rencontré à un moment étrange de ton existence ?

Mon existence n'est qu'une succession de moments étranges. J'ai rencontré des gens à différents moments, qui ont marqué ma vie. Certains d'entre eux grâce à la Zone. Aka, Glaüx-le-Chouette, Nounourz... Et après la Zone, des artistes, grâce à qui j'ai pu voyager, exposer, venir vivre en Norvège, mais je ne vois pas vraiment l'intérêt de développer au-delà.


Sur la Zone ou pas, penses-tu revenir vers l'écriture ?

Je me considère toujours comme un écrivain. Juste, un écrivain qui n'écrit pas. J'ai commencé avec l'écriture, je n'arrive pas à m'imaginer finir sans. C'est la discipline la plus noble, la plus belle et aussi la plus chiante et la plus conne.
La Zone (ou plus précisément l'attente que j'avais de moi en tant qu'auteur, à cette époque) a un peu cassé ma fibre à ce niveau là, en tirant trop dessus, en faisant de l'écriture un combat et une obligation permanente. J'espère que ce n'est pas une déchirure irrémédiable, mais depuis que j'ai arrêté, chaque fois que j'ouvre une page blanche sur mon ordinateur, je suis pris de dégoût et de vertige. On verra.


Insère ici l'excellente question que je n'ai pas su te poser.



Présent, futur



T'habites Bourg-La-Reine ou t'habites Choisy-Le-Roy ? (Cerumen)

Je me suis retiré de la vie politique de Calembourg il y a fort longtemps. Va crever.


Sur une échelle de 0 à -10, comment noterais-tu l'actuelle apparence de la Zone ?

Trois. J'adorerais être un extrémiste jusqu'au-boutiste pour qui plus c'est moche, mieux c'est. C'est très clairement l'idée que j'avais quand j'ai créé le site. J'apprécie beaucoup que le site soit radicalement différent et refuse tous les codes modernes, trois points pour ça. Mais on va pas se mentir, les codes modernes existent aussi pour une raison : non seulement l'esthétique, mais aussi la fonctionnalité. La Zone est moche, très bien, mais elle est aussi parfaitement illisible et à peu près incompréhensible pour un néophyte. On doit tous remercier les volontaires qui m'ont aidé à mettre en place ce truc et le perpétuer, et surtout Dourak qui a fait la plus grosse partie du travail. Mais si j'étais encore dans le coin, je referais tout ça en version austère certes, mais lisible.


T'arrives-t-il de revenir lire des textes sur La Zone de temps en temps ? C'est avec deux textes de Nihil, Mongostrike et Test : quelle est votre maladie mentale ? que j'ai découvert La Zone en 2015, et le site n'a pas cessé de m'intriguer depuis. C'est cool qu'il soit encore debout. Merci. (Charogne)

Ça m'arrive parfois, et plus souvent encore, ça m'arrive de venir relire des commentaires de l'époque où j'étais là et où je connaissais tout le monde. Mais je relis toujours les même trucs, je ne visite pas le site pour la littérature ou la découverte mais pour les souvenirs. Nostalgie de merde, pingouins à la con.


CTRL X, sextuple Grand Inquisiteur de l'Ordre de la Saint-Con, nous confiait en début d'année (pièce à conviction n°2) : "J'ai placé y'a pas longtemps que La Zone était le meilleur site littéraire français. Mais rassurez-vous, comme d'habitude, tout le monde s'en branle." Est-ce un peu crédible ? Effets secondaires de l'EPO (sextuple ?) ? Surmenage parental (son fils s'appelle Masturbin) ?

Normalement l'avantage de l'art, c'est de pas avoir besoin de faire de classements. L'Inquisiteur aurait-il des velléités cachées d'écrire des tops pour Topito ? Franchement, même aujourd'hui, j'aurais du mal à évaluer la place de ce site de cons sur une quelconque scène littéraire, même alternative. C'est juste une décharge à ciel ouvert, si certains déchets ont encore plus ou moins de beaux restes, tant mieux, mais franchement c'est pas l'idée. La qualité on s'en branle. C'est purger de la bile, le but. C'était, du moins. Je ne sais pas si ça a changé au cours des dix dernières années. Si c'est le cas, je suis mal placé pour émettre un jugement.


Est-ce qu'une ou plusieurs facettes de la Zone, telle qu'elle est aujourd'hui, trouve(nt) encore grâce à tes yeux, toi le démiurge qui a mis en branle toute cette absurdité ? On est loin de ce site créé pour les potes, qui a pris de l'ampleur, et s'est transformé en repaire d'écrivains maudits qui tournent inlassablement autour de leur nombrils qu'ils imaginent uniques, tels des flocons de neige. Les interactions entre intervenants me semblent peut-être plus techniques, du point de vue de l'écriture, maintenant, qu'à l'époque où les habitués se reniflaient le cul en se mordant gentiment la queue comme des chiots tout foufous, et crucifiaient au poteau les nouveaux auteurs ne faisant pas partie de la meute. La Zone serait-elle devenue un site littéraire, pour de vrai, (bien qu'agonisant, avouons-le), gardant cette idée qu'il est nécessaire de rudoyer l'égo de l'écrivain pour mettre en avant son éventuel potentiel ?(Clacker)

La Zone est devenue agonisante dès la première heure de sa création, ça fait partie du concept. Au-delà, j'ai pas de jugement particulier à porter sur son évolution, je n'en suis pas plus responsable que les centaines d'autres âmes qui sont venues hanter les lieux. C'est vrai que l'un des points de départ, c'était l'honnêteté nucléaire : la diplomatie se mettant en travers de la clarté du message, il est préférable de se rosser les uns les autres. Si le site, que je ne fréquente plus, est effectivement devenu un lieu où l'on disserte surtout de qualité de style ou de narration, effectivement je trouve que ce serait une version un peu étriquée du concept. Y a quand même mieux à faire avec des centaines d'auteurs talentueux, rageux, déjantés, drôles que simplement discutailler de style. On a pu, à une époque, se mettre à plusieurs et s'élever les uns les autres, en plus de se divertir et faire des blagues. Mais ce n'est plus à moi d'en juger.
Quand à la question avant les digressions, est-ce que la Zone trouve grâce à mes yeux : je trouve que la Zone est un bon site et a été une très bonne expérience dans ma vie. Je regrette seulement de n'avoir pas su le mener mieux, mais il s'y est passé énormément de choses intéressantes. J'en suis même un peu fier, et un peu fier qu'il m'ait survécu au moins dix ans.


Le slogan "La Zone : un peu de brute dans un monde finesse" me semble quelque peu dépassé au vu des évolutions respectives de la Zone et du monde de l'internet. J'hésite entre "La Zone : entre tradition et modernité" ou alors "La Zone : Un site de standing et de bites molles", mais quelque chose me dit que ça ne marche pas vraiment. T'aurais pas une bonne idée qui te passe par quelque part ?

A l'époque de la création du site, c'était un peu original, mais comme je l'ai mentionné, on s'est largement fait déborder par la marée de trolls des années 2010. Cependant c'est pas une raison pour nier notre identité et céder aux modes. De toute façon, les slogans, c'est pour les salopes capitalistes. Si vous voulez le changer, Think different et Just do it.


Es-tu conscient d'avoir le choix entre revenir sur la Zone sous forme humaine ou bien y subir un processus d'évhémérisation ? Qu'est-ce qui t'horrifierait le plus ?

L'évhémérisation c'est de la daube, mais je suis totalement partant pour entrer dans le mythe, et que mes actions soient réinventées par le Canon zonard. Je n'étais pas un simple employé de banlieue un peu perdu qui défoulait ses pulsions étriquées le soir venu sur son petit ordinateur beigeâtre. Je suis né après un jour de gestation sous le regard de mille dieux, et j'ai énoncé les commandements zonards à l'assemblée ébahie. J'ai gravé les premiers textes sur des tables de pierre sous une pluie d'or, tandis que les arbres se courbaient devant moi. Si j'étais cohérent, je ne répondrais pas à cette interview, je me contenterais de jeter des éclairs du haut de mon trône de flammes, mais je ne peux résister lorsqu'on me demande mon avis, qu'y puis-je. À vrai dire, je reviendrais bien, même comme humain. Mais est-ce qu'on est vraiment obligés de lire, voire d'écrire, des textes à la con pour participer ? Parce que moi je fais de l'image, hein.


Si tu meurs, que souhaites-tu qu'on fasse de la Zone ? J'imagine que tu t'en fiches, mais c'est pour que les survivants sachent à quoi s'en tenir. (Maître Corbacov, notaire à Montigny-le-Platane)

Qu'elle survive, tant qu'elle le peut. Je suis content qu'elle ait pu se perpétuer sans moi. Ça prouve que le concept était potable. Visiblement le truc va continuer à descendre la pente en roue libre, avec ou sans moi, avec ou sans vous, jusqu'à se planter dans un fossé. Ça me convient.


HaiKulysse se plaignait ainsi fort récemment (pièce à conviction n°421) : "Ma seule erreur est de m’être fait arnaqué par le développement personnel, c’est pour ça que je publie encore sur la zone. Même si je me fais souvent insulter ou critiquer sans raison. En fait je pense avoir ma place nulle part" La Zone servirait-elle à quelque chose, en fin de compte ?

On se presse le pus les uns sur les autres. Ça sert à ça. Si certains trouvent que c'est une activité salvatrice, grand bien leur fasse.


Qui a dit : "Quelque chose de complexe n'est pas utile et tout ce qui est utile est simple. Toute ma vie, ce fut ma devise." ? 1°) Hunéric, roi des Vandales et des Alains 2°) Jean-Pierre Chevènement 3°) un bateau à fond plat (ctm) 4°) Mikhaïl Timofeïevitch Kalachnikov, inventeur éponyme 5°) Sacha Guitry

Quelqu'un d'inutilement simple.

= commentaires =

Dourak Smerdiakov


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Pute : +0.66
    le 23/12/2021 à 16:44:03
Je m'y suis pris à la dernière minute comme un abruti, du coup j'ai manqué de recul et je n'ai pas réalisé qu'il y avait beaucoup trop de questions. Je résiste difficilement à citer la réponse de nihil à mon envoi de questions, mais c'était digne d'une héroïne du Deepweb littéraire. Je le remercie donc d'autant plus encore une fois pour sa réactivité et sa disponibilité.
Cerumen


    le 23/12/2021 à 17:30:15
Il m'a répondu ! Nihil m'a parlé, Il m'a touché et maintenant je vois de nouveau !! Il m'a guéri Allelhouia je peux de nouveau marcher ! NIHIL EST REVENU MES FRÈRES !!! SATAN SERA VAINCU PAR LE GRAND PROPHETE NIHIL !

recueillons nous, gloire à toi nihil notre sauveur !!
David


Marylin s'endort avec le yeux de James Dean    le 23/12/2021 à 17:57:20
Lazone.org a une chatte plus sacrée qu'Hollywood sur Loire ! Il manquait une tentacule à la Joconde, il n'y a jamais eu de pont sur la rivière Kwaï, et c'est bien.
Lapinchien


tw
Pute : +1
    le 23/12/2021 à 18:16:44
Interview rondement menée vue la taille du bestiau
Clacker


Pute : -1
    le 23/12/2021 à 20:34:11
Quand Dourak interroge quelqu'un, on n'est pas loin des méthodes de la Tchéka, surtout en terme de durée de séance.

Ce bon vieux nihil m'a l'air rompu à l'art de l'interview, les réponses coulent de sources, et il fait montre de l'agilité d'un vrai politicien pour contourner les questions et répondre avec diplomatie.
C'est pas tellement qu'on cherche à l'agresser, mais je remarque qu'il encaisse les piques comme un foutu maître zen. Il ne se fait pas appeler "rien" pour rien, l'animal. (Et surtout, quinze ans sur la Zone, ça laisse des traces, quand ça ne détruit pas purement et simplement l'amour propre qu'on peut se porter)

Je salue le taff de Dourak et la ténacité de sa victime, c'était très plaisant (j'ai bandé) et ça m'a même rendu un poil nostalgique.

"Je me considère toujours comme un écrivain. Juste, un écrivain qui n'écrit pas." Ouais, et moi je me considère comme Delacroix, mais je ne peins pas.
C'est horripilant, ce genre de phrases à la con.
(Il fallait bien que j'équilibre, avec ces espèces d'organismes unicellulaires qui t'adorent comme une divinité alors qu'il ne t'ont pas le moins du monde connu, ni lu sur la Zone)

Si tu me lis : au plaisir de te recroiser, engeance du vide.
Lapinchien


tw
Pute : +1
    le 23/12/2021 à 20:43:42
Ce que tout le monde se demande c'est si nihil a proposé à Dourak de baiser après l'interview comme il l'avait fait pour Clacker.
Dourak Smerdiakov


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Pute : +0.66
    le 23/12/2021 à 21:12:24
En tout cas je n'ai rien senti.
Un Dégueulis


Pute : chiquée pas chère
    le 23/12/2021 à 22:23:42
C'est sûr qu'avec une couronne d'épines dans le cul tu sens pas grand chose. T'es plutôt, heu..., concentré sur une certaine partie, tu vois.

La question sur le Roi des Aulnes aurait pu être maintenue, elle était pas bête, l'animale.

Nihil, si tu lis ça (j'en doute, hélas), sache que je te remercie ! D'avoir daigné me lire, d'avoir daigné répondre.

C'était une interviouve intéressante, et j'ai appris que le léporidé était un concept non-poulpaire, ce qui est important pour la classification du vivant.
nihil


Pute : void
    le 23/12/2021 à 22:28:46
J'ai presque rien à ajouter à tout ça, mais pour démontrer à toutes les bestioles qui terminent leur vie mentale ici qu'on est pas astreint à un rôle zonard à vie : merci à tous de faire vivre la Zone depuis si longtemps. Surtout aux deux durs-à-cuire, Lapinkov, qui se redresseront sans doute sur leur lit de mort en se disant "Putain, en fait j'ai passé vingt ans sur ce site débile". Et aux autres, de s'être approprié le lieu et de l'avoir maintenu en demi-vie. Ce site, c'est pas grand-chose, mais pas grand-chose c'est déjà quelque chose. Merci beaucoup. Si je peux être utile à quelque chose, vous savez où me trouver.
Clacker


Pute : -1
L'empêcheur de chier en rond    le 24/12/2021 à 00:46:38
On peut constater que lorsque nihil parle, le silence qui suit, c'est encore du nihil.
Un Dégueulis


Pute : chiquée pas chère
    le 24/12/2021 à 13:30:20
Ça m'a tout l'air d'être un sacré chic type en tout cas.

PAS COMME CERTAINS.

*sifflote*
Un Dégueulis


Pute : chiquée pas chère
    le 24/12/2021 à 23:42:02
Nan je plaisante. En fait la Zone entière c'est plein de chics types, des joyeux lurons de la plume, un peu inadaptés, un peu écorchés vifs, et pas mal dépressifs.

Joyeux Noël à toustes (oui, même les nanas, s'y en a qui passent ce soir ou un autre, le Dégueulis vous renifle entre les orteils, avec respect, à une distance suffisante pour que ce ne soit pas malaisant).

Je vous aime toustes, toustes autant que vous êtes, même celleux qui m'ont traité de schizomorphe coprophage et lubrique, même Haiku tiens, avec son cerveau en lambeaux.

Que la magie de Noël habite vos maisons et vous rendent heureuxses, au moins pour cette nuit, vous et toustes celleux que vous aimez.

Merci à Dourak pour la dédicace à ma Pute.
Un Dégueulis


Pute : chiquée pas chère
    le 24/12/2021 à 23:43:08
P.S. : la faute de conjugaison est un loup pour le Dégueulis.
Lunatik-


Pute : -0.5
    le 26/12/2021 à 15:10:15
C'est également un 23 décembre, il y a 133 ans, que Van Gogh envoyait son oreille au Diable, ou la prêtait à Dieu, enfin bref, qu'il s'en débarrassait.
De là à y voir un lien spirituel avec la création de La Zone, il n'y a qu'un jet de clavier.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAA
RECEEEETTE DDU STEAAK SAUCE A L4AAAIL    le 03/02/2022 à 14:58:14
POUR QUATRE CONS /
1 SEPAREZ DEUX TETES D4AILS EN GOUSSES ET ENFOURNEZ LES EN CHEMISE AU FOUR 180° POUR 30 MINUTES AVEC UN LEGER FILET D4HUILE DESSUS HUHU
2 PRESSEZ LES GOUSSES ROTIES ET MIXEZ LA SUBSTANCE ODORANTE QUI EN SOURD.
3 PRENEZ LES BEAUX STEAKS DANS VOS MAINS REJOUIES ET CONTEMPLEZ LES. SI CE N4EST PAS DE LA VIANDE DE QUALIT2 BALANCEZ LES ET INVESTISSEZ DANS UN FILET6MIHNON OU AUTRE TRUC DE LUXE PARCE QUE C4EST PAS UNE RECETTE DE MERDE? ON EST PAS DES GUIGNOLS.
4 UNE FOIS HEUREUX DE VOTRE VIANDE ASSAISONNEZ LA AVEC RAISON DE SEL? POIVRE ET THYM FRAIS PUYIS JETEZ LES AVEC SADISME ET GOÜT DANS UNE POËLE BRULANTE DANS LAQUELLE VOUS AUREZ AU PR2ALAAAAABLE INTRODUIT UNE NOIX DE BEURRE
5 CUISEZ VITE ET BIEN DES DEUX CÖT2 HIUSTOIRE A VOTRE GOÜT MAIS SI VOUS PR2F2R2 0 POINT OU PLUS CUIT VOUS ËTES UN CUISTRE

6 RETIREZ LA VIANDE ET JETEZ DANS LA POËLE FEU DOUX L42CHALOTTE FINEMENT HACH2E

7 OUI JE VOUS AVAIS PAS DIT DE HACHER L42CHALOTTE? VOILA QUI EST R2PAR2

8 LAISSEZ CUIRE DEUX MINUTES SANS QUE 9A NE BRULE DUCON PUIS AJOUTER UN BON TRAIT DE VIN BLANC? LAISSER UN PEU 2VAPORER PUIS AJOUTER 40CL DE FOND DE VEAU

9 LAISSEZ 2VAPORER AU DEUX6TIERS PUIS AJOUTER L4AIL? PUIS SERVIR AVEC LA VIANDE.

C4EST TR7S BON.
Koax
    le 03/02/2022 à 20:27:15
Gloire. Et longue vie.

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