LA ZONE -
Résumé : Petitclaxon fait des progrès de géant en matière de littérature avec ce texte excellent, bien écrit et agréable à lire, tout en étant glacial et méchamment prenant. Ca rappelle un peu Houellebecq pour le coté quotidien exsangue, avec une partie obscure psychopathologique excellente en plus. A lire absolumment.

Nora 1

Le 27/04/2003
par Petitclaxon
[illustration] Comme tous les jours, Nora se lève. Elle ne sait pas pourquoi elle se lève. Elle se lève c’est tout ! Comme tous les jours…
Espérant que quelque chose va lui arriver…
Mais rien, comme tous les jours…
« Je n’en peux plus de ce monde qui est le mien, qui est ma vie »
Comme tous les jours, le journée passe au ralenti.
« Oh, Nohame ! Tu es là mon ange. Viens me voir…Tu es si belle mon cœur »
Comme tous les jours, Nora chausse ses pantoufles usées par le traînement de ses pieds sur la moquette beige.
Comme tous les jours, elle fait son café, l’avale encore brûlant. Elle jure encore et encore de l’avoir bu si chaud.
Elle part dans la salle de bain, pose son peignoir et va se doucher. Elle regarde son corps.
Sa peau est le reflet de sa vie, de son esprit… si douce, si sucrée…mais si terne, si abîmée, pleine de coupures.
Nora contemple cette douceur et pleure les traces de sa vie sur son corps.
Comme tous les jours, Nora se parfume. Elle sent si bon.
Puis elle part rapidement de chez elle en évitant ce couloir, ferme le verrou à double tour.
« Bonne journée mon ange, je m’en vais. Pas de bêtises hein ? »
Comme tous les jours, elle part… part si vite…

Nora travail comme secrétaire dans une entreprise de comme les autres.
Sur le chemin du travail, elle file et pense à ce que va être sa journée.
Une voiture arrive ! Elle ne s’arrête pas… Nora dévisage le chauffeur, elle lui lança un regard de haine et de tristesse… Haineuse, qu’il ne fasse pas attention…Triste, qu’il ne fasse pas attention à elle !
Quand Nora arrive au travail, elle joue une scène, elle joue sa scène.
Elle paraît si joyeuse, si heureuse, si parfaite… Jamais de hurlement, jamais de mauvaise humeur, pas elle…
-    Bon jour M. Lavigne
-    Bonjour…
Il ne connaît même pas son prénom. Elle fait paraître un sourire, un rayon de soleil mais la tempête est en elle.
Comme tous les jours, elle rentre dans son bureau sans fenêtre, sans air. Il fait si lourd dans ce bureau.
Rien que le fait de passer devant, un frisson lui travers le corps jusqu’à raidir sa nuque. Ses poils se hérissent, son sang se glace, son corps devient froid…
Comme tous les jours, elle travail sans relâche, sans remerciements, sans aucune satisfaction.
Elle n’a qu’une hâte… repartir !
Mais que se passera-t-il après ? Rien, comme tous les jours…
Nora ne supporte plus son quotidien, ce cercle vicieux qu’elle aimerait tant être vertueux.

Comme tous les jours, comme à chaque fois, comme tous les jours avant d’aller déjeuner, Nora a le choix entre aller au réfectoire avec ses collègues ou rentrer chez elle.
« Rentrer chez moi ? Je vais encore et comme toujours m’avachir sur mon sofa devant les infos avec mon bol de céréales. Après, je vais encore et comme toujours regarder tout ce foutoir, me dire qu’il faut que je change tout. Puis je vais encore et comme toujours fumer un joint, que je ne vais même pas finir… Je ne sais pas »
Elle hésite…
« Aller avec mes collègues, pour parler boulot, supporter cet homme putride et vaniteux qui ne fait que se plaindre ? »
« Bien sûre, je mangerai encore et comme toujours ces légumes en boite avec un fromage blanc pour 1.11 euros ».
Elle ira finalement au réfectoire mais sans le mur des lamentations.

Comme tous les jours en fin de journée, Nora enlève le petit de bois de ses cheveux si fins. Elle glisse sa main dans ses cheveux, elle en arrache une poignée…
« L’automne arrive… »
Nora ôte ses lunettes, pousse la porte de son bureau, file, file, file… de plus en plus vite. Son cœur bat de plus en plus fort, elle va de l’avant avec tout ce poids sur les épaules. Son souffle s’accélère.

Comme tous les jours, elle prend le métro qui la dépose dans sa prison.
« Il ne faut pas que je rate ce fichu métro ! »
Comme tous les jours, Nora arrive chez elle…
« Pas de courrier aujourd’hui, comme tous les jours… »
Elle monte les escaliers en bois rongés par les termites. Ce craquement, elle ne l’entend plus, elle en a pris l’habitude
Elle soupire puis insère sa clé dans cette vieille porte en bois pourrie par l’humidité.
Encore cette odeur putride dans cet appartement.
Comme à chaque fois, un frisson l’envahit, Nora se sent sale, blessée. Ses cicatrices lui font mal.
« Pourquoi es-tu encore là ? »
« Va t’en ! Va t’en ! »
« Pourquoi es- tu là ? »
« Tu es mort ! »
« Je suis libre maintenant ! »
Comme tous les jours, Nora se replonge dans son passé, elle n’arrive pas à s’en défaire, elle ne peut pas. Son passé est ancré dans son corps, dans son sang, en elle.

Comme tous les jours, Nora rentre seule. Elle s’allume une cigarette, boit un verre de vodka et brûle un bâton d’encens.
« Bonjour mon ange. Tu as passé une bonne journée ? Viens ici que je te serre contre moi. »

Comme tous les jours, elle se passe en tête sa journée, réfléchi à ce qu’elle a fait, n’a pas fait, a dit ou n’a pas dit pour changer ce « Comme tous les jours ».
Nora subit son effacement, tout comme elle subit ses fantômes.

Comme tous les jours, Nora se demande comment effacer quelques lignes de sa main. Lignes qu’elle ne peut oublier… Main qu’elle ne veut plus voir.

Comme tous les jours, Nora s’installe dans son canapé et reste stoïque à toutes ces émissions télé.
Comme tous les jours, Nora se fait un bouillon de soupe qu’elle avale brûlant. Elle l’avale encore brûlant. Elle jure encore et encore de l’avoir bu si chaud.

Comme tous les jours, avant de se coucher, Nora enfile sa longue chemise de soie pourpre, se démêle encore et encore les cheveux.
Encore ce couloir…
« Non aujourd’hui tu ne m’auras pas ! »
Une seule solution vient à elle : Faire couler ce sang hors de ses veines, mais Nora n’a jamais eu le courage.
Soudain, d’un geste brutal. Elle balança sa brosse à cheveux, arracha sa chemise de soie, enfila les premières vêtements venues.
Elle claqua la porte en fermant les yeux sans même prendre la peine de fermer le verrou à double tour, descendit les marches quatre à quatre. Farfouilla dans sa poche afin de trouver ses clés de voiture.
« Mais où sont ces foutues clés ! Mais où sont-elles ? OÙ SONT-ELLES !!! »
Une fois arrivée devant sa voiture, elle fila vers son passé qui la poursuivait depuis tellement d’années…
Une fois devant la tombe de cet homme, elle se mit à lui parler comme s’il était encore là !
« Regarde moi ! Regarde ce que je suis devenue ! C’est à cause de toi ! J’ai mal, j’ai envie de vomir rien que de penser à toi, rien que de penser à ce que tu m’as fait !
Je n’ai qu’une envie : Te crever en te laissant pourrir dans le grenier où tu m’as emmenée.
Laisse moi faire comme si tu étais encore vivant…
Tout d’abord, tes sentiments : Tu n’auras même pas peur de moi, tu riras même…
Puis, je commencerai à te dessiner tous mes cauchemars avec la lame d’un vieux cutter rouillé. Tes plaies seront pleines de pus. Les araignées finiront par pondre leurs œufs sur toi, dans tes veines, dans ton sang. Je te laisserai crever de faim… Tu me supplieras comme je t’ai supplié de ne plus toucher mon corps. Mais je n’en ferai rien, comme toi.
Je te regarderai souffrir, hurler, mais pas pleurer ! Tu ne sais pas pleurer.
Puis je te raconterai mes cicatrices. Tu ne peux pas les voir, je sais… personne ne peut.
Mais tu n’es qu’un lâche… La maladie t’a emporté avant même que je puisse te cracher ma haine envers toi.
Je sais ça ne changera rien, mais écoute moi bien : Je te déteste ! »
Cet homme lui avait arraché son insouciance, sa gaieté, sa naïveté et même une chose qu’elle aurait dû choisir de donner à un homme, mais pas à cet homme.
Nora se sentit un peu libérée de ce poids, même si cela ne changerait pas grand chose.
« Quand tu es mort, je me suis senti triste…triste que tu sois parti sans même que je puisse décharger mon venin sur toi…mais libre de tes mains. Mon corps ne t’appartient plus à présent.
Ton enterrement, j’y suis allée peinée…peinée de voir la famille si triste, si désespérée. Mais au fond de moi une certaine satisfaction m’envahissait. Satisfaction que tu sois enfin mort. »
Après ces quelques affrontements entre elle et lui, Nora fit un tour près du cimetière. Ce cimetière surplombait la ville du haut de cette falaise.
Le soleil commença à se coucher, le vent se leva. Une brise froide et humide à la fois traversa son corps. Nora décida de rentrer chez elle.
L’escalier craque toujours… Nora recommence à l’entendre.
Un mégot de joint était encore là, posé dans le cendrier que Nora avait déjà recollé maintes et maintes fois. Nora l’alluma pour le finir. Elle contempla la bouteille, puis remit sa chemise de soie pourpre un peu déchirée, enfila ses pantoufles abîmées par cette foutue moquette.
Malgré tout cela, Nora traversait un grand moment de solitude, de tristesse, de nostalgie. Peu de satisfaction…
Nora finit par flâner dans la cuisine et prendre tout ce qu’il lui passait sous la main.
« Où sont ces putains de boites ! ».
Ca y est, elle les trouva. Elle en prit une bonne poignée. Un vrai cocktail : Prozac, Xanax, Déroxate, Valium… le tout arrosé d’un bon verre de gin vodka…
Sa tête commençait à tourner. Elle se sentait bien…. Ca faisait longtemps qu’une telle quiétude ne l’avait pas envahit.
Elle s’enfonça doucement dans le sofa…
Désormais, rien ne sera plus « Comme tous les jours » pour Nora.

= commentaires =

barbarella pulp fiction    le 27/04/2003 à 19:37:03
j'me ferais bien un petit bouillon de soupe moi...
bien brûlant le bouillon
ensuite direction le sofa et la télé :
y'a plein de "nice people" dans la vraie vie.
(enfin il parait)
lapinchien     le 28/04/2003 à 14:18:37
et si elle se bougeait le fion au lieu d'attendre connement de la reconnaissance hein ? C'est pas comme les meteorites... çà arrive infiniement encore plus rarement de se prendre de la reconnaissance sur la gueule...et alors ?
Daria


    le 29/04/2003 à 10:31:28
j'aime bien quand tu t'appliques Clax
Clax fouillou    le 29/04/2003 à 23:24:55
... la suite est presque fini!

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