LA ZONE -

A contretemps

Le 15/09/2007
par Mill
[illustration]     Ella tenait son prénom d'une lubie de son père, fou de jazz. Toute son enfance, elle l'avait entendu chantonner de sa voix suave et monocorde "A-Tisket, A-Tasket", "Caravan", ou "September In The Rain". Il s'accompagnait alors d'un léger tam-tam, articulé à base de claquements de doigts, de cuisses ou de tapes répétées sur ce qui lui tombait sous la paume, un livre à couverture cartonnée, une porte creuse, un carrelage. C'était son père également qui lui avait appris à siffler sans faute aucune. "Attention au rythme, respire sans compter, mais fais-toi stratège. Et surtout, surtout, il faut que tu siffles comme si tu chantais."
    Elle l'entendait encore magnifier "Greensleeves", lorsqu'un bruit sec, assez puissant pour évoquer une détonation à ses oreilles finement ciselées, ramena son esprit à la réalité du cimetière high-tech où elle s'apprêtait à abandonner l'auteur de ses jours. Elle regarda le prêtre affilié à l'entreprise de pompes funèbres, un technocrate à mine sévère, puis, prise d'un dégoût compréhensible, examina le maigre cortège. Il s'agissait du médecin de son père, un vieux fidèle qui s'était probablement senti interpellé dans son honneur par la disparition de son plus ancien patient. Peut-être se promettait-il d'en dénicher de plus robustes à l'avenir.
    Un trou carré dans du béton armé, songea Ella. Rien de plus.
    Elle tenta vainement de s'arracher à la contemplation de cet orifice si parfaitement géométrique. On y enfonçait le cercueil à la verticale, pour gagner de la place. Pour les mêmes raisons, la bière avait été taillée au plus près du corps, négligeant coussinets et autres futilités, et aux yeux d'Ella, ce n'était pas son père qu'elle voyait là, mais un parallélépipède rectangle d'un mètre soixante-quinze de hauteur, posé sur sa base carrée : 30 cm  30 cm, taille standard. Et si le bonhomme était costaud, on poussait. Ça finissait toujours par rentrer.
    Troublée, Ella songeait à quitter les lieux au plus vite. L'endroit lui collait la chair de poule, avec son sinistre quadrillage qui s'étalait sur plusieurs étages, ses employés costumés et réjouis, malgré la fadeur tenace qui s'accrochait à leurs faces contractuellement blêmes, et cet écho qui n'en finissait pas de colporter les pas, comme si les morts avaient continué de marcher de l'autre côté de ce qui lui semblait un immense et terrible échiquier.
    La cérémonie ne s'éternisa pourtant que quelques instants. Ella dut piocher la symbolique poignée de terre dans un seau minuscule que lui tendait le prêtre - la terre était comprise dans le forfait - puis serra quelques mains. Le carré fut scellé par un technicien-fossoyeur d'un simple tour de manivelle.
    Quittant l'édifice, Ella se sentit brièvement envahie d'une sensation de raideur, de picotement. Sa nuque l'élançait, et elle crut à de la fatigue. En réalité, mais elle n'osait l'admettre, quelqu'un devait l'observer, l'épier de près, il y avait là comme une présence, ondoyante et malléable. Puis l'impression s'en fut et elle ne songea plus au phénomène.

    La lettre reposait sur le paillasson du vestibule, une pièce étroite et allongée qu'éclairait chichement une ampoule violette. Elle ne pouvait pas la manquer : l'enveloppe gisait à ses pieds, silhouette blanche, immaculée, se découpant en évidence sur le tapis foncé.
    Elle saisit la missive, claqua la porte, puis serpenta jusqu'au "salon", une petite pièce qu'elle avait aménagée en salle de lecture. Elle ôta son manteau noir, posa son sac sur le canapé et s'installa à ses côtés. Elle tenait toujours l'enveloppe blanche entre les doigts de sa main droite, mais elle n'osait encore la déchirer. Bon sang, c'est qu'elle hésitait même à la couver du regard. Lèvres serrées, elle balayait de ses yeux enfiévrés les étagères chargées de livres, trop embuée pour en déchiffrer les titres.
    Elle retourna la lettre, lentement, prenant plaisir à prendre son temps. Elle devinait sans deviner, repoussant toute certitude, et répugnait à la retourner, à lire son adresse, tracée d'une main tremblante. Mais comme sa tête se penchait malgré elle, que son menton butait contre son cou lisse, elle céda et reconnut l'écriture.
    Des larmes chaudes se frayèrent un doux passage entre oeil et paupière. Elle avait su, mais elle n'en pleurait pas moins d'émotion. Elle se serait évanouie, n'eut-elle pris la précaution de se mordre l'intérieur des joues. Elle tâcha de se reprendre, immolant pour l'occasion une vieille Lucky Strike desséchée.
    Mince et crotte, pensait-elle, toute à ses jets de fumée, il m'a envoyé ça avant de mourir. Juste avant.
    Un irrépressible sanglot lui déchira la gorge, les yeux et les sinus. La clope, à peine allumée, fut condamnée au cendrier. Ses plaintes se muèrent toutefois en gémissements, et tandis qu'elle se vidait, cataclysmique, dans son délicat mouchoir de dentelle, elle se sut soudain capable d'exercer un minimum de contrôle sur elle-même.
    Erreur, lui souffla une voix imaginaire lorsque ses yeux s'égarèrent, pure coïncidence, sur le cachet de la poste.
    Interdite, et bouche démise de stupéfaction, elle interrompit le flux de sa respiration. La lettre avait été postée à quinze heures et il n'était qu'à peine dix-huit heures.
    "Fi, croassa-t-elle. J'ouvre et à Dieu vat."
    D'un agile mouvement de doigts, elle désarçonna l'ouverture, dégagea les rebords et libéra une dizaine de feuillets, petits et fins, investis de part en part d'un texte à l'encre noire, lignes étriquées et caractères miniatures. L'écriture, maladroite et scintillante, radoucissait l'impression d'exaspérante densité qui se dégageait de l'ensemble, et il ne faisait aucun doute, pour Ella, que la plume qui avait rédigé la lettre et le stylo qui avait griffonné les coordonnées sur l'enveloppe avaient été brandis par la même personne.
    "Qu'est-ce que tu veux?"
    Elle prononça ces mots d'une voix cinglante, mais exempte d'agressivité, s'adressant expressément aux pages manuscrites.
    "Qu'est-ce que tu veux, répéta-t-elle, un ton plus haut?"
    Emportée par l'élan d'une colère qu'elle ne s'expliquait pas, elle porta la lettre à hauteur de ses yeux et lut d'un trait ces premières phrases.

    Tu te lèveras à sept heures et demie. Ton radio-réveil diffusera à ce moment un morceau hypnotique des Doors, et tu n'émergeras des draps qu'à sept heures trente-sept. Tu te précipiteras dans la salle de bain, où tu urineras, prendras une douche froide, à cause des voisins, qui partagent le ballon d'eau chaude, tes horaires et tes stations de radio, puis tu te maquilleras machinalement. Anxieuse, tu devras t'y reprendre à trois fois pour te noircir les cils."

    Elle dut s'arrêter un instant, consternée. Son père avait été très malade, elle ne l'ignorait pas, mais tout ça était absurde, délirant. Elle tourna quelques pages, piochant au hasard :

    Il te regardera d'un oeil à la fois aimable et inquisiteur, les mains toujours enfouies dans les poches de son blazer. Tu rougiras progressivement et tu te mettras à espérer que Gontran quitte la pièce, qu'il cesse de te troubler de la sorte. Tu ne pourras pourtant pas éviter d'attendre un signe, un geste, une invite.

    Et une page plus loin :

    Il t'allongera sur le bureau, jupe relevée jusqu'à mi cuisses, et tu frémiras de désir, imbibée de sueur.

    Encore plus loin :

    En ouvrant la portière, tu lâcheras ton sac sur le bitume. Sans broncher, sourire aux lèvres et regard brumeux, tu le ramasseras, désinvolte, et t'installeras sur le siège du passager, les cuisses encore tuméfiées.

    Deux pages frénétiquement tournées :

    Rien sur la une, un film navrant sur la deux. Tu te lasseras de zapper et méditeras sur la lettre de demain.

    Fronçant les sourcils, elle se précipita à la toute dernière ligne.

    Tu t'endormiras, injustifiablement troublée, en pensant à ton père.

    Papa, se disait-elle, aimait à plaisanter, mais là, ça dépasse tout.
    Peut-être s'agissait-il pour lui de déployer une technique particulière d'écriture, mêlant cynisme et fantaisie. Mais une telle initiative n'avait pu lui venir que sur le tard, un corollaire de plus au délabrement mental de ses derniers jours. Certes, le vieillard écrivait. Elle l'avait souvent vu cacher des liasses de gribouillis entre ses pantalons de flanelle crasseuse quand elle allait le voir à l'hospice, et il lui avait parfois fait lecture de certains passages, qu'il estimait cocasses, poétiques, ou simplement intéressants.
    Quoi qu'il en fût, et malgré l'aura d'étrangeté qui émanait du manuscrit, son esprit lui interdisait d'envisager ce "message" autrement que comme une hallucinante mascarade. Elle aurait dû, oui, elle aurait dû exiger que son père lui lût davantage de ses petits papiers, ne serait-ce que pour se rendre compte de l'avancée des dégâts. Elle ne l'avait pas fait et cette lettre lui semblait un reproche. La brûler, la jeter dans le vide-ordures, après l'avoir déchirée en morceaux, puis mâché chacun des fragments.
    Elle rogna quinze longues minutes sur son précieux temps pour mener à bien cette opération, illusoirement délectable à la première déchirure, puis franchement répugnante une fois achevée. De fines crottes de papier s'étaient fichées entre ses dents, et elle dut se rincer la bouche à grand renfort d'Hextril.

    "Baby, we can get much higher, beugla Jim Morrison, à sept heures trente très précises, à travers le haut-parleur circulaire de son radio-réveil."
    Ella bougea à peine la tête, qu'elle gardait encore enfouie sous sa chevelure éparpillée et emmêlée de couvertures. Les soli d'orgue et de guitare, rendus d'autant plus lancinants et soporifères par l'harmonie syncopée de l'ensemble, ne parvinrent que partiellement à la tirer de son apathie. Elle papillonna des paupières, insouciante du fait que son père avait vu juste pour ce qui était du groupe présidant à son décollage matinal, et s'étira langoureusement à plusieurs reprises, échouant à chacune de ses molles tentatives : soulever les draps, s'en extraire, poser un pied, puis l'autre, s'agripper au matelas et tenter l'ascension...
    Morrison chanta ses deux dernières strophes, l'orgue effectua son riff d'intro en guise de coda, et une voix située à égale distance du plus volubile caquetage et du hennissement du baudet annonça "Let It Bleed", des Rolling Stones, se livrant par ailleurs à un jeu de mots fort risqué et mal assumé. Elle écouta le premier couplet, les yeux cette fois bien ouverts, puis, à sept heures trente-sept très exactement, se hissa hors de sa couche en chancelant.
    Sans prendre la peine de s'enfermer, elle prit place sur le socle de porcelaine, lâcha un jet d'urine, puis s'essuya. Elle ôta sa chemise de nuit, intégra le réceptacle hermétique, actionna le robinet - un levier oscillant - et accueillit avec une grimace le flux pis que tiède que crachotait son pommeau de douche.
    "Putain de voisins, marmonna-t-elle."
    Savonnée, rincée, séchée, elle se maquilla avec trop de hâte et dut recommencer plusieurs fois le surlignage de ses cils. Enfin satisfaite, et trop anxieuse pour interroger ces nouvelles coïncidences, elle se vêtit rapidement, plus frivolement qu'à son habitude, feignait-elle de s'étonner tout en refusant de s'en formaliser.
    Son déjeuner fut tout aussi fugace. Une tasse de café et deux biscottes, coup d'oeil à l'horloge fixée au-dessus de la porte. Celle-ci marquait huit heures vingt-six lorsqu'elle s'en alla enfin, consciente de son retard. Elle eut pourtant le temps de songer que si elle avait lu la lettre avant de la détruire, elle serait déjà en train de poinçonner son ticket.
    L'appartement solitaire n'émit que quelques soupirs dans les heures qui suivirent. De timides courants d'air chatouillèrent quelque rideau, un robinet goutta tel un métronome dans l'évier de la cuisine, une triade de mouches voleta librement de vitre en vitre, de coin en coin, jusqu'à ce qu'une araignée bénévole veuille bien renverser, d'un coup de mandibule, ce bourdonnant état de fait. A dix-neuf heures deux, une longue clé plate à la dentition complexe et onéreuse, grinça dans la serrure.
    Ella poussa le battant du pied, pénétrant dans son foyer comme en un songe. Elle paraissait s'être plongée dans un monde lénifiant, un univers de caresses et de douceurs. Ses pupilles sautillaient au centre de ses yeux brillants. Ses pommettes avaient rougi, son menton s'était comme aiguisé. Un sourire radieux, quoique discret, complétait ce fin visage de nymphe dilettante. La lettre ne l'avait point trompée. Gontran l'avait embrassée, et le contact de ses lèvres, le goût de sa langue dans sa bouche, l’avait rendue à moitié folle. C'était pourtant lui qui avait verrouillé la porte du bureau, lui qui l'avait allongée sur les paperasses, à deux doigts de son PC portable, lui qui l'avait déshabillée...
    La scène s'était produite dans l'après-midi, et elle avait ensuite éprouvé quelque difficulté à se concentrer. Gontran lui avait laissé son numéro de portable, et elle avait promis d'appeler. Elle le ferait. Elle se voyait déjà, révisant sa garde-robe, scrutant le moindre ride dans son miroir, visualisant, nostalgique, le ventre plat de ses vingt ans, prenant d'intenables résolutions quant à ses abdo-fessiers, la cambrure de ses reins ou le galbe de ses mollets.
    Au-delà de cette fougue amoureuse qu'elle ne cherchait pas vraiment à maîtriser, Ella soupçonnait comme un malaise. Certaines similitudes ne lui avaient pas échappé, entre sa lettre et sa journée. Elle se rassurait en attribuant à son inconscient un rôle démesuré. Ses pulsions — pas si sous-jacentes que ça, crânait-elle — s'étaient simplement accordées au courrier de la veille. L'idée avait du bon. Elle offrait le double avantage de déculpabiliser son charmant égarement tout en réfutant de façon très convaincante l'irrationalité du manuscrit.
    Sauf qu'elle avait effectivement laissé choir son sac à main sur le parking. Elle l'avait agrafé d'un geste souple, obnubilée par le sourire de Gontran, de l'autre côté de la portière, et la lanière de cuir s'était décrochée dans la manoeuvre. Elle n'y avait pas pris garde sur le coup, d'autant que Gontran l'avait fait rire juste après.

    Ella fit quelques pas dans le vestibule, clouant la porte de son rituel coup de pied, posa son sac en un recoin, dodelina du bassin en ôtant son manteau. Toujours souriante, elle courut dans le couloir en minaudant. Son rire résonna dans l'appartement comme un cri au fond des bois, puis se tut brutalement lorsqu'elle revint sur ses pas, les bras à moitié levés, les lèvres encore ouvertes en un ovale soudain dépouillé de toute trace d'hilarité. Ses yeux étaient deux points noirs, fixes, vides.
    Une lettre sur le paillasson.
    Sur ses jambes cotonneuses, Ella sentit sa vision se réduire en un cercle concentrique autour du rectangle blanc. Bientôt, elle ne vit plus que la papier de l'enveloppe, si étonnamment pâle et glacée, et c'était comme si une flamme sombre et tenace éclairait le bas de la porte sous laquelle avait rampé la chose.
    Celle-ci, limpide et muette, n'attendait qu'un mouvement, l'expression d'une faiblesse. Mais elle ne l'ouvrirait pas. Ses tympans percevaient déjà les sifflements de son père, "Cheek To Cheek" l'envahissait lentement, synapse après synapse. Il voulait qu'Ella lise, qu'elle le lise et qu'elle tremble.
    Elle s'approcha de la lettre, s'arrêtant à chaque pas pour reprendre son souffle. La musique s'amplifiait sous son crâne, il lui semblait reconnaître la trompette de Louis Armstrong, et les accents joyeux du petit air prenaient progressivement l'avantage sur ses propres craintes. Elle passa ainsi du "direct-au-vide-ordures" initial à diverses variantes imagées entre le simple déchiquetage et le roulage en boule, pour finir par un "bouffer d'abord, penser ensuite", introduisant de fait un échantillon de tolérance dans le débat.
    Accroupie devant l'intimidant rectangle, la jeune femme risqua le bout de son index sur la surface plane, et sans que rien ne l'eût préparée à un tel soulagement, le concert s'interrompit. Il n'y avait plus un bruit. Sa seule respiration semblait jouer de l'écho dans cet appartement solitaire.
    Sur les parois du couloir, les photos de famille avaient tu leurs murmures, les icônes en carte postale avaient figé leur regard, les livres ruminaient sur leurs étagères. Elle ramassa la lettre, la jugea lourde et précieuse, moins arrogante à présent que la musique était partie, moins dangereuse aussi.
    Elle la déposa sur le canapé, passa dans la cuisine, interrogea le frigo. Amoureuse, elle n'avait pas vraiment faim, et la lettre lui ôtait toute envie de cuisiner.
    Tant pis, pensa-t-elle.
    Elle retourna au salon et décacheta la lettre.

    Tu te réveilleras en sursaut à cinq heures trente-quatre très précisément, pour ne te rendormir que dix-sept minutes avant que ta radio ne s'allume, pointilleuse. Tu te lèveras aussitôt, quoique lentement, éteignant le poste au passage. Avant de rejoindre la salle de bains, tu reliras certains passages de cette lettre, dont celui-ci. A sept heures seize, tu te décideras à faire ta toilette, et à sept heures trente-huit, tu te déclareras parée, une jupe-mouchoir ne dissimulant pas grand chose de tes dessous provocants. Tu penseras à Gontran en avalant ton café, tes quatre tartines beurrées et ton verre de jus d'orange avec lequel tu manqueras toutefois de t'étrangler. Je t'ai toujours dit de ne pas boire trop vite. Tu seras en avance à l'arrêt de bus, et tu regretteras de ne pas t'être arrangée plus décemment 0 cause de ceratins regards aveuglants de lubricité.

    Le récit recouvrait aujourd'hui quinze feuillets, recto-verso, méconnaissant les marges et les paragraphes. Quant à la taille des caractères, elle défiait à ce point les yeux déjà légèrement usés d'Ella qu'elle envisagea un instant de se procurer des lunettes. Il y avait là une mine d'informations, une multitude de détails et faits divers qui, une fois reliés les uns aux autres par quelque élément grammatical, résumait pratiquement à la seconde près, une parcelle de son avenir le plus proche : demain.
    "Tomorrow never knows, n'est-ce pas, Papa?"
    Elle baissa la voix, inexplicablement honteuse d'avoir parlé de la sorte. Pourtant, se disait-elle, à mi-voix désormais, ses lèvres remuant doucement, articulant d'intenables réflexions. Car c'était bien ça, n'est-ce pas? Son père, mort et enterré depuis deux jours lui écrivait chaque soir pour lui raconter la journée du lendemain.
    Sa main se crispa violemment sur l'épaisse liasse de feuilles manuscrites, froissant sans crier gare, et elle sentit très nettement ses phalanges se contracter, blanchissant sous cet effort qui n'en était pas un. Au contraire, elle dut faire appel à ses dernières ressources d'énergie, pour déplier, un à un, chacun des dix tentacules. Elle soupirait à chaque doigt dégagé, s'encourageait entre-temps, puis soupira encore plus fort en constatant, interdite, que ses pouces et index semblaient s'être ligués pour ferrer la chose d'autant plus sauvagement. Une sourde douleur s'insinuait dans ses poignets.
    "Très clairement, dit-elle, une part de moi, que je qualifierai d'influente, tient férocement à ce que je lise sa lettre."
    Mal à l'aise dans son tailleur, son tricot, ses talons, l'esprit comme englué d'une transpiration parallèle à celle de son corps, elle se mit debout, traça quelque va-et-vient, incapable de se débarrasser de cette sensation dégoulinante de tiédeur. Elle eût voulu crier, invectiver les volumes sur leurs présentoirs, moucher les murs blêmes d'une saignante saillie, d'un mot conspuer le noir silence, le circonscrire en un ailleurs lointain, inoffensif. Elle savait qu'avec un minimum d'application, elle parviendrait aisément à déclouer sa mâchoire, stabiliser sa langue tremblante, et murmurer une syllabe isolée.
    Ce fut lorsqu'elle chancela, à cause d'un talon aiguille et d'un pli de tapis afghan, qu'elle lâcha enfin, en équilibre sur son pied droit, des jurons à la fois crachés et reniflés.
    A voix basse.
    Elle jura à voix basse. Il était hors de question que les voisins l'entendent débloquer à pleins tubes à travers les fines cloisons de l'immeuble. A voix basse, donc, il fallait parler à voix basse. Et comme ceci l'obsédait, la timide mélodie de sa propre empreinte vocale, certes délibérément assourdie, osa s'attarder. Sa propre voix se fit caressante et enjôleuse, étouffant ses jérémiades. Elle parlait à cette autre elle-même, qu'elle ne connaissait pas mais qu'il fallait apaiser.
    Alors, tout doucement, avec la patience du proxénète face à la gueuse amoureuse, sa voix souffla le vent de la diversion dans ce corps resserré, tendu, bicéphale : un haussement d'épaules par ci, un dandinement du menton par là. Inexorablement, elle cédait...

    Pendant presque deux heures, Ella se démena frénétiquement avec les myriades de caractères, ne détachant à aucun moment ses yeux écarquillés, frigides, du fil d'encre noire. Les mots se bousculaient, les images s'amoncelaient, naturellement indécentes et prohibées. Et elle attendit d'avoir atteint le point final pour remarquer, l'oeil vague, qu'elle était redevenue elle-même.
    Une profonde sérénité s'était emparée de son être.
    Elle jeta la lettre sans se presser, prête à succomber à cette envoûtante lassitude qui croissait en elle. L'instant d'après, elle avait effacé la lumière en refermant les paupières, offrant à l'arrière de son crâne le doux rempart d'un oreiller.
    Demain ne la surprendrait plus.
    Elle en venait à considérer cette correspondance comme un journal de bord rédigé à l'avance, une anthologie des plus exhaustives du moindre événement de sa vie à venir. Elle savait ce qu'elle penserait à tout instant de ses prochaines vingt-quatre heures, et le rédacteur avait poussé le vice au point de prévoir les maintes circonvolutions paradoxales que ces mêmes prédictions ne manqueraient pas de provoquer.
    D'une simple pression sur le boîtier de la télécommande, elle alluma son téléviseur, constata que TF1 poursuivait avec talent et dignité sa mission de propagande ultra-libérale, que France 2 rediffusait cette perle rare du cinéma français qu'est la Soupe aux choux, puis, après trois minutes de furieux zapping, que toutes les chaînes se ressemblaient. Elle se vit alors forcée d'admettre qu'elle allait encore donner raison à la lettre de la veille en rejoignant illico son grand lit froid.

    Ses journées entamèrent alors un long défilé uniforme. Elle se réveillait chaque matin au son d'une chanson déjà connue de son esprit abruti de sommeil, consciente qu'elle devait à tout prix s'efforcer de prévenir certains gestes, pour les effectuer autrement, les remettre à plus tard, ou mieux, les oublier.
    Au début, elle avait tâché de tirer satisfaction de cet inébranlable état de fait. Elle se précipitait, le soir, sur le courrier du jour, qu'elle dévorait en concierge. L'impression d'en apprendre des vertes et des pas mûres sur elle-même, elle s'en accommodait en imaginant que d'autres personnes jouaient son rôle du lendemain. Parfois même, elle prenait des airs d'héroïne, commentait ses actes futurs avec la perfidie d'une téléspectatrice, ne s'en soumettant pas moins à ses consignes manuscrites.
    Elle y piochait par ailleurs des détails cocasses, qu'elle retenait ensuite pour en savourer la mise en scène, lorsqu'ils se produisaient réellement. Avisée, elle vérifiait des attitudes, effectuait des rapprochements, élaborait une stratégie pour le surlendemain... Elle en vint à confectionner des fiches, à esquisser des plans, des schémas et des organigrammes. Et bientôt, ce fut une véritable fringale qui la tenaillait, lorsque le soir venu, elle décachetait, plus frémissante qu'un toxicomane, le séduisant rectangle blanc. Il ne s'agissait plus de l'exacerbation d'une curiosité malsaine. Ce rituel sacré, elle s'y abandonnait corps et âme, la conscience à peine soulevée d'un soupçon de réticence. D'autant plus que les lettres lui parlaient de Gontran, le croquaient à son avantage.
    Charmeur et fier de l'être, d'une gentillesse arrogante, il répétait la veille, sur le papier, d'irrésistibles scènes d'amour, de passion, de tendresse. Ella se délectait de ce que ce si craquant personnage lui chuchoterait dans l'oreille, à la photocopieuse, de ses mains baladeuses lors d'une séance de brainstorming, ou de ses sourires à tomber par terre à chaque fois qu'elle le croisait.
    Les deux collègues étaient devenus intimes, partageant leurs soirées plus souvent que leurs nuits. Ella tenait à ce que Gontran couche chez elle. La lettre l'attendait. Lui haussait les épaules, accédait à tous ses désirs, et c'est d'ailleurs à cette époque qu'elle prit l'habitude de lire ses lettres au lit, un amant repus sauvagement endormi à ses côtés. Parfois, certains passages un peu crus l'excitaient et elle le réveillait d'une caresse. Et lorsque enfin elle s'endormait, elle revivait sa journée du lendemain en s'enfonçant paisiblement dans un sommeil sans rêves.
    Lorsqu'elle jouait enfin le rôle annoncé, elle savourait une deuxième fois ses lectures, ne craignant jamais d'oublier une réplique. En l'occurrence, l'héroïne de sa telenovela s'avérait exemplaire, si naturelle et spontanée dans son déferlement d'amour, que la spectatrice, fortement impliquée, se plaisait à escompter un happy end.
    Jusqu'au jour où les lettres se firent plus sombres.
    Discrètement, son correspondant s'était appliqué à mêler à son style clinique et descriptif des commentaires furtifs, pour le moins tendancieux à l'égard de Gontran. Ce n'était au début qu'un adverbe néfaste, insidieux intrus dans des phrases assez neutres pour paraître sévères. Bien entendu, elle ne les avait pas vraiment remarqués de prime abord. Mais lorsqu'elle relut ses correspondances, un jour qu'elle était tombée sur trois ou quatre critiques des plus acerbes et étonnamment directes dans ses consignes du jour, elle put reconstruire la trame diabolique qui semblait s'être tissée à son insu.
    Elle était d'autant plus inquiète qu'il y avait alors bien dix jours que son amoureux n'avait pas passé la nuit chez elle. Ils se croisaient au bureau, déjeunaient ensemble, et il l'appelait tous les soirs. Ils avaient même fait l'amour trois ou quatre fois, dans les toilettes du bureau, dans la voiture de Gontran au parking, dans l'ascenseur... Mais il ne voulait plus dormir chez elle. Bientôt, devina-t-elle, il appellerait un peu moins souvent, ne la pincerait plus dans les coins, se ferait tout petit lorsqu'elle viendrait à le croiser, à la cafette, à la cantine, dans le local du fax et des photocopieuses. Il finirait par l'ignorer, la ravaler d'un regard mort au rang de ses ex au sein de l'entreprise. Bonjour, bonsoir et bon courage. Tu as le dossier Hong Kong? Où sont les clefs du magasin? Tiens, un appel pour toi... Rien d'autre.
    Deux jours après cette terrible prise de conscience, Ella essuya un terrible revers en lisant dans son pseudo journal intime, une scène ambiguë, au climat franchement suspect et aux acteurs plus faux que nature. Apparemment, elle surprendrait, le lendemain, dans le bureau de Gontran, une pimpante stagiaire blonde sur les genoux du bonhomme. Ils affecteraient une complicité toute collégienne, riant de leur naïveté de grands enfants. Lui se lèverait ensuite, se débarrassant de la jeune fille comme d'un sac à patates — celle-ci jouerait la gamine laissée pour compte en faisant mine de rouler à terre — et enlacerait Ella de ses membres durs, élastiques. Et elle, idiote, aveugle, folle, ne saurait plus que penser, remettrait à demain, donc au soir même, toute réflexion sérieuse, émoustillée par la langue curieusement sucrée de Gontran. Elle n'avait pas ce gôut-là, se dirait-elle, elle n'avait pas ce goût-là avant...
    Et c'est là qu'elle comprit qu'elle n'avait jamais joui du moindre libre-arbitre. En effet, puisqu'elle possédait cette capacité unique de connaître l'avenir, elle s'efforcerait de l'utiliser à son avantage. Elle déjouerait ces prédictions, attendrait Gontran au tournant, le suivrait dans ses moindres déplacements. Hélas, dès le réveil, la réalité lui rappelait qu'il y avait certains gestes qu'on ne pouvait manquer de répéter à l'identique, jour après jour. Les variations existaient, mais si elles semblaient s'ébaucher au petit bonheur la chance, elles n'en confirmaient pas moins que le hasard relevait d'un concept inventé, une notion vide de sens. Et le lendemain, elle fut empêchée dans son désir de filature par un entretien particulier avec le patron de la boîte, suivi d'une réunion avec le comité de direction qui lui mangea la fin de la matinée. Elle chercha ensuite Gontran dans son bureau, il n'y était pas. Elle courut alors, fiévreuse et angoissée, jusqu'à la cafette, qu'elle traversa au pas de course, toujours bredouille. Elle regagna alors son office, où elle passa sa veste, récupéra son sac à main avant de se joindre aux files d'employés qui devaient s'être déjà formées à la cantine. Elle persistait en cela, malgré elle, à suivre les instructions de son père, et bien qu'elle en eût pleinement conscience, bien qu'elle s'acharnât si vainement à résister, elle savait pertinemment que rien n'y changerait rien. A chaque fois, d'ailleurs, qu'elle se disait qu'elle ne devait pas accomplir le geste qu'elle était en train d'achever, elle entamait l'action suivante, tout aussi prohibée.
    Avant d'atteindre l'ascenseur, elle risqua une dernière visite au bureau de son amant. Elle savait que c'était une folie, mais elle échoua à retenir ses jambes, déjà lancées dans ce long et résonnant corridor. Elle s'arrêta toute tremblante, la main sur la poignée de métal. Derrière la cloison, une voix pure de fille facile riait gentiment tandis qu'une voix d'homme semblait susurrer quelque indécence. Elle ouvrit et joua son rôle sans changer une ligne à son texte.
    Quoique subissant l'épreuve avec le stoïcisme des vedettes, elle comprit à ce moment précis qu'elle allait non seulement assister à la désagrégation de sa relation amoureuse avec un jour d'avance à chaque fois, mais qu'il lui faudrait également se farcir la progression de celle, annoncée, entre Gontran et sa gourde de stagiaire. Elle lirait ces états d'esprits du lendemain, condamnée à ressentir sans surprise aucune des émotions prédéfinies, des tristesses superficielles parce que prévues et attendues.
    En rentrant, le soir même, elle jeta sa collection de lettres-souvenirs, se débarrassa du rectangle du jour, et s'enfila trois vodka-orange avant de s'effondrer en sanglots devant un épisode quelconque d'un feuilleton crétin. C'était fini.
    Au fond, elle était soulagée. Il n'était pas sain de vivre en lisant son avenir sans rien y pouvoir changer. Elle voulait ne plus savoir, ne plus rien voir, et vivre à l'aveuglette comme n'importe lequel de ses semblables. La présence de Gontran certes lui manquait, mais elle avait ses livres, qu'elle dévorait dans le métro, puis chez elle, jusqu'au moment de s'endormir, se coupant du monde un peu plus à chaque page tournée. Elle n'avait malheureusement personne à qui confier ses angoisses, personne pour malmener sa solitude. Ses collègues ne lui proposaient jamais que des dîners d'affaires, auxquels elle n'assistait que par conscience professionnelle, s'inventant souvent d'impayables excuses qui ne trompaient personne. Il y avait une paye, également, que ses plus vieilles amies étaient sorties de sa vie, l'une, tragiquement, sur une voie du périphérique, une autre en épousant un intégriste des nouvelles technologies. Trois autres avaient déménagé, quitté le pays, et elle ne maintenait plus avec elles que des rapports distants, en pointillés, quelques e-mails, accompagnés de photos cochonnes, de pétitions online ou de blagues typiques du Net, de rares lettres et faire-part, un ou deux coups de fil tout au plus.
    Ella était seule. Le dimanche, elle ne prononçait pas un seul mot. Elle se levait tard, déjeunait devant la télé, lisait jusqu'au soir. Elle regardait un film après dîner, puis lisait encore et s'endormait. Elle n'avait pas besoin de sortir acheter du pain, personne ne l'appelait, jusqu'aux voisins qui affectaient de ne pas la remarquer lorsqu'elle sortait sa poubelle à la même heure.
    Pour ce qui allait des lettres, elles continuaient d'affluer, toujours aussi ponctuelles et discrètes. Ella s'en débarrassait très vite, sans faire de chichi. Elle attrapait l'enveloppe, l'empoignait à pleines mains, feignant l'indifférence, puis la jetait très simplement sans avoir seulement songé à l'ouvrir.
    Les lettres arrivaient tous les jours à la même heure. Ella s'en aperçut un samedi, alors qu'elle entamait un polar de Highsmith dans sa salle de lecture. Un glissement succinct et inattendu troubla sa concentration assez notablement pour qu'elle cherchât à identifier le bruit. Elle ne se dérangea pas bien longtemps, et ne montra aucune surprise en découvrant la missive devant la porte d'entrée.
    "Comme d'habitude..."
    Puis, regardant sa montre:
    "Et fidèle à l'heure."
    Le lendemain, elle se résolut d'attendre le messager. Elle se posta sur une chaise importée du salon, un livre de photographie sur les genoux. Il était exactement dix-sept heures trente. Prudente, Ella avait préféré compter large. L'autre pouvait bien se trouver là depuis des heures, attendant le moment propice pour intervenir en toute discrétion.
    Les yeux fixés sur l'interstice qui lui faisait office de boîte aux lettres depuis bientôt sept mois, elle sourit à cette expression : "L'autre". On ne faisait pas plus précis...
    Et quel était-il cet "autre"? L'emploi du nom impliquait une personne humaine, par opposition à "la chose", ou "ça". Pourquoi ne disait-elle pas "lui", alors?
    Un frisson. Très long, désagréable. Suintant...
    Elle se borna à surveiller son périmètre attitré, les yeux à peine sollicités par intervalles de trois secondes toutes les dix secondes, par les clichés d'Helmut Newton. Il était dix-sept heures quarante-sept.
    Elle eut la maladresse de tourner une page à dix-huit heures précises, le frottement du papier glacé recouvrit largement le fluide glissement de la missive sur la fine moquette. Levant les yeux, elle vit la lettre, se jeta d'un bond sur la poignée, qu'elle déclencha en deux secondes, ouvrant le battant; elle se précipita à l'extérieur. Rien. Pas même une course de pas qui résonnerait sur les marches de l'escalier. Pas même le claquement d'une porte refermée à la hâte.

    Ella ne profita pas des beaux jours qui commençaient de poindre. Il fallut pratiquement la forcer à prendre ses cinq semaines de vacances, et lorsqu'elle se retrouva, fin juillet, dans son petit appartement, si sombre, vide et triste, elle tomba en larmes sur son grand lit défait.
    Pendant une douzaine de jours, Ella se calfeutra dans sa chambre à coucher, la seule pièce où le soleil daignât parfois montrer le bout de son nez, dévorant sa bibliothèque à raison d'un à trois ouvrages par jour. Elle ne quittait son lit que pour sa baignoire, ou les commodités, ou encore pour picorer dans la cuisine un assortiment de biscuits et douceurs. Devant la porte de l'appartement, les lettres s'amoncelaient en un tas ordonné, comme si le courrier du jour avait été déposé sur celui de la veille, plutôt que glissé sous la porte à la va-comme-je-te-pousse.
    Elle demeurait quelquefois immobile, figée, ses yeux statiques scrutant le vide. Cela pouvait durer longtemps. "Le soir, déjà?" devint un leitmotiv récurrent, et lorsqu'elle reprenait sa lecture, elle faisait semblant d'ignorer ce à quoi elle avait pensé. Lorsqu'elle s'endormait, elle rêvait pudiquement, ne retenant rien au réveil.
    Un jour, pourtant, elle regarda le tas de lettres : douze enveloppes rectangulaires immaculées, formant un tas impeccable. Aucune tranche ne dépassait. La figure était parfaitement construite.
    Ce jour-là, elle sortit.
    Elle chemina, silencieuse et furtive, jusqu'au trottoir d'en face, parcourut sous un soleil écrasant les quelques mètres qui la séparaient de la boulangerie, poussa le lourd battant de verre et prit place dans la file des clients. Elle salua le boulanger lorsque vint son tour. Elle se montra évasive avec l'un de ses proches voisins, ignora une tierce personne, on remarqua sa pâleur, elle s'avoua malade.
    Elle passa ensuite chez le ferrailleur, où elle fit l'achat d'une paire de ciseaux aux lames longues et aiguisées.
    A son retour, elle désinfecta l'engin et se creva les yeux.


    
    
    

= commentaires =

Rouage


    le 16/09/2007 à 16:44:07
Une histoire drôle : ttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k76736s/f82.table
Mill


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    le 16/09/2007 à 21:27:43
Quand j'ai relu le texte il y a deux jours, j'ai réagi comme l'auteur du résumé. Un vieux texte de plus. Je me rends bien compte qu'en produisant pour la zone, mon style a changé. Pour me faire pardonner, je poste illico "La méthode violente."
nihil


    le 16/09/2007 à 21:31:32
Encore bravo pour le magnifique : "elle désarçonna l'ouverture"
Mill


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    le 16/09/2007 à 21:33:04
Oui, je sais, c'est cocasse. Ca m'a fait tiquer aussi.
Mill


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    le 16/09/2007 à 21:34:28
En même temps, t'avoueras, fallait oser.
Mill


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    le 18/09/2007 à 15:09:33
En tout cas, l'illustration est bien choisie. On aurait pu mettre aussi le dessin de Gotlib dans je ne sais plus quel Rhâ lovely où une parodie d'Oedipe échoue à se crever les yeux.
Slashtaunt


    le 19/09/2007 à 17:48:42
+1

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