LA ZONE -

Le feu est beau, le feu est bon

Le 02/05/2016
par LePouilleux
[illustration] Il a cassé le bois léger des cagettes qui traînaient dans la cour. Il a apporté des bûches fraîchement coupées. La paille sèche en guise de foyer originel s'est enflammée au frottement de la pierre de silex. Ça a prit. Ça a bien prit. « Ça crame, ça crame !». Une lueur d'excitation s'est allumée sur son visage. Il était heureux, satisfait de ce qu'il avait créé de ses mains. Il a nourri la bête flamboyante de tout ce qu'elle pouvait amalgamer en son ventre. Il a nettoyé le monde des matières superflues. Il a réactivé un rite ancien. Il a rejoué un conte issu des entrailles de l'humanité.
Cette nuit là il a côtoyé les rats et les chauves-souris. Il sentait leurs ailes lui raser la tête. Mais elles demeuraient invisibles. Cachées dans les ténèbres. Le feu projetait leurs ombres contre le grand mur décrépi de la vieille église. Les vitraux prenaient une teinte orangée, comme si à l'intérieur on y célébrait un sabbat infernal. Au-dessus de lui un chêne faisait vibrer ses feuilles au rythme du vent. Les crépitements du feu s'ajoutaient à cette musique nocturne. Paul, père des flammes, la trouvait agréable.

On a coupé la verdure et la viande pour le festin. Les invités avaient faim. Au fond de la vieille maison on a trouvé une grille pour faire rôtir les aliments. On a retiré un peu de cendres. Paul a posé de petites briques rouges autour de la flambée. La chaleur était agréable, c'était la récompense de son travail. On s' est attroupé autour de lui pour admirer les contorsions de cette lumière vivace. Elle les fascinait. Elle était si différente du halo froid de leurs smartphones.

Ça a pété d'un coup. C'était un son qu'on entendait que dans les films d'action hollywoodiens. Le bruit d'un automatique qui sulfate à tout va. Il y a eu des cris, des tables renversées, les verres brisées, certains n'ont pas eu le temps de réagir. On s'est blotti derrière une table ou derrière un camarade mort. Puis ça s'est arrêté. Il s'est passé quoi ici ? On aurait dit la guerre. En plein Paris. C'est fou …

La carne grillée a un goût exquis. On loue nos ancêtres crotteux qui ne vivaient leurs journées que pour cet instant sublime où ils contentaient leurs ventres creux. Puis on se demande si les clous plantés dans les planches qu'on essaye de faire de brûler vont exploser sous l'effet de la chaleur. Les trois rescapés du petit massacre de novembre savent qu'ils sursauteront à ce moment là.

Dans le vieille maison à côté il y a des portraits de saints. À part ça, les pièces sont vides. À quelques pas d'ici on a emprisonné un dictateur fasciste et sa maîtresse. Puis on l'a saigné comme un cochon, on lui a écrabouillé la tête pour qu'il soit méconnaissable et on a exposé sa carcasse devant la foule sur une place publique. Il y a une plaque en bas, sur la route, pour rappeler cet événement. L'Europe est un peu plus calme depuis ce jour là.

= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 02/05/2016 à 17:42:23
D'ailleurs c'était peut-être un texte posté dans le cadre de la Saint Con 2016 mais envoyé hors délais.
kloklotchikitchiki     le 02/05/2016 à 18:25:34
l'image est sublime, dommage que je ne sache plus lire.
Lapinchien


tw
    le 02/05/2016 à 18:29:13
merci bien. C'est un petit photomontage de gigolo aguicheur, de mon cru.
LePouiIleux     le 02/05/2016 à 22:41:27
Si on regarde à droite de l'écran, on peut remarquer que mes trois derniers articles sont illustrés par les images de Jawad Airbnb de St Denis, pépé Hessel (l'est mort lui au fait?), et Donald Big Dick Trump.
Ça fait une sacrée dream team !
Lapinchien


tw
    le 02/05/2016 à 22:49:24
tu traites pas des sujets de merde, c'est sûr.
David


    le 02/05/2016 à 22:56:56
Un drôle de petit texte comme on dit pour les enfants avec un œil plus gros que l'autre, ça doit se passer en Italie, attendez...

"Giulino, plus connu comme Giulino di Mezzegra, est une frazione de la commune italienne de Mezzegra, dans la province de Côme en Lombardie, passée à l'histoire parce qu'elle fut le lieu de l'exécution, le 28 avril 1945, de Benito Mussolini et de sa maîtresse Clara Petacci."

https://fr.wikipedia.org/wiki/Giulino

Commentaire édité par David le 2016-05-02 22:57:13.
Mill


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    le 03/05/2016 à 13:39:58
Pas mal du tout. Effectivement, ça aurait fait un honnête texte de Saint-Con. J'aime bien le côté imprécis. Ca se passe quand ? Ca se passe où ? On s'en tape, au fond, tout est dans l'atmosphère.
Dourak Smerdiakov


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    le 07/05/2016 à 13:46:17
Dommage les quelques grosses coquilles qui traînent, l'auteur n'a pas dû se relire beaucoup, mais sinon bon texte d'atmosphère, par rapport au ton duquel l'image me semble peut-être un brin en décalage, il me semble.

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