LA ZONE -
Résumé : Dernier lieu commun de la deuxième fournée de Mill. Souhaitons qu'un de ces jours, il y en aient d'autres, sur la Zone, ou plutôt non, que Mill ne pense qu'à sa gueule et qu'à la vue du superbe filon qu'il a déniché, il en fasse un bouquin, voire une série de bestsellers à succès.

Lieu commun n°24 : Pense à ta gueule

Le 30/05/2016
par Mill
[illustration] Le ton se veut amical et bienveillant, doux comme un édredon sur des gambettes d'enfant, comme le miel de ton grog lorsque gémit ta gorge, parce qu'angine, cigarettes ou rhino-pharyngite. Celui qui t'abreuve ainsi de bons conseils correspond, dans ta mythologie personnelle, à une figure tutélaire : ton père, un oncle à l'aura particulière, un ami de longue date, ton frangin ou un clodo, à l'aube de tes seize ans, à l'époque où tu leur attribuais le pouvoir de la sagesse perdue, le savoir de ceux qui ont su survivre aux chemins interdits et aux plus sournois marécages.
Le pourquoi d'un tel laïus ? Bah, tu n'as qu'à remplir les blancs et à les battre en neige si tu t'en sens le courage. En définitive, tu t'es ouvert, tu t'es donné, tu as distribué sans compter de précieuses parties de toi que d'autres ont dilapidées, sans un regard pour ta douceur, sans gratitude, sans un merci. Tu répètes à qui veut bien prêter l'oreille que tu n'attendais rien.

Visiblement, tu te trompais.

« Pense à ta gueule, pense à ta thune, ton estomac. Ecoute ton corps et tes envies, ne te soumets plus à celle des autres, laisse-les s'ébattre dans leurs propres remous, tu as assez des tiens pour te perdre et crever en cours de route.

« Il faut du temps pour se connaître et des claques pour comprendre. De bonnes grosses claques dans la tronche que la vie te balance en rafales. Accueille-les comme des cadeaux, des panneaux de signalisation t'indiquant la marche à suivre, l'ornière à enjamber, l'indispensable écart pour éluder le marasme. Tu t'es cru vaste et profond comme une œuvre de Borges, tu t'es vu fort et imprenable, une véritable citadelle. Tu leur as dit : « Prenez, c'est gratuit, je n'attends rien et ce que j'ai, j'en ai à revendre. » Tu leur as dit : « Servez-vous, je n'ai pas besoin de tout ça. Mon énergie, ma substance, ma personne, je vous les abandonne sans rien demander en échange. » Tu t'es cru riche à ce point, tu t'es leurré tout seul et tu accuses les autres d'avoir pillé tes ressources sans prendre de gants, sans un sourire, sans la moindre reconnaissance.

« Je ne veux pas t'accabler. Loin de moi cette idée. Tu as agi selon ton cœur étrange, tes valeurs surannées, ton éducation d'un autre âge... Trace un trait pourtant, il est temps de te prendre en main, de te centrer sur toi-même. Pense à toi et à ta gueule, les autres suivront s'ils le désirent. Ca s'appelle faire le tri. »

Et dans ces mots, je devine l'histoire de l'autre, le vécu du père, de l'oncle, du vieil ami. Je lève les yeux vers les siens et je remarque les valises, les ridules et cette sourde amertume dont se pare les vieux singes à qui de plus tristes primates ont voulu transmettre une grimace. Et je perçois, en filigrane, les attentes incessantes et le désir contenu, la sécheresse d'une leçon apprise à contrecœur. Et je comprends qu'une nouvelle barrière se dresse à l'instant sous mes yeux, que l'armure est la sienne et que des parois immenses nous séparent à jamais.

Alors j'acquiesce d'un signe de tête - il vaut parfois mieux se taire.

= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 31/05/2016 à 11:48:28
Toutes les calamités du monde s'abattent sur moi, de plus en plus gros, de plus en plus fort. Pourtant, j'arrive pas à être aigri, à ne penser qu'à ma gueule. Au contraire. La liste des gueules auxquelles je pense, que j'envisage d'écraser la bouche ouverte contre un coin de bitume, s'élargit.
David


quand théodore, géraldine.    le 11/06/2016 à 21:37:05
"un clodo, à l'aube de tes seize ans, à l'époque où tu leur attribuais le pouvoir de la sagesse perdue, le savoir de ceux qui ont su survivre aux chemins interdits et aux plus sournois marécages."

C'est beau ce que tu dis là, toi aussi tu es allé à Baden Baden en mai 68 ?
Mill


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    le 14/06/2016 à 15:12:03
Tu dis ça parce que t'es jaloux.
Lourdes Phalanges


    le 30/05/2017 à 10:19:24
Je dépoussière. N'hésitez d'ailleurs pas à cliquer sur la section "anniversaire" du site (tout en bas de la page d'accueil). Ca fait toujours du bien (ou du mal) de voir le chemin parcouru. Vous noterez également la plus grande implication des admins actuels dans la rédaction de leurs présentations.

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